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 Tel est pris qui croyait prendre [Privé]

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Tréaga
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MessageMar 3 Juin 2014 - 14:40

Elament la Belle… Berceau de tous les espoirs et de tous les chagrins. Longtemps, l’halfling n’avait fait que l’observer depuis sa retraite. De loin. L’amphore percée de sa mémoire lui avait fait entrevoir sur la surface de ses eaux troubles quelques souvenirs reliés à la Cité, mais pas les siens, non. Cette silhouette encapuchonnée qui avait déambulé entre les passages, qui avait parfois exploré quelques lieux dissimulés, ce n’était pas elle. Sen avait fait cela. Tréaga, pour l’instant, n’avait connu que l’abri des bois, et son estomac s’était uniquement nourri des cadeaux de la nature. Cette existence lui avait convenu, car peu avaient osé y interférer. Il était arrivé que ses pas en viennent à croiser ceux d’un autre et, après la guerre, beaucoup étaient promptes à chercher querelle. Cependant, quand ils ne s’étaient pas repliés sous l’ardeur de ses flammes, ils avaient eu vite fait de courber l’échine sous la courbe de son sourire. On murmurait, de temps en temps, qu’une jeune fille à la tignasse de rose avait élu domicile parmi les bêtes.

Et puis, changeante, Tréaga s’était allée à rêver de ce que cette non-elle avait découvert. En ses songes, elle s’était rappelée des rencontres, des odeurs… Et de la nourriture. Tout cela, c’était Sen qui l’avait senti, goûté. La Triple ne souhaitait pas vivre uniquement qu’à travers celle qu’elle avait un jour pu être.

Alors, prenant une route qu’elle n’avait pas pratiqué depuis plusieurs mois déjà, voire jamais, la vagabonde s’aventura hors de son lieu de prédilection et pénétra en la Cité.

La grande Elament, celle qui avait fait la fierté de Layna Timerta, n’était plus. Adieu, les rues pleines de rires. Adieu, les rues pleines de joie. La nouvelle arrivée la contempla d’abord de ses yeux écarquillés, avant que ne viennent se rappeler à son bon souvenir les faits de l’autre. De Del. Et de Jasdrian, tous deux confondus. Et plus elle pénétrait en la ville, plus elle se rappelait, sa main s’égarant sur les ruines comme un regret. Oui, c’est ici que, souveraine dédaigneuse de sa cour, Jasdrian s’était appropriée une esclave aera. Oui, c’était là que la noirceur de ses flammes avait puni un malheureux. Mais tout cela, ce n’était pas elle. Non, ce n’était pas moi. D’un geste leste et discret, Tréaga rabattit la capuche de sa veste sur son visage aux traits coupables, honteusement soulagée que son vêtement masquât au monde la marque démoniaque sur son bras.

Entre les murs dévastés de deux bâtiments, elle parvint à un marché, ou en tout cas à une esquisse de ce qui pouvait en être un. Des planches moisies par l’humidité tenaient lieu d’étalages, présentant de maigres fruits et légumes, ou quelques objets volés parmi les décombres. En circulant parmi les misérables rassemblés là, l’ancienne élève nota que peu d’entre eux payaient avec de la monnaie véritable. Le troc était courant ici, en effet, et on s’échangeait volontiers une bête contre du blé qui donnerait de quoi tenir la semaine. Tout était bon pour ça. La jeune fille détourna les yeux quand elle arriva à la hauteur de femmes marchandant ce qui leur était le plus précieux. De fait, elle sentit, plus qu’elle ne vit, ce qui toucha tout à coup sa botte. Surprise, elle tourna la tête et découvrit à ses pieds une pomme. Ronde. Rouge.

Sa main alla la cueillir et en admira la peau sans défaut.
Oui, c’était une pomme, une belle pomme même. Un sourire éclaira les traits de l’halfling. Sen en avait mangé un jour, oui, et c’était délicieux ! Réchauffé, avec un bon morceau de viande, et…

« Hey ! Toi ! Là ! »

Tréaga sursauta, gardant le fruit au creux de sa paume, et aperçut un homme non loin d’elle qui la désignait du doigt. Installé devant un étal garni de ce qu’elle tenait elle-même, son attitude était le reflet d’une colère certaine.

« Sale voleuse ! Charogne qui profite du travail des honnêtes gens ! »

Elle ? Une voleuse ? Mais de quoi ? De qui ? Lui parlait-il vraiment à elle ? Suspecte, elle se mit à scruter les alentours à la recherche d’une éventuelle chapardeuse. Le vol était une notion bien secondaire pour elle car, après tout, tout finit toujours par être mangé, mais si cela pouvait calmer l’humble marchand, soit… Elle examina les individus arpentant le marché, et fut étonnée de constater que beaucoup la regardaient, certains incrédules, et les autres avec un air mauvais.

« J’t’apprendrai, moi ! »

L’accusateur s’était saisi d’un bâton et s’avançait d’un pas déterminé vers elle, quand une autre voix s’éleva.

« C’est une générale démone ! Jasdrian ! »

Un instant, son cœur stoppa. Le souffle lui manqua. Non, Jasdrian ce n’est pas moi. Elle aurait voulu lâcher ces mots, mais rien ne vint. A la place, Tréaga se détourna et prit la fuite, bousculant les personnes sur son chemin. Elle sentit qu’on l’agrippait, cherchant à l’arrêter, mais d’une secousse elle se dégageait prestement. Contre son ventre, elle tenait toujours, bien au chaud, la pomme. Des cris résonnaient de part et d’autre de la ruelle dont elle espérait atteindre le bout. Jasdrian. Voleuse. Démone. Non. Non. Non.

Elle ne le vit pas, préoccupée par leur scansion. Sa tête le heurta violemment et, à moitié étourdie, elle n’eut que le temps d’un regard, perdu, qui s’accrocha aux bois de ses iris. Le jeune homme était plus grand qu’elle, et elle devina à son expression que lui non plus ne s'était pas attendu à ce rentre-dedans. Néanmoins, il paraissait être le seul à ne pas la fixer comme une immondice.

« Je… »

L’acte releva davantage de l’instinct que d’une profonde réflexion. Tréaga s’empara de la main, calleuse, faite pour les armes, et y glissa l’objet du litige, refermant les doigts de l’étranger dessus et le rendant ainsi possesseur. Il ne lui vint pas à l’idée qu’elle ne le connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Simplement elle le savait là, sans intention hostile envers sa personne.

« Tiens. »

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Frey Ocrefond
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MessageMer 4 Juin 2014 - 11:54

Encore une matinée d’errance dans les rues encombrées de la belle cité. Frey sentait les courroies de son sac de voyage lui lacérer les épaules, et ses pieds s’engourdir à chacun de ses pas traînants. Il avait pour habitude de marcher vite, sans perdre son temps à s’attarder sur les détails des paysages qu’il traversait, mais la foule qui bondait cette ruelle le forçait à avancer à un rythme de tortue. Il n’aimait pas ça. Au moins le temps était clément, et les doux rayons du soleil apaisaient un peu son humeur.
Le cristalléen observait les elamentiens d’un œil détaché. Ici un elfe à l’habit impeccable fendait le flot des passants, là un hybride Rongeur glissait prestement entre les chalands, sur le côté un trio d’Amazone stagnait en riant avec force de leurs exploits guerriers, tandis qu’une fée virevoltait au dessus des masses en affichant un air narquois... Cette population cosmopolite n’était pas sans lui rappeler celle de Blanchelivrée. Sa ville natale, centrée sur le commerce, accueillait aussi des gens de toutes nations à bras ouverts. Tant qu’ils avaient quelque chose à marchander bien sûr.

Frey se mordit les lèvres à cette évocation fortuite de son passé. Les seules émotions qu’il associait à ces souvenirs étaient teintées de haine et d’amertume. Et avant qu’il ne s’en rende compte, son visage arborait de nouveau le masque de la colère, ce qui lui valu quelques regards en coin des passants. Leurs murmures lui étaient inaudibles: seul résonnait à ses tympans le bruit de la tempête de rage qui s’élevait en son âme. Depuis son arrivée à Elament, il était parvenu à cacher sinon contenir ses excès de fureur, qui lui avaient trop souvent attiré des ennuis en d’autre temps et d’autres lieux. Sa respiration se fit plus saccadée, il sentait son cœur s’emballer, battant à un rythme fou dans sa cage thoracique de plus en plus contractée. Ses poings s’étaient refermés machinalement et ses ongles creusaient la chair de ses paumes.

Il aurait pu exploser ici et maintenant s’il n’y avait pas eu ce choc salvateur.

Concentré sur sa rage, il n’avait pas vu la petite silhouette jaillir de la foule avant qu’elle ne le percute de plein fouet. Ses jambes presque catatoniques ne cillèrent même pas, cependant que son esprit se vidait instantanément de toute tempête et revenait à l’instant présent, conscient maintenant de son entourage et surtout de la fillette perdue sous des fils rose comme le corail.

L’inconnue leva la tête en se reculant légèrement, et sous sa chevelure désordonnée et irrégulière, le cristalléen put découvrir le visage caractéristique des halflings. Son regard interloqué se perdit dans les méandres de la physionomie si particulière de la fillette. Les imperfections de sa peau s’exposaient comme des giclures d’encre sur une feuille de papier. Il suivit doucement ces constellations charbonneuses jusqu’à rencontrer deux caractères d’ébènes, la double signature d’un ennemi passé, probablement. Et surplombant ces signes sacrilèges, il entra en contact de deux yeux aux mille nuances terreuses, livres ouverts sur les émotions composites de la jeune inconnue. Surprise, terreur, confusion, incompréhension, vulnérabilité... Égarement.

« Je... »

Ce mot échappé dans un murmure se perdit dans les rugissements de quelques inconnus dans la foule, non loin de là. L’agitation croissait et se rapprochait d’eux. Frey dirigea son regard vers la source des jurons et menaces. Grave erreur pensera-t-il quelques secondes plus tard. La halfling en profita pour saisir vivement sa main et y glisser une pomme qu’il saisit par réflexe. « Tiens. », lui dit-elle avant de le déborder pour s’enfoncer rapidement dans la foule avec l’agilité d’un serpent.

Devant Frey, un groupe d’humanoïdes fébriles se faisait aussi un chemin à travers la populace, mais à renforts de bousculades et de coup de coudes. Ils brandissaient menaçant des armes de fortune, bâton, pelle et planche de bois. Un Batracien obèse aux yeux révulsés par la rage lorgna farouchement la pomme que tenait le jeune Cerf comme si c’était un phare dans la nuit. Il se précipita à son encontre, trébuchant presque sur le peu de mètres qui les séparaient, et lui agrippa le bras en vociférant:

« Toi, l’étranger ! T’as vu la démone qui a volé c’te pomme? Par où s’est-elle enfuie ? Parle, vite ! »

« Holà patron, répondit Frey d’un ton sec en dégageant son bras tout en reprenant un peu d’espace, Est-ce ainsi que l’on aborde les gens dans la rue par chez toi ? Je n’entends rien à tes histoires ! »

Du temps. Il devait gagner du temps. La malchance voulut qu’il eut laissé son épée à son refuge. Il craignait de l’utiliser à mauvais escient pendant une de ses rages, aussi évitait-il de l’avoir toujours à son flanc. On ne l’y reprendrai pas deux fois. De toute façon ce groupe de forcenés était en surnombre, et une lame n’aurait pu remédier à telle situation, solution barbare qui le répugnait d’ailleurs. Au cours de ses voyages, Frey avait appris à démêler les problèmes en évitant l’usage de l’acier. Il fallait seulement procéder avec le plus grand tact...

« Cette pomme je viens de la ramasser, mais je n’ai pas eu le temps de voir qui en était le propriétaire ni où il allait d’ailleurs. », expliqua durement le fier Cerf.

« Ne joue pas à ça, étranger, répondit le gros crapaud en roulant des yeux de haine. C’est Jasdrian ! C’est une horrible démone venue semer le trouble et la mort ! »
Ce à quoi fit écho rageusement un autre de ses compères « Que je sois pendu si sa tête n’est pas sur une pique avant la nuit ! », suivi des grognements approbateurs des autres excités brandissant leurs armes de fortune avec un panache pathétique.

« Alors trouve une poutre solide et une corde fiable, car allons donc ! Les démones s’adonneraient au vol de pommes désormais ? C’est absurde ! » La voix de Frey était cinglante comme le vent.
Par expérience il savait que le plus important, c’était de parler plus fort que l’autre et ne pas baisser les yeux. Il n’en avait nullement l’intention de toute façon. Il avait saisi malgré lui une pomme de discorde et en subissait maintenant les conséquences agaçantes. Son humeur commençait à reprendre le dessus sur sa raison. Sa mâchoire se contractait durement et ses yeux lançait de tacites menaces, amplifiées par la posture agressive du cerf tatoué qui couvrait une partie de son faciès.

Mais il en faudrait davantage pour que le Batracien en démorde.
« On l’a tous vu sur la place s’adonner à son vice odieux ! Elle est venue nous affamer avec ses pouvoirs maudits et toute ma récolte est maintenant à jeter ! Immangeable !»
«Sous nos yeux elles ont toutes noircies comme la suie !»
reprit bêtement un compagnon. Dans la foule alentour montaient des murmures angoissés.
La superstition populaire est chose bien grotesque pensa Frey à part lui-même. Comme si cette jeune Halfling avait un pareil pouvoir, une main maudite. Agacé, il porta la pomme à sa bouche et en croqua un morceau avec défi. Il entendit une femme pousser un petit cri de stupeur à son geste tandis que d’autres se reculaient d’un pas.

«Elle m’a pourtant l’air excellente cette pomme, ni maudite ni gâtée. Si un démon l’a touchée, elle est succulente.» Il se rapprocha d’un pas du marchand aux yeux globuleux avant d’ajouter «Es-tu bien sûr que tout ton étal est gâché? Si tel est le cas, l’on pourrait s’en saisir pour une bouchée de pain...»

Le Batracien en avait la gorge contrite, le rouge lui monta jusqu’aux tempes. Frey venait de toucher ce que tout commerçant a de plus cher: son porte-monnaie. Il le voyait maintenant se dandiner indécis d’un pied sur l’autre.

«Ce n’était peut-être pas une démone après tout... Et pourquoi Jasdrian serait de retour d’ailleurs, qui donc a eu cette idée sotte en premier lieu ?»
Il fustigeait maintenant ses complices qui détournaient le regard, embarrassés. Leurs armes de fortune pendaient vers le sol en signe de défaite. Le commerçant les entraînait maintenant vers le marché, l’incident était clos. Mais Frey n’avait pas dit son dernier mot.

«Un instant!»
Le marchand irrité tourna sa masse grasse vers le jeune Cerf, sa grande bouche déformée par la colère.
«Si cette pomme t’a été dérobée, cela me paraît incorrect de la garder sans payer.» ajouta Frey en fouillant son sac de voyage pour en sortir un petit sachet contenant une poignée de graines.
«Tes yeux sont jaunâtres, les cernes trahissent ta fatigue et ton haleine, tes excès de cidre. Je parierai que ton foie te fait souffrir par moment, aussi je te propose ces quelques graines de chardon-Marie pour te soulager. Prends-en quelques unes une demi-heure avant chacun de tes repas, et ta santé n’en sera que meilleure.»

Le Batracien arracha le sachet des mains de Frey sans mot dire, et repartit d’un pas rageur. Le Cerf le vit néanmoins avaler quelques graines alors qu’il s’éloignait. Bien se dit-il, ces semences de lin aux vertus laxatives te feront méditer la courtoisie sur les toilettes de ta maison.
Alors que les chalands reprenaient leurs activités, Frey regarda la pomme entamée encore dans sa main. Il la rangea soigneusement dans une poche de son sac, et remonta la rue dans la direction prise par la petite faucheuse. Elle l’avait entraîné dans cette petite mésaventure, et ses nerfs continuaient à en grincer. Elle lui devait bien plus que des excuses.

Il la retrouva cachée dans une ruelle adjacente à quelques distances plus haut, accroupie derrière des débris de pierres et de bois. La halfling encore haletante avait rabattu sa capuche sur ses cheveux rosés et espérait visiblement passer inaperçu dans les ombres des habitations. Frey s’avança dans le passage et fit remarquer sa présence d’un grondement bref. Sa colère était encore montée d’un cran.
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Tréaga
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MessageJeu 5 Juin 2014 - 16:07

Il y avait les cris qui lançaient le nom, l’ancien nom de Jasdrian, comme une insulte à lui seul, et qui se rapprochaient indubitablement. Sa main qui avait serré celle de l’étranger autour du fruit dérobé voulut s’y accrocher un peu plus, mais Tréaga avait l’ouïe trop fine. Ils venaient, armés de tout sauf de bonnes intentions envers sa personne. Aucune explication n’avait le temps d’être formulée, car déjà ils seraient sur elle si elle s’attardait ne serait-ce qu’une minute encore. L’halfling se déroba à l’attention du jeune homme, éclair de rose et de noir, et partit se perdre dans les ruelles éparses. Dans sa course, elle perçut la voix outrée du marchand dont la colère ne faisait que croître :

« Toi, l’étranger ! T’as vu la démone qui a volé c’te pomme ? Par où s’est-elle enfuie ? Parle, vite ! »

Il n’avait pas eu l’air de lui vouloir grand mal, et pour cause, il ne savait pas la faute qu’on lui reprochait. Il ne la connaissait pas. Etait-ce néanmoins assez pour lui faire confiance ? La réponse tomba, abrupte : bien sûr que non. Aussi la fugitive vola-t-elle aussi vite que ses jambes le lui permirent, dépassant des groupes de passants ahuris, et alla s’engouffrer dans les passages étroits de la Cité. Et tandis qu’elle courait, ses pensées filaient tout aussi rapidement. Avait-elle bien fait ? N’aurait-elle pas dû rester ? Elle revit l’éclat de haine qui avait surgi dans nombre de regards autour d’elle, focalisés sur ce qu’elle avait un jour été, mais n’était plus.

Non. Ils m’auraient fait payer.
Ainsi parla l’égoïsme de Tréaga, mêlé à une vague impression de culpabilité. Certaine d’avoir échappé à ses assaillants, elle se permit le repos lorsqu’elle eût pénétré une impasse sombre et peu fréquentée. Les bâtiments autour étaient encore en ruines, incarnations des violences de la guerre, mais ils seraient bien suffisants pour la cacher aux yeux du monde, le temps qu’elle s’y fasse oublier. A bout de souffle, plus par peur que manque d’endurance, la jeune fille se laissa glisser au sol, le cœur battant, priant pour que personne n’ait pu la suivre.

Les rêves de soupes chaudes et de poulet à l’ananas étaient bien loin. Qui avait dit que les mûres des bois étaient si lassantes que ça ?

« Va donc en enfer avec tes souvenirs, Sen Chizu ! » marmonna-t-elle pour elle-même, furieuse de s’être laissée bercer par les rêves d’une autre. Avant de se figer.

Le bruit de pas se rapprochant s’était fait plus fort et avaient pris, à n’en pas douter, sa direction. A l’odeur, elle identifia la présence arrivante comme étant celle du jeune homme heurté quelques instants plus tôt. Toutefois, il était seul, et nul marchand venimeux ne l’accompagnait. Aussi, par les bords encadrés de fourrure de sa capuche, la fuyarde se risqua à lui jeter un coup d’œil derrière le monticule de morceaux de bois de pierres où elle s’était réfugiée. Un grognement lui répondit. Engageant.  

Peut-être venait-il lui rendre sa pomme ? Elle pouvait la sentir d’ici, rangée quelque part sur lui. Se redressant maladroitement, l’halfling s’adressa à l’inconnu d’un air qui se voulait cordial et (vraiment) sincère :

« Je suis désolée, je ne savais pas… » Et après cela, elle aurait eu mille choses à ajouter si le visage que lui offrit son interlocuteur ne l’avait stoppée net tant il était la perfection incarnée de la colère contenue. Colère enflant qui la laissa bouche close.
Ah. Il lui en voulait. C’était embêtant. Son regard soutint un instant le sien, y goûtant toute la réprobation et la fermeté présentes, et ne put s’empêcher de s’attarder sur les ronces qui ornaient l’arc juste au-dessus. Le tracé de la ramure sombre qu’elle osa suivre jusqu’à l’iris incandescente, embrassant la cambrure du cerf aux abois qu’elle détailla, reflet de son porteur, et qui allait ensuite se perdre dans les méandres de sa chevelure. Elle eut ce regard pour lui, pour l’animal encré dans l’épiderme. Sur la peau et dans la peau. Et ce regard pour lui aussi, marqué. Un frisson la traversa quand son propre visage la démangea.

Tréaga fronça les sourcils face à cette accusation pleine de silence, car la fureur, elle aussi, peut se boire à la même coupe.
« Hey ! » La syllabe tomba comme un coup dont elle aurait aimé qu’il puisse dévier la portée de ces yeux sur elle. « Je n’ai rien fait. Ce n’est pas ma faute ! »

Sa défense lui parut si pauvre, même à elle dont la naissance était encore si récente, qu’elle s’en mordit les lèvres, honteuse, et pourtant provocante. Elle ne mentait pas. Elle n’avait aucune part au sein de cette histoire sur laquelle elle avait tout juste porté les yeux.

Accusant l’aura chargée de rancœur, elle fit un pas vers lui, bien décidée à ne lui montrer aucune crainte. Elle leva le menton et sur le pli de sa bouche était inscrit comme un défi : je n’ai pas peur de toi. Ses phalanges, presque oublieuses, se firent caressantes sur la poignée de son sabre.

« Je ne suis pas ce qu’ils disent. Jasdrian, ce n’est pas moi. »

Et le poids des mots ruminés qui, enfin, prenaient forme, lui procura grande joie.

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Frey Ocrefond
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MessageVen 6 Juin 2014 - 19:44

Le jeune Cerf était resté immobile à l’entrée de la ruelle, la mâchoire serrée et le regard noir. Il sentait ses muscles se contracter de plus en plus fort comme si la colère voulait briser la chair dans un étau chauffé au fer blanc. Devant lui, la silhouette fine mais musculeuse de la halfling se postait comme en écho à sa plaidoirie. D’abord mal assurée, elle avait gagné en aplomb, et la jeune fille aux cheveux rosés se dressait maintenant fièrement face à lui. Ses dernières paroles avaient laissé l’ébauche d’un sourire sur ses fines lèvres. Son regard sombre brillait d’une lumière nouvelle. Cela n’avait rien de la malice coupable qu’affichaient les criminels pris sur le fait et qui niaient leurs actes comme si cela pouvait les absoudre. C’était un défi lancé au monde.

«Je n’ai rien fait... Ce n’est pas moi... Je ne suis pas ce qu’ils disent...»

Ces mots résonnaient encore aux oreilles de Frey, ricochant sur les souvenirs qui revenaient sans cesse le troubler comme on rend fou un taureau en agitant un tissu rouge. Quelque chose en lui s’était déplacé depuis que l’inconnue avait ouvert la bouche. Il pensait la rattraper pour passer son humeur et exiger un dédommagement quelconque, mais c’était différent à présent. Non, depuis le début de cette histoire, quelque chose l’avait piqué.
Le mépris.
Il est une créature sombre et indescriptible qui prend force dans la rancœur des orgueilleux, et puise sa vitalité dans le désespoir de leurs victimes. Il ne broie pas ses proies d’un unique coup. Il est un serviteur du temps et se complaît à enfoncer ses horribles appendices un à un dans les chairs des diffamés. Le processus s’accomplit avec lenteur pour que le malchanceux sente ce prédateur funeste s’approcher de son cœur. Après quoi il l’enserre posément comme un serpent concasse son repas entre ses anneaux. Mais jamais le supplice ne finit. La proie demeure prostrée, écrasée sous cette masse remuante et impie, perclus dans l’abysse des pensées les plus noires que l’esprit peut concevoir.
Frey connaissait ces tourments pour les avoir vécu, et leurs marques s’agitaient à chaque fois que les circonstances les rappelaient à son souvenir. C’était ce qu’il avait vu aujourd’hui dans le regard de ces marchands, ce qu’il avait entendu dans leurs menaces, ce qu’il avait ressenti dans le dégoût de la foule. C’était le mépris qui avait suinté de leurs corps et s’était projeté par hasard sur lui. Telle était la cause de sa fureur maintenant. Et comme la crue qui déborde le barrage au point de le rompre, il ne pouvait plus rien arrêter.

«Tu n’as rien fait, hein?» s’écria-t-il rageusement.
Le vent qui pulsait dans ses tympans altérait sa perception de sa propre voix. Il fit un pas rapide vers la halfling et la repoussa avec force de sa main droite.
«Bien sûr que tu n’as rien fait ! Tu n’es coupable de rien !»

Il ne la voyait plus. Ses yeux cherchaient nerveusement une voie de salut: un exutoire pour sa furie disproportionnée. Ils se posèrent sur l’amas de pierres et de bois qui traînait négligemment dans la ruelle, et son corps répondit à l’impérieux commandement que la rage lui dictait. Cet ouragan intérieur se déchaîna. Il frappa les débris de ses poings nus. Le bois craquait sous ses coups répétés. Les pierres déboulaient en chaos autour de lui. Il sentait la chair maintenant à vif de ses phalanges le brûler, et les chocs martelaient férocement ses os. Il continuait à hurler, pour l’inconnue, mais pour lui-même surtout:
«Ce n’est pas de ta faute ce qui est arrivé hein !? Tu n’y es pour rien ! Pour rien ! Il n’y a que ces imbéciles et le destin ! Ce fichu destin !»

Il pensait à Blanchelivrée. Il pensait à sa sœur infortunée. Il pensait à ces cérémonies totémiques détestables. Il pensait aux Cerfs et à leur arrogance. Et par dessus tout, l’apparition passée de ce cerf fantastique et ténébreux, révélateur infamant de son âme, dont il avait hérité la marque sur son visage, se découvrait à nouveau à travers sa furie. Chaque évocation était une nouvelle rafale cinglant son esprit. Et son corps tout entier répondait au déchaînement de ce typhon ravageur. Ses jambes avaient pris le relai de ses mains douloureuses. Il battait encore nerveusement les ruines de ses chaussures et de ses tibias. La poussière autour de lui traçait le vol des pierres qu’il projetait en de fines arabesques éphémères. Des éclats de bois pourri traversaient la ruelle. Le tas de matériaux s’était ramassé sur lui-même comme s’il voulait se préserver des coups furibonds du jeune homme. Et lui continuait à tempêter contre les décombres sans prêter attention à rien d’autre que sa rage.

«On est tous maudits ! Tous des victimes ! Tous !»

Frey répéta ces paroles jusqu’à ce qu’elles moururent comprimées dans sa gorge serrée. Il avait cessé son tapage impulsif et ses bras pendaient le long de son corps. Le souffle court, il contemplait son œuvre avec l’amertume qui laissait toujours place à ses tempêtes.

«Fadaises que tout cela !» lança-t-il dans un dernier murmure.

Son attention se reporta sur la jeune inconnue. Avait-elle bougé ? Il n’aurait su dire non plus quelle expression affichait son visage. La honte l’empêchait de la regarder franchement, il avait juste conscience de sa présence. Sans le moindre effort pour croiser son regard, le Cerf haletant fouilla fébrilement dans son sac de voyage et en sortit la pomme entamée. Son poing brandi perlant de quelques gouttes de sang présenta à la jeune fille l’objet de son délit et de son désir. Aucun mot ne s’échappa pendant un court instant, alors que Frey essayait d’assembler ses pensées de manière cohérente.

«C’est ça que tu voulais, reprend-la. J’ai dû mordre dedans...»
Il déglutit avant de poursuivre sur un ton qui se voulait sec et autoritaire, mais qui ne trahissait que les vestiges de son trouble, tout autant que les légers tremblements de son corps.

«Je m’appelle Frey, et tu as une dette envers moi. Pour la pomme et pour les imbéciles.»
Et ce disant, il braqua sur la halfling un regard déterminé d’où la colère avait fait place nette au profit d’un sentiment plus neutre; comme un Cerf regarderait un de ses semblables.
Sans mépris.
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Tréaga
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MessageSam 7 Juin 2014 - 21:28


« Tu n’as rien fait, hein ? »

Tréaga était peut-être très jeune, néanmoins elle savait percevoir une question rhétorique quand elle en entendait une. La bousculade qui suivit lui confirma le reproche glissée par en-dessous, et le ton de son interlocuteur encore plus. Surprise, elle ne put que reculer sous le coup, le regard désarçonné. Car oui, bien sûr que oui elle n’avait rien fait. N’avait-il pas vu la scène ? Bon, concrètement non, toutefois elle était venue à lui, poursuivie et innocente. L’injustice la piqua, mouche tourmentée dont le grésillement lui monta bien vite à la tête. Et l’autre n’avait pas fini, loin de là. L’halfling essuya une nouvelle assertion cynique et cinglante, l’épaule encore brûlante de son rejet, les joues rouges d’indignation.

« Pas cela, non ! Je n’ai rien à voir avec cette affaire ! Je n’y suis pour rien ! » tenta-t-elle de lui cracher en retour. Son venin jaillit, rencontra le vide et retomba. Il ne l’écoutait pas, détournée d’elle.

… Mais pour qui il se prenait, avec son cerf plaqué sur la joue ? De quel droit la traitait-il ainsi ? Elle lui avait offert un présent tout de même ! L’igni voulut le saisir par le bras pour lui expliquer sa façon de penser, lorsque, d’une secousse, il se dégagea (l’avait-il seulement sentie ?) et se mit à fracasser l’amas de pierres et de bois près d’eux. La main levée, Tréaga ne put que le contempler, projetant débris et éclats autour de lui, hurlant sa haine à la face du monde, la rage gravée au fond de ses rétines. De minces copeaux de bois rebondissaient sur elle sans qu’elle les sente et retombaient à ses pieds, inertes. Elle, elle restait là, bouchée bée, à le regarder, et devinait qu’il était hors de sa portée. Trop loin d’elle pour que son seul orgueil blessé puisse l’atteindre lui. Et, étant ce qu’elle était, Tréaga se prêta peu à peu à l’observation de ce fou furieux, oubliant qu’il venait de la repousser. Minérale, elle détailla ses traits crispés par la fureur, palpa sans le toucher cet ouragan intérieur, seul témoin de cette violence dévastatrice.  

Et il frappait, encore et encore.

« On est tous maudits ! Tous des victimes ! Tous ! »

Frappait jusqu’à ce que sa victime rende l’âme.
Il ne restait presque rien du tas originel lorsqu’enfin il cessa de le marteler. Silencieuse, la jeune fille à côté de lui continuait de le regarder, ses yeux sur lui, en proie à la réflexion. A ses sens étaient parvenus cet air chargé de tension réprimée, ce vent indomptable et si peu maîtrisé. Aera, pensa-t-elle, à peu près certaine de viser juste. Plus encore derrière l’élément, la tourmente de son porteur, sa colère intrinsèque, tournée contre lui-même. Ce n’était pas à  elle principalement qu’il en voulait, mais à lui. A quelque chose de plus grand que lui. La fatalité. Celle qui était inscrite sur son visage.
Sur la peau et dans la peau.
Son être entier voulait prendre la fatalité et la jeter loin de lui.

« Fadaises que tout cela ! » Et ce fut là la conclusion de son cyclone. Un dernier murmure jeté après la lutte.

Le calme qui avait succédé à la surprise et à la frayeur de Tréaga la laissa immobile contre ce coup final. Entre les ombres de l’impasse, aussi noires que les traits sur leurs figures, elle osa consentir, lâcher son assentiment du bout des lèvres, cachée de tous.
« Oui. » Le mot tomba, seul, de sa bouche, sans qu’elle sache véritablement de qui il était. A un pas d’elle, l’étranger n’avait pas bougé, et l’avait-il seulement entendue ? Elle le fixait, et voyait que ce lien visuel était tout sauf réciproque. Etait-il encore engagé dans ce combat intérieur ou fuyait-il son contact, la rage hors de lui ? Elle envisagea la honte qu’il pouvait possiblement ressentir après un tel acte, et en conçut de la peine pour lui. Car Tréaga, étant ce qu’elle était, prenait les êtres tels qu’ils étaient.

Il y eut un pas vers lui, une fois de plus. Son regard ne l’avait jamais lâché et, à présent, cherchait le sien. Toute envie de défi était loin d’elle, et l’expression qu’elle portait empreinte seulement de curiosité et d’empathie. Ce n’est pas grave si c’est ainsi, si c’est comme ça. Ce n’est pas grave. Celle qui avait tant été fit donc ce pas, ce geste, qui ne portait aucune hésitation quand elle s’approchait encore de lui.
« Que t’a donc fait le monde pour que tu lui en… »
Le « veuilles autant ? » se perdit soudain.

Sous son nez, il avait brandi la pomme.

« Oh ! »

Aussi rouge qu’auparavant, sa chair tendre et blanche se découpait dans une morsure parfaite. Les doigts refermés autour, suintant de sang, exprimaient toute la détermination du jeune homme, et cette même fierté se lisait dans la graine de ses pupilles. L’halfling passa de l’un à l’autre, le cœur battant. Puis, en un éclair, elle s’empara du fruit dérobé et en prit férocement une bouchée, avant de reporter son attention sur celui en face d’elle.

« Oh, qu’est-ce qu’elle est bonne ! Elle ne m’avait pas mentie, elle est vraiment, vraiment bonne, n’est-ce pas ? »

Elle eut un soupir de satisfaction profonde, heureuse d’avoir enfin pu goûter à ce qui lui faisait tant envie, et lécha au coin de ses lèvres ce qu’il restait de jus. C’était moins acide que les mûres, et c’était même plus doux. La nouveauté de cet aliment la ravit. Si seulement elle avait eu quelque chose d’autre avec ! Mais c’était bien suffisant. La vagabonde eut un sourire furtif, quand une autre odeur vint titiller ses narines, familière. Ses paupières se firent closes un moment. Ah. Oui, c’est vrai. Il y avait cela aussi. Les écorchures. Réitérant le geste qu’elle avait eu pour son vis-à-vis quelques minutes plus tôt, elle déposa derechef la pomme au creux de sa paume : « Tiens. Goûte. », et alla ensuite prendre son autre main entre les siennes. Minutieusement, sa langue vint recueillir les gouttes qui perlaient à la surface des phalanges, les effleurant avec douceur comme si c’eut été une denrée rare, pensant les plaies.  

Au cours de ses multiples repas, Tréaga avait appris que le sang et sa texture variaient selon les individus. Le sien était à son image. Cuisant. Amer. Alors que le liquide écarlate coulait dans sa gorge, elle ressentait son insatisfaction et son acharnement à se dépêtre du sort que la vie lui avait octroyé. Elle le comprenait, effleurait son tourment sans toutefois en connaître les fondements.

Sa tâche achevée, elle s’écarta et le fixa, nullement gênée par ce qu’elle venait de faire, et qui lui semblait par ailleurs très naturel.
« Et Tréaga se reconnaît cette dette, Frey Vent-Brûlant, et n’y dérobera pas. Demande-moi ce que tu souhaites. Mais en attendant… »

D’un signe de tête, elle désigna les doigts encore ensanglantés du dénommé Frey.

« Je veux bien croire aux vertus de ma seule salive, cela ne guérira pas aussi efficacement qu’un vrai soin. »

La vampirisée accompagna cela d’un léger reniflement.

« Tu portes beaucoup de plantes sur toi. Peut-être que certaines feraient l’affaire ? »

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Frey Ocrefond
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MessageDim 8 Juin 2014 - 16:02

Les manières de cette curieuse inconnue décontenançaient Frey sur tous les points. Ce n’est pas tant la vivacité avec laquelle elle s’était emparé du fruit, que sa mine extatique après s’en être délecté d’un morceau qui le laissait sans voix. Elle affichait le bonheur d’un enfant dégustant sa sucrerie préférée. N’avait-elle jamais goûté une pomme de sa vie ?

Pourtant son attention s’en était bien vite détourné pour se consacrer aux écorchures du Cerf. Faisant fi de toute convenance, la jeune halfling saisit une des mains meurtries de Frey. La surprise l’avait clouer sur place. La pomme qu’elle l’avait invité à manger tomba par terre. Il sentait sa langue laper consciencieusement chaque blessure, glissant d’un doigt à l’autre avec adresse et détermination. En la regardant s’appliquer à nettoyer ses éraflures, l’image d’un cerf léchant les plaies d’un de ses pairs lui vint à l’esprit. C’était naturel pour les animaux d’agir ainsi, mais ce comportement était inattendu entre deux êtres pensant, d’autant que celui de la halfing semblait poursuivre un but autre que médical.
Les doigts de la jeune fille pressaient maintenant les siens pour en faire sortir le jus carminé qu’elle récoltait avec délice. La chair ainsi comprimée, Frey ressentit de petites pointes de douleur et tenta de retirer sa main doucement. La poigne de la fillette le rappela fermement à l’ordre: il était dépossédé de son bras tant qu’elle n’aurait pas achevé sa tâche.

Cette scène curieuse prit fin en toute simplicité. Tréaga, comme elle se présentait, ne semblait pas le moins du monde embarrassée par son acte, et l’invitait à panser ses éraflures. Sa candeur laissait Frey déconcerté. Il s’exécuta toutefois et ôta son sac en coulant le long du mur.

«Les plantes, c’est bien cela qui finira par poser problème...», laissa-t-il filer en sortant de son sac un peu de coton et un flacon.

Ses blessures étaient bien nettoyées, mais il prit la peine d’appliquer un peu de teinture dessus avant de les enrouler une par une dans des fines bandes de tissu. Aucun mot ne passa ses lèvres pendant le processus, concentré sur sa tâche. C’est ainsi qu’il voulait paraître en tout cas, car ses pensées étaient encore troublées. Pourquoi s’était-elle jetée si avidement sur sa main ? Bien sûr il avait parlé de dette, mais pas dans ce sens-là. Était-ce ainsi qu’elle comptait se racheter ?  Non, ses paroles laissaient entendre autre chose et quant à son attitude, elle n’avait pas l’air de s’en formaliser elle-même. La curiosité n’était pas son trait le plus marqué, mais il y a des événements qui dépassent l’entendement, et ne peuvent que titiller l’esprit.

Il sentait aussi palpiter une douleur sur sa jambe, et remonta avec soin son pantalon jusqu’à découvrir un peu de chair à vif d’où suintait une traînée de sang. Il sortit un nouveau morceau de coton imbibé d’alcool de son sac avec l’intention de nettoyer la blessure. Il s’arrêta au-dessus de la ligne sanglante un court instant, le temps de capter en biais le regard envieux de Tréaga. Le coton dans sa main bût rapidement le rubis de sang, et remonta doucement le long du chemin rouge qui s’était dessiné sur le tibia. Elle avait suivi tous ses mouvements sans ciller, et il en déduit qu’elle éprouvait une fascination certaine pour le sang. Il se garda bien d’en faire la remarque à l’intéressée, dans l’immédiat en tout cas. Toujours est-il que le silence n’était plus au goût de Frey, aussi décida-t-il de le briser.

«Vent-Brûlant ? C’est bien la première fois qu’on me nomme ainsi... Comment as-tu deviné qu’il s’agit de vent? Et toi-même, qui es-tu finalement ? D’où viens-tu pour ne pas pouvoir faire trois pas ici sans qu’on en veuille à ta vie ? »

Il écouta les réponses de Tréaga tout en finissant sa tâche. Après avoir apposé un pansement et rabattu son pantalon, Frey se redressa. Son dos rencontra le mur et il croisa les bras en embrassant son interlocutrice décidément peu commune du regard.
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Tréaga
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MessageMer 11 Juin 2014 - 15:42

Attentivement, l’ancienne Chizu observa Frey soigner ses blessures à l’aide d’une mixture qui était probablement de sa création, fascinée. Car tout comme les pommes, elle savait l’existence d’un tel fait possible, mais n’avait jamais vu, de ses yeux vu (ou en tout cas pas en tant Tréaga) le fait en lui-même. Et alors qu’elle contemplait la promulgation de ce soin, un éventail d’images, comme si souvent, se déploya en son esprit. Là, l’ange qui avait soigné Sen. Ici, Del léchant ses propres blessures. Loin, beaucoup plus loin, un elfe élancé qui enseignait à sa petite protégée les différences d’effet entre telle et telle plante. Une brise qui soulevait les pages éparses de sa non-mémoire, le temps d’en distinguer quelques mots, avant de s’amenuiser, fumée. Tréaga ferma les yeux une poignée de secondes et inspira longuement pour se laisser envahir par la multitude de senteurs aux alentours qu’il lui était possible de percevoir. Ah, cela oui, Elle l’avait connu. Mais pas ceci. Et quand elle chercha le nom de ce que son odorat reconnaissait, rien ne lui vint, si ce ne fut une étrange amertume qui lui enserra la poitrine. La remarque du blessé la sortit de sa torpeur, et elle s’exclama :

« Il est très facile de se procurer des plantes s’il venait à t’en manquer ! Je te montrerai. »

La Forêt Darke, en effet, n’était pas dépourvue de tout ce que bon herboriste pouvait avoir besoin. A l’idée d’y emmener l’aera, la vagabonde sourit, tout au plaisir de pouvoir, peut-être, se souvenir de ce que Sen avait appris. Ingénieuse intuition ou simple candeur, mais il lui parut naturel de ne pas mentionner que l’endroit où elle comptait « lui montrer » se situait à l’extérieur de la Cité et n’était pas réputé comme des plus fréquentables ces derniers temps. Toutefois, dangereux, il ne l’était pas pour elle. Ses pas foulaient l’herbe des hauts bois depuis trop longtemps maintenant, et ses premiers souvenirs à elle se trouvaient là-bas.

Sans se départir de son calme, Tréaga continua d’observer son vis-à-vis, suivant des yeux la lignée écarlate sur sa peau avec nul désir et besoin de se cacher. Elle était ainsi, et n’avait pas l’idée de lui faire du mal. A vrai dire, la notion du meurtre résonnait en elle, mais sa vie, courte encore, ne lui avait pas donné l’occasion d’y être véritablement confrontée. Elle savait que son organisme réclamait du sang de temps en temps, mais néanmoins respectait par trop l’existence d’autrui pour n’avoir ne serait-ce que penser à achever une de ses victimes depuis son éveil. Peut-être en avait-elle traumatisé certaines, mais la mort jamais, non. Et comme elle n’avait pas vécu le manque, il ne lui était pas venu à l’idée que cela puisse contribuer à faire souffrir une personne qu’elle apprécierait. Elle ne fit donc que s’emplir le regard et les narines, un rire lui venant aux questions de Frey.

« Comment ? C’est très simple. »

Son index vint tapoter son nez tandis qu’elle fixait le jeune homme malicieusement, mi-amusée mi-étonnée qu’il n’ait pas deviné.

« L’odeur. L’élément aérien plane autour de toi comme un manteau serré par des lanières trop fortes. Tu étouffes dedans et te débats de toutes tes forces. Je pourrais presque voir l’aura de colère qui palpite près de toi. »

Elle les considéra, lui et son don, longuement, avec la réflexion que l’on a pour un arbuste dont on ne sait encore s’il poussera droit ou pas. Son regard se fit lointain, et soudain les mille ans que Del avait portés rejaillirent sur ses traits. Le sourire était toujours présent, si ce n’était que son expression perdait en air enfantin, embrassant son âge véritable et sa longue expérience.

« Si tu savais maîtriser tout cela, tout ce que tu portes en toi, quel maître aera tu serais alors… Ton plus grand risque est de te perdre. De libérer cette charge si immense et de tous nous balayer avec. »

Son acte fini pendant qu’elle lui disait ces paroles, le Cerf s’était redressé et s’était adossé, bras croisés contre le mur, la détaillant à son tour. Faisant fi de cet examen, Tréaga s’était laissée aller à continuer d’évaluer le don qu’elle sentait en lui, en cherchant les limites et les innombrables possibilités. Puis elle se rappela qu’il lui avait également demandé des précisions sur son identité et retourna à elle-même avec la sensation frustrante que l’on a lorsque l’on se force à sortir d’un rêve. Sa voix se fit traînante et son regard, ancré jusqu’à maintenant dans le sien, brun, de son interlocuteur, s’en détourna.

« Je suis… Oh ! »

L’halfling se pencha et vint ramasser le fruit qui était tombé au sol quelques minutes auparavant, un air sincèrement désolé sur le visage.

« La pomme ! »

Elle se mit à la frotter de ses mains tout en la reniflant, cherchant une saleté qui aurait pu en encombrer le parfum et le goût. Satisfaite qu’elle n’eût rien, elle la rangea soigneusement à l’abri dans sa veste, avant de se rappeler qu’elle n’était pas seule. Elle prit conscience des bruits de la Cité en pleine activité qui palpitaient autour d’elle, réalisant que son excursion s’était soldée par une poursuite, une accusation de vol, et un retrait dans une impasse sombre et en ruines.

« Frey ! » lâcha-t-elle comme pour rappeler l’ainsi nommé à l’ordre.
« Frey ! » répéta-t-elle, et cette fois-ci elle posa sur lui un regard déterminé. « J’ai une idée. Viens. »

Et le saisissant, doucement mais fermement, par sa main bandée, elle l’entraîna au-dehors de la ruelle, non sans surveiller si d’éventuels marchands acharnés ne les y attendaient pas. Toutefois leur malheureuse aventure remontait à plusieurs minutes déjà, et les cris coutumiers des vendeurs du marché lui indiqua que ses agresseurs l’avaient bien vite oubliée au profit de leurs affaires. Parfait. Tréaga partit dans le sens opposé, son compagnon sur les talons et, durant toute leur traversée, lui désigna du doigt les quelques endroits dont elle avait la réminiscence d’anciennes connaissances.

« Je sais que si on tourne par là, on arrivera vers la place de la fontaine ! Et par là il y a une auberge qui sert des plats de mille et un horizons… Je crois. Et si on prend cette direction, on arrivera tout droit vers un volcan ! »

Trimbalé par la jeune fille surexcitée, l’aera lui glissa sans doute des commentaires pour lesquels elle eut une oreille attentive, écoutant l’avis d’une personne qui n’avait strictement jamais vue Elament. Ce fut au cours de leur excursion qu’elle lui lança soudain :

« D’où viens-tu ? Tu as beaucoup marché pour parvenir jusqu’ici, où se situe ta terre natale ? »

S’arrêtant soudainement, elle le considéra avec l’air de quelqu’un qui vient de se rappeler quelque chose d’important.

« Peut-être as-tu faim ? Ou soif ? »

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Frey Ocrefond
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MessageLun 16 Juin 2014 - 11:31

Jusque là, Frey n’avait jamais abordé le sujet de son pouvoir avec un autre que Cendrelacs, et ce dernier avait avait livré ses informations avec parcimonie, désireux d’atteindre Elament avant d’enseigner pleinement la maîtrise de l’air à son protégé. Mais l’Aasimar, en dépit de sa sagesse et de sa capacité à entrevoir l’avenir (chose qu’il n’avait jamais révélé ouvertement mais dont Frey le soupçonnait capable), n’avait pu prédire avec exactitude la chute de sa cité bienaimée, et moins encore sa fin brutale au cours du conflit. Ses paroles devinrent poussières qui laissaient encore un goût amer dans la bouche de Frey.
Et voilà qu’une autre avait percé à jour sa nature d’aéra, aussi simplement que si elle avait mordu un gâteau avant d’en décrire la saveur. Plus encore, Tréaga avait immédiatement fait le lien avec le caractère emporté du jeune homme, comme une évidence. Alors qu’elle faisait la description fidèle, Frey sentait bien le vent siffler encore et toujours en lui, bourreau infatigable cinglant son âme. Mais le Cerf ne laissa rien paraître de son trouble. Cette mise à nu subite souleva de nouvelles questions. Si Tréaga avait cet instinct, combien d’autres dans la cité pouvait s’en targuer aussi ? Combien d’élémentalistes l’avaient jaugé sans même qu’il s’en aperçoive ? La rue grouillante de vie attira vaguement son attention: en ce moment même, de parfaits inconnus sondaient peut-être sa nature. Cette pensée le dérangeait, et l’irritait fortement.  
Il trouva un peu de réconfort dans l’exposé de Tréaga. La petite mordue de pommes avait associé son caractère à son pouvoir comme les deux faces d’une même pièce. Elle était la deuxième avec son ancien «mentor» à faire cette observation, un fait dont il était venu à douter depuis son arrivée à Elament car sur ce point il n’avait eu ni indice ni confirmation. Tréaga parlait en puissance en affichant un air d’expert, soulevant d’anciens souvenirs ou cheminant sur les voies embrumées du futur. Mais Frey ne s’intéressait pas au pouvoir. Ce don était pour lui une gêne qu’il devait éliminer. Trop longtemps il avait vécu monté sur ce cheval fou dont il ne pouvait maîtriser la cavalcade endiablée. Son but immédiat était d’en attraper les rennes, et cravacher cette rosse indocile, dusse-t-il mettre le vent lui-même au pas.

Quand le Cerf avait signifié sa dette à Tréaga, il n’en avait pas entrevu toutes les possibilités. Visiblement la jeune halfling était bien plus qu’une chapardeuse ingénue. Ses paroles révélaient des connaissances qu’il ne lui aurait pas soupçonné et qui pouvaient potentiellement se révéler utiles pour son objectif. Toutefois cette fille constituait encore un mystère. Elle n’avait rien dit sur elle-même, et la voilà qui changeait de sujet. En apparence elle ne semblait pas opposer un mur, ni même en sentir la nécessité. Son caractère tenait de la météo capricieuse, toujours imprévisible, passant d’un sujet à l’autre avec exaltation, et qu’importe si ses idées demeuraient inachevées. Mais par moments son visage, ses paroles, laissaient entrevoir une autre nature plus sage, plus raisonnée. Plus ancestrale peut-être.
C’est ainsi que fidèle à sa nature, elle saisit une troisième fois la main du Cerf, et l’entraîna à tire-d’aile à travers les rues animées. Il eut juste le temps d’agripper son sac et de le lancer sur son épaule. Sa guide auto-attitrée rayonnait du plaisir de partager ses petits secrets citadins à son compagnon, commentant chaque rue, dispensant des conseils pour se repérer, indiquant des boutiques ou restaurants incontournables. Frey marchait docilement à ses côtés, acquiesçant à ses remarques. Flegmatique en apparence, il ne perdait pas une miette des observations chaleureusement offertes. Son expérience de voyageur lui avait appris que les richesses des villes se révélaient dans les paroles des habitants, ce qui valait davantage qu’un erratique vagabondage. Frey avait conçu d’Elament une toile terne et morose, mais chaque mot de Tréaga était un coup de pinceau qui teintait le canvas de couleurs chaudes et vibrantes. Leur excursion esquissait des formes insoupçonnées suivant  une composition erratique où l’équilibre naissait dans l’opulence de ces petits détails truculents. Chaque touche de peinture appliquait une texture unique dont les contours finissaient par se fondre les uns dans les autres en un tout harmonieux.
Puis vint un moment où la peintre transperça la toile en posant à Frey une question sur ses origines. Aussitôt l’humeur du Cerf s’assombrit. Blanchelivrée était un sujet tabou, relié à bien trop de mauvais souvenirs. Heureusement, sa compagne changea aussitôt de sujet. Peut-être avait-elle vu son expression, mais non, elle écoutait tout simplement ses idées comme elles venaient. Décidément, cette fille est aussi changeante qu’une girouette ballottée par le vent, se dit-il.

«Autant l’un que l’autre, je dirais.» répondit-il à la question concernant son appétit et sa soif. A dire vrai, cela faisait un moment que son corps le rappelait à ses besoins primordiaux. «Je connais un endroit à quelques pâtés de maisons.»

Sans attendre la réponse de l’intéressée, il l’invita à la suivre à travers une ruelle adjacente à leur chemin. Ils arrivèrent rapidement devant une cantine sans nom aménagée dans une petite maison banale. Bien peu aurait pu en soupçonner l’existence par les faibles indices qu’exposait la crèmerie. Devant l’entrée était disposé deux petites tables et quelques chaises à l’aspect peu confortable, tandis que de la fenêtre entrouverte émanait une odeur de cuisine et des bruits de couverts discrets. Frey pénétra dans l’établissement et invita sa compagne à entrer. L’intérieur était tout aussi commun que la façade. Sur les quelques tables dispersées dans deux pièces adjacentes demeuraient encore des restes d’autres clients. A part quelques traînards, la cantine était vide en ce début d’après-midi, et le duo put choisir une table intime accolée à une fenêtre.
Comme appelée par le bruit des chaises tirées, une elfe aux formes potelées passa la porte qui menait aux cuisines et se dirigea vers ses nouveaux clients. Après un salut poli de la tête, elle s’enquit de leur choix de menu. Frey commanda pour tout deux des pâtés à la viande accompagnés d’un pichet de vin et de gâteaux au miel fourrés.

«J’ai découvert cette cantine un peu par hasard. Au début, ils servaient de la soupe et des plats aux plus démunis après la... bataille. Finalement beaucoup sont revenues même après s’être remis de leur sort, alors les patrons ont continués. Je ne sais pas s’ils étaient restaurateurs avant, mais leur nourriture est plutôt bonne. Tu peux me croire, j’ai eu l’occasion de tester beaucoup d’auberges. Leurs pâtisseries sont succulentes aussi.»

La serveuse revint rapidement avec les plats et la boisson. Après avoir disposé tout sur la table, elle prit congé et retourna en cuisines.

«Le vin en revanche n’est pas très clément, mais il désaltère.» dit Frey en grimaçant.
Il servit courtoisement un verre à Tréaga, renversant quelques gouttes au passage. Après quoi il entama son repas sans plus de cérémonie. Le friand croustillait délicieusement et il se régala de la garniture abondante relevée de cerfeuil et de persil. La pâte sèche chatouilla sa gorge, il toussota un peu avant de prendre une nouvelle gorgée de vin. Le repas le délecta autant que les expressions qu’affichaient Tréaga en dévorant son assiette. Elle humait le parfum de chaque aliment comme pour tenter d’en deviner la saveur avant la mise en bouche. Mais l’odeur et le goût sont choses différentes et il s’amusa de sa surprise à chaque plat. Le gâteau surmonté d’une touche de miel et fourré à la crème de châtaigne eut un succès incontestable.
Après son engouement à lui faire découvrir la ville, le Cerf était content de pouvoir lui rendre la pareille. C’était ainsi qu’il concevait les choses, pour chaque service rendu il fallait un équivalent. En partageant ce repas avec elle, il réglait sa propre dette quelque part. Ses relations au cours de ses voyages se limitaient à ce principe, et Frey ne se liait pas d’avantage avec autrui. Pour l’heure, Tréaga ne faisait pas exception, néanmoins sa compagnie inopinée était venue briser le cycle monotone de ses journées. D’ailleurs elle-même ne lui donnait pas l’impression d’une personne contraintes par quelques responsabilités, impression renforcée par sa tendance à divaguer.

«Tréaga,» commença-t-il pour attirer l’attention de la jeune halfling concentrée sur son assiette, «Qu’est-ce que tu fais habituellement ?» En écho à ses propres préoccupations, une autre question franchit spontanément ses lèvres: «Pourquoi restes-tu à Elament ?»
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Calmcacil Aeglos
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MessageMer 2 Juil 2014 - 18:37

Encore une belle journée pour passer du bon temps dehors et surtout pour profiter de l'animation de la Cité. Il avait invité la jeune Lys-Dorée à aller s’entraîner à la maîtrise de leur élément respectif. Il avait tout de même apporter les deux autres livres élémentaires pour les lire aussi, cela pourrait donner des idées pour l'entrainement. Pour se retrouver, Aeglos demanda à Sumak de le rejoindre à une auberge, qu'il aimait particulièrement, pour manger un petit bout avant d'aller s’entraîner. Il avait aidé les propriétaires à se réparer une partie de leur auberge. Et pour le récompenser de ses efforts, les propriétaires avaient invités Aeglos à manger gratuitement la nuit venue. La nourriture était tout simplement excellente. Depuis ce moment, il y venait assez régulièrement. Une fois devant cette dernière il attendit la jeune halfling.

Ce fût rapide, il avait à peine attendu dix minutes. La Terra arriva près de lui et Aeglos la salua d'un sourire et d'un salut de la main.


- "Salut Sumak! Comment vas-tu depuis notre escapade à la bibliothèque ? Quelle belle journée avons-nous là!"

Une fois les salutations terminées, les deux élémentalistes entrèrent dans l'auberge. Comme d'habitude, Aeglos est bien accueilli par la femme tenant la maison.

- "Oh Aeglos tu es venu accompagné ? Comme vous êtes mignons tous les deux. Vous allez très bien ensemble." Fit-elle.

- "Oui... Euh, enfin non... On est pas vraiment ensemble... Enfin Sumak est une amie et nous venons seulement pour manger un petit encas rien de plus." Répondit Aeglos en bégaillant et en rougissant.

La tenancière indiqua une table de deux places libre et les invita à s'y installer. Aeglos, gêné, s'excusa auprès de Sumak.

- "Désolé pour tout à l'heure. Je voulais pas t'offenser." Tout en baissant et en se grattant la tête.

Il laissa un petit blanc puis reprit avec assurance :


- "Sinon, as-tu eut le temps de regarder ton livre Terra et y dénicher des choses intéressantes ? Moi je t'avoue que je n'ai pas eu le temps."

Aeglos se tourna vers la serveuse et commanda deux patisseries. Celle qu'il préférait, c'était l'éclair au chocolat. Avec sa garniture au chocolat, et son coulis sur le dessus. Il espérait que l'halfling aimait les patisseries. Il avait l'impression de la connaitre sans vraiment la connaitre sur ce qu'elle aimait dans la vie de tous les jours. Il faut dire qu'il n'en avait pas vraiment eût l'occasion depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Entre les démons près du parc et la recherche des livres dans la bibliothèque obscure et poussièreuse, ils n'avait jamais pris le temps de se poser et de discuter de la pluie et du beau temps.

- "J'espère que tu aimes les éclairs au chocolat. Tu vas voir, ils sont excellent."

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Sumak Lys-Doré
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MessageJeu 3 Juil 2014 - 9:33

Le soleil semblait haut à la halfling lorsqu'elle se leva. Témoignage de ses habitudes matinales. Elle battit des paupières à plusieurs reprises pour se faire à la luminosité ambiante et se leva. Elle saisit son livre, et quitta la pièce. Elle salua la famille l'hébergeant, s'empara d'une poire, leur disant revenir le soir, et quittant la petite habitation.

Sumak avait de la chance d'avoir trouvé une famille acceptant de l'héberger ainsi contre quelques travaux. Mais ce jour serait un de ceux où elle agirait presque librement. Elle devait retrouver son ami aqua à une auberge plus tard dans la matinée. En attendant, elle voulut se consacrer à la lecture de son manuel. Elle n'avait pas eut le temps de vraiment se plonger dedans, aidant les civils pour trouver gîte et couverts.

Se laissant guider par les voix des personnes déjà au travail, Lys-Doré arriva à une petite place où des marchands tentaient de crier plus fort que leurs confrères, dans l'espoir d'une meilleure vente. Cela rappela une ritournelle stupide qu'elle avait apprise avant son arrivée à Elament. Sur le navire d'un pirate aqua. Elle s'arrêta le temps de vérifier si ses deux tresses étaient correctes, et chercha par la même occasion un endroit où s'asseoir. Non loin, un banc sur lequel une femme s'occupait de son enfant en bas-âge. Il restait tout de même suffisamment de place pour la petite personne et son livre.

Montant sur le banc, elle jeta un rapide regard au bébé rieur, et reprit son manuel, l'ouvrant à la page qu'elle souhaitait. Nul besoin du sommaire à présent. Elle avait tourné si régulièrement ses pages qu'elle savait à peu près de quoi traitait chaque chapitre. Elle se plongea dans sa lecture, oubliant le reste du monde environnant. Elle se sentait presque dans une bulle, hermétique à tout dérangement.

Presque hermétique. Les pleurs du bambin la firent revenir à la réalité. En regardant le numéro de la page, elle s'aperçut que la lecture fut de longue durée. Sumak sauta à terre et commença à se diriger vers son lieu de rendez-vous. En voyant l'hybride l'attendre, elle s'arrêta net, et se regarda. Pour quoi allait-il la prendre? Elle avait encore des vêtements semblables à des lambeaux. Il finirait par croire qu'elle le faisait exprès. Elle avait quelques bleus aussi, mais il ne les remarquerait pas, où ne ferait aucune remarque s'il avait un esprit décent. La Halfling savait qu'elle n'arrivait à prendre soin que de son tour de cou ainsi que de ses brassards, tous fait dans un cuir teint de couleur sombre. Les cheveux étaient emmêlé avec des branches encore vertes dedans, mais c'était là sa volonté.

Elle franchit les quelques mètres la séparant de son ami après s'être donné un coup de son livre sur le crâne. Elle frôlait les murs en avançant, préférant éviter cette mer de jambes plus ou moins pressées. Elle n'avait nulle envie de se faire percuter et risquer quoi que se soit, alors que pour une fois, elle allait pouvoir s'entraîner à la maîtrise de son élément. Elle salua l'hybride en agitant la main tenant son manuel.


"Bonjour Aeglos. Je me porte, comme tu le constates. Je n'ai pas à me plaindre. Et pour une belle journée... Il y a presque trop de soleil."

Il la gratifia d'un sourire, et entra. Visiblement, il était un habitué de ces lieux. La tenancière semblait le connaître. Quoi que pas assez. Ce devait être la première fois qu'il amenait une personne de la gente féminine. Sumak se donna un coup de son livre sur le front, préférant cacher ainsi son visage. Non, elle n'allait pas bien avec cet hybride. Elle n'aimait que son élément. Tout du moins, personne pour le moment n'avait réussit à éveiller le moindre sentiment autre que de la sympathie dans le coeur et les yeux de la Halfling.

La serveuse s'excusa avec un rire nerveux lorsqu'elle entendit Aeglos balbutier les réalités de leur relations, et en voyant les yeux ronds de la petite personne. Elle les plaça à une table, et ce fut au tour de l'hybride de présenter ses excuses.


"Tu ne voulais pas m'offenser? Il n'y a nulle offense, mon petit hybride."

Pour une fois, Sumak avait prit une voix mielleuse pour lui répondre. Elle s'était également amusée à le regarder dans les yeux,faisant papillonner ses paupières, et à garder la bouche en coeur. Avant de reprendre son habituel regard peu expressif, laissant échapper un léger soupir du large sourire dont elle s'était fendue.

En attendant que la commande n'arrive, elle regarda autour d'elle. Non loin d'eux, il y avait un autre "couple" pour le moins original. Un cristalléen d'après les souvenirs de la petite blonde, et, à sa grande surprise une autre Halfling. Sumak ne put s'empêcher de la détailler un minimum. C'était bien la première fois qu'elle en revoyait une depuis son départ de sa tribue. Autrement, il y a fort longtemps. Celle-ci avait des cheveux roses, et ne portait que peu de vêtement, ne dissimulant aucunement ses charmes. Elle devait avoir une personnalité assez sûre d'elle, si ce n'est exubérante. Où tout simplement très tête en l'air. La terra espéra qu'elles se recroiseraient plus tard, histoire de parler un peu. Intérieurement, Lys-Doré était heureuse de retrouver un membre de sa race. Elle se sentait nettement moins seule. Même si elle ne faisait que voir cette autre petite-gens.

L'attention revint à sa propre table, lorsque la commande passée par Aeglos arriva. Elle ne l'avait pas entendu parler des éclairs au chocolat. Néanmoins, elle en avait mangé une fois, et c'était régalé. Puissent ceci être aussi bon. Elle prit le sien en main, et jeta un dernier regard à la demoiselle aux cheveux rose, avant de mordre à pleines dents dans sa patisserie.
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Tréaga
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MessageMar 9 Sep 2014 - 14:51

Alors que l’halfling s’apprêtait à indiquer à Frey un endroit où ils pourraient se sustenter, jailli parmi mille autres colportés par ses souvenirs, le cristalléen prit les devants et l’entraîna dans le dédalle des ruelles d’Elament. Intriguée, et curieuse d’une nouvelle découverte, Tréaga se laissa mener jusqu’à l’ancien refuge, pénétrant la cantine tandis que le fumet odorant des plats se faisaient plus alléchant. Humant la bonne odeur, elle se laissa envahir par la mémoire olfactive de mets qu’un jour elle avait peut-être goûtés, sans toutefois pouvoir affirmer aujourd’hui qu’elle en avait vécu l’expérience. Les odeurs étaient toutes plus délicieuses les unes que les autres et, sans faire état de la simplicité des lieux, somme toute accueillante, c’est avec entrain qu’elle s’installa à une table avec celui qui n’était qu’un inconnu quelques heures auparavant.

« C’est un endroit chaleureux. » confirma-t-elle aux dires de son compagnon. Une ombre passagère était passée sur ses traits lors de l’évocation de la désertion de la Cité par les démons. Car si Frey parlait de bataille, Tréaga, elle, n’avait que les réminiscences d’une fuite infinie entre les arbres de la forêt Darke, et se rappelait encore cet instant de flottement quand elle s’était éveillée à ce monde rempli de cris et de terreur. Les conséquences de la guerre faisaient qu’on la montrait parfois du doigt en l’accablant d’insultes ignobles, et pourtant c’était cette même guerre qui créait ce genre d’endroit, tout comme celui où elle avait établi sa demeure. Un endroit où il faisait bon vivre.

Jouant distraitement avec son couteau, celle qui avait été général démone ne put s’empêcher de lâcher :
« Alors le sang et la souffrance sont nécessaires à quelques secondes de paix ? » Puis, alors que sa phrase à l’accent rhétorique achevait de franchir la barrière de ses lèvres, elle se reprit et enchaîna sur un ton enjoué.
« D’autres auberges ? Lesquelles ? Je n’ai jamais eu l’occasion d’en tester ! C’est une première pour moi ! »

Et, toute aux récits de son vis-à-vis, la vagabonde saisit son verre, en renifla le contenu, et en prit une gorgée avant de s’en régaler entièrement, appréciant l’amertume du breuvage qui contrastait tant avec l’eau dont elle s’abreuvait ou le jus sucré des fruits sauvages qu’elle cueillait. A vrai dire, l’intégralité de son repas ne fut que joie et extase. Tandis qu’elle et Frey échangeaient sur divers sujets, passant du coq à l’âne avec cette nonchalance qui caractérisait l’halfling, elle s’émerveillait de la saveur de chaque aliment, et plus encore des combinaisons des saveurs entre elle. L’alliance entre le vin et le friand la laissa silencieuse pendant quinze secondes, le temps de se demander comment elle avait pu vivre sans connaître cela. Son estomac, habitué, à se nourrir d’éléments non cuisinés, se sentit gonflé comme jamais. Le dessert fut fantastique. Bien évidemment, Tréaga ne pouvait s’empêcher d’exprimer sa joie à voix haute :

« Oh, Frey, c’est tellement succulent ! Est-ce que tu as senti ce petit goût en fond là ? Qu’est-ce que c’est ? C’est merveilleux ! Merci ! »

L’halfling léchait copieusement ses doigts, se repaissant de la moindre miette, quand il lui demanda le pourquoi de sa présence au sein d’Elament. Encore une fois, ses yeux se détournèrent des siens. Qu’est-ce qu’il penserait d’elle si elle lui révélait que Jasdrian, sans être elle-même, constituait une part non négligeable de son passé ? L’igni fit mine de prendre son temps, recueillant un reste de crème qui s’attardait sur son assiette, laissant son regard errer dans la salle… Alors qu’elle détaillait un couple non loin d’eux, elle dit d’un ton qui se voulait assuré :

« Je ne suis pas vraiment à Elament… Enfin, je n’habite pas vraiment au sein de ses murs, tu vois… Je… Hey… »

Ce couple, sans parler du fait qu’il constituait une échappatoire à une question gênante, constituait la réunion de deux personnes réellement singulières. Inspirant profondément, les yeux clos, la vampirisée laissa leur parfum être porté jusqu’à son nez… Avant de se retourner brusquement vers l’aera.

« Frey ! C’est une halfling ! C’est la première fois que j’en rencontre une depuis… »

Sentant qu’elle en disait trop, Tréaga fit mine de renifler encore dans leur direction tout en considérant leur apparence. L’homme affichait une chevelure d’un blanc immaculé, de celle-ci pointaient deux oreilles de loup, et une cicatrice lui barrait l’œil. Bien que son odeur n’inspirait rien à l’igni, elle sentait que sa nature en elle-même était chose assez rare pour être remarquée. Son interlocutrice était incontestablement une halfling, et tout laissait à penser que la route qu’elle avait traversé s’était révélée rude et longue, tant à cause de son odeur qu’à cause de l’aspect qu’elle affichait. Pour cela, Tréaga se sentit prise de compassion pour elle autant que d’intérêt.

« Allons leur parler ! »

N’attendant nullement l’aval de Frey, elle se leva et alla jusqu’à leur table, adressant la parole sans cérémonie aucune à celle qui partageait sa race, le tout avec un large sourire aux lèvres.

« D’où viens-tu ? C’est la première fois que je croise une halfling ! Je suis tellement heureuse de te voir ! Est-ce que tu as goûté les gâteaux au miel qu’ils font ici ? Ils sont délicieux ! C’est grâce à Frey que je les ai découverts, je n’en avais jamais mangés avant ! Toi aussi, il faut que tu les goûtes ! Oh… Tu sens l’eau ! Frey, c’est un aqua ! »

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Frey Ocrefond
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MessageMer 10 Sep 2014 - 15:28

Frey se retourna à la remarque de Tréaga et vit assise deux tables plus loin l’halfling qui avait captivé son attention. La tenue de la jeune fille faisait peine à voir, autant que ses cheveux négligés où s’emmêlaient quelques branches bourgeonnantes. Son visage hermétique semblait pourtant ne pas s’en soucier le moins d’une monde. Son attention se portait tour à tour à sa pâtisserie et à son compagnon, bien que l’un comme l’autre ne pouvait en tirer qu’une appréciation retenue et polie.
Son ami tout aussi étrange ne pouvait pas être le plus contraire. Il maintenait la conversation avec enthousiasme, soit pour combler le silence invoquée par sa compagne peu loquace, soit pour la divertir au mieux. Entre deux paroles et une bouchée dans son éclair, Frey put discerner une paire de canine, qui mise en relation avec les oreilles arborées par l’homme pâle, corroborait l’affiliation à la famille des loups supposée par le Cerf. En revanche il ne pouvait être absolu quant à la nature exacte de sa race. Un animorphe peut-être, mais cela n’expliquait en rien ses traits fins et son teint lacté. Son physique cultivé ainsi que l’épée posée sur la table invoquait une nature propice au combat. Mais mettait-il sa lame au service du peuple ou sous sa gorge ?
Frey restait sceptique et méfiant vis-à-vis de ce couple peu commun. Bien qu’ils semblaient sortir en bons amis, l’écart entre leur attitude pouvait être l’indice d’une relation plus haïssable. D’abord son instinct de Cerf s’était aussitôt éveillé en reconnaissant l’un de ses prédateurs naturels, puis les quelques bleus portés par la halfling pouvaient signifier davantage que quelques maladresses...

Si cela eut été possible, il aurait préféré garder cette distance et ne pas se mêler aux histoires de ce couple, bonnes ou néfastes. Mais sa propre compagne de table, fidèle à sa nature remuante, les avait déjà rejoint et entamait gaillardement la conversation. L’air hébété de l’homme-loup coupé en pleine tirade sur les délices quotidiens calma un peu les appréhensions de Frey.
De toutes façons, amis ou ennemis, il n’allait pas laisser Tréaga lui fausser compagnie. Elle en avait d’ailleurs profiter pour esquiver ses questions, aussi Frey décida qu’il ne serait jamais profitable de lui en poser d’aussi personnelles à l’avenir. Il prit son verre et la bouteille de vin à moitié entamée, et alla la rejoindre à la table des deux étranges étrangers.

Bonjour à vous, lança-t-il en posant un regard plus soutenu sur Aeglos tandis que Tréaga accaparait l’attention de sa compatriote halfling. Navré de vous interrompre, mais il semble que mon amie s’enthousiasme à l’idée de partager votre table et votre compagnie.
Il tira une chaise à lui et s’installa au plus près d’Aeglos.
Permettez donc que nous nous joignons à vous ? Je me nomme Frey Ocrefond, et cette bouteille est encore trop pleine pour mon gosier seul. Votre aide serait vivement appréciée.
Le vin coula prestement dans le verre d’Aeglos et le sien. Il le porta à ses lèvres en détaillant chaque convive et en but une gorgée, non sans leur souhaiter une bonne santé sur la robe rougeoyante du breuvage.
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Calmcacil Aeglos
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MessageVen 12 Sep 2014 - 12:09

Alors ça c'est la meilleur. Il était en train de parler tranquillement à Sumak lorsqu'une fille, d'après ses dires une halfling aussi, lui coupa la chique et s'installa comme ci de rein n'était. Aeglos resta bouche bée tandis qu'il avait celle ci à moitié pleine tenant encore son éclair à mi-hauteur. Il s'apprêta à répliquer lorsqu'un autre individu s'installa juste à côté de lui, remplissant généreusement son verre de vin. Faisant mine de rien, il termina son éclair silencieusement, but son verre de vin et s'essuya la bouche. Il plia tranquillement la serviette et la posa sur le coté. Son air agacé se lisait très facilement sur son visage. Dans sa tête, il pensa à mille façon des réactions qu'il pourrait avoir. Il hésita longuement entre le retournement de table, le poing sur la table ou encore la grosse gueulante.

* Soit zen Aeglos. Soit zen. * Se répétait-il sans cesse.

Il ferma les yeux, tourna sa tête vers Frey et fit tout en souriant d'un air un peu forcé :


- "Mais il n'y a pas de mal. Merci beaucoup pour ce bon vin. Quant à moi je m'appelle Aeglos, je suis de la milice, c'est un plaisir de vous rencontrer."

Voyant qu'il ne pouvait plus obtenir l'attention de Sumak à cause de l'autre halfling, Aeglos continua de discuter avec Frey.

- "On va laisser les demoiselles entre elles. Il me semble vous avoir déjà vue ci et là dans la cité pendant mes rondes autour de la cité. Que faites-vous à Elament ? A votre allure, je dirais que vous êtes mercenaires, je me trompe ?"

Il laissa l'homme s'exprimer et reprit ensuite.

- "Vous m'avez tous les deux l'air de personne bien sympatique. De quel élément êtes-vous ? Sumak et moi devons aller nous entraîner à nos pouvoirs. Voulez-vous nous accompagner ? J'ai justement des livres sur la magie Aera et Igni." Tout en sortant ces fameux livres.

- "Je vous propose d'aller s’entraîner à la caserne de la milice, il y a un espace dédié à cela pour les troupes."

Cette expérience serait l'occasion pour voir les autres éléments à l'oeuvre et voir si les enseignements des lires diffèrent entre elles.

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Sumak Lys-Doré
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MessageSam 13 Sep 2014 - 21:42

L'attention de Sumak était plus centrée sur sa pâtisserie et sur l'autre halfling que sur les propos de Aeglos. Il y a longtemps qu'elle ne se nourrissait presque que de fruits qu'elle aidait, un peu, à pousser. Mais elle n'était pas sourde pour autant. Aeglos parlait d'un peu tout et de rien. Comme s'il avait besoin de parler. Plutôt étonnant.

L'ultime bouchée arrivait. La Terra s'apprêtait à la savourer quand elle entendit une voix se mettre à parler à côté d'elle. En tournant la tête, Sumak aperçu cet autre membre de sa race. Elle était on ne peut plus enjouée, et harcelait déjà de questions la pauvre blondinette qui ne demandait qu'à finir tranquillement son éclair. Un lent regard coula en direction de l'aqua. Visiblement, il était énervé. Et une autre personne arriva. Avec un pichet de vin dont il remplit le verre de Aeglos.

C'était donc chacun pour soit maintenant. La terra prit le temps de se délecter de cette dernière bouchée, et laissa un soupir d'aise s'échapper. Il fallait répondre, maintenant que le plaisir était passé, ainsi que quelque peu gâché. Bien que les deux arrivants ne semblaient pas désagréables, sauf l'espèce de mercenaire un peu, la Lys-Doré aurait préféré rester en seule compagnie de l'hybride.Elle s'exprima d'une voix presque tremblante, tant elle était étonnée d'une telle approche. Ses yeux habituellement ternes semblaient plus sombre qu'à l'accoutumée.


"Je euh... Je viens de nul part en fait. Je ne suis qu'une simple terra. Et je ne sais plus si j'ai ou non goûté ces gâteaux au miel. Il me semble venir ici pour la première fois. Ce qui est certain, c'est que c'est la première fois que je viens avec l'aqua."

Une rapide pause permit à Sumak de constater que Aeglos et l'autre homme d'arme étaient en pleine conversation. Sur un ton plutôt léger. Quoi qu'un peu forcé pour le demi-loup.

"Mais... Je ne sais rien de toi. Es-tu élémentaliste aussi? Comment t'appelles-tu? Moi c'est Sumak Lys-Doré. Le nom de ma mère encore... Je comptais m'entrainer un peu à la maitrise de mon élément avec Aeglos. Tu veux te joindre à nous? Ne serait-ce que pour regarder si tu n'as pas la maîtrise. Quoi qu'il en soit, je suis contente de voir enfin une halfling. Je commençais à me sentir seule ici avec toutes ces grandes-gens."

La terra se retourna complètement vers son camarade, et constata qu'il en était au même point.

"Vu que Aeglos et moi avons finis de manger, on va filer. Et vous êtes invités à nous suivre. Libre à vous de prendre votre propre chemin."

La Halfling se laissa tomber du banc sans plus attendre, ne faisant même pas attention aux expressions faciales des autres. Ca aurait put être amusant. Et elle se dirigea vers la sortie. Après tout, si Aeglos l'avait invité ici, c'était qu'il comptait payer non? De quoi faire douter la tenancière des propos de l'hybride. Cette pensée désespéra Sumak. Mais elle fut vite éclipsée par une pensée qui était toute aussi nouvelle que chaleureuse. Elle n'était pas la seule halfling de ces lieux. Et elle semblait avoir des choses à cacher pour être aussi enjouée.

Une fois dehors, la terra se cacha les yeux d'une main, le temps de se réhabituer au soleil. Après quelques secondes à bloquer l'entrée ainsi que la sortie de l'établissement, Sumak prit une direction d'une démarche assurée. Pourtant elle ignorait où se trouvait la caserne. Pour n'y être encore jamais allée. Il restait à espérer que c'était la bonne direction. Au pire... Aeglos sera là pour la rattraper et l'empêcher de faire une bêtise. Il était une sorte d'ange gardien mortel en fait.
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Tréaga
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MessageDim 14 Sep 2014 - 11:03

Ravie de voir que Frey la suivait dans son mouvement, Tréaga s’accapara également une chaise pour mieux s’installer auprès de sa comparse. Celle-ci n’avait, apparemment, pas l’habitude d’une telle approche, et le sourire de l’igni se fit plus doux alors qu’elle l’écoutait, curieuse. Ignorant que le fruit de cette intimidation ne pouvait être que sa personne, elle la mit simplement sur le compte d’un caractère timide et discret, ce qui eut pour effet une plus grande prévenance envers elle. Aussi la vagabonde remplit son verre de vin avant de se servir elle-même, hochant la tête à ses dires.

« Il faut absolument que tu y goûtes ! La prochaine fois je t’en prendrai. »

Prenant une gorgée de sa coupe, elle se lécha les lèvres, puis enchaîna :

« Je suis Tréaga. Elémentaliste comme toi, mais igni par contre. »

D’une oreille discrète, elle prêtait également attention à la conversation qui se déroulait entre son propre compagnon et le nymphe, notant le nom de celui-ci et sa place au sein de la Cité. Un milicien… Avait-il été présent lors de la capture d’Elament par les démons ? Un frisson la parcourut face à cette possibilité… Qu’elle calma bien vite cependant. Aeglos n’avait pas l’air de ceux qui la reconnaissaient. Elle pouvait donc en toute simplicité profiter de cet instant.
A la proposition lancée par Sumak et son ami, Tréaga adhéra aussitôt. La convaincre était, en vérité, des plus faciles, ne serait-ce qu’en considérant le nombre d’heures qu’elle avait passé à la tour de Tyios à s’amuser avec les flammes produites par son corps. Se tournant vers Frey, elle lança avec excitation :

« Quelle bonne idée ! Un peu de pratique nous ferait du bien, et puis je n’ai pas encore vu d’autres élémentalistes à l’épreuve ! »

Gagnée par la hâte de l’autre halfling, que Tréaga mit sur le compte de l’excitation, elle la suivit prestement à l’extérieur de l’auberge, certaine que les deux jeunes hommes les rejoindraient bientôt. Arrivée à la hauteur de la terra, elle engagea à nouveau la conversation avec elle, calquant ses pas sur les siens.

« As-tu déjà pratiqué ton don ? Tu es venue pour aller à l’école de la Cité, non ? »

A l’évocation de ce lieu, elle ne put empêcher une pointe de nostalgie en elle, sentiment qu’elle réfréna immédiatement toutefois. Cette vie, celle de Sen Chizu, n’était pas la sienne. L’halfling qui avait franchi les murs de ce bâtiment et y avait rencontré élèves et professeurs n’avait rien à voir avec elle. Plutôt que de s’attarder sur son ancienne personnalité, elle songea à Frey et à la maîtrise de l’air de ce dernier. La magie compressée à l’intérieur de lui qui entraînait cette colère tellement dévastatrice. Il lui faudrait guetter les signes avant-coureurs d’une crise avant qu’elle n’advienne.

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Frey Ocrefond
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MessageMar 16 Sep 2014 - 14:21

Frey leva un sourcil à l’évocation de la profession d’Aeglos. Il ne glissa pas son regard sur Tréaga, mais se demanda si approcher un milicien était une idée si judicieuse, considérant les évènement du marché. Constatant que le soldat ne semblait pas lui prêter attention, il respira un peu tout en restant vigilant. Par ailleurs il n’avait pas à s’inquiéter outre mesure puisque lui-même n’était pas recherché, et pouvait donc aimablement poursuivre la conversation avec le jeune homme.

Mercenaire ? Non, pas en ce moment. Je suis plus occupé à réparer les maux de la guerre qu’à les amplifier, à l’heure actuelle... Si vous m’avez croisé un jour, il y a de fortes chances que ce soit du côté des infirmeries car j’y donne un coup de main en tant qu’herboriste.

Bien qu’entraîné à l’art de l’épée et du combat, Frey n’en avait presque jamais fait une occupation lucrative. Même exilé de sa cité natale, les enseignements de son Fërima demeuraient ancrés profondément en lui. Sa lame n’était pas destinée à servir des intérêts éthiquement discutables, il la considérait toujours comme un instrument de droiture et de justice. Par ailleurs ce genre d’activité appelant la violence, l’adrénaline et le stress, n’était pas tellement indiqué pour son caractère si instable.

En dépit de sa contrariété toujours visible, Aeglos anima la curiosité de Frey en sortant deux livres amochés dont l’un était dédié à son élément de prédilection: l’air. Il caressa le centre de la couverture où se déployait l’emblème Aera finement ciselé. Une pointe d’irritation contre lui-même étreignit son cœur. Pourquoi n’avait-il pas pensé à la bibliothèque dont Cendrelacs lui avait tant vanté les richesses ? Il s’énerva du temps perdu à errer, à collecter des bribes d’informations souvent inutiles, alors que le savoir se trouvait dans les livres. Cet ouvrage gisant sous sa paume pouvait lui en apprendre beaucoup sur son don. Voir des élémentalistes en action lui apporterait des pistes non négligeables également, aussi accepta-t-il de se joindre à ce groupe hétéroclite pour la journée.

Je ne vous serai pas d’une grande utilité étant donné que je ne maîtrise absolument pas mon don Aera, néanmoins je me joindrai volontiers à vous. Puis-je vous emprunter ce livre ? Sa lecture me sera sans doute très utile. Nos amies respectives sont déjà plus qu’enthousiastes en tout cas, payons et allons les rejoindre avant qu’elles ne nous distancent et mettent sans dessus-dessous votre caserne !

Sur ce, le Cerf régla son repas et celui de Tréaga. La légèreté de sa bourse le mit tacitement en garde. Il lui faudrait la remplir dans les jours à venir. Il attendit qu’Aeglos ait réglé sa propre part et fit avec lui le chemin qui les séparait de Sumak et Tréaga. Il en profita pour réparer le tort qu’il pensait avoir causé au brave homme.

Encore navré de vous avoir dérangé en plein rendez-vous. Comme vous l’avez vite compris, Tréaga est de nature... turbulente ! Je doute que quelqu’un soit à même de la tenir un jour. Votre amie me paraît beaucoup plus calme en revanche, trop dirais-je pour une halfling. Vous vous fréquentez depuis longtemps ?

Le Cerf sentit subitement monter une pointe de panique en voyant Tréaga jubiler aux côtés de Sumak comme si de rien n’était. Par le totem, n’avait-elle donc aucune présence d’esprit ? Se faire remarquer était bien la dernière chose dont il avait envie, aussi prit-il une grande bouffée d’air avant de lancer plus fortement que voulu:
La journée promet d’être chaude, le soleil cogne déjà ! J’aurai dû prendre de quoi me couvrir la tête, une ombrelle ou une capuche !

Il insista bien sur ce dernier mot. Les regards de ses compagnons convergèrent vers lui en même temps que ceux des badauds de la rue. Il espéra que la halfling comprenne son message, et fasse preuve de plus de discrétion. En attendant, le rouge lui montait aux joues, aussi enchaîna-t-il sur un autre sujet avec cette même emphase feinte pour ne pas éveiller les soupçons.

Cela fait bien plus de 10 ans que je n’ai pas vu une caserne ! Je suis curieux de voir à quoi peut ressembler celle d’Elament, étant donné les particularités de ses habitants. Y a-t-il beaucoup de recrues? Vous avez dit m’avoir vu un jour, pour ma part je n’ai pas vu tant de gardes que cela à travers la cité...

Quelle honte pour ce Cerf si discret habituellement. Se donner ainsi en spectacle fit monter sa tension.
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Calmcacil Aeglos
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MessageVen 19 Sep 2014 - 11:41

Finalement, Aeglos s'entendit bien avec Frey. Ils quittèrent l'auberge après avoir payé leur addition puis rattrapèrent à grand pas les deux jeunes halflings. Tout en marchant, Aeglos mit ses mains derrière la tête et répondit à Frey. Il lui raconta alors sa rencontre avec Sumak et leur aventure dans la Bibliothèque de la cité. Il se rappela d'avoir passé de très bons moments avec Sumak. Cela se voyait surement sur son visage et dans sa voix.

- "Sumak est encore perturbée par tout ce changement encore. On s'entend bien alors on continue de s'entraider l'un l'autre."

Soudain, il s'aperçu qu'il avait oublié de dire aux filles de tourner au croisement qu'il venait de traverser une petite minute avant et fit d'une voix plus forte.

- "Les filles ! Demi-tour c'est par là!"

Les quatre élémentalistes reprirent la bonne route. Aeglos s'était perdu dans ses pensées. Il rougit légèrement d’embarras.

- "Vous avez de la chance. La rénovation de la caserne vient tout juste d'être achevée. On en a profité pour améliorer notre espace d'entrainement. Malheureusement nous manquons de soldat fort. Nous ne sommes que deux à réellement sortir du lot et ce n'est pas suffisant. D'ailleurs si cela vous intéresse..."

Il reprit conscience de la route qu'ils étaient en train de suivre pour confirmer qu'ils leur restaient encore quelques minutes avant d'arriver. Il en profita alors pour récolter des informations sur eux à son tour.

- "Puis-je vous retourner la question à mon tour ? Comment vous êtes-vous rencontré ?"


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Sumak Lys-Doré
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MessageSam 20 Sep 2014 - 10:08

Si Sumak avait déjà pratiqué son don? Naturellement, mais ce n'était pas pour autant qu'elle était une terra chevronnée, et à la maîtrise irréprochable. En réalité, les propos de l'igni firent soupirer la petite blonde, et s'attira un regard presque aussi triste que terne.

"J'ai... Déjà pratiqué un peu mon don. Dans mon clan nomade, il y avait un autre élémentaliste. Un igni, comme toi. Il m'a servit de mentor pendant une partie de mon voyage jusqu'ici. Il était vieux. Un arbre lui sert aujourd'hui de tombe... Un chêne centenaire..."

La halfling, en repensant à Golam, fut mélancolique de ce temps. Il avait été autant un mentor qu'un ami et qu'un père. Des notions presque abstraites pour une nomade tel qu'elle a été la majeure partie de sa vie. Une larme lui échappa, mais elle l'essuya rapidement. Par réflexe, autant que pour tenter vainement de dissimuler ce geste, elle refit ses deux petites nattes qui pendaient devant son oreille. Lys-Doré reprit la parole d'une voix légèrement plus fébrile que la normale.

"Je suis en effet venue ici pour apprendre à contrôler mon don. J'ai réussis que récemment à entendre parler d'un maître terra. Il faut que je prenne le temps d'aller le voir. Sinon j'ai tenté de m'améliorer avec mon bouquin, mais ça n'a pas été très productif.."

Sumak passa une main rapide sur son livre de maîtrise, sentant le symbole de la terre à moitié brisé. Elle sursauta légèrement en entendant la voix de Aeglos. Il fallait faire demi-tour? Pas étonnant, Lys-Doré ne connaissait pas le chemin, et elle se contentait de marcher droit devant elle. Passant devant Aeglos et Frey, elle leur adressa un léger sourire, passant une nouvelle fois sa main sur ses tresses.

Elle attendit que Tréaga la rattrape avant de prendre à nouveau la parole. Pour une fois elle acceptait de parler. A celle qui lui permettait de se sentir un peu moins seule.


"Je n'ai jamais vraiment pris le temps de faire le deuil de Golam... Je devais reprendre ma route pour venir ici. Et j'étais à peine arrivée que j'ai du fuir face à quelques démons. J'ai eus l'aide qu'il me fallait pour m'en sortir indemne. Je ne me souviens plus de la suite. Juste de m'être réveillée au pied d'un arbre, avec Aeglos qui venait m'aider. D'après lui je l'ai aidé à faire une quête. Je ne sais pas combien de temps de mémoire j'ai perdu. Et j'ai ensuite aidé comme je pouvais pour rebâtir peu à peu cette ville. Mon don est vraiment peu développé. Ne te moque pas quand tu me verras à l'oeuvre. Je suis quelque peu maladroite."

Le ton était redevenu plus léger au court de son monologue. Parler de tout ça avait permit à Sumak de se libérer d'un poids dont elle ignorait l'existence. A vouloir se montrer forte et inébranlable, elle en avait oublié qu'elle était vivante et par conséquent qu'elle avait des besoins de s'exprimer.

La terra se fendit d'un sourire, et donna un léger coup de poing dans l'épaule de l'igni. Dévoilant, pour une fois, un visage content, prouvant qu'elle profitait de cet instant, et se réjouissait de ce qui allait venir.


"En tout cas, je suis contente d'avoir une connaissance Halfling! Ca me change de ces grandes-gens. Au fait, je ne t'ai pas demandé, viens-tu aussi d'une caravane halfling? Ou d'un des rares villages sédentaires?"

Levant les yeux, malgré la mer de personnes s'élevant devant elle, Sumak remarqua au loin, une bâtisse aussi haute que large. Bien qu'elle ne semblait pas encore totalement rénovée. Ce devait être la caserne où ils devaient se rendre. Au moins, Tréaga aurait le temps de répondre à sa question, si elle le souhaitait. Tout le monde n'acceptait pas de parler de son passé.
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