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 Rien ne sert de courir... j'habite juste là [Die/Deirdre]

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Matthew Sombrelune
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MessageSam 2 Avr 2011 - 21:57

Essoufflé, Matthew s'arrêta de vraiment se courir une fois à quelques rues de chez lui. Il guida ensuite sans mal Deirdre et Dierebel, faisant attention qu'elles suivaient encore. Chacune semblait plutôt épuisée par la course, surtout l'esclave qui était déjà bien amochée avant. Ils arrivèrent finalement à un croisement où ils avaient le choix entre deux autres directions. Au coin de la rue se trouvait une maison avec une tourelle, dont le rez-de-chaussé avait dû être une ancienne boutique, aujourd'hui condamnée par des planches remplaçant les vitres cassées et bouchant la porte. L'enseigne pendait lamentablement et ce qu'il y avait dessus avant était désormais invisible. Les étages supérieurs semblaient en meilleur état, les vitres étant intactes, néanmoins des rideaux à l'air épais empêchaient de voir l'intérieur. La pierre était comme partout dans la cité, blanche, et certaines possédaient une couleur différente pour égayer un peu l'ensemble.

Sur la droite se trouvait une autre maison, mitoyenne, et entre les deux une arche donnait l'accès à une petite cour intérieur vers laquelle les dirigea Matthew. Le passage était assez large et haut pour laisser passer une calèche, bien que les pavés sur le sol n'était pas des plus agréable dans ce type de transport. Il n'était pas bien long, et ils arrivèrent rapidement dans la cour. Celle-ci restait plutôt moyenne par la taille. On pouvait voir sur la droite un mur avec un nouveau passage, que Matthew ignora. L'intérieur de la cour était plutôt mal entretenu, les mauvaises herbes commençant à apparaître entre les pavés et des tonneaux et caisses éventrés trainant dans un coin, au milieu de plantes qui en profitaient pour en tirer parti. Et sur la gauche on pouvait voir des escaliers de bois sculpté, aujourd'hui miteux mais qui avaient dû être magnifiques, monter d'un étage pour donner accès à un perron au premier étage. Il se tourna vers Dierebel et Deirdre et leur fit un signe pour qu'elles le suivent. Il commençait à retrouver son souffle lorsqu'il grimpa les marches.


-Méfiez-vous, certaines ne sont pas très solides...


Quoique, s'il pouvait les grimper, il ne devrait pas y avoir de problème pour elles. Après tout, elles étaient bien plus légères que lui. Il arriva devant la porte qui se présentait comme plutôt sombre, sans doute était-ce du bois massif. Il sortit une clef et déverrouilla les porte avant de la pousser. L'intérieur était éclairé par des orbes lumineuses magiques, et en entrant ils se retrouvèrent dans un hall plutôt spacieux, avec au sol un carrelage en damier. Les murs étaient ornés de tapisseries et draperies, posées par dessus une devanture en bois moulé.

Le hall donnait sur un couloir à droite, et un un pan de mur se détachait. Il y avait également une porte à double battant. Matthew s'y dirigea directement en ôtant sa cape et l'ouvrit, laissant les autres suivre en découvrant les lieux. Il pénétra ainsi dans ce qui faisait office de salon ou de salle de réception suivant les occasions. Même s'il recevait rarement. Il ne s'arrêta pas devant les fauteuils ou la table entourée de chaise, y balançant négligemment sa cape. Une unique fenêtre, très large, était masquée par un rideau très épais ne laissant filtré aucune lumière. Il se dirigea directement vers un meuble se trouvant au fond du la pièce, dans le renfoncement se trouvant sur le côté. Il l'ouvrit et en sortie des bandage et de l'alcool à 90°. Pourquoi avait-il ça dans le salon? Parce que ça lui évitait d'avoir à monter dans la salle de bain lorsqu'il rentrait blessé, celle-ci se trouvant à l'étage. Il sortit également une coupelle dans laquelle il fit apparaître de l'eau qu'il rendit aussi pure que possible pour nettoyer la serviette qui servirait à nettoyer le sang autour des éventuelles plaies. Enfin... Il alla poser le tout sur la table et fit passer ça à Dierebel pour la laisser s'occuper de Deirdre. Il doutait que la gamine le laisse approcher après ce qu'il s'était passé.

Un silence s'était installé. Pesant après ce qu'il venait de se passer.

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e'Dierebel
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MessageSam 2 Avr 2011 - 22:56

Oui, Dierebel gardait le silence. Elle était essoufflée mais elle avait encore la force de parler. Elle se terrait dans le silence, évitant le regard de Matthew. Normalement, quand on fuit un danger aussi grand qu’une horde de démons, on ne pense à rien, sinon à courir. Mais la fée ne pouvait s’arrêter de ruminer, de songer. Elle se repassait le film terrifiant de la scène dans un coin de sa tête. Elle cherchait les réponses, encore et toujours, que leurs péripéties soulevaient au gré de leurs réunions improvisées.
Qui était réellement Matthew ? Avait-elle eu raison de lui faire confiance ? Pourquoi ressentait-elle tant de compassion et de tendresse à son égard sans le connaître véritablement ? Etait-ce un sort, une illusion, se trompait-elle ? Etait-ce N’Jriel qui la manipulait de ténèbres ? Qu’est-ce qui la poussait dans ses bras à chaque fois ? Pourquoi ce besoin d’être près de lui, de le provoquer, de le tourmenter mais avant tout, de l’écouter et de le suivre ? Que voulaient dire les sombres paroles du démon ? Pourquoi avait-il pris vie, soudainement ? Pourquoi avait-il menacé la fée sans la toucher alors qu’il en avait eu plus que l’opportunité ? Que cachait Matthew ?


On avait vu leurs visages. Leurs cagoules s’étaient posées trop tard sur leurs têtes pour dissimuler le sang et l’air coupable qui les dominaient. Saïsei allait être fou de rage. Elle regrettait presque, même si elle savait qu’une telle mission imposait des risques encore plus grands que d’être dévoilée au grand jour. On aurait écho de cette altercation, dans les papiers mal orthographiés de la cité, au coin des tavernes où les alcooliques tenaient encore en équilibre, assez pour parler. Ebaucher une histoire, une rumeur, où un grand démon au rire glacial, une petite beauté dans une robe fleurie et une esclave couverte de plaies avaient réduit en bouillie un dresseur d’élémentalistes. Ses dents grincèrent, une boule serra son estomac, elle ravala une nuée de larmes. Elle priait n’importe qui et n’importe quoi pour qu’on oublie son visage, pour que personne n’ai vu les deux petites ailes de cristal sous sa cape violine, ses yeux gris, sa peau poudrée. Oui, elle ne pensait qu’à elle, parce que Matthew ne risquait pas grand-chose après tout et Deidre n’appartenait plus à personne. Elle, elle avait encore des comptes à rendre. Sa position était peut-être la plus inconfortable et la plus dangereuse des trois compères. Quand elle rentrerait ce soir, elle trouverait peut-être une sanction plus dure qu’elle ne l’imaginait.


Elle tira Deidre contre elle, sous le porche. Un coup d’œil en arrière, personne aux fenêtres, personne dans les rues. Elle la poussa vers Matthew pour l’obliger à continuer coute que coute. Elle attendit un instant et entra dans la cour. Sans prendre garde aux conseils du Chevalier pas si démoniaque, elle tituba sur les marches. Les jambes coupées par l’effort et la peur. Elle regarda inquiète Deidre et se ravisa d’un sourire réconfortant. Elle ne devait pas lui faire peur, surtout qu’elle n’avait pas l’air de comprendre grand-chose. Le choc avait été rude pour elle aussi. Prenait-elle conscience de cette liberté nouvelle qui se dessinait ? Sûrement pas.

Elle entra en lui tenant le bras, la soutenant de toutes ses petites forces. Elle balbutia en scrutant l’entrée. Ainsi, il vivait là. C’était un manoir, un château, mieux, un palais. Elle avança en posant ses prunelles un peu partout entre émerveillement et épuisement.

Leurs ombres dansaient sur les carrelages bicolores, lui renvoyant le reflet pâle d’une gamine voûtée sous une cape trop grande. Les plafonds se perdaient au loin aux dessus de leurs capuchons. Elle se sentit sale, insignifiante, perdue. Cela lui rappela combien les siens étaient tombés bas et avaient tout perdu. Ces bâtisses de marbres précieux et de moulures fantastiques avaient appartenus à ceux qui défendaient la cité. C’étaient des politiques, pas toujours appréciés, mais qui aimaient Elament. Aujourd’hui, elles étaient souillées de ténèbres. Fortes, belles, debout, comme le fantôme d’un souvenir lointain, elles avaient été conservées par orgueil par ceux qui leur avait tout pris en une nuit funeste. Magnifiées par l’état de déchéance des rues... Dierebel ne se souvenait plus d’avoir vu d’aussi belles choses. Ça avait un goût amer. Un goût de défaite.

Elle continua de suivre le pas, observant les fleurs de plâtres s’emmêler avec insouciance sur le ciel du foyer. Tant de propreté, de perfection, de blancheur, d’espace… Ça donnait le vertige. Les meubles d’acacias, d’ébène, de chêne, se pelotonnaient dans leurs vernis à peine écaillé par la guerre. Fiers, imposant leurs arts oubliés aux yeux des « petits », des perdants. Elle en perdit presque de vue Deidre. Elle la fit s’asseoir dans un fauteuil trop confortable, faisant fis du sang qui séchait sur sa peau et le peu de vêtements qui lui restaient.


Lorsqu’elle se retourna, Matthew lui tendit de l’alcool et des pansements. Elle lui rendit un regard acerbe et contrarié. Elle le laissa le poser sur la table et scruta son matériel d’infirmier d’un air sceptique. Elle avait mieux, il le savait. Elle rompit le silence. Sa voix trahissait une rancœur, et encore de l’essoufflement de leur course, aussi bêtement les palpitations de son cœur. Des battements qui reprenaient dès que ses yeux croisaient les siens.


- A mon signal, tiens la fort. Ne lâche pas, murmura-t-elle.


Elle se retourna vers Deidre, fit sauter sa cape de ses épaules révélant sa nature de papillon sans pudeur. Elle s’inclina sur le côté pour faire passer son aile contre ses chaînes. Ca crissa.


- Hey, petite. N’ai pas peur, d’accord ? On va trouver de quoi enlever ça avant de tenter quoi que se soit.


Matthew devait trouver de quoi rompre ses menottes. Le message était clair. Pas de signal pour l’instant. Qu’avait-elle en tête ? Elle s’inclina vers elle et écarta des mèches de devant ses yeux de louve.


- Est-ce que tu me comprends ? Comment tu t’appelles ?


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Matthew Sombrelune
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MessageSam 9 Avr 2011 - 21:23

Matthew aurait voulu pouvoir offrir sa protection à Dierebel, étendre son influence jusqu'à son Maître pour qu'il lui fiche la âix. Mais il savait que ça ne serait pas possible, que ça causerait plus d'ennuis que ça n'en résoudrait. Alors pour le moment, tout ce qu'il pouvait faire était d'attendre et de voir ce qu'il allait se passer. Surtout qu'il savait parfaitement que l'ambiance tendue qui s'était installée n'était pas seulement due à la mort provoquée plus tôt, aux problèmes qui allaient en découler. Aussi grave seraient-ils pour Dierebel. Mais pour le moment, il fallait d'abord s'occuper de Deirdre. Elle semblait se méfier encore de Matthew, ce qui était normal après tout, après ce qu'il venait de se passer.

Il se sentait encore sale d'ailleurs, souillé par l'esprit de N'Jriel qui avait occupé ce corps un court instant. Pour tuer, à nouveau. Bien sûr, Matthew avait tué également depuis qu'il avait retrouvé son enveloppe corporelle. Mais pas comme ça, pas avec autant de sadisme, pas avec ce sourire qui déformait ses traits, et bien plus encore. Le regard que lui lança DIerebel le fit se rappeler du médaillon, qu'il avait presque oublié à cause de la fuite. Il n'en connaissait pas toutes les propriétés, mais il ne doutait pas que le regard que lui lançait Dierebel signifiait qu'il pouvait servir à soigner la fille. Il acquiesca aux paroles de la Fée. Bien, il le ferait. Enfin il essayerait, vu la méfiance qu'avait la louve à son égard...

Mais avant toute chose, il fallait se débarasser du collier. C'était un collier simple, mais dangereux. Matthew s'approcha pour l'observer d'un peu plus près. Il n'y avait aucun enchantement apparent ou quoi que ça soit d'autre. Seulement, les marques sur le cou de Deirdre laissaient penser qu'elle avait dû se débattre. Néanmoins, elles étaient trop régulières, comme si elles s'étaient plantés comme ça dans sa peau. Matthew fronça les sourcils. C'était étrange. Mais ils n'avaient pas d'autres choix pour le moment que de la libérer. Après tout, maintenant qu'elle était là... Malgré un léger grognement, Matthew approcha sa main du collier et le toucha. Rien de particulier, juste le contact froid du métal. Et l'impression de se vider de son pouvoir qui frappa l'estomac de l'Aqua, lui coupant le souffle au passage. Il s'éloigna un peu. Voilà qui allait être problématique. Pourtant la pierre n'était même pas accroché au collier, mais à la chaine. Il allait falloir trouver quelque chose.

-Ok, je dois avoir un truc, je reviens...

En fait, il n'avait pas besoin de grand chose pour s'en occuper, juste quelque chose d'assez lourd pour briser de la glace et du métal totalement pris dedans, l'ayant fragilisé. Il se dirigea jusqu'à un placard dans le couloir, et après avoir fouillé, il en sortit quelque chose ressemblant à une tenaille. Pourquoi avait-il ça ici? Allez savoir. Son activité de voleur le forçait peut-être à en avoir, pour forcer des cadenas qu'il pouvait parfaitement crocheter. Il revint dans le salon, tira une chaise jusqu'au fauteuil et s'assit dessus. Il prit ensuite les chaines entre ses mains, malgré la méfiance de Deirdre toujours, et les posa sur l'accoudoir. La sensation de la perte de son pouvoir l'avait saisit, bien qu'il s'y était attendu, terrible. Ca lui fit fermer les yeux un instant, puis il lacha les chaines.

-Attention, ça va être froid.

Lorsqu'il eut la sensation d'avoir bien son pouvoir en main de nouveau, il mit sa main au dessus des chaînes et de la pierre et les fit lentement se fondre dans la glace. Matthew faisait en sorte qu'elle occupe chaque espace vide, même dans le métal. Ca demandait une certaine concentration et visualisation des chaînes, pour pouvoir pénétrer la matière au mieux. Mais en moins d'une minute, chaque maillon était recouvert d'une couche de glace qui avait beaucoup fragilisé le métal. Il reprit ensuite la tenaille et s'attaqua au métal, mais sans grand succès. La glace ne céderait pas comme ça, elle était particulièrement compacte. Il faudrait un impacte plus fort. Il se leva alors et fit mine de se retourner, puis d'un geste violent, surprenant, il planta dans un des maillons de la chaîne la tenaile et tourna pour le faire céder sous la pression.

Des éclats se propulsèrent un peu partout. L'un d'eux entailla la main de Matthew, mais ce fut tout, fort heureusement. Une fois la chaîne ainsi brisée, il ne restait plus qu'à tout défaire en faisant glisser le serpent de maille. Et elle aurait les mains libres. Restait le problème du collier. Mais pour le moment, les deux femmes devaient se remettre du choc. Surtout Deirdre, qui ne semblait pas avoir apprécié la manoeuvre. Peut-être Matthew avait-il un peu exagéré.

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e'Dierebel
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MessageSam 9 Avr 2011 - 22:39

Elle continua à laisser danser le silence autour d’eux. Deidre grognait doucement, gémissant à demi en la regardant. Elle cru voir dans son regard de la reconnaissance. Grand bien lui en fasse. Elle venait de risquer son intégrité d’esclave, sa couverture et sa vie pour elle. Et elle n’en était qu’au commencement douloureux de son sacrifice. Il existe des choix difficiles à faire, mais que sans réfléchir on fait. On ne peut pas expliquer pourquoi ni comment notre cœur s’ouvre, mais dans nos têtes pleines d’espoir, on ne peut rien risquer en offrant l’amour, la grâce et le salut à une sœur qui est aux aboies.

Aux aboies, comme cette femme étrange. La fée ne pouvait s’empêcher de grimacer lorsqu’elle imitait fébrilement un chien couinant. Elle se léchait la main comme un animal, voûtée sur elle-même. Avait-elle perdu sa dignité au point d’être devenu un être sauvage ? Elle ne parlait pas, s’exprimait frénétiquement par des grincements de dents, par des raclements de gorge envers Matt. Elle ne parvenait pas à s’asseoir correctement dans le fauteuil dans lequel les deux compères l’avaient poussé pour la soigner. Ainsi donc, voilà au devant de quoi allait la fée. Au point d’être humiliée suffisamment pour n’être plus qu’une vulgaire louve bipède, pensant au travers d’un délire paranoïaque ne plus être du monde de ceux qui se battent, mais de ceux qui se défendent. Elle soupira. Matthew vacilla au contact de la pierre. Elle eut envie de le traiter d’imbécile. Un blessé suffisait. Et Deidre commençait à se débattre, elle semblait vraiment ne pas comprendre.


Elle s’agenouilla alors auprès de ses genoux recroquevillés sur l’assise en velours du fauteuil. Elle prit les mains de sa protégée dans le siennes et cessa un court instant de la juger. Après tout, avait-elle tort de penser qu’elle ne pouvait pas être lycante ? A première vue, cela ne sautait pas aux yeux, on l’aurait juste cru folle à lier, avec ses hématomes multicolores sur le visage, le pagne souillé qui lui servait de robe et ses cheveux entremêlés dans une guerre infinie de nœuds autour de ses oreilles. Elle ne songea plus qu’à l’alliée qu’elle venait de découvrir comme un diamant dans la terre. Il fallait la polir, lui redonner des forces, lui offrir son éclat. Elle lui souri, apaisante, triste, compatissante. Leurs deux regards se perdirent ensemble dans la couleur de l’autre. Un langage muet qui était plus explicite et rassurant que n’importe quel grand discours.

Matthew fit un bon sur lui-même et enfonça la tenaille qu’il avait dégotée de ses armoires surprenantes au-dessus de leur étreinte. Elle sursauta et recula. La chaîne lâcha dans un bruit sourd, disséminant autour d’elle, une pluie de métal. La peau de Dierebel fut griffée, mais la peur l’avait tellement surprise qu’elle ne sentit même pas l’épiderme de son avant-bras s’ouvrir. Deidre s’affola, elle se jeta sur elle et appuya sur ses épaules.


- Tiens-toi tranquille ! Arrête ! Tu es libre ! LIBRE ! cria-t-elle.


Les maillons couleur cuivre s’effondrèrent au sol dans une mélodie magique. Deidre cessa aussitôt de bouger en les regardant, penaude. Une marque sanglante abimait ses poignets. Elle les frotta nerveusement et recommença son manège étrange de toilette animale. Complètement décontenancée, la fée plongea son regard dans celui de Matthew. Est-ce qu’il avait compris quoique ce soit lui ? Bon sang, pourquoi elle ne parlait pas ? A quoi ça rimait son jeu ? Il fallait qu’elle discute avec eux, juste pour savoir si elle avait saisi la situation. Matt, Die, les démons, leur société secrète, leur discrétion, le danger, les règles.

Mais elle n’avait plus le choix, le sang commençait à gouter sur le sol, augmentant les lamentations canines de la frêle femme. Elle devait souffrir le martyr, et les deux compères ne pouvaient plus ignorer ça. Dierebel s’agita comme si elle cherchait quelque chose autour d’elle dans la pièce. Elle finit par saisir sa longue cape et sorti (depuis quand elle avait ça sur elle ???) une petite dague de dessous ses jupons. Elle arracha un long pan de tissu et enveloppa ses paumes avec. Et soudain, à mains pleines, elle saisit le collier. Ses yeux s’assombrirent. Elle sentait tout de même le pouvoir de la pierre percer à travers l’étoffe. Elle tenta de passer le collier par-dessus la tête de Deidre, mais les choses avaient été bien calculées par les démons : ça ne passait pas.

Tout bas, elle prononça une injure qui ressemblait à de l’elfique. Elle le lâcha précipitamment, comme s’il avait s’agit d’un plat brûlant qu’elle tenait sans protection. Elle fit une mimique qui lui était propre, faisant pointer une fossette au creux de sa joue en pinçant ses lèvres. Elle réfléchissait. Elle regarda son médaillon avec désespoir. Il fallait tenter le tout pour le tout.


Elle lâcha les deux pans de tissu au sol et ses doigts caressèrent le métal de sa parure magique. Et pour la première fois depuis qu’il l’avait rencontrée, la fée ôta le bijou. Peut-être N’Jriel l’avait-il sentit car, cela éteignait son pouvoir totalement. Il sembla d’ailleurs se ternir, le cristal ressemblait dorénavant à une pierre quelconque, l’attache se marqua d’usures qui n’étaient pas là auparavant.

Elle jeta sa chevelure en arrière d’un mouvement d’épaule. Une profonde respiration la fit trembler. Ses yeux embrassèrent le bijou. Puis ses sourcils se froncèrent, ses prunelles grises se posèrent sur Matt.


- Immobilise-la ! Maintenant !






Voilà, Die allait mettre autour du cou de Deidre son propre talisman. Pour effacer ses blessures, mais surtout, pour voir si le bijou pouvait rompre la chaînette épaisse du collier qui la liait à la pierre. Au pire, le bijou resterait éteint. Au mieux, l’attache se fanerait en poussière. Quoiqu’il en soit, Deidre allait souffrir. La réparation toute entière de ses plaies serait une épreuve douloureuse, car rapide… Matt avait intérêt à user de ses biceps pour la retenir de se débattre.


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Matthew Sombrelune
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MessageSam 9 Avr 2011 - 23:47

Ce qui se passa ensuite fut rapide, et Matthew eut à peine le temps de réagir au signale de Dierebel lorsqu'elle lui dit de la maintenir en place. Elle passait déjà autour du cou de la louve le collier. L'Aqua posa ses mains sur les épaules de Deirdre alors que les blessures de celles-ci commençaient à se cicatriser doucement. Sans doute trop doucement, car le processus semblait pour le moins douloureux. Ce qui expliquait pourquoi Dierebel avait demandé à l'elfe de maintenanir en plus la jeune femme. Et qu'il essayait de faire au mieux, mais elle se débattait, tentant de se libérer de l'emprise de Matthew pour pouvoir ôter le pendentif passé par dessus le collier de métal.

D'ailleurs, chose étrange, celui-ci n'émanait plus le pouvoir de la pierre, comme s'il avait soudainement été annulé par le pendentif. Décidément, cet objet était plein de ressources. Matthew finit par maintenir avec un bras Deirdre enfoncée dans le fauteuil, et avec l'autre il avait capturé le bras qu'il tenait désormais pour l'empêcher de se débattre, et de se faire mal, ou de les blesser eux. Les blessures continuaient de se cicatriser, tendis que les jappements et les cris que Deirdre leur vrillaient les tympant. Matthew devait utiliser bien plus de force qu'il le pensait pour la maintenant immobile. A croire que la douleur lui avait décuplé les forces.

-Bon sang, c'est pas possible!

La guérison finit néanmoins par s'achever. Il poussa un soupire de soulagement, heureux que ça se termine enfin. Et si les blessures étaient guéries, le collier qui enserrait le cou de Deirdre lui n'avait pas disparu. Mais la pierre semblait avoir perdu son pouvoir en tout cas, car aucune douleur ou manque ne venait étreindre Matthew. Mais le collier étant toujours là... Deirdre tomba littéralement d'épuisement après ce qu'elle venait de subir, et l'homme l'empêche de laisser sa tête tomber trop brutalement pour qu'elle ne soit pas à nouveau blessée par le collier à pointe. Ce n'était pas utile. Il fallait donc trouver une solution pour l'enlever.

Matthew passa sa main derrière la nuque de Deirdre pour poser délicatement sa tête contre le dossier lorsqu'il remarqua quelque chose. Il resta un instant immobile, silencieux, perplexe, avant de finalement soulever l'espèce de petit loquet qu'il venait de trouver à l'arrière de l'objet qui permettait de le défaire. Sur le coup, il se sentit très bête lorsqu'il enleva ce qui enserrait le cou de la louve, et il jeta un regard à Dierebel qui signifiait "on s'est fait avoir, non?". Il poussa un long soupir avant de laisser tomber le métal au sol, et lui avec, épuisé par tout ce qu'il venait de se passer. Il tourna à nouveau son visage en direction de Dierebel et l'observa longuement. Deirdre s'étant évanouie, ils allaient pouvoir parler, mais il fallait déjà peut-être aller l'alliter. Hors de question de la laisser là.

-Je vais la monter dans une des chambres, et la coucher. J'en ai pour une minute.

La prenant pour la porter façon princesse, il n'eut aucun mal à la soulever et à la transporter. Ce qui laisserait du temps à Dierebel pour réfléchir. Ils allaient tout deux devoir parler, et si Matthew allait très volontier laisser Dierebel commencer, il lui poserait ensuite des questions à son tour. Car pour se faire confiance, ils allaient devoir tous deux répondre le plus franchement possible. Il l'installa dans une des chambres et redescendit tranquillement, réfléchissant. Il savait déjà ce qu'il avait à demander, mais il appréhendait un peu les questions de Dierebel. Aussi, lorsqu'il réapparut dans le salon, et qu'il se planta devant elle, la regardant dans les yeux, le coeur battant -sans doute à cause de l'appréhension-, il attendit un instant avant de briser le silence.

-Alors?

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e'Dierebel
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MessageDim 10 Avr 2011 - 0:53

La fée fermait les yeux et restait immobile devant le corps secoué de soubresauts de Deidre. Elle retira son collier juste avant qu’elle ne s’évanouisse. Aucune émotion ne transparaissait sur son visage. Elle la regarda s’effondrer mollement, sans ciller. Elle avait rarement utilisé son talisman pour soigner les autres, la crainte de le perdre était trop forte. C’était de loin, l’arme la plus précieuse qu’elle avait entre ses mains.

Elle savait ce qu’elle risquait. Pourtant, pour sauver une vie, aider un proche, elle se sacrifiait plus qu’il n’en aurait fallu. Les pupilles dans ses yeux se dilatèrent en observant le corps de la jeune femme. Elle laissa Matthew s’occuper d’elle, sans un geste, sans un mot. Plus de plaies béantes sur son corps, ses bleus avaient diminués, certaines plaies avaient même eu le temps de cicatriser. Porter ce bijou était traître. Elle en avait hautement conscience.

Pour l’obtenir, elle avait fait preuve de bravoure et de cœur envers les petites gens des forêts. Il lui rendait cette protection qu’elle avait offerte, sans rien attendre en retour.
Lorsque la fée était blessée, la douleur était silencieuse, sourde. Elle n’était jamais malade, la fatigue se faisait rarement sentir, ses articulations ne renonçaient devant aucun effort. Pour faire simple, le Médaillon de Lumière Céleste, objet rarissime, lui apportait une condition physique parfaite pour le combat. Elle était prête à se défendre à n’importe quel moment. Recevoir des coups ne lui faisait pas peur. Il chassait les mauvais esprits, dilatait l’alcool dans ses veines. Oui, il le sautoir d’argent et de cristal était une armure contre le temps, la douleur et la faiblesse. Mais il avait une particularité bien étrange. Le fait étant, il renfermait l’âme d’une protectrice bienveillante de la nature. Cette dernière refusera de partir d’un corps qui la réclame. Autant dire que si Dierebel prêtait le collier et que la personne souhaitait (même secrètement) le garder, alors il serait condamné au cou de son porteur jusqu’à renoncement. D’où l’étrange attitude de la fée quant à son précieux bien, elle savait que si elle devait le glisser autour du cou d’un pairs, elle devait s’assurer qu’il ne connaissait ni la rareté, ni la force d’un tel objet afin de ne pas attiser la convoitise. Aussi, elle devait veiller éperdument à ne le confier qu’à des personnes gravement blessées. Le médaillon agissant comme un violent remède, la guérison était douloureuse, et les emprunteurs ne souhaitaient donc qu’une chose simple : s’en débarrasser.

Encore une fois, le jeu en avait valu la chandelle. Deidre était saine, soignée, repue de la violence physique une bonne fois pour toute et elle récupérait son précieux bien.

Avec délectation elle le caressa de son index, comme un aveugle lit une gravure. Elle entendit un cliquetis étrange. Elle tourna la tête vers Matthew. Il venait d’ouvrir le pertuis du collier contre les éléments. Simplement, honnêtement. Il avait un air penaud. Elle ne fit pas mieux. Franchement, comment avaient-ils pu être assez bêtes pour ne pas penser à ça en premier lieu ? Leurs péripéties avaient retournées leurs têtes dans tous les sens. Sûrement.


L’elfe se pencha pour porter délicatement le corps de la petite esclave. Il la monta à l’étage sans trop d’explications. Elle savait que malgré tout ce qui venait de se passer, elle ne pourrait pas retrouver le calme des ruelles de la Sombre dans l’immédiat, encore moins le foyer vide de Saïsei. D’ailleurs, oserait-elle vraiment y retourner ? Elle n’avait pas le choix. Le berseker n’allait pas tarder de rentrer du front, elle espérait être la première à lui parler de l’incident de l’après-midi, pour lui expliquer sa version des faits et peut-être diminuer son châtiment. Une boule se serra dans sa gorge. Matt et elle n’en n’avait pas fini. Plus les jours passaient, plus des questions qu’ils avaient laissées en suspens devenaient pesantes à la limite de la menace.

Leur paranoïa respective était justifiée. Les temps n’étaient pas simples pour les « gens comme eux ». Dans un monde où personne ne se fait confiance, il était normal d’accorder le bénéfice du doute. Voilà, il fallait qu’ils se disent vraiment qui ils étaient. Sans démonstration de force, laissant leur orgueil de côté. Les choses n’étaient pas si aisées pour la fée. Elle savait qu’elle devait y passer, mais le fait de se mettre à nu face au seul être avec qui il lui semblait être normale avait quelque chose de désagréable. C’était comme se mettre à genoux devant lui, mettre un pied à terre.


Depuis le début, malgré un bémol, elle tentait de lui renvoyer l’image d’une femme forte et courageuse. Elle voulait qu’il voit en elle une femme de caractère et qui savait prendre les situations délicates en main. Elle ne voulait pas être simplement une esclave, mais aussi être une femme. Quelqu’un de désirable, qu’on apprécie à sa juste valeur. Elle avait besoin de ça plus que tout au monde. D’un ami. Véritable et sincère. Qui sache l’aimer comme elle l’entendait : en l’idôlatrant.
Pourtant, elle savait que tout ça n’était pas possible. Dans le contexte dans lequel ils vivaient, ils ne pouvaient plus s’amuser de mensonges et de jeu de domination. A celui qui en mettra le plus plein la vue à l’autre… Parce qu’avant d’être amis, ils étaient partenaires. Et leur affaire n’était pas mince, au contraire. Et cela impliquait qu’ils devenaient connaître mutuellement leurs failles.


Dierebel avait fait tomber une partie de son masque. Preuve qu’elle commençait à faire confiance à Matthew. Pas à pas, elle se dévoilait. Elle franchissait ses propres limites pour caresser les siennes. Mais le temps pressait plus qu’il n’y paraissait.


Elle leva le visage vers le fond de la salle immense qui l’accueillait. Elle se dirigea vers un immense miroir orné de dorures. Ses sourcils se froncèrent. Quelque chose clochait. Elle se rapprocha encore. Elle pivota sur elle-même, le collier encore entre ses doigts.
Là ! Ses ailes ! Elles étaient noires comme la nuit… Mais ! Et ses yeux ?! Elle se pencha vers le miroir, comme pour inspecter le moindre détail de son épiderme. Ses yeux étaient totalement noirs. Entièrement. Elle inspira avec stupéfaction. Un filet de ténèbres s’engloutit entre ses lèvres. Elle sursauta et recula précipitamment de son reflet.


- Mais qu’est-ce que … ? Oh… Est-ce… Merde ! La pierre de la Forteresse…


Oui, ça ne pouvait être que ça. Elle grimaça en entendant les pas de Matt se rapprocher et enfila son collier. Il scintilla. Ses yeux et ses ailes retrouvèrent un aspect plus ou moins normal. Elle se retourna sur elle-même pour lui faire face. Les symptômes avaient-ils eu le temps de s’effacer ?

Il enchaîna tout de suite par un « alors ? » autoritaire. Elle balbutia. Il lui fallu quelque secondes pour retrouver ses esprits. Oui, il était temps de parler maintenant. Le miroir attendrait.


- Alors ?... Alors, quoi ? répliqua-t-elle avec un ton noyé d’amertume. A quoi tu joues ?


Elle passa les paumes de ses mains sur son minois pâle, comme pour effacer sa colère.


- Alors, je viens juste de voir le monstre qui est en toi faire surface en plein lieu public, réduire à néant un inconnu devant des centaines de démons et me dire qu’il me connaissait, qu’il me voyait. Matthew, je crois que tu as comme omis de me dire deux ou trois choses sur N’Jriel… Me voit-il vraiment, m’entend-t-il ? Est-ce qu’il peut reprendre le dessus sur toi comme ça, sans crier gare ? Quand est-ce que tu comptais me prévenir de tout ça ? Qui est N’Jriel ?



Oh, elle n’avait pas crié. C’était bizarre d’ailleurs. Il y avait presque de la peine dans sa voix et son regard était nappé d’incompréhension. Réagir ainsi ne lui ressemblait pas. Cela annonçait probablement le calme avant la tempête…


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Matthew Sombrelune
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MessageDim 10 Avr 2011 - 18:57

En rentrant dans la pièce, il avait cru percevoir l'éclat des ailes noires de Dierebel, mais il n'en était pas sûr, alors il ne s'était pas formalisé et c'était contenté de sa simple interrogation. Et ce qui avait suivit, il aurait dû s'y attendre, fut plutôt brutal en un sens. Amer, comme s'il l'avait trahi dans sa dignité, dans son intégrité, comme si leur début de confiance venait de se fissurer. Et ça, Matthew n'aimait pas du tout. Alors il resta calme face aux questions qui sonnaient comme des accusations, tranchantes et acerbes. Il serra les dents, et essaya de les retenir pour y répondre, gardant son calme.

Néanmoins, il avait l'impression que tout ça était sa faute, qu'il aurait dû pouvoir contrôler N'Jriel. Et en effet, il aurait dû, mais il n'y était pas parvenu, et il s'en voulait probablement autant que la Fée, et sa sensation de mal-être et de souillure sur lui-même ne disparaîtrait sans doute pas avant quelques jours. Alors se faire jeter ce genre de choses à la figure ne faisait qu'accentuer la sensation de culpabilité qu'il éprouvait déjà. Et il regrettait que N'Jriel soit condamné au fond de lui pour un temps, car au moins aurait-il eut quelqu'un sur qui se défouler, sur qui s'énerver pour pouvoir conserver son intégrité. Mais là, Matthew fronçait les sourcils face à la Fée. Car même si elle ne criait pas, il sentait bien qu'elle se contenait, que ça n'était pas loin de sauter.

Il poussa un profond soupir et se laissa guider jusqu'au fauteuil à côté de celui où Deirdre s'était installé, où il se laissa lourdement tomber. Oui, il allait lui répondre, mais il devait réfléchir, savoir comment prendre le problème, et pas se contenter de répondre question par question. Il allait devoir être clair et concis pour se faire bien comprendre. Ainsi, après une réflexion qui plongea à nouveau la pièce dans le silence, il releva la tête du sol où il avait fixé son regard, vide, durant quelques instant. Il regarda la Fée dans les yeux, ne la quittant pas du regard un seul instant.

-N'Jriel est le Démon qui vit en moi, comme tu le sais. Il est ancien, vil, fourbe, violent, cruel. Il a connu l'Enfer, le sang, et bien d'autres choses encore. Il est sans doute plus vieux que la plupart de ses compagnons dans cette cité.

Il passa une main sur son visage et prolongea le geste à ses cheveux qu'il tira en arrière un instant avant de les relacher, quittant Dierebel des yeux un instant. Ils retombèrent, lâches, devant son visage que la pénombre dissimulait un peu, car seule une faible lumière se diffusait dans la pièce aux rideaux ouverts.

-Et oui, tout ce que je vois, il le vois également. Nous partageons nos pensées et nos sentiments. Au final, il me connaît comme s'il m'avait vu grandir et évoluer, et la réciprocité est vraie. Néanmoins...

Car ce n'était pas tout, il fallait qu'elle sache qu'il n'avait pas tout partagé avec lui, pas toujours, pas le contact délicieux de sa peau, pas ces moments de proximité, de contact, pas ces instants précieux où le Démon était forcé de se taire, de devenir muet, sourd et aveugle. Ces moments qu'il ne pouvait connaître qu'en compagnie de Dierebel. Des instants qu'étrangement, il chérissait plus que tout aujourd'hui, tellement ils s'y sentait libre en un sens.

-Lorsque tu me touches, grâce à ton médaillon, il est enfermé, condamné, il ne voit plus rien, n'entend plus, se tait. Au moindre contact que j'ai avec toi, il est repoussé. Et avec le baiser que tu m'as offert tout à l'heure, il est encore recroquevillé.

Matthew y repensa un instant, au contact des lèvres de Dierebel sur les siennes. Il ferma les yeux un instant en y réfléchissant. Dans son esprit, une idée le traversa. Que se passerait-il en cas de contact plus intime? Mais il chassa cette question. Non, ça n'arriverait jamais. Car ils n'en avaient pas le droit. Alors il rouvrit les yeux et ses prunelles marrons se posèrent à nouveau sur la Fée.

-D'autres questions?

Ou bien était-ce à lui d'en poser, enfin.

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MessageDim 10 Avr 2011 - 20:05




Le cœur de Dierebel se pinça. Elle se mordit la lèvre inférieure en jetant un regard vers le ciel. La tension était si forte entre eux. Les cris avaient été remplacés par des phrases lourdes de reproches. Pourquoi ? Pourquoi était-il incapables de s’entendre alors qu’ils avaient le même but ? Quelle anguille sous la roche se cachait ? Qu’est-ce qui les empêchaient de parler librement et sans rancœur ? Elle s’appuya contre la lourde table sur laquelle trônait encore la bassine remplie d’eau que Matthew avait posée là, quelques minutes plus tôt. Elle se tenait droite, bras croisés, un air fébrile sur son visage. Quelque chose la choquait infiniment, la perturbait, torturait ses tripes. Dieux, que ça la rendait folle. Certes, la fée avait bien compris ce qui se passait dans la tête de Matthew. Le démon était enfermé à même son corps et vivait tant bien que mal comme un esprit secondaire. Ils pouvaient donc communiquer entre eux, bien qu’au ton acerbe de Matt, elle ne douta pas que ce fut un contact forcé par le démon. Il était un esprit dans un corps qu’il n’arrivait pas à maitriser. Cela devait être tellement frustrant pour un tel être qu’il était aisément compréhensible qu’il puisse se défouler verbalement, ou mentalement, sur son ascendant physique.

La fée se fit une scène assez glauque de ce que pouvait donner cette situation du point de vue de Matthew. Elle imagina combien cela devait être dur, un combat quotidien contre les piques et réflexions amères d’un démon reclus dans un corps qu’il ne possédait pas entièrement… Cet elfe avait une force mentale hors-norme. A cause de cela, elle ne put s’empêcher de le trouver admirable. Aurait-elle supporté que quelqu’un viole son intimité dans le secret le plus total ? N’Jriel voyait tout, sentait tout, partageait sa « vie » avec Matt qui devait s’en accommoder comme d’une voix sournoise dans un coin de sa tête. Pour ne pas devenir fou et tenir bon, il fallait être plus qu’une personne de caractère. Il n’était pas un guerrier démoniaque, pas un scientifique, c’était un combattant de l’intérieur. Son pire ennemi était lui-même, il devait se regarder faiblir, exposer sa vie aux yeux de l’être le plus indésirable du monde pour mieux décupler sa force et garder le dessus. Une bataille quotidienne, parfois sûrement nocturne, qui demandait un mental de fer pour ne pas sombrer et se laisser aller.


Elle comprit dorénavant pourquoi il n’avait pas pu lui parler de ça. Si elle l’avait su, Dierebel n’aurait pas eu le même comportement face à lui. La confiance n’aurait pas été de mise, certainement pas, puisque le démon participait à leur rébellion. A sa manière, sournoisement.

Mais ce qui blessa la fée, ce fut la manière dont il lui annonça que chacun de leur contact physique n’était qu’un prétexte pour renvoyer le démon au silence. Ainsi donc, elle comprit pourquoi il l’approchait puis la repoussait. Il n’avait pas nié avoir éprouvé quelconque désir à son encontre, cependant, elle douta de la sincérité de ses propos. Elle aurait fait la même chose à sa place. Mais il était loin de la vouloir auprès d’elle. Ce qui l’intéressait c’était le pouvoir de son médaillon et de pouvoir reposer sa tête à chacun de leurs contacts. Non, Matthew ne s’était jamais laissé séduire par Dierebel. Elle qui cherchait absolument ce soutien pour alimenter son orgueil affamé… Oui, elle avait besoin qu’il la regarde comme une femme et la désire. Même si, la règle avait été muette mais comprise par les deux compères, cela n’irait pas plus loin qu’un jeu car l’enjeu de leur quête était trop lourde pour mélanger les sentiments.

Oui, elle aurait fait la même chose à sa place. Fait semblant d’éprouver quelque chose à son égard pour mieux la flatter et garder cette relation si particulière qui lui permettait de faire taire N’Jriel quelques instants. Il avait eu bien du courage jusque là, même si le jeu était cruel. Elle était prise à son propre piège. Attendez, le monde entier ne pouvait plus la désirer ! Elle avait perdu l’éclat magnifique qui scellait sa beauté de lumière, sa dignité s’était ensevelie sous les pans de ses tenues d’esclave, son amour-propre n’était que le souvenir des regards flatteurs de Matthew. Elle devait se faire une raison, elle n’était plus celle qu’elle était. Les pages d’un livre s’était tournées sur elle, effaçant le bonheur d’être une femme. Respectée et adulée de surplus.


Elle se demanda pourquoi elle cherchait tant à lui plaire. Parce qu’après tout, elle n’avait jamais manqué de prétendants et le regard d’un homme résistant ne lui faisait auparavant ni chaud ni froid. Mais là, c’était différent. Le regard de l’elfe importait beaucoup pour elle. La fée avait besoin de lui pour exister un peu en tant qu’être. Etaient-ce leurs destinées entremêlées avec tant de proximité qui créait cette consternation ? Elle avait cette nécessité profonde de lui prouver quelque chose alors qu’il connaissait mieux que personne sa place ici bas.

Elle se demanda à elle-même quel type de sentiment pouvait blesser autant. Ce qui était sûr, c’est qu’elle n’avait jamais éprouvé encore cette sensation étrange. C’était de l’admiration, de l’amitié, du désespoir et de la colère liés ensemble. Ca ressemblait à de la confiance naissant d’un doute infini, c’était une révélation perplexe, incertaine. Une vérité inavouée.


Elle eut un soupir maladroit, tremblotant, qui secoua sa poitrine d’un sursaut. Cela ressemblait à un sanglot gardé secret dans son cœur. Qu’avait-elle à ajouter à cela ? Rien. Elle avait eu beaucoup d’aveux jusque là. Elle comprenait de mieux en mieux ses réactions.

- Je vois… murmura-t-elle les yeux toujours rivés sur le plafond qui se tordait dans des arabesques de plâtre fantasques. Et comment est-il arrivé dans ta tête ? Je veux dire… Pourquoi t’a-t-il possédé toi ? Qu’est-ce que tu as fait pour mériter ça ? Tu étais qui avant qu’il prenne ta vie ?

Ses mots étaient durs. Elle flotta autour de lui, laissant ses prunelles grises glisser sur son faciès inquiet. Sa robe virevolta autour de ses ailes d’ambre aux pointes noircies. Ce coton blanc pur souillé par la poussière du marché et le sang de Deidre était désormais destiné à l’oubli. Mais elle s’en ficha. Après tout, il s’en fichait aussi de la voir ainsi non ? Lui pour qui ses baisers n’étaient qu’un cadeau de repos, il devait peu lui importer que sa natte soit un épi disgracieux et que son minois de porcelaine soit terni par la pesanteur de leur discussion. Elle s’assit dans le fauteuil qu’avait laissé la jeune louve libre, se tournant vers lui, mains jointes sur ses genoux. Prête à écouter l’histoire d’un homme rêvant de sauver la cité glorieuse d’Elament de son sort tragique.



Oh, elle ne doutait pas qu’il lui poserait aussi des questions à son tour, mais avant tout, elle avait besoin de savoir ce que Matthew, sa gueule d’ange et son parfum des lointaines contrées elfiques, avait vécu pour lui raconter avec plus de justesse les morceaux brisés de sa vie autrefois frivole, et probablement sans intérêt.




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Matthew Sombrelune
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MessageLun 11 Avr 2011 - 20:08

Le soupire de Dierebel fit pencher la tête à Matthew, qui fut quelque peu interloqué. Etait-ce une réponse positive ou négative à son questionnement? Ou bien autre chose, car il semblait contenir toute la lassitude qu'elle éprouvait sans doute à ce moment précis. Elle murmura seulement quelques mots pour signifier qu'elle avait compris, avant de poursuivre. Matthew pensait que les questions allaient s'arrêter là, mais non. Et il n'y couperait pas. Son esprit se laissa aller un instant aux souvenirs, à ce qui l'avait ainsi conduit à connaître la possession. Et une constatation le frappa. Enfin, il la connaissait déjà, mais jamais il ne l'avait formulé, que ça soit dans son esprit ou à voix basse ou haute. C'était une évidence pas si évidente pour lui, mais...

Il avait choisi sa malédiction.

Bien sûr, il ne s'était pas douté que ça tournerait si mal, mais il l'avait voulu, il était allé lui-même la chercher. Et ça, personne ne le savait. Car comment faire confiance à quelqu'un de possédé, ayant en plus choisit la-dite possession? C'était impossible. Une personne ayant fait ça était soit folle, soit complètement retord. Et il était difficile d'accorder sa confiance à des gens comme ça. Et ça, Matthew en avait parfaitement conscience. Et puis là, elle ne lui demandait pas simplement de lui dire comment il en était venu à être possédé, mais aussi le reste de son histoire. L'homme n'était pas du genre à parler de lui. Et elle devait s'en douter. Alors qu'elle lui demande ça restait plutôt intrigant pour lui. Allait-il devoir faire ses preuves, montrer qu'elle pouvait lui faire confiance à nouveau? Demandait-elle ça dans ce but précis, ou bien y avait-il autre chose derrière? Peut-être était-ce juste aussi pour repousser l'instant où elle devrait parler également.

Il la suivit du regard lorsqu'elle s'assit sur le fauteuil, et détourna finalement celui-ci vers le plafond un instant, laissant sa tête aller en arrière. Pouvait-il vraiment lui raconter ce qu'il avait vécu sans trop se dévoiler? Sans doute pas. Mais il ne pouvait pas non plus se permettre de ne pas répondre. La suite de leur projet, mais aussi de leur relation en dépendait. Même si tout ne plairait pas, même s'il aurait préféré taire certaines vérités, il n'avait pas le choix. Mais il ne se gênerait pas pour demander qu'elle lui rende la pareille. Aussi dur que soient les mots, aussi bien ceux qu'elles venaient de lancer que ceux qu'il allait devoir donner en retour, ça se ferait. Même si ça devait causer quelques maux. Depuis le début, c'était la franchise qui primait avant tout. Il ne valait mieux pas changer ça.


-Bien...


Il se leva finalement, avança jusqu'à la table où la bassine d'eau se trouvait et il prit le tissu qu'il trempa dans l'eau avant de revenir jusque Dierebel, devant laquelle il s'accroupie. Avec l'aide du torchon, il nettoya quelques traces de sang qu'il restait sur le visage de Dierebel, celles qui avaient mal été essuyées. Sur le visage, puis sur le cou. Il s'arrêta un instant, puis débuta son récit. Il allait se concentrer sur l'essentiel, sur ce qui pouvait éventuellement présenter un réel intérêt. Mais même comme ça, il restait beaucoup de choses à dire.

-Je suis un semi-elfe, moitié Elfe Sylvain, comme tu le sais déjà, moitié hybride félin, ce que tu ignorais. J'ai été élevé chez les Elfes Sylvain, sans connaître mon père, jusqu'à mon adolescence, après quoi je les ai quitté.


Il fit une pause. Non, ça ne servait à rien de dire pourquoi il était parti. Quel intérêt ici, ça n'avait jamais vraiment influencé la suite de sa vie. Bien que ça ait provoqué son départ, ça ne comptait pas. Seul comptait la conséquence ici.

-J'ai erré un temps. Je travaillais plus ou moins, ou volait pour vivre. Puis je me suis mis en quête de mon père.

Il restait clair, conscis, pas de fioriture, juste une histoire, simple,d épouillé de mensonge, d'embellissement. Il n'y en avait pas besoin, il n'était ni un héros, ni quoi que ce soit d'autre pour mériter ça. Personne ne chantait ses louanges, il n'était qu'un anonyme parmi tant d'autres. Ou il était N'Jriel.

-Je l'ai cherché longtemps, j'ai courru après les rumeurs, après les moindres bribes d'information. Partout où il allait, il laissait derrière lui des ennemis, ce n'était pas bien dur.

Il eut un sourire à cette pensée. Lui-même avait du mal à ne pas se faire d'ennemi en général. Beaucoup de personnes le prenaient en grippe facilement. Etre un voleur n'aidait pas toujours. Il s'attaqua au début du décolleté de la Fée, en essayant de ne pas songer à ce qu'il faisait trop, se concentrant autant que possible sur le récit, ce qui n'était pas forcément simple. Il ne savait même pas pourquoi il avait entreprit cette tâche stupide. Peut-être parce qu'il n'aimait pas voir du sang sur cette fille qui faisait battre son coeur en cet instant sans qu'il sache trop pourquoi. Mais il n'y avait pas de quoi avoir la moindre gêne, non?


-Je ne lui ai jamais dit que j'étais son fils. Je crois pourtant qu'il le savait. J'ai découvert mes pouvoirs peu après, et j'ai fait la connaissance d'un Elémentaliste qui m'indiqua comment venir. J'ai suivit ma scolarité à Elament, sans trop de difficulté. J'ai quitté la Cité une fois mon apprentissage fini. Néanmoins, il ne m'avait pas fallut plus de temps pour considérer ce lieu comme mon point d'attache et que je souhaite la protéger, peu en importe le prix.

Il s'arrêta un instant de faire quoi que ce soit et leva les yeux vers Dierebel, avant de reprendre finalement. Ce ne devait pas être des plus intéressant pour elle. Il se releva puis alla jusqu'à la bassine d'eau où il nettoya du sang le tissu.

-Je suis revenu plusieurs fois à la Cité pour repartir. Lors de la première grande bataille qu'il y a eu, j'étais là également. Et je crois que c'est ce jour là que j'ai compris une chose: si jamais la Cité tombe, le monde la suivra.

Il tritura un instant le tissu. Il allait en venir à la possession, il le savait. C'était bientôt là. Alors il hésitait à poursuivre, observant Dierebel, depuis la table, tourné vers elle, les deux mains posées en arrière sur le supporte en bois. Pouvait-elle réellement connaître la suite? Devait-il lui dire? Pourquoi N'Jriel était-il silencieux ainsi? Ah oui, le fameux baiser. Alors même qu'il aurait eu besoin d'un soutien, même totalement inutile... Il accrocha son regard

-C'est ainsi que ça s'est produit. Pour pouvoir mieux défendre la Cité, j'ai choisi ma malédiction.

Il soupira et revint s'installer sur le fauteuil, pour pouvoir expliciter sa réponse.

-Je voulais infiltrer les rangs des Démons, mais avec mon allure, mon aura, jamais je n'aurais pu. Alors quand j'ai entendu parler des possessions... Je ne pensais pas que ça se retournerai ainsi contre moi.

Il mis son visage entre ses deux mains, se penchant en avant sur le fauteuil, les coudes posées sur ses jambes, avant de passer ses mains sur les côtés de son crâne, dans ses cheveux, pour à nouveau les tirer en arrière avant de les relâcher. Oui, il avait fait une bêtise, clairement, et il était entièrement fautif.

-C'est ainsi que j'ai vu la Cité tombé sans pouvoir rien faire. Puis que j'ai dû lutter chaque jour pour regagner mon corps. Comme je le fais depuis que N'Jriel est là. J'ai fait une erreur, et aujourd'hui j'en paye le prix fort. C'est pourquoi...

Il fixa à nouveau Dierebel, sérieux, le regard acéré, la voix sûre, clairement prêt à tout.

-Je refuse de tout faire foirer encore une fois.

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MessageMar 12 Avr 2011 - 20:01





Il lui essuya le visage, comme pour faire perdre de l’importance à ce qu’il disait, détourner l’attention de la fée. Pourtant, Dierebel était bel et bien concentré sur le récit de Matthew. Tandis que les phrases se tissaient entre elles, trop brèves, trop courtes, sans romance, son esprit divaguait et apposait des images silencieuses sur ses mots. Elle réussissait sans difficultés à l’imaginer plus jeune et assez effronté pour souhaiter suivre une voie hors-normes. Elle ne pouvait pas le savoir ayant toujours suivi les règles. C’était quelqu’un qui allait au gré de ses pensées et de ses principes, c’était toujours l’image qu’il avait renvoyé de lui. Au jour le jour, il avait tracé sa destiné. Retrouvé son père, découvert ce pouvoir qui le rongeait de l’intérieur, fait ses premiers pas dans la cité. Il avait choisi d’errer seul, de prendre ce que la vie avait à lui donner. Cela la confortait dans cet idéal qu’elle érigeait secrètement de lui. Sa main se glissa dans son cou, elle ne fit aucun mouvement. Seule sa peau la trahit. Elle dessina un épiderme tremblant, ébranlé d’un frisson léger.

Ses iris métalliques le scrutaient avec froideur, sans émotion apparente. Matthew avait aimé la cité d’un premier regard, il avait adopté son odeur, la chaleur de son soleil, le gris de ces jours maussades, ses gens, son histoire. Il en parlait comme d’une trouvaille, d’un lieu d’attache. Une sorte de déclaration intime, entre lui et la ville. Un coup de foudre. Elament et rien d’autre, la seule pour qui il aurait fait une entorse sur son chemin, un détour sur sa route. D’ailleurs, il l’avait défendue. Il avait risqué sa vie pour la protéger. Comme une sœur, une mère, une amante au baisers de paix intérieure. Ses yeux vacillèrent de la fée au torchon puis du torchon à la fée. Il l’enroula autour de ses doigts, nerveusement. Elle su dès lors qu’il allait lui ouvrir une porte sur son intimité.


Elle souri doucement, à peine. Comme pour l’encourager. Et il lui raconta. N’Jriel était un choix qu’il avait fait, et elle songea à toute la folie qu’il avait du éprouver pour en venir à penser que pour combattre le mal, il lui fallait être le mal. Dierebel l’avait toujours vu hautain, quelque peu orgueilleux, sûr de lui-même. Il avait l’attitude des démons. Ce regard qui vous pénétrait en un instant, comme pour aller extorquer vos pires hontes et les abattre comme des cartes sur une table. Ses gestes étaient droits, il n’hésitait pas, ne vacillait jamais. Sa démarche était une danse orchestrée, ses pieds se plantaient dans le sol comme s’il lui appartenait. Il respirait sans hoquets, ses sourires étaient moqueurs. Ainsi, il avait été quelqu’un d’autre… Avant.

Elle inclina son visage vers le sol, des étoiles imperceptibles dans les yeux. Elle éprouvait des difficultés à le percevoir plus timide, moins assuré. Mais cela était plaisant de l’imaginer avec cette faille.

Il enfouit son visage entre ses mains, un air désespéré déformant ses traits. Elle voulut poser sa main sur son épaule. Elle se ravisa.


Il était coupable de ce qui lui arrivait et des gestes de N’Jriel. Sans cet acte malheureux, les forces ennemies n’auraient pas été un peu plus décuplées. Il aurait défendu la cité, épargné des vies. Elle perdit son sourire. Elle comprenait le sens de ce qu’il voulait dire. Combien ce geste, avec l’espoir qu’il soit salutaire, c’était retrouvé être le pire fiasco de sa vie. Comment n’avait-il pas songé à tout ça ? Ne s’était-il pas douté un instant que de devenir démon était sans issue ? Non, il avait cru en lui jusqu’au bout. Il avait eu la force de vouloir, de donner sa vie pour la forteresse des éléments, celle qui lui avait appris à se servir de son don, à être lui-même. Elament était leur air, leur terre, leur feu, leur eau. La cité avait tellement donné qu’ils avaient tous oubliés leurs instincts et avaient couru à leur perte. Ils avaient tout essayé, oui, mais de la mauvaise manière.


Il la fixa longuement, sa bouche se tordit dans un rictus soucieux. Que pouvait-elle dire pour le consoler ? Pas grand-chose. Et N’Jriel serait là pour la contredire. Le mieux était encore de ne rien répondre à tout cela. Ou d’user du silence pour compatir. Elle se pencha et prit ses mains dans les siennes. Le blanc qui s’installait devenait pesant, gênant. Elle ne savait pas quoi articuler de cohérent, qui ne soit pas maladroit.

- Personne ne peut t’en vouloir de t’être trompé. Tu as fais une erreur, mais tu l’as faite pour nous sauver, tu as sacrifié ta vie pour les élémentalistes, quelque soit le résultat… Matthew, aucun être ici bas n’aurait eu ton courage et ta dévotion. Nous avons tous fait la bêtise d’y croire. Cela ne fait pas de nous des monstres. Au contraire.

Elle soupira en jetant ses pupilles autour d’eux, circulairement, comme si elle cherchait quelque chose du regard. Mais elle ne voulait que trouver les mots justes.

- Ce que tu as entreprit, c’est la preuve même que tu t’es relevé. Je ne sais pas si j’aurais eu ta force, en tout cas, je ne connais aucune tête sur cette terre qui aurait eu ta volonté. Tu as fait ces choses avec ton cœur, tu n’as pas de fautes à racheter. Pas à mes yeux.



Elle ne lui avait jamais parlé comme ça. Avec autant de sagesse et de calme. Elle, petite fée si lunatique… Elle, qui était-elle vraiment ?


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MessageSam 16 Avr 2011 - 6:17


Les mots de Dierebel furent comme le miel sucré venu soulagé une gorge irritée. Doux, glissant, soignant les maux sur son passage, guérissant les meurtrissures et autres plaies. Et même s'il s'agissait d'une action lente, peut-être pas définitive, ça restait efficace. L'esprit de Matthew, bien que toujours blessé en repensant aux actions qu'il avait pu faire, se sentit légèrement soulagé, gagna en légèreté. Bien sûr, il se sentait toujours coupable, il regrettait toujours son geste au fond. Néanmoins, les paroles de Dierebel, ainsi que le contact chaud de ses mains entourant les siennes. Contact qui le fit légèrement frissonner et relever son regard vers la Fée avant de le redescendre.

Malgré les apparences, la Fée était capable de se montrer rassurante, de prononcer des paroles douces et sincères. Elle parvenait à faire preuve de compassion pour un être qu'elle avait pu haïr il n'y avait pas si longtemps que ça. Elle parvenait à faire preuve d'une sagesse qu'on ne lui prêterait pas au premier regard, ou sans la connaître réellement. Pourtant, c'était bien l'une des premières fois de sa vie que des paroles touchaient autant l'homme. Obtenir le droit à la rédemption... Il n'en avait jamais demandé tant. Qu'on lui pardonne, qu'une seule personne lui pardonne lui suffisait amplement, car jamais il n'avait pu en espérer autant. Son erreur avait été fatal à trop de mondes pour qu'il ait pu espérer quoi que ce soit. Alors la main, le pardon que lui tendait Dierebel était inespéré, et sans doute lui serait-il redevable pour longtemps, si ce n'était toujours.

Mais sans doute serait-elle la seule à lui offrir ce pardon, car elle lui ressemblait. Elle était également une paria parmi les Elémentalistes. Elle avait, au cours de sa vie à Elament, acquis une telle réputation, de ce qu'il avait comprit, qu'elle était regardé de travers par ses pairs. et même maintenant, en tant qu'esclave, parce que favorite, elle se faisait dévisager et jalouser par ses semblables. Et ça, sans doute ne le comprit-il que maintenant que l'évidence était là. Mais ça ne changeait en rien le fait qu'elle lui apportait son soutien. Et c'était ça, être unis, se soutenir, c'était accepter les erreurs des autres, leur pardonner, et les aider à s'en relever, à en guérir, à les réparer. Et ce n'était que comme ça qu'Elament pourrait se soulever et briller à nouveau un jour dans le soleil, occupée par ses habitants légitimes.

Matthew glissa une de ses mains au dessus de l'une de Dierebel et la serra à son tour en remerciement. Aucune parole n'aurait pu faire comprendre à la Fée à quel point il lui était reconnaissant d'accepter ses erreurs, ses fautes, de le voir tel qu'il était et non pas pour ce qu'il avait fait. C'était tout ce qu'il avait à l'heure actuelle, et c'était largement suffisant. Il leva son regard vers le sien. Dierebel, même dans l'état actuel des choses, dans une robe à moitié couverte de sang, sale, les cheveux en pagaille à cause de leur course, était d'une beauté à couper le souffle. Mais Matthew devait en faire fit pour le moment, et pour la suite encore. Simples collaborateurs, pas plus, ils n'en avaient pas le droit. Mais il restait accroché aux mains de la fée, il ne les lâchait pas. Pas tout de suite, il voulait encore profiter de ce contact. Mais il était maintenant temps qu'elle parle à son tour.


-Tes paroles me touchent, sans doute plus profondément que tu pourrais le croire.


Ils étaient justes et beaux, et il aurait sans doute aimé s'en délecter encore un peu, mais...


-Néanmoins, je ne suis pas le seul à avoir fait de telles erreurs, n'est-ce pas?


Il l'observa. Il était prêt à écouter ses paroles, son récit. Il était prêt et il le voulait, il voulait qu'elle parle, qu'elle explique. Il le demandait avec plus de douceur que ce qu'elle avait fait plus tôt. Mais il savait ce que cette demande impliquait. Peut-être découvrirait-il des choses qu'il ne voulait pas savoir, mais il le fallait. Pour remettre les choses en ordre, pour s'assurer que leur confiance mutuelle existait toujours. Pour pouvoir clamer haut et fort que oui, ils se font confiances et que ça sera toujours le cas, peu importe ce qu'il se passera. Il fallait qu'ils se découvre encore. Et pour ça il fallait qu'ils connaissent l'histoire de chacun.

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MessageDim 17 Avr 2011 - 16:23

Dierebel retira ses mains un peu précipitamment. Ses yeux papillonnèrent et cessèrent de fixer Matthew. Son échine traça une ligne glacée de son cou à ses reins. Elle trembla. Elle ne savait plus, elle ne voulait plus. Elle n’était pas douée pour parler de ses sentiments, de son passé. Elle ne savait pas avoir la justesse nécessaire pour parler d’elle. Au final, elle savait faire parler les autres, leur faire avouer, mais elle se sentait mal à l’idée d’inverser les rôles.

La fée était une femme secrète, oui, elle parlait beaucoup, enivrait de ses gestes, batifolait d’un regard, séduisait d’un contact léger, trop souvent fugace. Mais le mystère était qualité qu’elle savait cultiver. Qui pouvait dire qui elle était vraiment ? A quoi rimait son attitude de femme volage et impétueuse ? Riait-elle vraiment à la face des démons ? Etait-elle aussi sûre d’elle qu’elle le prétendait ? D’avoir perdu son passé un temps pour le retrouver entier quelques mois après lui avait donné un regard différent sur elle-même. Elle se jugeait seule, sans l’aide de personne. Elle n’avait pas besoin de l’avis des autres pour savoir ce que sa vie lui apportait.
Matthew allait mal réagir, sans aucun doute. Si Dierebel s’était douté à plusieurs reprises que le passé de Matthew fut chaotique, probablement, lui, ne s’attendait pas à ce qu’elle lui avait caché depuis le départ.


- C’est compliqué. Je ne suis pas sûre que se soit une bonne chose que tu saches tout de moi, avoua t-elle en posant son regard, empli de doute, dans le sien.


Elle se racla la gorge et se leva. Elle pivota autour de la table et se fit face dans le miroir. Elle ne s’admirait pas non, ses yeux étaient tantôt rivés sur sa natte emmêlée, tantôt sur le sol. Elle glissa ses doigts dans ses cheveux, en ôtant les rubans noirs qui les maintenaient. La glace n’était qu’un prétexte pour ne plus regarder son coéquipier. Ses mèches sombres gardaient le pli de sa coiffure désormais défaite.


- Ma vie n’est pas aussi passionnante que la tienne, presque tranquille en fait.


Elle pinça ses lèvres, pour les humecter. Pensivement, elle attrapa un peigne, dissimulé dans sa ceinture, et brossa ses cheveux. Elle était nerveuse, ses mains étaient maladroites.


- Je viens du Luscannian, je te l’avais déjà dit. J’ai été élevée par mes sœurs, dans la Plaine des Cœurs de Roches, ça aussi, tu le sais déjà, ajouta-t-elle lentement en ponctuant son introduction par un soupir profond. Je n’ai pas été éduquée selon tes principes, tu dois t’en douter. J’ai tué, sans vraiment savoir ce que ça signifiait, parce que pour moi, c’était symbole d’honneur. Enfant, je savais déjà me battre à l’épée, tirer à l’arc, monter un cheval, torturer, élaborer des plans d’attaque. Je faisais partie de ces fées sauvages fondamentalistes qui vivent en autarcie totale dans le sud du continent. Je n’ai peur de rien, peut-être parce que j’ai moi-même grandi comme un monstre. Enfin, c’est comme ça que les gens nous perçoivent là-bas.


Elle cessa de brosser ses cheveux et lança une œillade à Matthew dans le miroir. Ils avaient été nés dans des régions voisines, cela ne les empêchaient pas d’être complètement différents. Elle tournait autour du pot, elle ne savait pas comment dire les choses sans le brusquer, sans le choquer. Lui qui la regardait sans arrière-pensées, cela pourrait-il durer ? Peut-être oserait-elle encore lui mentir, pour se protéger de l’exclusion, une fois de plus.

Elle recommença à tresser sa natte, avec lenteur et application.


- Je suis une fée, sans aucun doute, mais une fée sombre. Je suis considérée comme démoniaque non pas à cause de ma race, mais faute aux mœurs de ma communauté. Seules les femmes existent, les hommes sont des objets de reproduction. Nous n’aimons pas, nous procréons, nous assurons la survie de la race.


Elle noua un ruban au bas de sa coiffure légère et rangea son petit peigne sans un regard pour le miroir. Elle ne cherchait pas à se recoiffer, mais à se dissimuler. Malheureusement, elle n’avait plus le choix, elle devrait faire face à Matthew à un moment ou à un autre. Elle évita encore ses iris noisette en se retournant vers la table et en triturant avec inquiétude les bandages blancs qui trainaient là.


- Quand j’ai découvert que j’étais élémentaliste, j’ai cru que les Dieux m’avaient envoyé un don à part. Je voulais devenir prêtresse pour ma religion, offrir ma virginité à mon icône. Mais ma mère a découvert ce dont j’étais capable et m’a mise en route pour Elament. J’avais quinze ans peut-être, je ne sais plus exactement. J’étais furieuse. Furieuse de savoir que c’était un don presque commun, enfin, en tout cas assez pour qu’il existe une école où l’on enseignait à des gens à se servir de « ça ». Je ne voulais pas venir. J’ai traversé le Myagar tout de même, parce que j’obéissais aux désirs de ma tribu qui voulait faire de moi leur arme ultime. Mon pouvoir était un cadeau tombé du ciel.


Elle souria pensivement en enroulant et déroulant un pansement autour de son index.


- J’ai adoré voyager. Tout le monde me trouvait unique, belle, surprenante. Les gens s’arrêtaient pour me contempler. Il paraît que les fées sombres ne courent pas les rues. Les hommes se battaient pour m’obtenir. Ca rendait ma mère folle de rage, et j’adorais la contredire. C’était ma vengeance secrète contre sa volonté à m’enfermer dans une ville. J’ai haïs Elament, dès le premier regard. A la première seconde. Rien n’était d’avantage contre nature que cette forteresse qui détruisait la colline. Je refusais l’autorité des professeurs, mais cela ne m’empêchait pas de progresser. Vite, très vite.


Elle reposa le bandage sur la table et s’allongea, le buste touchant le bois verni de la table, pour aller glisser ses doigts dans l’eau presque pure de la bassine. Elle dessinait des cercles, sans jeter un seul regard pour Matthew. Elle avait peur de voir sa réaction, un jugement quelconque dans ses yeux, un tic nerveux qui indiquait sa désapprobation, un rictus étrange pour se moquer de son caractère.

- On m’a proposé de devenir professeur, je les ai envoyé chier. Profondément. Sérieusement ? Je n’avais qu’une seule envie : de retrouver les miennes. Et puis
, un hoquet étrangla sa gorge, ses sourcils se froncèrent, elles m’attendaient aux portes de la cité. Elles m’ont craché dessus, en disant que je n’étais pas encore assez puissante et que j’avais goûté aux plaisirs interdits par notre religion. Que je devais me repentir avant de les rejoindre. J’avais fait mes valises pour rien. Je suis restée. Je me suis attachée. Pour de bon. J’avais l’impression d’avoir trouvé ma place sans le savoir, je voulais rattraper le temps perdu.


Dans son esprit, Dierebel retraça son chemin vers la cité. Le cœur enfin léger depuis des années, ses retrouvailles avec sa chambre d’étudiante, ce soulagement qu’elle attendait depuis si longtemps. Oui, elle avait goûté aux interdits : aux hommes, à l’alcool, à la gourmandise, à l’argent. Mais à quoi s’attendaient ses sœurs qui la jetaient aux griffes de la civilisation ? A présent, elle éprouvait de la colère contre elles. Bien sûr qu’elle avait changé rapidement, visiblement. Elle avait refait sa vie loin des siennes, seule, sans repères. Pour trouver de l’argent sans travailler, elle avait céder aux avances sulfureuses d’un riche dignitaire de la cité qui lui offrait en échange tout ce dont elle avait besoin. Les élèves l’avaient traité de tous les noms d’oiseaux lorsqu’ils l’avaient su. La rumeur allait vite.


- Je suis retournée voir l’homme qui m’entretenait, mais sa femme m’a chassée. Je n’avais pas un sou, j’étais coincée là. Alors, j’ai commencé petit-à-petit à faire fléchir la fidélité des plus riches. Ils achetaient mon silence. Je n’avais plus qu’à faire ce que j’aimais. Lire, me pavaner au soleil, boire, faire mes expérimentations de chimiste… Mais les choses se savent vite. J’ai eu très mauvaise réputation, rapidement. Pourtant, les rumeurs étaient tronquées. Je ne suis pas une prostituée, non, je console de riches hommes des ratés de leurs unions. Je ne choisissais pas par désespoir, même pas. J’ai même beaucoup apprécié certains d’entre eux, ils devenaient de bons amis. Ils pouvaient tout me dire, j’écoutais. Ils pouvaient tout m’offrir, je remerciais. Ils n’étaient obligés de rien, je pardonnais.


Elle perdit son sourire. La suite était rapide, moins glorieuse, entremêlée entre deux guerres.


- Ruby a renouvelé l’offre de Layna. Je me suis retrouvée professeur de la terre, sans comprendre vraiment. La guerre a ponctué mes cours une première fois. J’ai tenu bon. Les menaces d’une récidive planaient, mais nous ne l’avons pas vu venir. Mes sœurs en ont profité pour venir me chercher. Elles m’ont kidnappé. Elles m’ont torturé pour me faire avouer mes péchés et m’absoudre de mes erreurs pendant que tout le monde se battait dehors. Elament avait besoin de moi, j’étais prise au piège.


Elle eu une moue terriblement triste, engoncée entre honte et folie. Elle trembla de nouveau et alla jusqu’au siège qu’elle avait quitté. Elle s’affala mollement, comme poussée par le poids de ses souvenirs contre le dossier du fauteuil.


- Je… Elles m’ont dit que… Et puis… Ca a été le trou noir pendant six mois.


Attendez, attendez, attendez… Elle n’abrégeait pas un peu vite la fin de l’histoire ? Matthew allait visiblement devoir poser les bonnes questions. Six mois d’oubli, cela faisait sept mois que la guerre était finie, la réminiscence concordait avec leur rencontre. Comment était-elle devenue esclave puisqu’elle était à l’extérieur de la cité ? Qu’avaient dit ses sœurs pour qu’elle se taise aujourd’hui ? Mais avant tout…

Elle plongea son regard dans le sien comme pour lui signifier qu’elle avait terminé. Le récit de sa vie oui, les explications sur son quotidien d’aujourd’hui non. Cela allait être plus compliqué qu’il n’y paraissait.
Elle n'avait rien révélé de concret à Matt, au contraire, son récit était un roman qui emmêlait son esprit. Essayait-elle de se défiler ? Bien sûr que oui.


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MessageLun 18 Avr 2011 - 21:09

Ce n'était malheureusement pas qu'une question de bonne ou de mauvaise chose, mais aussi et surtout de rétablir la confiance entre eux. De montrer qu'ils pouvaient tout se dire, tout s'avouer. Néanmoins il ne dit rien, la suivant simplement du regard. Il savait qu'elle allait parler. Il l'avait fait, alors elle le ferait aussi, il avait confiance en elle. Et pour le moment, elle ne trahissait pas cette confiance.

Elle débuta son récit, doucement, amenant des éléments qu'il connaissait déjà avant d'en faire venir de nouveaux. Elle parla de son éducation, si particulière, de ses semblables, dévoila sans rien cacher ce qu'elle avait vécu, tout en restant tout de même assez concise pour ne pas trop laisser trainer les choses. Il avait effectivement déjà entendu parlé de ces Fées qu'on disait mortelles. Et il avait sagement écouté ce qu'on lui disait pour une fois, ne s'était pas aventuré par là-bas, se contentant de chercher son père lorsqu'il était encore vers ces contrées. Mais les légendes qu'il avait entendu les évoquait comme terriblement belles, mais également dangereuses et folles, tuant tous les hommes ou femme passant sur leurs terres après en avoir abusé pour les premiers.

Il accrocha son regard à travers le miroir. Il sentait qu'il y avait autre chose, il n'aurait su dire quoi, mais lorsque Dierebel poursuivit, il arqua légèrement un sourcil. Il imaginait mal Dierebel comme elle décrivait ceux de sa race, et elle-même donc. Sur le coup, il eut envie de lui demander, de poser la question: et toi, parviens-tu à éprouver des sentiments? Pourquoi il voulait poser cette interrogation plus qu'une autre? Il l'ignorait, néanmoins, le fait de penser qu'elle ne puisse pas éprouver de sentiment le blessait. Mais il s'abstint, elle semblait déjà avoir du mal à parler, il n'était pas utile de la couper. Elle menait son récit, elle le guidait à travers son histoire, il ne pouvait que se laisser faire. Les mots continuaient de s'enchaîner, avec des pauses parfois, des hésitations dans la voix. Mais elle poursuivait courageusement son oeuvre de récit. Elle lui dit la haine qu'elle avait éprouvé pour la Cité, son désir de la quitté, et finalement l'accueil qu'elle lui avait fait en son sein une fois rejetée par ses pairs. Matthew connaissait cette douleur en un sens, bien que ce fut moins violent pour lui que pour elle. Et le rejet était différent aussi.

L'homme n'avait guère bougé au cours du récit de la belle Fée, restant patient, attentif, ne jugeant pas de ce qu'elle disait. Pour lui le passé n'avait aucune forme d'importance dans son jugement pour les autres. Non, ce qui comptait c'était ce que la personne était, aujourd'hui, et non ce qu'elle avait pu faire. Bien sûr, il ne voyait pas forcément une telle vie d'un très bon oeil, mais il était mal placé pour juger de toute façon. Il était un voleur, il ne fallait pas l'oublier.

Elle arriva finalement à la "fin" de son récit, car en réalité, il n'était pas vraiment finit, contrairement à ce qu'elle semblait vouloir laisser penser. Alors Matthew fronça les sourcils, l'observant un instant. Ca ne pouvait pas avoir été le trou noir, simplement comme ça. Il savait tout à fait qu'elle avait vécu des choses entre-temps. Malgré la tristesse présente sur le visage de Dierebel, il ne pouvait pas décemment laisser passer ce passage. Car c'était la clef de beaucoup de choses, il le savait. C'était surtout la clef de ce qu'il s'était passé au marché, de sa fascination pour le mal. Car il ne croyait pas un instant que seule son origine compte dans ça. Etre une Fée Sombre ne la rendait pas démoniaque, comme elle l'avait déjà dit. Pourtant, le regard qu'elle lui lança indiquait la fin.

-Hm...

Il doutait qu'il puisse amener le sujet comme ça. Alors simplement, il se leva, et se dirigea vers le même meuble que tout à l'heure pour en sortir une bouteille au verre sombre, presque noir, rendu ainsi par ce qu'il contenait, qu'il déboucha sans mal et tendit à Dierebel. Il préférait ne rien dire sur son passé. Pas de jugement, pas de mots rassurant, bien qu'il trouvait horrible ce qu'il lui était arrivé. Il ne saurait pas quoi dire, ni trouver les mots justes pour le moment, pas tant qu'il n'aurait pas toute l'histoire. Quoique...

-Je te préviens, c'est de l'alcool fort. Par contre je préfère ne pas te dire ce qu'il y a dedans. Je n'en ai aucune idée, je sais juste que c'est bon.

Il s'installa sur l'accoudoir du fauteuil de Dierebel, celui où il y avait encore le trou causé par ce qu'il s'était passé plus tôt. Il replaça une mèche de cheveux de la Fée, avec douceur, avant de tendre son bras pour le passer par dessus son épaule et l'attirer contre lui. Sans doute entendait-elle en cet instant son coeur battre contre sa poitrine, emballé par le contact, plus qu'il ne l'admettrait jamais. Ou bien peut-être n'y ferait-elle pas attention, se concentrant sur le contact du tissus de haute qualité qu'il portait. Il ne savait pas, il n'avait pas besoin de savoir.

-Je sais que c'est difficile, mais je sais aussi qu'il manque une partie de ton histoire. Et... J'ai besoin de la connaître.

Il n'était pas aussi manipulateur que Dierebel. Il aurait pu chercher à l'être, néanmoins, il ne voulait pas vraiment, meêm si ces mots enjoleurs auraient pu passer comme tel.

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MessageMar 19 Avr 2011 - 19:03

Matthew avait sorti des verres et une bouteille. Et il fallait manquer d’éducation pour ne pas savoir que cela signifiait que leur discussion ne faisait que commencer. De l’alcool fort ? A bon entendeur, la fée était une femme qui buvait sans soif. Surtout qu’elle avait bien besoin de quelque chose pour la décontracter, histoire de présenter la fin de son récit avec un peu plus de légèreté. Enfin, s’il insistait.

Mais elle n’eut pas le temps de saisir son verre. Matt s’assit à côté d’elle, elle ouvrit des yeux ronds comme des billes. Il l’attira contre elle, avec sa petite taille, son oreille se colla contre son torse juste au niveau de son cœur. Elle entendit le battement sourd qui faisait trembler sa poitrine. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Son propre cœur s’agita aussi. Mais c’était avant tout de l’inquiétude. D’ailleurs elle était un peu crispée. Elle écouta le tambour marquer la cadence dans la poitrine de l’elfe, presque impressionnée par son geste. Avait-il peur d’elle ? Son récit l’avait-il ému ? Non, c’était impossible. Ca ressemblait à de l’excitation. Comme si tout ce qu’elle révélait avait un sens pour lui. Et cette étreinte ? Il n’était pas du genre à s’empêtrer dans des embrassades.

Et si tout cela n’était qu’un coup monté ? Et si finalement Matthew était vraiment du côté des démons ? Et si il attendait ce moment de révélation depuis longtemps, afin de montrer à son tour son vrai visage et de la blâmer avant de retrouver… Non, ça ne collait pas.

De toute manière il n’y avait qu’une façon de le savoir. Elle inspira un grand coup. L’odeur de la peau de son compagnon de route la fit frémir imperceptiblement. Il sentait le sang, la sueur, l’homme… Il avait le parfum d’un guerrier. Elle apprécia sans le montrer et le repoussa doucement avant de saisir son gobelet. Elle le vida d’un trait.
Une grimace marqua alors son visage. Ah, oui ! C’était délicieux, mais affreusement fort. On aurait dit du sang de corbeau, de l’alcool de fruits du dragon… Elle toussa. Chose rare aussi, son nez et ses oreilles se mirent à rosir sous le coup de la surprise. Cet alcool là avait eu le temps de fermenter un certain temps avant d’être servi. Il brûlait la gorge. Elle se sentit ridicule, sa tête se mit à bouillonner d’un coup. Est-ce que cela faisait parti de son plan pour lui faire avouer ? Etait-ce du poison ? Un philtre de vérité ? Elle s’étrangla mentalement, s’obligeant à cesser d’avoir des idées noires. Une main sur son front rapidement, un air gêné, un sourire faux, après une longue minute de silence à gesticuler sur elle-même elle se leva de nouveau et continua son petit manège.


Il n’y avait qu’une solution : lui dire la vérité. Elle était coincée. Et Dieux que cette boisson faisait tourner la tête !


- Ecoute, c’est pas joli ce que j’ai fait une fois revenue dans la cité. Alors j’abrège, comme ça tu pourras crier, m’injurier et me foutre à la porte tout de suite. Si tu veux savoir, alors, tu vas savoir !


Elle commença à marcher les cent pas comme un fauve qui tournait dans une cage. Nerveuse, elle joignit ses mains et tordit ses doigts entre eux.


- Mes sœurs étaient venues m’annoncer la mort de ma mère. L’oracle m’a désignée comme future prétendante au trône. J’ai refusé en bloc de les rejoindre car j’étais engagée dans la guerre qui se dessinait aux abords de la cité. Elles étaient furieuses. C’est un déshonneur, pire un outrage. Elles m’ont pensée possédée. Elles ont tenté de me torturer, de me blesser, pour faire évacuer le mal de mon esprit. Ca m’a semblé durer une éternité. Mais grâce à mon médaillon, j’étais indemne à chaque levé du soleil. Je ne savais pas ce qui se passait, que la guerre avait débuté. Elles ont redoublé d’effort mais elles n’avaient pas le droit de me tuer. Alors elles m’ont jetée dehors pour laisser les démons finir le travail. C’est là où je ne me souviens plus de rien.


Elle soupira en balançant sa tête en arrière comme si elle implorait ses dieux de la pardonner. Elle n’avait encore jamais dit ça à personne. Elle ne savait pas si ça la soulageait ou si ça serrait encore plus le nœud dans son estomac. Elle s’arrêta de bouger, reprenant son souffle. Elle passa une main sur sa natte en faisant sa voix plus feutrée.


- Un démon m’a trouvée, il me semble que des élémentalistes m’ont récupérée. Ce n’est pas très clair dans mon esprit. Ils m’ont ramené à la cité, ils m’ont soigné mais ma disparition en pleine période de guerre était suspecte. Je connaissais Saïsei de longue date, nous nous étions affrontés et il avait une dette envers moi.


Elle sortit de son décolleté un petit sifflet de bois gravé d’écritures elfiques au bout d’un long ruban en lin. Dissimulé ainsi, personne ne pouvait le voir.


- Il m’a faite demander auprès des élémentalistes, du moins mon corps, pour récupérer la signature de notre pacte. Ils m’ont balancé au-dessus de la muraille. Saïsei était presque heureux de me voir vivante, pourtant, nous étions les pires ennemis du monde... Avant… Il m’a planqué dans la forêt le temps que je me rétablisse. La guerre s’est terminée. Il m’a ramené chez lui.


Elle parlait de lui avec reconnaissance et tendresse. Oui, son regard se perdait dans le vide et se faisait vaporeux au souvenir de ce moment étrange. Elle qui avait senti la mort rôder trop longtemps autour d’elle. Elle avait trouvé quelqu’un capable d’ignorer les rumeurs et de la prendre telle qu’elle était, faible, perdue, ignorante de son propre sort.


- Il m’a expliqué de me faire passer sur son esclave, de me terrer chez lui. Mais j’ai commencé à vouloir partir. J’avais des maux de tête de pire en pire, des images horribles m’arrivaient en tête, je ne dormais plus, je ne mangeais plus. Ma mémoire revenait. Douloureusement.


Elle cessa de triturer sa natte et reprit sa route effrénée du fauteuil à la table.


- J’ai fugué, une fois, deux fois, trois fois. Il était fou furieux. Et puis j’ai rencontré Simulacre. C’est le bras droit de Sappho… Mais je suis bête, tu dois parfaitement voir de qui il s’agit. En errant dans les rues, on a trouvé un… Une… Je ne sais pas comment décrire ça. Une sorte de cristal rouge. On la touché tout les deux, on a senti quelque chose de bizarre. On a décidé que c’était un secret de fée. Mais c’était magique… Ce contact chaud, complètement dingue !


Elle réprima un frisson, ses pupilles se dilatèrent à l’évocation de la pierre. Et ce n’était pas bon signe. Elle poursuivit.


- Je me suis renseignée, mais ce truc est mystérieux. Visiblement c’est une clé. Et on ne peut s’en servir qu’avec une incantation très particulière, que seul quelqu’un de puissant ne peut déchiffrer. Simulacre l’a mise en sécurité. Mais j’éprouve une sensation bizarre depuis qu’on l’a trouvée, dit-elle en regardant ses mains avec inquiétude. J’ai besoin d’elle. Elle m’a rendue mon passé, ma force. En dix fois plus fort. Elle change mes humeurs, modifie mon comportement, et j’ai la nécessité absolue de comprendre pourquoi.



Elle redressa enfin les yeux vers Matthew, comme vidée de toute énergie. Une crainte palpable dans le fond de sa rétine faisait disparaître le gris de ses iris macabrement. Sa voix se fit encore plus grave et profonde, d’une froideur inconsidérée. Rien ne pouvait être dit avec plus de sincérité.


- Parce qu’elle prend le dessus sur moi, j’ai peur de devenir comme eux. Et en même temps, ça m’excite terriblement.

Un silence glacé.

- Ressers-moi un verre, s'il te plaît.


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Matthew Sombrelune
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MessageMar 19 Avr 2011 - 21:10

Il l'avait prévenu que cette boisson était forte. Et apparemment, elle ne l'avait pas écouté. Elle finit son verre d'une traite, et vu le rouge qui lui monta aux joues ainsi que le toussotement, l'homme ne douta pas un seul instant de l'effet que la boisson devait avoir eu sur elle. Puis après avoir un peu gesticulé, elle se leva, et il l'écouta parler. Calmement, en se glissant dans le fauteuil à présent vide pour pouvoir la regarder faire les cents pas et trouer son parquet à force. Enfin, façon de parler. Apparemment, l'alcool lui montait un peu à la tête en tout cas, ça se voyait dans son attitude. Il ne pensait pas que ça ferait un tel effet.

*Kufufufufu, tu es fourbe en fait!*

Ah tiens, ça faisait longtemps qu'il ne l'avait plus entendu lui. Un peu plus, et il lui aurait manqué... Ou pas! Il le fit se taire le temps d'écouter le récit qu'avait à lui faire Dierebel. Il ne voulait rien rater, il avait besoin de savoir, il le savait. Même si ce qu'il entendait ne lui plaisait pas vraiment. Il ne parvenait pas à comprendre comment des gens pouvaient se comporter de cette façon là avec les autres. Ne pouvaient-ils pas simplement laisser les gens mener leurs vies comme ils l'entendaient? La liberté avait-elle donc si peu d'importance aux yeux des autres? Apparemment oui, vu ce que les "soeurs" de Dierebel lui avaient fait subir. Il serra les poings et la machoire. Il n'était pas utile de s'énerver, ce n'était que du passé.

Elle poursuivit. Elle semblait vouloir en finir le plus vite possible, parlant vite, sans vraiment s'arrêter bien qu'elle prenait des pauses pour reprendre son souffle. Mais elle s'arrêta tout de même un instant. Elle semblait chercher dans une force supérieure le courage de poursuivre son récit, d'apporter à Matthew ce qu'il voulait savoir. Et il attendait, dans un silence religieux qui ne dura pas si longtemps que ça. Il sentit quelque chose remuer en lui lorsqu'elle parla de Saisei. Un peu comme de la jalousie. Et sans doute en était-ce. Parlait-elle de lui de la même faço? Non, sans doute pas. Elle ne devait même jamais prononcer son nom. Mais il ne pu se formaliser de ça. Non... Il ne le devait pas. Il posa sa main sur un des accoudoirs et étendit ses doigts, respirant un calme factice. Finalement, elle reprit sa course effrenée, marchant tout en parlant.


*C'est moche d'être jaloux...*

Bon sang, il ne pouvait pas se taire lui?! Il se redressa lorsqu'elle commença à évoquer la pierre. Voilà qui était étrange... Il posa sa main sur son menton, réfléchissant. Etrange et... intéressant. Il se demandait qu'est-ce que pouvait bien être cette pierre, ça l'intriguait. N'Jriel semblait également vouloir savoir, mais le simple fait qu'il ignore de quoi il s'agissait signifiait beaucoup. Ca voulait dire que cette pierre avait un certain âge. Et l'absence d'information apparente renforçait cette idée. Mais le récit s'acheva, sur une note froide, glaciale, et Matthew avala sa salive.

Il comprenait ce qu'elle voulait dire, la peur qu'elle pouvait ressentir. C'était celle qu'il ressentait chaque fois que N'Jriel prenaitun peu trop d'importance, gagnait du terrain. C'était celle qui le submergeait la nuit, lorsqu'il craignait de s'endormir pour ne pas se réveiller. C'était une sensation qu'il connaissait, même si malgré les similitudes elle était différente. Il soupira, puis prit la bouteille et en servit un verre à Dierebel, avant de prendre le sien et de le remplir à son tour, ce qu'il avait oublié de faire au moment où il avait servit la Fée. Il lui tendit son verre, et une fois prit, il bu dans le sien. Le liquide eut un effet quasiment immédiat, et il sentit qu'il lui brulaît la gorge, brouillant ses sens. Mais pas totalement. Il savait qu'il ne pouvait pas boire plus de deux verres sans être complètement ivre. Alors il y allait doucement. Il n'avait pas la même résistance à l'alcool que la Fée malheureusement.

-Mais... Comment cette pierre pourrait-elle faire tout ça, et créer une dépendance?

En fait si, il savait comment. Lui-même prenait conscience du fait qu'il commençait à dépendre de la pierre de Dierebel, qui tenait N'Jriel loin de lui. Mais la question n'était pas là, non, en fait, sa question, celle qu'il venait de poser n'avait aucun espèce d'importance. Alors il se leva et fit face à la Fée.

-Enfin... Toujours est-il que... Je comprends ce que tu ressent, la peur de te laisser envahir par elle. Mais je pense, je suis persuadé que tu auras la volonté nécessaire pour lutter contre elle. Parce que tu n'es pas comme eux, Dierebel. Tu es forte, courageuse, et surtout, ils te dégoûtent. Tu ne pourras jamais devenir comme eux, jamais.


Il l'attrapa par les épaules, la fixant du regard.

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MessageMar 19 Avr 2011 - 22:00

Elle fit une petite grimace bizarre, comme si une poussière s’était posée sur son nez, comme si un bruit l’avait fait sursauter. Elle ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose et se ravisa. Elle en avait déjà beaucoup dit pour ce soir…

Son verre tangua lorsqu’il lui saisit les épaules, répandant son contenu au tiers sur ses doigts. Par réflexe, elle lécha comme un chat les gouttelettes qui perlaient à ses phalanges. Elle laissa le contact de l’alcool lui brûler les lèvres et poussa un long soupir en plongeant ses yeux dans les siens. Elle contempla leur brun parfait, immobile, brillant. Sa douceur et sa volonté à la réconforter la fit sourire légèrement. Oui, il pouvait comprendre la terreur qui la tenaillait. Il éprouvait la même au jour le jour avec N’Jriel. Mais ce n’était pas tant que cette force démoniaque prenne le dessus qui l’effrayait. C’était cette sensation de bien-être qui l’envahissait quand le flux de la clef de voûte se manifestait en elle. L’envie violente de la toucher encore et encore, de se l’approprier, de l’ouvrir et libérer son secret. Elle doutait que Matthew puisse se sentir confortable à l’idée de laisser son démon reprendre le dessus. Mais peu importait, elle ne pouvait pas lui reprocher de ne pas comprendre la totalité de son discours. Tant bien qu’elle-même ignorait en grande partie les raisons de sa dépendance.


Les démons ne la dégoûtaient pas. Enfin, pas tous. Auprès de certains, elle se plaisait à comparaître. Pire elle aimait leur présence. Ils n’étaient pas tous détestables. C’était cela qui l’ennuyait et qui l’empêchait d’être au clair avec elle-même dans le clan qu’elle avait à choisir. Elle se battrait pour Elament, sans vergogne, comme ultime preuve de son amour pour la funeste cité. C’est vrai qu’aux côtés de Matthew elle trouvait un équilibre plus sain, un but plus certain, une quête plus noble. Mais seraient-ils à la hauteur de leur décision ?

- J’aime bien cette manière dont tu as de l’espoir dans tes yeux. On a l’impression de pouvoir abattre des montagnes avec cette lueur dans ton regard, balança-t-elle tout doucement en retrouvant la mélodie habituelle dans sa voix.

Elle n’avait pas cillé. Son médaillon s’éclairait progressivement, dessinant une frontière lumineuse entre eux. Elle pencha la tête vers son cou. Ses traits se durcirent. Ainsi donc N’Jriel était de nouveau présent et avait probablement tout entendu de son petit discours. Elle avait l’impression désagréable de s’être fait surprendre dans une situation gênante par un être indésirable.
Elle se sentait nue, faible, impuissante. Condamnée à être observée. C’était rageant.

Ainsi donc son baiser ne l’avait pas calmé ? Le démon était bien plus fort qu’elle ne pouvait l’imaginer. Elle aurait aimé l’endormir pour plusieurs jours, histoire de se retrouver vraiment seule avec Matt. Voir son vrai visage, lorsque rien ni personne ne pouvait l’empêcher d’être lui-même. Comme quand il avait raconté sa vie, avec gravité et sérieux.

Elle releva le visage vers l’elfe avec une pointe de cynisme. Elle avait envie de dire quelque chose d’affreusement méchant, quelque chose que le chevalier démoniaque enfoui en lui puisse entendre. Elle se retint, car Matt n’aurait sûrement pas compris cette pointe d’agressivité soudaine. Elle reprit un semblant de calme :


- Je n’ai pas bien plus de courage que toi en tout cas. Si je m’en sors, si je trouve comment me débarrasser de l’emprise de cette pierre, je n’ai aucun doute qu’on pourra faire quelque chose pour toi. Enfin… Pour envoyer ce sale gosse au lit une bonne fois pour toute.


Elle posa sa main libre sur la sienne.


- Tous les deux libres ou rien.

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Matthew Sombrelune
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MessageDim 24 Avr 2011 - 19:10

Matthew haussa un sourcil à la réflexion de Dierebel. C'était tellement... En dehors du sujet actuel. Plutôt surpris, il ne sut pas quoi répondre ou quoi dire. Et puis ça lui semblait étrange, mais en même temps sincère. En fait, il n'avait même rien à répondre, juste à accepter ce qu'elle disait, simplement. Mais l'instant se brisa, éclairé par le bleu du médaillon de Dierebel qui désormais savait que N'Jriel était de retour, bien qu'actuellement repoussé par le médaillon de l'Elémentaliste. Matthew poussa un soupir, s'éloignant de la belle Fée d'à peine un demi pas et arrêtant ainsi la lumière, à regret, laissant le Démon revenir à ses côtés sous le rire de celui-ci.

Il fallait que ça s'arrête, il fallait qu'il disparaisse, qu'il s'en aille... Et la remarque de la brune le fit largement sourire. Oui, elle avait raison, sans doute existait-il une solution à ce problème. Sans doute pouvaient-ils, à eux deux, trouver une solution pour chasser leurs Démons, pour les faire fuir loin, pour redevenir eux-même. Peut-être sortiraient-ils affaiblis de tout ça, de ce combat, de cette recherche et de cette lutte, mais au moins pourraient-ils dire fièrement qu'ils n'ont rien à se reprocher, que les ténèbres des Démons ne les ont pas touché. Même si ça ne serait qu'un mensonge. Car ce contact qu'ils ont eut, si particulier avec l'univers Démoniaque les avait sans doute changé à jamais et de façon bien plus profonde qu'ils le pensaient. Et Matthew en avait plus ou moins conscience, mais il préférait l'ignorer. Ignorer le manque qu'il avait ressenti lorsque Dierebel avait renvoyé N'Jriel au fond de son esprit d'un baiser. Oui, c'était mieux ainsi, de se dire qu'on avait rien à voir avec eux, aucun lien, rien... Même si c'était se mentir. Enfin...

*Kufufufufu... Je le sais Matthew... Je le sais...*


La voix du Démon était presque rassurante. Mais il prit tout de même la main de Dierebel lorsque celle-ci la posa sur la sienne. La fraîcheur réconfortante de la main de la Fée le fit sourire doucement tandis que N'Jriel se recroquevillait tout au fond de lui, des remarques naissantes mourrant avant même de prendre forme. La lumière bleue s'éleva entre eux à nouveau, brillante, signe d'un espoir certain pour eux. Et pour tous les possédés. Et dans un élan inconsidéré, Matthew attira Dierebel contre lui et la serra dans ses bras, évitant de se couper sur ses ailes.


-Tous les deux libres.

Le ou rien était de trop. Ils seraient tous les deux libres, un point c'est tout. Il avait simplement murmurré ces mots avant de libérer Dierebel qui semblait avoir connu des situations où elle avait été plus à son aise. Et après cet élan provoqué par ce sentiment d'espoir, il se détacha totalement d'elle. De nouveaux plans s'étaient formés dans son esprits, de nouvelles idées lui étaient venus. Il tourna le dos à Dierebel, une main ouverte posée sur la table, regardant le plafond et ses moulures tout en réfléchissant. Oui, voilà de biens beaux projets qu'il avait...

-Je pense me rendre en Luscannian, faire des recherches au sujet des possessions. C'est là-bas que j'ai trouvé l'essentiel de mes informations sur N'Jriel.

Il se retourna vers Dierebel. Partir comme ça le laissait un peu soucieux, aussi attendrait-il d'être sûr que tout se passerait bien que la Fée et pour sa nouvelle protégée, Deirdre. Il faudrait que quelqu'un s'occupe d'elle, au moins le temps de son absence. Sauf que si Dierebel avait trop d'ennui à cause de l'épisode récent, elle ne pourrait pas.

-Et de là je prendrais contact aussi avec celui qui m'a conduit la première fois à Elament et lui demanderais s'il peut me faire entrer en contact avec la Résistance extérieure.


Voilà, il recommençait à parler affaire. La séquence émotion était bel et bien finie...

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MessageDim 24 Avr 2011 - 20:13

Oui, il avait marqué la fin de leur rapprochement. Une accolade et rien de plus, voilà l’elfe reparti dans ses déboires autour de la résistance. Dierebel eut l’impression que l’intimité qui s’était instaurée entre eux, cette longue conversation nouée autour de leur passé et de leurs peines, n’avait pas existée. Matthew avait le chic pour ça : briser les instants précieux, mais surtout, se contenir. Il tombait rarement dans la fatalité, la romance ou le sentimentalisme. Contrairement à la fée, qui mélodrame, tombait toujours dans les excès les plus fallacieux de ses émotions. Le temps qui s’était arrêté autour d’eux avait repris son rythme accablant. Il rappela à la petite créature ailée le nœud qui étranglait son estomac, la fuite, la menace, le secret, l’angoisse, leur mission. L’ordre de leurs priorités n’avait pas changé. La Résistance devait survivre, n’en soit-elle qu’à sa naissance fragile.

Elle osa un soupir et un haussement de sourcil agacé. Il lui semblait impossible d’arrêter de penser ou de réfléchir. Il fallait qu’il élabore, qu’il enquête, qu’il planifie, qu’il mette en place. Jamais son esprit ne se posait, il était en boucle sur les responsabilités qui lui incombait. Il prenait son rôle trop au sérieux. Il accumulait les devoirs, les obligations. Il se sentait obligé d’avancer plus vite, encore plus vite. La fée avait une longueur d’avance sur ce point. Bien qu’elle soit consciente que son engagement au sein de la résistance soit primordial, elle savait que ces choses là ne se faisaient pas en un jour. Il fallait de la patience pour changer une vie. Certes, elle était impétueuse et bondissait à chaque contrariété, elle donnait l’illusion plausible d’une impatience capricieuse, mais au fond d’elle, elle savait parfaitement que la résistance qu’ils venaient de créer devait s’infiltrer dans leurs vies avec douceur et sagesse. Ce n’était pas événement à prendre à la légère, il ne fallait pas bâcler le travail. Leur sagesse serait clé de la réussite. Elament ne s’était pas construite en une nuit !

Il parla alors de partir à la recherche d’informations et de survivants. Le visage de Dierebel s’assombrit. Visiblement, l’affaire était pressée. Il allait donc la laisser seule plusieurs semaines et s’absenter hors des murs de la cité. Elle se rendit compte alors à quel point cet homme faisait dorénavant parti d’elle-même. La peur lui hurla de céder à la panique. Il y avait Deirdre maintenant. Et elle ne savait pas de quoi demain serait fait avec toutes les péripéties de la journée. Elle avait besoin de lui plus que jamais. La jalousie la pinça au cœur. Elle aussi aurait aimé pouvoir aller et venir hors de la Sombre. Enfin, surtout s’en échapper sans inquiéter le commun des démons.
Ainsi, il prenait ses libertés quelques jours. L’oubliant là, après des aveux douloureux. A quoi se plaisait-il à jouer ? Sa moue se fit boudeuse, presque irritée. Elle n’était qu’un pion pour lui. Du moins, elle le ressentit de la sorte sous le ton froid de son annonce.

- Attends, tu veux que je reste isolée ici, sans toi, avec la petite fille sauvage sur les bras ? S’offusqua-t-elle soudainement. Tu penses ou c’est déjà décidé cette histoire ?

Elle piétina le sol avec l’air d’une enfant contrariée. Ses ailes vibrèrent, se déployèrent presque.

- Je ne dois pas faire de vagues avant un certain temps, tu le sais ! Si je dois venir m’occuper de cette gamine, je vais me faire pincer. Si je ne suis pas morte dès ce soir !

Elle croisa les bras et gonfla sa poitrine comme pour le toiser.

- Tu n’es pas sérieux, là ?
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Matthew Sombrelune
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MessageMar 5 Juil 2011 - 17:58

La perspective de se retrouver sans Matthew un certain temps semblait déplaire fortement à Dierebel. Bien sûr, il concevait totalement que ça n'allait pas lui faciliter la tâche, encore moins après ce qu'il s'était passé aujourd'hui. Sans doute les rumeurs les plus folles allaient-elles courir à ce sujet, mais il n'avait pas d'autre choix. Disparaître juste un temps, celui nécessaire à trouver ce dont il aurait besoin. Aussi parla-t-elle de quelques jours, ce qui fit hausser un sourcil à Matthew. Le temps de se rendre là-bas déjà lui prendrait des semaines, sans compter les recherches qu'il aurait à mener, puis son retour et ses négociations avec les élémentalistes. Il en avait pour un mois au minimum. Et encore, il était généreux. Il essayerait de rejoindre la côte pour prendre le bâteau, ce qui lui permettrait de mettre moins de temps pour rejoindre sa terre natale. Ainsi il n'aurait pas de montagnes ni de désert à traverser.

Il poussa un soupir au reste du discours de Dierebel. Bien sûr, elle avait raison. Ce qu'il voulait faire était inconsidéré, mais nécessaire au bon déroulement de la suite de leurs plans. Et puis l'avantage qu'il aurait à disparaître, c'est que les recherches se stopperaient, et qu'à son retour il n'aurait plus qu'à inventer une histoire pour dire qu'il l'avait tué en se rendant compte de ce qu'il se passait. Bien sûr, il pourrait peaufiner son hsitoire avant son retour en essayant de faire un peu de bruit dans un endroit, mais pour le moment, il ne voyait que les avantages qu'il trouverait dans ce voyage.

*Kufufufufu, que des excuses tout ça, tu vas en profiter pour disparaître...*


Il fit un mouvement de main pour dégager ce que venait de dire N'Jriel, le chassant de sa pensée pour revenir à Dierebel. Il ne lui restait plus qu'à lui exposer plus précisément son plan, lui laisser le moyen de pouvoir venir ici quand bon lui semblait et enfin à partir une fois récupéré quelques affaires.


-Ecoute Dierebel, je vais disparaître un temps. Mon voyage ne durera pas que quelques jours, mais plutôt quelques mois. Les Démons penseront sans doute à un envoutement dans ma disparition et que tu seras parti avec moi. Tu n'auras qu'à te faire discrète un temps.

Il posa ses mains sur les épaules de la fée et la regarda dans les yeux. Sa respiration s'était approfondit au contact de Dierebel.

-Je sais que ça sera sans doute difficile pour toi, sans oublier qu'il faudra que tu t'occupes de la petite mais... Je sais que tu en es capable.

Il rompit le contact et lui tourna le dos, une main courant le long du bois de la table pour finalement se tourner à nouveau vers la brune. Oui, il était trop sérieux. Mais il refusait de se laisser aller. Il ne voulait pas voir tous leurs efforts être réduits à néant pour... rien. Pour du sentimentalisme mièvre, pour simplement du vent. Non, c'était hors de question. Même si ça pouvait être bien plus que ce qu'il le pensait.

-Ma décision est déjà prise.

Il ne fut pas en mesure de lui dire ça dans les yeux. Ils avaient toujours marché à deux, mais pour un temps, leurs chemins allaient devoir se séparer. Et étrangement, cette idée ne lui plaisait pas et faisait presque naître en lui une sourde inquiétude qui prenaît place. Après ça, il lui confia un double des clefs, malgré les protestations. Il ne lui laissait pas le choix, loin de là. Sa décision était prise. Il prépara ses affaires, et alors que la lune était haute, il disparu.

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MessageMar 5 Juil 2011 - 19:26


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