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 Chapitre IX : Dans un voile de ténèbres [PV Zeo, Iblîs]

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Janus Von Raelu
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MessageVen 30 Juil 2010 - 9:21



Le quartier empestait toujours autant le souffre, et une brume infecte allant brouiller toute vision au-delà de quelques mètres commençait à s’appesantir dans les rues. Depuis le pignon du manoir faisait face au sien, Janus observa la marche d’une ombre informe qui parcourait la rue en tous sens depuis quelques minutes. Des fumerolles s’échappaient encore des cheminées de certains manoirs. Peu d’entre eux avaient encore un feu ronflant dans leur antre.

Le couchant avait disparu depuis quelques minutes : Janus avait enfin pu s’extraire de ses murs. Bien que confortable, errer sans sommeil dans certain lieux pouvait engager à la claustrophobie. Un cercueil fermé par exemple. Mais ici, l’air surchargé de toutes ces odeurs nauséabondes lui revigorait l’esprit. Libre de sauter de toits en toits, en chasse. Les murs extérieurs de la cité regorgeaient de viande fraîche dès que les derniers rayons passaient le ponant. Foule de choses s’y rassemblaient, entre bêtes et affiliés aux pouvoirs démoniaques. Il avait entendu les cors résonnant d’une chasse hors les murs la nuit précédente, alors qu’il prenait un verre au cou même d’un nécromant passant sur son chemin.

Et ce soir, non content d’avoir toutes les conditions climatiques de son côté, la brume le dissimulant aux yeux de ses proies, il y avait cette ombre, en bas, dans la rue, qu’il ne pouvait identifier, mais avec laquelle il pouvait jouer un peu. La présence allait de droite à gauche sur la chaussée. Après qu’elle l’ait dépassé son manoir, et de fait sa position, il continua d’humer l’air. Rien de spécial ; une vague odeur de crin de cheval peut-être, mais les fragrances se dissolvaient vite dans cet air lourd, surchargé, quasiment vivant. Une sorte de nappe immonde, rampante, chaude et humide, putrescente et sucrée. Prête à se figer autour de n’importe qui, englobant la cité comme une toile, un dôme méphitique à la fois insaisissable et attaché à votre peau.

Janus descendit du pignon en trois petits sauts, atterrissant d’une manière très théâtrale au milieu de la chaussée. Par ici, cette espèce de brume devenait plus compacte. Difficile de voir à plus de cinq mètres devant soi. Mais la présence était toujours là, désormais immobile, elle aussi au milieu de cette rue. Cette brume infâme qui s’insinuait partout, et qui avait aussi l’air de régner ici bas, semblait les plonger dans une espèce d’univers en dehors de tout.

Face à lui, toujours sous ce voile, l’être ne bougeait pas. Pouvaient-ils se dévisager s’ils ne se voyaient pas. Janus ne sentait pas la présence d’un de ses congénères. C’était déjà cela ; une proie potentielle. Un démon de cette citée ? Un de plus un de moi, avec la vitesse de reproduction des succubes, aucun soucis sur la démographie si l’une ou l’autre des petites créatures aux ordres du Haut-Roi venait à disparaître, surtout si elle occupait… et bien juste le rang de chair à canon. La courtoisie et l’hospitalité n’étaient pas dans les vertus du vampire. Mais feindre la compassion pour mettre en place le piège pouvait s’avérer utile.

Janus fit plusieurs pas en avant. Cette brume compacte empêchait toujours la moindre visibilité. Une silhouette pouvait être distinguée, mais guère plus. Elle ne lui rappelait absolument rien. Allez savoir pourquoi, rien de tout ceci n’aurait pu se passer auparavant. Janus se rapprocha encore de cette vision au travers de la brume. Et il la vit enfin. Une élémentaliste. Des ailes, sans doute une ange. Les yeux baissés, à peine visible sous la cascade de cheveux d’or qui entouraient son visage. Il lui semblait qu’il l’avait déjà vue quelque part. Mais impossible de la remettre. Enfin, une élémentaliste au bau milieu de cette cité ne voulait dire qu’une chose : esclave en fuite, espion à la charge des derniers survivants, ou encore… plus juteux, l’un des derniers êtres à avoir survécu dans cet enfer occupé par les démons depuis plusieurs semaines. Il lui fallait faire un choix. Et dans tous les cas, outre ramener une proie lui conférant honneur, prestige et argent, il pouvait aussi en attendant de savoir quoi en faire étudier la question du garde manger.

Un rictus immonde aux lèvres, Janus refit un pas en avant. A moins d’un pas de l’être, il tendit un bras en direction de son manoir et prononça des paroles dont il ne se souvenait pas qu'elle aient déjà passées le seuil de ses lèvres. Après tout, il ne s’agissait que d’un piège dont l’ange ne pouvait se douter :

« - Puis-je vous conduire à mon manoir ? Vous y serez sans doute plus en sécurité que dans ces rues bourrées de coupe-jarrets ou au moins des démons ayant éliminés les coupe-jarrets du quartier… »

Il ne mentionna pas le fait qu’il les avait éliminé lui-même de son territoire de chasse et qu’ils avaient fait l’objet de quelques repas. Certains étaient encore enfermés dans ses geôles ; il pourrait se nourrir un minimum ce soir après avoir mieux cerné son nouvel invité. La précédent dans la rue, il s’arrêta au bas des marches de l’escalier menant à sa demeure.

« - Vous venez ? »


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Zeo
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MessageLun 16 Aoû 2010 - 17:17

C’était un endroit presque malsain, trop calme. C’était l’incertitude du moment, la boule au ventre et tout ce qui s’en suit du tracas, du désir de survivre et s’échapper de ce qui jadis fut un lieu de paix. Oui… c’était ce ramassis d’angoisse et de désespoir.

C’était une ombre au loin. Bien que l’ange c’était habituée à la présence ténébreuse d’un des plus puissants démons que le monde ait connu et peut-être ne connaîtra plus… ça ne l’enchantait guère. Il y avait là le goût de sa future perte sans doute.

C’était une main tendue vers elle, un visage qui se montrait petit à petit, se dessinant avec délice dans l’ombre du chemin. Une invitation pas très enviable, une non vie certaine en face. Des images de dégoût qu’elle ne pouvait pas même s’imaginer. L’antre d’un cauchemar éveillé.

C’était une hésitation, une frousse soudaine, une mauvaise posture, une volonté de fuite impossible. L’ange, aux habits déchirés, d’un tissu blanc repassé de sang séché et tapissé de fissures hésita longuement, le cœur à la dérive pour peut qu’il ne cesse de battre comme on retient notre souffle pensant ainsi, comme l’autruche, se cacher du danger. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas même penser qu’elle n’irait finalement pas à l’encontre de la proposition. Mais est-ce donc là une véritable proposition ? Ici, au beau milieu de tous les dangers ? On connaît tous les règles d’or qui pointent du doigt les inconnus sur notre route. Dire non et faire marche arrière. Les poumons se gonflèrent presque à en exploser avant d’expulser l’air lentement. Il paraît que ça calme et tasse nos peurs. Il paraît…

Elle fit non de la tête, tirant une moue de refus total. Pourtant, elle s’avança un peu. Et comme pour insister, l’inconnu renouvela la proposition. Pouvait-elle vraiment dire non ? C’est ce qu’elle essaya de faire, mais ses pas la rapprochaient encore et encore. Un pas vers le futur… un pas vers la mort ? Ce pouvait-il que dans ce coin de cité, habite encore une personne de bon sens… sans volonté de lui nuire ? Elle ne le croyait pas. Et, comme pour ces jours et ces nuits passés chez le cavalier, l’ange serra fort, très fort l’Obsidienne qui pendait encore et toujours à son cou.


" - Trop aimable à vous… est-il vraiment possible de vous refuser l’invitation ? "

Elle n’oserait pas lever le petit doigt contre lui, de toute manière, qui dit qu’elle en serait à la hauteur ? Amusant… déconcertant… inquiétant. Vous vous dites qu’il y a surement d’autres échappatoires, qu’il lui serait facile de refuser, de se battre. Mais avez-vous déjà connu cette angoisse ? Avez-vous déjà perdu votre sang dans une bataille ? Connaissez-vous vraiment le monde dans lequel l’ange essaye de vivre tant bien que mal ? Alors, calmez votre joie, chuchotez la victoire que vous croyez possible. Elle ne l’est pas. Zeo se fait manipuler comme une gosse ? Et ça vous choque ? Inversez les rôles de l’ange et du lecteur, prenez donc place au milieu des cendres d’Elament la sombre, humez l’air de ce cimetière… et peut-être alors changerez-vous votre jugement quand à l’ange aux portes de sa défaite.

Je ne cherche pas à être pessimiste, je ne le suis pas. Vous comme moi, savez qu’il y aura un rebondissement à cette histoire, quelques bouffées de fraîcheur. Alors lisez donc, et imaginez l’ange avancer à pas de velours, pour rejoindre cet homme-là et son manoir….

Imaginez…




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Iblîs Nemrodus
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MessageLun 30 Aoû 2010 - 14:25

bug
Vingt-trois heures. L'astre solaire était mort. Sombrant derrière l'horizon, usé, le vieux soleil avait achevé sa course. Pourtant, éteint pour quelques heures, il rejaillirait demain, glorieux et éclatant au sein du grand bleu. Alors à nouveau le monde sera jeune et clair, sous les ailes d'or du soleil qui se lève ...

Mais pour l'heure, avec la rapidité de cette période de l'année, la lumière s'estompe et se ternit. Toute chose semble prise d'assaut par l'ombre : elle monde le long des arbres, sur le flanc des montagnes, sur le pays alangui et au fond du cœur des hommes. Lentement, la marée noire s'élève, toujours plus haut, toujours plus sûre d'elle. Avec avidité, elle absorbe les dernières zones de clarté, les nappant de son noir manteau. Légère, insidieuse, elle a bientôt recouvert toute la plaine, et seul les plus hauts sommets des Monts Décharnés continue à la braver. Mais déjà, la mer d'encre s'élance, inonde les forêts de sapins, dévore les prairies, avale les roches ... voyez, elle bondit sur les derniers contreforts, et victorieuse, éteint le dernier point rougeoyant au sommet de la Montagne.

Voilà. La nuit est là.

L'obscurité a étendu son royaume sur le pays. Toute une partie du ciel est voilée de nuages. On distingue à peine Elament, mais la cité se détache vaguement sur la mer de brouillard qui l'entoure, comme une masse noire sur un fond à peine plus clair, droit devant.

Et puis, si vous passiez à cet instant sur les collines, la Lune se serait montrée. Libérée de sa prison de nuages, l'astre jeta soudain sa lueur livide sur le paysage. Elle sculpta les formes tourmentées des tours, tira de l'ombre les créneaux parcourus de présences furtives, dévoila les toits couronnés de chauves-souris, figea de sa lueur froide les courtines et les croix des tombes, émergeant de la brume ... et jamais, de mémoire d'homme, jamais cité autrefois riante n'avait autant ressemblé à une Nécropole. L'impression qui s'en dégageait de nuit était différente de la journée. Elament semblait vous regarder fixement, et l'impression se faisait oppressante, pesante comme le poids d'une éternité de souffrance.

Mais ... ce frisson au creux de votre dos … Jamais cette impression de vigilance n'a été aussi forte. Il y a autre chose, cette nuit. Quelque chose de plus. Il n'y a pas que les maléfices de la Cité violée. Quelque chose semble vous tenir sous son regard. Peut-être est-ce les démons qui y règnent, peut-être le Roi Incandescent dans son palais brûlant, peut-être les Vampires qui guettent l'étranger, peut-être cet homme noir debout sur les murailles, peut-être les gargouilles de pierre qui ...

Attendez ... qu'avez-vous dit? Un homme?

Oui. Un homme. Sur un morceau des murailles, debout sur un créneau, en équilibre précaire devant soixante mètres de chute. De haute taille, squelettique, il se tient si immobile que le regard a glissé sur lui, certain de ne voir qu'une statue plantée là. Mais soudain, l'esprit se souvient que les statues ne portent pas de vêtements, encore moins de vêtements qui flottent à la brise. Cet être enveloppé de son manteau est vivant. Et il vous contemple. Peu importe la distance, la pénombre, les mirages de la nuit ... derrière le capuchon, des yeux sont fixés sur le pays. Comme bien des nuits, il est revenu ici, au gré de ses sombres rêves. Hantant la Cité tant haïe, à présent conquise. Cherchant, peut-être, quelque chose qui justifie l’existence…

En cette nuit, l’homme noir est soucieux. Le temps de l’hésitation est passé, le temps où il pouvait se tenir dans l’ombre et voir le monde bouger. Ce temps-là est passé. Il doit recommencer à bouger. Son combat contre les membres de la Forteresse l’avait convaincu d’une chose : il restait de la force aux Magiciens. Assez peut-être pour mériter …

Pour mériter quoi ?
Iblîs n’y réfléchira pas plus cette nuit.
Car un appel vient de déchirer la nuit.

Ce n’a pas été un cri. C’était autre chose. Un frémissement d’ombre. Quelque chose d’imperceptible par le sens des mortels et d’indescriptibles par leurs mots. Une sensation de magie pure, les Ténèbres qui s’agitaient. Il faudrait inventer un mot pour le décrire : un mouvement de ténèbres, une ombre qui s’agite … un ombreoiment. Parmi les milliers d’autres qui informaient Iblîs de ce qui se passait en divers lieux, selon les endroits où il avait laissé dans les coins ténébreux une minuscule perle de conscience.

Les Ombroiements n’étaient pas une communication télépathique. Iblîs n’était pas doué de ce don – seuls les maîtres du Contrôle savaient murmurer leurs mots aux esprits et en recevoir des réponses. Lui devait user d’artifices pour obtenir quelque chose de plus faible. La pierre de parole jadis confiée à Erkios, la cloche qu’il avait sonnée sur la plaine pour atteindre Di, la flamme qui avait permis de parler à Sappho, lui permettaient d’ancrer son pouvoir et de communiquer. Mais cet appel-là se résuma, pour lui, en un seul mot.


Iblîs fronça les sourcils. La communication était limitée, mais il avait senti quelque chose dans ce bref contact. L’Obsidienne qui pendait au cou de l’Ange avait transmis sa peur à son créateur. Iblîs était incapable de comprendre ce sentiment – autant demander à un aveugle de naissance d’expliquer ce qu’est la couleur rouge ! Mais l’impression d’urgence, l’appel inconscient que la pierre avait relayée, il pouvait le percevoir.

Il hésita un instant. Répondre à un appel au secours, même informulé, contredisait les méthodes des Démons. Pourquoi quitter ce poste de guet si agréable? Abandonner sa contemplation de la Nuit amie, ses réflexions lentes sur la situation actuelle, cette idée qu’il lui a semblé sur le point de comprendre, pour partir à travers la nuit à la recherche d’une Magicienne ? Certes, ils partagent un lien particulier : elle l’intriguait, se montrait capable de fraterniser, transcendait les barrières entre les camps… mais ce lien n’est pas de l’affection. Et il a eu ainsi plusieurs confidents à travers les siècles. Tous étaient morts. Une de plus, une de moins …

Mais dans la Cité, parmi de nombreux dangers, les seuls capables de menacer directement un ange douée de pouvoirs étaient une chute grave ou l’intervention d’un Démon. Or dans ce dernier cas, cela signifiait que quelqu’un s’était approché de celle qui portait son Signe.

Or les bijoux taillés dans une pierre aussi noire, plus obscure que les minéraux les plus opaques, étaient connus pour avoir un lien avec Iblîs. Il était le seul à savoir les synthétiser, tisser l’Ombre pure en une matière qui n’existait pas dans la nature. L’Obsidion était sa marque, son emblème, le cristal qui buvait la lumière. Laissés sur une porte de tombeau, sur un objet ou un être, la signification de telles pierres était claire : au large !! L’imprudent qui osait passer outre s’exposait, tôt ou tard, à voir surgir sur son chemin la sinistre silhouette d’Iblîs …

Car une réputation, chers amis, une réputation s’entretient. Six mille ans, c’est long. Qui aujourd’hui, à part les érudits, se souvient du nom des Premiers Démons ? Les siens avaient pourtant fait plus de prouesses que lui. Mais ils étaient morts, et on les avait oubliés. Lui ne laissait jamais passer une occasion de rappeler son existence au monde des Démons. Le mystère lui convenait, non l’oubli. Même s’il ne s’agissait que d’un humble Socquior, il se faisait une obligation de ne jamais négliger une occasion où il sentait que ses Emblèmes avaient été bafoués. Au contraire, il prenait soin de châtier l’imprudent de manière dont on parlerait longtemps…

Une fois encore, ce fut l’orgueil qui décida. Iblîs se pencha en avant, bras en croix, et se laissa tomber comme une pierre le long de la face intérieure des remparts. Amortissant sa chute par magie, il entreprit de suivre le mince filament invisible, la trace infime qui le reliait à la pierre d’Obsidion donnée à Zeo. Comme un spectre silencieux, l’Ombre descendit les rues, flottant dans sa robe noire. On s’écarta de son passage. Iblîs ne faisait pas partie de la Cour des Démons, et techniquement, n’avait aucun droit dans la hiérarchie d’Elament la Sombre. Mais sa réputation était assez mauvaise pour que nul ne souhaite croiser sa route sans une bonne raison…

Ainsi parvint Iblîs, par les ruelles lépreuses, jusqu’au Manoir. Ainsi s’arrêta-t-il devant la porte, ainsi lut-il le nom inscrit en runes démoniaques sur l’un des frontons. Janus Von Raelu… Le nom évoqua quelque chose dans sa mémoire de fer et de rouages. Von Raelu. Le Conseiller du Roi Incandescent. La seconde âme damnée de Khisath, celle qui murmurait derrière le trône, aussi effacée que Sybaris était voyante... Il avait entendu des rumeurs, le temps était venu de rencontrer l’homme. Lentement, le sorcier leva la main et souleva le lourd marteau de porte. Avec fracas, le marteau retomba contre la porte, en éveillant les échos du manoir obscur.

Trois fois.

Comme sonnent au théâtre d'antan les Trois Coups de gong, les trois coups qui ne retentissent qu'à deux occasions : soit quand la Pièce commence, soit quand le Diable est à la Porte!

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Dernière édition par Iblîs Nemrodus le Sam 25 Sep 2010 - 20:00, édité 1 fois
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Janus Von Raelu
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MessageDim 5 Sep 2010 - 9:53


Le couchant avait fini par absorber totalement la surface pâle du disque solaire, recouvert par cette brume infecte qui serpentait dans les ruelles de la cité démoniaque. La fumée et les émanations de souffre s’échappaient toujours du Palais des feux, laissant une trace indéfinissable dans l’air respiré un peu partout, plus près du sol. La fange, la crasse et la poussière, s’accumulant toujours sous les pieds des nouveaux occupants. Les égouts regorgeant de maux indescriptibles, les arrières cours de leur noirceur profonde et les anciennes avenues, sous le pâle et flétrissant halos de lumière, finissaient de se décrépir sous le pas nonchalant des démons.

Le quartier des résidences aristocratiques de la cité n’avait pas fait exception à cette décadence et à ce pourrissement intérieur qui caractérisait tout ce que touchaient les démons. Certes, il leur était parfois possible de réaliser des choses impressionnantes ; mais le mal environnait tout ici. La décrépitude semblait prendre plus d’ampleur à mesure que l’on se rapprochait du centre de ce quartier. Les anciennes fontaines avaient depuis longtemps arrêtés de distribuer une eau pure ; les miasmes infectés de quelque cadavre pourrissant dans un coin sombre ayant fait leur œuvre sur la netteté des lieux.

C’est le paysage qui s’offrait aux regards des nouveaux maîtres de la cité, mais aussi à ceux de leurs nouveaux esclaves, les anciens occupants. Elémentalistes déchus, traîtres, en fuite, esclaves, potentiels espions, personne ne pouvait manquait d’observer l’ampleur de ce qu’ils considéraient comme un désastre. Mais pourquoi observer cela de cet œil si négatif ? D’un autre côté, les hordes du seigneur du feu avaient enfin leur petit confort.

Le manoir Raelu s’élevait près de ce qui restait d’une petite place où aurait ruisselait l’eau bienfaitrice de la fontaine centrale. La statue avait été démontée. Autrefois, une belle jeune femme, les bras orientés, l’un vers l’est, tenant une représentation de l’astre solaire, l’autre vers l’ouest avec une représentation de l’astre nocturne, faisait jaillir du sol de l’eau qui retombait dans un jeu très simple vers le bassin en-dessous. Détruite pendant la conquête, un reproduction en avait été faite ; mais c’était depuis ses yeux, son nez et sa bouche que s’écoulait un flot putride, brun-vert, vers le bassin. Vision d’horreur ou de majesté selon les goûts ; l’eau captée ne provenait plus d’une petite source propre et clair, mais directement des égouts.

Quelques heures auparavant, alors que la nuit commençait à tomber, deux formes indéfinissables dans cette nuit noire et brumeuse, s’étaient aventurées vers l’imposante physionomie du manoir. Après avoir passé la porte, le silence s’était de nouveau fait dans la rue. Mais une autre ombre, bien plus grande cette fois, mince, encapuchonnée se dirigeait vers la bâtisse. Lieu d’un quelconque culte malsain ? Allez savoir. Observons-les pour tenter d’en savoir plus.

Un homme mince ouvre la porte ; son costume laisse à penser qu’il tient un rôle de majordome ou de serviteur important dans la domesticité. Toujours trop loin, et la brume épaisse empêchant d’entendre autre chose que le glougloutement ininterrompu de l’eau croupie dans la fontaine, nulle autre que les deux êtres pourraient comprendre ce qu’ils se disent. Rapprochons-nous et tentons d’entrer ; ou tout du moins d’observer par une fenêtre avec le plus de discrétion possible. « … vous pourrez trouver mon maître dans la salle de bal, au fond du couloir, sur votre gauche, monseigneur. Au fond de la salle, près des instruments anciens… » La porte se referme sur les deux êtres.


Spoiler:
 

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Zeo
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MessageLun 13 Sep 2010 - 14:39

Marche dans l‘ombre et tais toi

* °°° *



* °°° *


Ce n’est déjà plus le temps des anges.
Fatigués, lassés, écorchés par les guerres.
Il n’y aura de répits que pour les chanceux.

La porte claqua sourdement derrière eux d’une tonalité de fatalité certaine. C’était un grand hall d’entrée, tout ce qu’il y a de plus banal. Une décoration simple et rustique, les lieux semblaient être propres et très soignés, on en oublierait presque le carnage du dehors. Grand et froid, pourtant un côté accueillant et chaleureux, contradictoire d’incertitude. Les yeux bleus de l’ange roulaient en tout sens, léchant les quelques meubles déposés contre les murs de ce long haut hall. Deux trois portes à gauche et à droite et une grande fenêtre au loin. Le silence se voulait maître des lieux en cet instant ou les pas claquaient sur le sol du manoir. Le sol semblait parfois plus proche qu’il ne l’était vraiment, le dos presque courbé de l’ange marquait une fatigue prononcée. Elle avait perdu beaucoup de poids, bien qu’elle ne fût déjà pas des plus grosses et était sujette à de gros vertiges. Mais elle tenait bon, il fallait être digne des ailes qu’elle portait dans son dos, cassées où non.

La fenêtre était là, à quelques pas d’elle. Si le jour était là, alors il éclabousserait sa vue et lui écorcherait la rétine. Le soleil était un rêve qu’elle connaissait autrefois. Ils tournèrent à droite, longeant des vitrines, mais Zeo n’y prêta déjà plus beaucoup d’attention, trop occupée à compter ses pas, les surveiller pour ne pas tomber. Elle suivait, guidée par cet homme… qu’elle haïra certainement aussi longtemps que faire ce peut. Un œil dérapa malgré tout sur une petite étagère, est-ce donc là un crâne d’un être plus où moins humain ? Ou encore un de ces nombreux mirages qui la côtoyaient depuis plusieurs jours maintenant ?! Les yeux plissés d’inquiétude, les sourcils glissants entre les yeux, elle n’était pas rassurée. Le Maître des lieux, lui fit encore signe de le suivre. Devant, un escalier sombre en colimaçon les attendait. Elle inspira un bon coup, ne sachant pas vraiment si elle serait capable de gravir ces vieilles marches. Intérieurement elle s’insultait et se traitait de vieille dame. La première marche passa, la seconde aussi, les suivantes furent déjà plus dures à monter jusqu’à ce que ses genoux lâchent. Elle vit la chute comme une illusion, pourtant, c’était bien réel… des bleus partout, du sang sur les poignets, Zeo se releva de force. Puis elle continua ce long périple. Lui, ne semblait rien dire, il devait bien s’en foutre de ses douleurs, elle était même certaine qu’il en riait. Pas grave, il crèvera, pourriture !

Les voilà maintenant dans un long couloir décoré par de vieux portraits. Bof, ça ne l’intéressait pas, ces visages aux traits tirés vers le bas, à la mimique des grands ducs se mouchant dans des mouchoirs en soie brodés par des mains expertes. Un luxe tellement absurde qu’elle en rirait si la force était encore avec elle. Pas grave non plus, elle y pensera plus tard. La question enfin se reposa… où l’amenait-il ? Pourquoi traverser tous le manoir jusqu’à passer à l’étage ? Qu’y avait-il là-bas ? Pendant qu’elle se posait cette question, elle ne fit déjà plus vraiment attention du chemin qu’elle prenait. Et c’est alors que l’horreur déchira son visage poussiéreux et fatigué. Des geôles… non de dieu ! Pourquoi ne pouvait-il pas lui offrir un thé, converser malgré les points de vus certainement bien opposés qu’il avait ? Pourquoi devait-il la balancer ici ? Quelle blague, dehors ça lui semblait déjà beaucoup mieux qu’ici… menteur ! Quel enfoiré ne ment pas me direz-vous ?

Les barreaux claquèrent derrière elle, d’une tonalité bien plus fatale que la grosse porte d’entrée. Comme un glas qu’elle n’entendra qu’une fois avant de mourir. Ou au contraire, qu’elle entendra jour après jour, torture après torture ou je ne sais quoi d’autre. Le peu de larmes qui lui restait vinrent sur ses joues, sillonnant sa peau comme de fines rivières. Que voulait-il faire d’elle ? La laisser ici comme l’avait fait ce fou cavalier ? La décortiquer plume après plume ? Lui soutirer des informations qu’elle n’avait peut-être pas ?




Les yeux de l'ange restèrent ouvert, glacés par son incapacité à se sortir de cet infernal cercle maudit. Le regard accusateur. Même plus la force de reprendre pour une dernière fois, l'obsidienne qui ne l'avait pas quitté depuis _Au diable ! Vous périrez tous un jour ou l'autre !_ se disait-elle. Dans ses rêves, elle pouvait tous les tuer. Dans ses rêves, elle ne saignait qu'un peu (il faut bien souffrir pour être une héroïne...). Dans ses rêves, les démons et les traîtres léchaient les bottes des gens dotés de bonté. Oui... vraiment, dans ses rêves, c'était un combat beaucoup plus intéressant que celui qu'elle mène aujourd'hui, dans la crasse et la honte. Ce souvenait-on d'elle encore ? Ou avait-on déjà oublié son nom peu connu ?

Ouvrez la cage de l'horreur... jouissez donc de ce manoir... pauvres tâches !


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Janus Von Raelu
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MessageVen 17 Sep 2010 - 14:07

Mains Secourables ?


Janus monta pour la énième fois les marches menant à la galerie des portraits. Il venait rarement dans ce long couloir, dont le plafond peint représentait des scènes de la conquête de la cité, et dont les quelques peintures ouvragées le représentaient à plusieurs stades de sa vie. Différents auteurs aussi. Enfin peu importait de se souvenir de leurs nom, puisqu’ils les avaient presque tous enterrés, au sens propre, comme au figuré. Au sortir de l’étroit escalier de colimaçon, outre les volets clos bouchant toute entrée à la lumière de l’extérieur, il admira son propre reflet dans la peinture à l’huile. L’époque de sa vie pré-vampire, son premier portrait en toge de patricien à l’assemblée de Kalmastre, puis un groupe, sa mère, son grand-père et lui-même ; puis venaient d’autres portraient ; dans son laboratoire, manipulant fioles et cornues, un autre le montrait étudiant dans une bibliothèque dans de vieux grimoires poussiéreux. Celui au bout de la galerie, près de la porte menant aux quartiers des invités, le montrait de pied en cape, avec masque et gants de Vaaquiel. Récent, pas plus d’un mois.

Son propre reflet. Bin entendu, puisqu’il ne pouvait, de par sa nature de vampire, avoir de reflet propre dans n’importe qu’elle surface apte à le lui renvoyer. La peinture et les gravures restaient l’un des seuls moyens de se voir par lui-même. Des raclements de chaîne, des gémissements. Voilà pourquoi il ne venait pas aussi souvent. Les prisonniers faisaient rarement long feu chez lui. Mais cet ange, il pressentait qu’il pourrait lui être utile. Et justement il avait une idée derrière la tête. La bibliothèque d’Elament. La plus grande somme de connaissance du continent Magyar. Entre les mains des démons. Mais la Réserve, là où se trouvaient certains grimoires et certains codex les plus importants, était en quelque sorte inaccessible, protégée par des sceau magiques élémentaires. Ceux-là même qui ne pouvaient être ouvert par une magie démoniaque. Seul un élémentaliste pouvait l’y aider.

Et il en avait justement une sous la main. Bien que plusieurs jours de mauvais traitement aient pu renverser la situation en sa défaveur, il lui restait toujours une possibilité. S’approchant de la porte de fer munie de barreau, il prit le trousseau de clé qui pendait à sa ceinture. Et il ouvrit la porte. Elle était toujours là. En même temps, chaque poigné sévèrement attaché à des chaînes liées aux murs, il ne pouvait lui être que plus difficile de se désentraver. Un maigre rayon lunaire filtrait par un soupirail, près du plafond, inaccessible, et trop étroit pour permettre à quiconque ne pouvant se transformer en gaz, de ne pouvoir entrer ou sortir que par la seule et unique porte.


Janus s’assit sur un tabouret, seul objet de mobilier présent dans la pièce, si l’on passait outre les deux ou trois paillasses sur lesquelles les prisonniers infortunés pouvaient s’assoupir. Il resta dans la pénombre. Les lumières du couloir jouaient sur les traits de l’ange. Des croûtailles de sang aggloméraient les cheveux de l'ange en petits paquet. La crasse ambiante et les séances de torture n’y avaient rien enlevé, mais bien plutôt accablé le pauvre être. Janus observait toujours la masse informe endormie de l’être. Assez proche, il se mit à donner de petits coups de pieds répétitifs dans le corps inerte jusqu’à ce que celui-ci esquisse quelques mouvements.

Quand il supposa qu’elle était réveillée et attentive, il se mit à parler. La seule lumière provenait de derrière lui. Son visage à nu, dissimulé sous son capuchon, il devait ressembler à une sorte de fantôme noir, en contrejour. Il parla. Pas besoin de s’étendre sur les jours passés. Il savait qu’elle ne le lui pardonnerait pas.
« - J’ai une proposition pour vous. Les sceaux de la Réserve de la bibliothèque de la cité doivent être ouverts par un élémentaliste. J’ai, en conséquence, besoin de votre assistance. Mon majordome viendra vous amener de quoi satisfaire vos besoins, à savoir, manger et vous vêtir. »

Il se leva et enleva les menottes qui la liait aux chaînes prises dans les gonds du mur. Il lui fit signe de le suivre et il la précéda dans les quartiers des invités.
« - Je pense que vous serez plus à même, de vous sentir plus en « sécurité » ici. Mais souvenez-vous qu’une geôle peut avoir maints aspects. Réfléchissez à cette proposition. Veillez à changer de vêtements, ceux-ci sont en loques. Décrassez-vous un peu dans la salle d’ablutions, dans la pièce d’à côté. Quand nous irons au Palais, vous aurez besoin d’une tenue plus discrète. »

Le ton utilisé ne laissait rien transparaître. Toujours aussi morne, plat et volontairement hypnotique, pour satisfaire à ses volontés. L’ange, après les quatre jours de torture, devait être exténué.
"- Je vous attendrai dans salle de bal lorsque vous serez prêtes."

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Zeo
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MessageVen 15 Oct 2010 - 15:44

***
I'll be your guide

U-Turn par AaRON


***



Un soleil des plus beaux, une mer d’huile et les pieds dans l’eau salée. Assise sur le rebord d’un ponton tout juste rénové. Ryö chassait quelques petits poissons pas bien agiles. Encore l’une de ces journées paisibles, où l’ange esquissait quelques petits poèmes et leurs paysage sur un modeste calepin. Des rires non loin d’elle. Zeo n’y prêta pas la moindre attention, plongée dans ses rêves et ses chimères les yeux baignant dans un paysage délicat. Les rires se rapprochaient d’elle, les pas claquaient sur les planches en bois du ponton. Mais l’ange était entêté. Elle en avait tout simplement décidé autrement. Il y avait un temps pour tout, et il était temps pour elle d’écrire et de griffonner le paysage. Les rires se turent.

* - Zeo… ? Pourrais-tu venir voir, Sadel a trouvé quelque chose !!! *

Non… non c’était non. Elle se laissa tentée par un petit signe de désintérêt total de la main, comme quoi « dégage je m’en fiche », dos a l’ami qui l’interpelait. Mais la chose semblait bien trop importante et l’ami en question donna de petits coups de la pointe du pied pour stimuler l’ange et la sortir de ses rêves. Elle se retourna enfin et ouvra les yeux. Le paysage changea, comme un papier-peint qui s’effrite. Un mot retentit gravement dans son crâne, butant contre les parois comme un fou qui cogne contre les murs en coton de sa cellule… _ geôles !!! _.


Le front baissé, baisant presque le sol crasseux, les yeux levés de crainte déchiffrant le cauchemar d’en face. Ca lui était apparu comme un flash qu’on ne peut chasser de sa vue. Un visage morbide, sillonné d’ombre et de lumière. Surtout d’ombre à vrai dire. Les murs ondulaient comme dans un rêve d’alcoolique. Des visions, des hallucinations… son corps n’en pouvait plus. Et les mots monotones claquèrent dans cette néfaste atmosphère. Ce démon… ce traître… quoi que ce soit, il n’était pas humain et lui proposait _ là encore, elle ne semblait évidemment ne pas en avoir le choix _ de violer un lieu qu’elle aimait et qu’elle devait protéger plus que de révéler à l’ennemi tous ses secrets. Comment se sortir de cette mauvaise passe sans trop dégâts et avec les mains propres, la conscience tranquille ? Comment ? Pas le temps de réfléchir, l’hôte retira ses chaînes. Elles étaient lourdes et tellement rouillées et crades qu’elles avaient certainement infecté ses plaies. Là encore, pas le temps de s’en soucier, apparemment son hôte lui-même lui proposait enfin du confort.


Elle n’était déjà plus vraiment là. Comme si… comme si quelqu’un d’autre guidait ses pas et fautait pour elle. Certains ont une force assez grande pour surmonter toutes les galères et les rotures. Mais soyons réalistes, Zeo avait déjà usée toutes ces forces. La bibliothèque aurait très bien pu devenir son cercueil éphémère. Elle surmonta la fin, la douleur, la peur et… et le temps qui se faisait long. Zeo n’avait déjà plus de repères. Le jour et la nuit, les mois et les années s’entremêlaient à volonté dans son esprit torturé. Le moral se voulait bas. Est-ce donc déjà la fin de son honneur ? Un honneur qui sera bafoué, moche à voir et à entendre. Elle y perdra toutes ses convictions, tous ses désirs s’échapperont. Ainsi… l’ange deviendra un pantin vide d’émotions. Une coquille qui sonne creux. Le miroir de reflètera plus l’ange d’avant.

Où allait-elle ? Certainement se changer. Le corps exécutait les mouvements, les yeux plissés de fatigue dessinèrent quelques larmes. L’ange pleurait peu, et l’eau lui était une source vitale non négligeable. Pleurer c'était du gâchis dont elle ne pouvait se permettre. Pourtant, elle offrit à cet instant deux magnifiques perles qui se perdirent dans le sol froid. Zeo attendit donc le majordome. Lorsqu’il se présenta, il prit soin de lui donner comme prévus de quoi boire et manger. Zeo se précipita pour boire et elle bue à s’en déchirer corps avant de manger. Puis elle se décrassa avec insistance. Une robe… enfin un vêtement digne d’être porté ! L’ange attrapa la robe qu’il lui présenta. Couleur noire… l’humeur se voulait-elle ironique. Une robe assez sobre, un décolleté un peu prononcé et le tissu légèrement échancrée au-dessus du mollet gauche. Elle enfila alors la robe et ne put s’empêcher de fermer les yeux au bonheur du contacte d’un tissu presque propre, voir tout simplement propre… un tissu doux et beau. Elle gratta quelques blessures qui cicatriseront très mal et tira la gueule en sachant que sont corps sera dès maintenant, une palette de grosses cicatrices. Cette robe avait quelque chose qu’elle aimait. Peut-être la noirceur, le souvenir d’Iblîs. Elle rêva alors honteusement aux bijoux qu’elle pourrait ajouter pour mettre cette robe en valeur.



(Image trouvée sur internet, dans ce RP, il est évident qu'elle ne porte que la robe, le reste ce sera plus tard... et manque les ailes ^^)

" - Je vous prie Madame. "

Le majordome avait assez attendu et la conduisit jusqu’à la salle de bal, comme son hôte lui avait effectivement indiqué. Il la laissa passer devant lui lorsqu’il se trouva au pied de la porte d’entré de la grande salle en montrant des mains avec respect et classe, qu’elle devait entrer dans la salle… Lorsque l’ange se trouva non loin de son hôte, c’est avec hésitation qu’elle l’interrogea. Sa voix se faisant branlante, depuis quand n’avait-elle pas parlé déjà ?

" - J’aimerais connaître le nom de mon ravisseur… "

Il avait toujours… et aura toujours cette amertume au fond de sa gorge. Zeo… Ange… gardienne d’Elament… ça raclait dur dans ses souvenirs alors qu’elle s’apprêtait à répondre aux demandes de cet homme qui la tenait au creux de ses griffes comme l’on tient une petite sourie qui ronge nos réserves, avant de l’écraser. L’Obsidienne était magnifique sur sa gorge, couronnée du décolleté noir. Un signe qui ne pouvait la tromper. Tout Ange trône se voit possible de folies… la folie a beaucoup d’aspects. Iblîs guide mes pas… sauve moi… mais il était trop tard pensait-elle. Trop tard pour elle.

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Iblîs Nemrodus
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MessageDim 17 Oct 2010 - 17:09

Spoiler:
 

Lorsque la porte se referma sur lui, Iblîs ne précéda pas immédiatement le majordome dans le couloir - au contraire, il lui indiqua d’un geste de disparaître par la porte de son choix. Le vieil homme hésita un instant, car cet ordre ne correspondait pas exactement aux instructions du Maître des lieux. Il ouvrit la bouche pour répéter au visiteur devant lui l’invitation à se rendre à la salle de bal. Il n’en eut pas le temps. Devant lui, Iblîs ne se retourna pas - enfin, pas entièrement. Seul son visage opéra un demi-tour complet, aussi souple qu’une tête de reptile, et se contenta de le dévisager de ses immenses yeux, semblait s’interroger sur la raison qui poussait le serviteur à être encore là. Bien que totalement dépourvues d’expression, même de menace, ces pupilles inhumaines et cette tête qui opérait un 180° sur les épaules suffirent à convaincre le vieil homme qu’il valait mieux se tenir à distance de cette créature. Bredouillant quelques mots indistincts, il ouvrit la première porte venue ( celle du Salon Privé) et disparut.

Resté seul, l’Homme Noir remit sa tête en place et avança de quelques pas dans le couloir. Arrivé au bout, devant les deux battants de bois qui ouvraient sur la pièce qu’on lui avait indiquée, il hésita un moment. Rentrer immédiatement? Quelque chose attirait son regard à l’angle du couloir - une luminescence qu’on pouvait difficilement attribuer à une cause naturelle. Après tout, nul ne l’attendait - il avait pris soin de garder son pouvoir totalement masqué, comme chaque fois qu’il se présentait sous les traits d’un vagabond vêtu de noir. Quand au Majordome, il devait probablement avoir autre chose à faire que de l’annoncer. Prendre deux minutes de pause dans l’objet de sa visite ne ferait de mal à personne - surtout pas à lui. D’autant plus, songea le Démon avec un sourire intérieur - qu’il n’était pas vraiment venu par cordialité. Au fond, il valait peut-être mieux pour tout le monde qu’il prenne son temps avant d’en venir au fait avec le propriétaire des lieux.

La lumière qui l’avait attiré venait de la seconde partie du couloir. Passé l’angle, il découvrit qu’il s’agissait d’une galerie de vitrines, exposées avec soin contre les murs. Au nombre de huit environ, chacune contenait deux ou trois objets de valeur, certains brillant d’une discrète lueur colorée, indiquant des propriétés magiques. Aussi calmement qu’un visiteur de passage, Iblîs prit le temps d’examiner chaque objet avec soin. Il ne les reconnut pas tous, mais identifia avec certitude deux Quartz de Sang - forme rarissime de liquide vital fossilisé - et une Exarque, l’une de ces tablettes couvertes de runes démoniaques anciennes, qui archivaient une partie des savoirs démoniaques anciens. Bien qu’oubliée au cours du temps, la connaissance de cette langue était innée chez lui, et il déchiffra sommairement son contenu - théories complexes sur l’alchimie fongique et ses propriétés sur les êtres vivants. Cela ne lui évoqua pas grand-chose - il aurait fallu être initié aux arcanes de la Souillure pour comprendre le pouvoir de ces lignes. A lui, elles restaient obscures. En examinant les autres artefacts, fut certain qu’une bonne partie appartenaient aux trésors de la Cité conquise. Ainsi donc, la rumeur qui disait que l’Enchanteur avait réussi à escamoter les trésors d’Elament n’était-elle qu’en partie vraie. Le Conseiller avait donc acquis une partie de ce butin inestimable.

** Von Raëlu... ** songea Iblîs en lisant le nom calligraphié en curviligne dans les bois anciens.

Il ne connaissait que très peu de choses sur l’actuel Conseiller. Raëlu était un Extérieur, un démon venu des terres extérieures, inconnu d’Iblîs. Il ne connaissait que sa réputation de maître de la Corruption et son rang à la Cour - le même, ironie du sort, que lui-même avait occupé pendant six ans aux côtés d’Apharez, quand Elament était encore libre! On disait aussi qu’il était défiguré, n’exposant que très rarement sa personne, moins encore son visage, au grand jour. A part cela, mystère. Au fond, il n’avait rien contre l’homme. L’un serviteur de Khisath, l’autre indépendant de la Cour, leurs objectifs ne s’opposaient pas. Mais Zeo changeait la donne. Cette femme était sienne. Ami, compagnon ou amante n’étaient pas de termes appropriés, mais elle lui était liée. Sans aucune justification, juste parce qu’il le désirait ainsi, elle lui appartenait, et lui seul, de son point de vue, pouvait désormais modeler cet être mortel. Aucune justice, morale ou logique n’en avait décidé ainsi - juste lui-même. Et l’ignorance, songeait Iblîs en contemplant silencieusement les vitrines, l’ignorance n’était pas une justification suffisante.

Pourquoi, alors, ne se hâtait-il pas? Eh bien ... sans raison particulière. La nuit n’avait pas d’horloge, et lui n’était pas pressé. Avec la patience des grands reptiles, il attendrait dans le couloir, jusqu’à ce que l’heure lui paraisse appropriée. Quelque part, dehors, un chien affamé hurla à la lune ...

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Janus Von Raelu
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MessageMar 26 Oct 2010 - 15:03



Les longues et hautes tentures de la salle de bal avaient été tirées depuis que Janus avait fait l’acquisition du manoir. Les chandeliers muraux étaient allumés et projetaient un peu de lumière dans le crépuscule ondoyant ; subsistaient quelques taches de pénombres où vivaient d’autres espèces vivantes non répertoriées par le Maître des Lieux.

Dans l’un des coins de la salle, l’estrade d’orchestre était vide. L’endroit, qui s’égayait aux chants de chœurs désormais défunt, ou d’orchestres de chambre en perruques poudrées, ressemblait à un caveau au centre duquel un épais tapis en laine rouge, orné des initiales de Von Raelu en fils d’or, faisait office de tache ensanglantée. Plusieurs portraits avaient été accrochés aux murs dont le plâtre blanc, parfois marbré de traces de moisissures, en d’autres zones craquelé, était assimilable à autant de découpes de peau atteinte d’une lèpre gangrénante. Malgré cette ambiance glauque, quelque chose s’agitait dans l’un des coins. Contre la vie qui tentait de se maintenir et de s’insinuer dans les rares pores de lumière que projetait encore faiblement les chandeliers où les bougies, diminuées par de longues soirées, un semblant de mort, pas tout à fait nette, pas non plus assimilable aux pleines expériences d’une vie de vivant, rongeait et s’évertuait à étendre ses appendices là où tout l’aurait en temps normal nettoyé. Ce pourrissement qui se répandait autour du maître de céans, avait depuis peu atteint l’ensemble de sa demeure. Si les traces de moisissure sur les murs n’étaient que la face émergée de l’iceberg, ce qui se passait dans les caves et dans certaines pièces du manoir n’était que l’une des faces corrompues du conseiller Von Raelu. Pourtant, même si l’on osait simplement affirmer que l’homme en lui-même était aussi sombre, corrompu, pourri, et malveillant que les sales du Palais des Feu étaient méphitiques, les rumeurs répandaient principalement que ce même conseiller brillait par son absence de goût des arts. Seul son esprit de découverte et de connaissance pouvait faire briller cet esprit en société, lorsqu’il décidait de s’y rendre tout du moins. Extérieurement, le manoir n’aurait pas attiré les voleurs ; d’autant plus qu’une autre rumeur courait sur le devenir de tous ceux qui osaient s’y rendre : personne n’en était jamais ressortit, ni avec butin, ni vivant non plus.

Sous son habituel capuchon et la couche de robes noires qu’il mettait dès qu’il sortait de son manoir, le conseiller Von Raelu, d’après les serviteurs du Palais des Feux ignorait la servitude du matérialisme. Seul son majordome, intendant du manoir Raelu, connaissait son goût pour les peintures, son attrait incommensurable pour les artéfacts magiques démoniaques et élémentalistes qui ornaient sa collection, mais aussi son besoin maladif de ramener des livres rares de ses voyages, voire de rédiger ses propres notes sur les connaissances vampiriques. Nul n’était cependant à même de connaître son expérience de la musique. Si certains membres comptables du trésor royal avaient taxé Raelu de détrousseurs d’artéfacts après la prise de la cité, personne, pas même les habitants n’avaient levé le petit doigt lorsqu’une armée d’incubes et autres démons mineurs avaient démonté, déplacé, puis remonté l’orgue à quatre claviers et double pédalier hérité des maîtres concepteurs nains. L’instrument massif, de quatre mètres de larges sur plus de huit de hauteur, avec une envergure de tuyaux comprise entre quatre et neuf mètres pour les plus long, à la sortie des pompes à magie élémentaire, avait été réalisé plusieurs centaines d’années plus tôt, et Von Raelu s’enorgueillissait de posséder cette imposante masse dans l’une des vastes pièces du manoir. Il avait laissé l’ange quelques heures auparavant dans la chambre des invités. D’après les bruits qu’avaient fait la tuyauterie en plomb dans les murs, elle avait du panser ses blessures en les baignant dans la vasque des la salle d’ablutions de la chambre d’amis. Il avait commencé par de simples sons qui étaient sorties des volutes baroques, mêlées au moderne des assemblages des mécaniques naines, tout en concentrant la magie élémentaire de l’air dans les jeux de pompes magiques. Le double pédalier était caressé par les pieds sous les souliers pointus, à boucles et talons rouge, et des sons multiples résonnaient dans la pièce en montant le long des colonnes vers les voûtes peintes du plafond. Le jeu musical pris une autre tournure, augmentant la célérité de l’utilisateur, tandis que la douceur et la masse imposante des basses ronflantes se déversaient le long des fondations de l’instrument, depuis les pédaliers jusqu’aux dalles de marbres, telle une brume épaisse qui se répandrait sur les rives d’un marécage un soir de pleine lune.

La porte, malgré un huilage intensif, grinça en pivotant sur ses gonds. Elle laissa apparaître une mince silhouette à la peau blanche dans une robe noire, fendue au genou. Le vampire ne la regarda même pas. Il sentait qu’il s’agissait d’elle. Personne n’entrait jamais lorsqu’il s’adonnait à la musique, art maudit selon certains lorsqu’un démon pervertissait les sons pour en donner concert à ces oreilles mortelles. Ses doigts glissaient avec agilité sur le quadruple clavier, tirant sur les jeux afin de modifier l’ampleur du son et les dérivations de l’air pour modifier la musique aux sorties de l’instrument. Dos à elle, il arrivait d’autant mieux à la percevoir et à la voir, qu’un miroir dissimulé dans les volutes baroques de l’orgue le lui permettait.

Elle avait parlé. Elle lui avait posé une question. Personne ne le faisait jamais, ou tout du moins vivait assez longtemps face à lui pour le faire lorsqu’il avait décidé de s’abreuver. Son nom. C’était assez étrange d’imaginer ce qu’un simple nom pouvait faire devant quelqu’un. D’autant plus que l’ange, après avoir physiquement traversé pas mal d’épreuves depuis quelques temps, ne semblait pas le craindre, à moins que ce ne soit lui qui ne réussissait pas à lui insuffler la moindre once de peur. Il portait désormais les gants de Vaaquiel comme une seconde peau, mais le masque était resté dans son antre, près de son cercueil. Il s’arrêta de jouer puis repris sur un air plus doux, inhabituel et déplacé en de tels lieux. Les pompes dwemeris se mirent à grincer sous l’effet de la pression maintenue dans certains tuyaux : les nains de Nidavellir avaient particulièrement bien réalisé l’instrument, trop longtemps entreposé dans l’une des ailes du Palais des Feux. A voix basse, tout en continuant de jouer, il lui retourna la question :

« - Et vous, connaissez-vous votre vrai nom ? Le mien changea un certain nombre de fois, tout comme mon allégeance. Aujourd’hui, je suis connu sous le nom de Janus Von Raelu, Baron d’Aeberalis, Comte de Hautrocher, conseiller au trône de sa grâce, le Haut-Roi Khisath. Mais ne faites rien de tous ces titres ronflant ; appelez-moi Janus.

Restant concentré sur son ouvrage, il ne prêta pas attention à ses réactions, quelles qu’elles fussent. Il reprit.

-Avez-vous eu le temps de réfléchir à mon offre ? Vous savez, la réserve de la bibliothèque. »

Il s’arrêta, et lentement, très lentement, lui fit face en commençant par son côté le plus sain, pour finir par celui le plus abîmé. Il la regarda droit dans les yeux. Elle était restée près de la porte à double battant, désormais fermée, qui donnait sur le hall. Le feu dans l’immense cheminée ronflait, mais sa chaleur était dissipée au fur et à mesure que le temps s’écoulait. Il attendit sa réponse.

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Zeo
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MessageMar 26 Oct 2010 - 17:31

Mon vrai nom…



Il faisait froid. C’est ainsi que commence mes mots et c’est ici que butent les pensées de l’ange. Elle remarqua un feu dans une splendide cheminée. Il semblait n’être rien d’autre que décoratif. Des notes lourdes sombraient dans le moindre recoin du bal. La voix grave d’un orgue. Il était tellement grand qu’elle ne pris pas le temps de faire son contour du regard. Et de toute évidence, elle était déjà un peu trop figée par l’incertitude. Oui… elle semblait maîtresse de l’instant, sans crainte, sans peur. Pourtant, c’était le contraire. Elle valait la blancheur de ses cheveux à sa première grande frayeur face à un démon… ce n’était qu’une grosse brute ni plus ni moins. Mais là, il y avait lui… et le cadre. Tout était là pour faire pâlir même la plus blanche des peaux. En temps normal, Zeo serait déjà décomposée de peur, effrayée par toutes ces horreurs, un bâtiment qui n’a rien pour réchauffer les cœurs et un bien étrange Maître des lieux. Mais son état presque endormi arrondissait les angles de l’effroi.

Un nom… son nom ? Pourquoi diable avait-il de telles questions ? Oui, évidement qu’elle le savait… Zeo Tzüh. La question était certainement volontairement tordue. De quoi la rendre paranoïaque. Mais apparemment, elle l’était déjà. Quelques pensées s’échappèrent dans le passé, à la recherche de souvenirs enfouit à Otulin, la Cité des Cieux. Mais elle se tracassait pour rien. Le doute persista mais elle passa à autre chose… d’autant plus qu’elle fut ramenée à la réalité de l’instant présent lorsqu’elle entendit le nom de ce fumier. L’être à la tête de toute cette vermine, vomissures des enfers. Crasse qui colle au monde. Le mal. Khisath. Elle n’était pas dans la demeure d’un quelconque fou… la situation devenait périlleuse. Le chemin se resserrait, laissant de part et d’autre, un vide. Un immense gouffre. Bientôt, ce ne sera plus qu’une fine cordelette pour jouer à l’équilibriste. La voilà d’ans un sacré pétrin. Conseiller au trône. Après certainement un démon haut placé, le cavalier noir… la voilà chez un conseiller. Bravo. Elle ne pu cacher cette fois, la peur. Les yeux s’écarquillèrent comme deux grosses lunes bien rondes. Mais par chance le fou lui tournait toujours le dos.

L’ange tâtait chacun de ses doigts nerveusement, comme lorsqu’on se pince pour vérifier si nous dormons ou pas. Elle pouvait ressentir son propre pouls dans le pouce. Finalement, elle n’entendit que ça, comme un robinet qui ne cesse de goûter, effaçant l’importance des autres bruits, d’une quelconque musique qui tourne, des paroles… ici, les battements de son cœur prirent le dessus. Elle ne savait que dire. Ces mots ne sortaient plus. Elle qui juste avant, avait réussi à parler sèchement, cachant toutes ses craintes… elle s’était effacée. S’en était de trop. Il y a toujours un moment de trop, une marche impossible à franchir. Son état se dégrada visiblement lorsque son Hôte se retourna à la manière d’un pantin au ralentit. Image bien effrayante. Un cauchemar ! Allait-il cesser ce mouvement presque théâtral tant il étant lent ? Non… il fallu encore qu’il dévoile sa face gauche. Zeo n’avait donc pas rêvé dans les geôles. Il avait bel et bien une face à la peau totalement lisse… mais déchirée, trouée, dégueulasse. Elle ferma les yeux. Non, elle ne voulait pas le dévisager, savoir si c’était ses muscles sous une peau sans rides, s’il y avait des pustules ou son imagination… elle ne voulait pas. Faible, à bout de force, l’ange se laissa lourdement tomber sur les genoux, les mains à plat contre le sol trop froid pour elle. Peut-être qu'en fermant les yeux tout irait mieux ? Un mauvais rêves un peut plus réaliste que les autres ? Mais non.

La Bibliothèque…


« - Je… »

Son honneur sera souillé.

« - Bien. »

Elle aurait-pu demander quelque chose en échange, du moins essayer, car à coup sur, son service ne pouvait être qu’échangé contre sa vie sauve. Mais elle était à ses limites. Trop… c’est trop. Zeo pouvait dès maintenant, être manipulée, insultée, utilisée pour commettre des crimes. C’est un ange, pas une déesse. Moquez-vous donc de sa bassesse, je crains fort que vous n’auriez pas fait le quart de son chemin. Zeo resta plantée là, tête baissée. Elle venait de donner ses services.


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Janus Von Raelu
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MessageSam 30 Oct 2010 - 21:19


Il ne s’était pas attendu à une telle facilité pour obtenir ce qu’il voulait. Peut-être était-elle finalement sur une pente qu’elle allait difficilement remonter. Admettez, cher lecteur, que son allégeance lui soit pour le moment acquise : serait-elle pour autant définitive. Peut-être pas. Janus avait déjà vu ce genre de réaction. Apprécier son geôlier comme un hôte. Enfin il ne pouvait savoir ; seul un contrôle aurait pu modifier ce qu’elle pouvait penser…
Il s’approcha d’elle toujours dans cette attitude nonchalante. Son capuchon sur ses épaules laissait voir son visage. Ses longues robes noires dissimulaient ses mouvements et il se déplaçait comme sur de l’eau. Il posa sa main sur son épaule. Elle resta dans la même position.

« - Relevez-vous, mon amie. »

Il croisa son regard et releva la tête, en fixant la porte à double battant menant au hall d’entrée. Que pouvait-il y lire, allez savoir. Cet immonde vampire a toujours été assez indéchiffrable, même alors qu’il s’entendait à faire régner la terreur et la mort la nuit sans s’en faire pour les intrigues et la politique. Le vampire était devenu méconnaissable sur un plan tactique entendons-nous bien. Croire en lui. Pourquoi, même ses serviteurs s’en méfiaient. Il gardait toujours son avis ; lors des séances de travail au Palais des Feux, il restait en arrière, ombre parmi les ombres, plus sombre que le trône derrière lequel il se cachait. Parler était superflue. Seule la nécessité l‘y obligeait. Tout comme ce soir même. Même si la présence de l’ange l’intimidait, il ne savait qu’en faire et ne voulait pas lui faire de mal. Elle allait avoir un rôle à jouer. Pour lui. Elle allait le servir. C’est ce qu’il désirait plus que tout aujourd’hui. Les ténèbres s’épaississaient et le mal les entourait. Le froid se fit plus grand dans a vaste salle de bal, inoccupée et en conséquence vide. Les murs surchargés de tableaux, tentures, l’orgue baroque de métal et de bois qui occupait tout un pan de la pièce ; et ces chandelles qui diffusaient cette pâle lueur, un peu glauque, tout autour d’eux.

Il revint à elle et marqua un temps en la contemplant lorsque le clocheton du manoir le rappela à l’ordre.

« - Nous avons du travail et la nuit n’attend pas. »

Il baissa son visage et plongea son regard dans le sien. Il est vrai que l’ange était à son goût. Ou tout du moins à son goût pour en faire son repas. Il approcha davantage son visage meurtri de la nuque de l’ange, tout en s’arrêtant de respirer.
Dans la pâle lumière des bougies fatiguées, il inspira le parfum de l’ange. Malgré toutes les épreuves qu’il lui avait fait traverser en quatre jours, ce qui les précédait, et bien, il n’en était pas responsable et l’avait occulté. Or donc, malgré ce calvaire et ces longues séances de torture, elle avait conservé une certaine beauté. Celle-ci allait sans doute être corrompue à son contact, mais enfin, après tout… Il se détourna.

« - Suivez-moi, je vous prie. »

Il se dirigea vers la cheminée, dégagea une brique et actionna un loquet dissimulé, qui grinça lorsque celui-ci mit en branle tout un mécanisme. Le mur du fond coulissa et donna sur un petit salon dissimulé. Les flammes s’éteignirent, comme absorbées par les pierres de l’âtre. Les deux êtres s’introduisirent dans le foyer et ressortirent dans le petit salon, plus intime et plus confortable que la pièce froide. Ils purent s’assoir sur les confortables divans et fauteuils. Le mur coulissa de nouveau et clos la pièce. Les seules sorties correspondaient à la porte donnant sur un escalier en colimaçon pour descendre dans les tréfonds des caves du manoir où Janus menait à bien ses expériences. L’autre était une porte dissimulée par une tenture, qui donnait sur le hall où elle était aussi cachée par une tapisserie représentant une scène de chasse à l’homme. Dans un coin de la salle, une vitrine permettait de ranger les biens les plus précieux de Janus. Le masque de Vaaquiel y était entreposé, ainsi que deux livres, le tome de la mort vie et le journal intime de son sire, Kaznar de Brolcheim. Il y avait aussi une étrange pierre noire, nervurée de couleurs mouvantes oranges et jaune : un extrait de sigillum noir, apte pour toute transformation en bijoux enchantés.
Il prit place dans l’un des fauteuils rembourré, tapissé de rouge aux motifs floraux en fils d’or. Et sans préambule, il lui expliqua ce qu’il attendait d’elle.

« - La bibliothèque, comme je vous l’avais expliqué plus tôt, dispose d’une réserve qu’il nous est impossible d’ouvrir, nous, démons. Nous avons pu piller un grand nombre d’artéfacts, de traités de magie élémentaire et de documents inestimables, mais il me faut certains ouvrages de la réserve pour poursuivre un de mes plans. Et c’est là que vous intervenez : seul un élémentaliste peut passer outre les barrières magiques de la réserve et réussir à déverrouiller le sort depuis l’intérieur des murs. Je ne vous cache pas que cette action est des plus dangereuses d’autant plus que je ne sais guère si vos pouvoirs seront à même de réduire les effets du sort. Il existe deux solutions : soit vous réussissez à détruire le sort jeté sur la réserve, soit il vous faudra aller chercher les livres pour moi ; je ne sais guère comment réagira la magie élémentaire à vos pouvoir. Au mieux je pourrai accéder à ces inestimables données. »

Il s’arrêta, se leva et tira sur un cordon de velours qui pendait du plafond. Une clochette tinta dans un endroit du manoir qu’ils n’entendirent pas. Plusieurs minutes plus tard, deux incubes richement vêtus dont les cous s’ornaient de fraises qui leur donnaient un air ridicule, sortirent par la porte qui menait à la cave. Ils apportaient deux carafes, l’une de cristal avec un liquide ambré, une autre plus petite, dont la couleur ressemblait celle du cyrodilium poli, sur un plateau d’argent. Le second portait les verres. L’un deux versa les liquides respectif dans les verres, tendit l’ambré à l’ange, l’autre liquide à Janus.

« - Ne craigniez rien. Il ne s’agit que de sang trait du bétail elfe au sous-sol par mes serviteurs. Vous serez par la suite récompensée pour vos efforts. Vous pourrez me demander ce que vous souhaiterez, même la liberté. »


Il but le liquide rouge. Son visage se déforma à la première lampée. Furieux, il jeta le verre de cristal contre un mur laissant une trace immonde de sang coagulé. Il s’agita nerveusement dans la pièce, tira de nouveau sur le cordon. Un incube, sans doute surpris d’être rappelé si tôt, s’empressa de venir servir son maître. Il reçu un soufflet. Au sol, le vampire l’agrippa par les cheveux et lui trancha la gorge d’un coup d’ongle : il s’abreuva tranquillement sous le regard de sa prisonnière. Quand il eu finit, il réajusta son col, tira de nouveau sur le cordon. L’autre incube surgit et, devant le spectacle, compris qu’il devait nettoyer le corps de la pièce le plus rapidement possible.
Janus s’assis face à l’ange.

« - Voyez, je ne fais preuve de pitié pour personne. Ni élémentalistes, ni démons. Ils ne sont là que pour me servir. Il peut m’arriver de faire preuve de magnanimité lorsque celle-ci est méritée. La désobéissance est punie. Et quand on me sert mal, ma colère peut être aussi terrible que ce soir, est-ce clair ? Bien. Nous partirons pour le Palais des Feux demain, dès l’aube. J’ai encore ceci pour vous. »

Il déposa une clé rouillée sur la table basse.

« - Elle sert à ouvrir toutes les portes du manoir sauf celle menant à mes quartiers, aux geôles et à la cave. En signe de ma bonne foi, fit-il avec un large sourire carnassier. »


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Iblîs Nemrodus
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MessageSam 13 Nov 2010 - 15:37

Dans le couloir, Iblîs abandonna soudain les vitrines. Une seconde auparavant, il relisait pensivement les glyphes inscrits à la surface de l’Exarque. Cela faisait déjà la quatrième ou cinquième fois qu’il les reprenait, avec la même obstination et la même absence de succès. Il était incapable de comprendre la signification des théories sur la Souillure, mais c’était plus fort que lui. Totalement dépourvu d’avidité, de haine ou d’affection, coquille vide qu’avaient déserté même ce qui agitait les Démons eux-mêmes, il ne lui restait que deux motivations : les instincts que transmettait la Nuit à son maître, et une aveugle, dévorante curiosité…

Et pourtant, vint un moment où joua quelque mystérieux ressort de l’âme, ou vint le moment où il n’était plus temps d’attendre. Sans hâte, paisiblement, l’Homme Noir franchit les quelques pas qui le séparaient de la salle de Bal. Il percevait vaguement les présences de Zeo et de son hôte, qui venaient de se déplacer dans une autre pièce. Ouvrit tout de même la porte. A la main, avec précaution. Il n’envoya pas les deux battants s’écraser contre le mur, comme entrerait un homme en colère, ni ne les obligea à s’ouvrir toutes seules. Non – elles se refermèrent doucement derrière lui, et avant qu’elles ne s’enclenchent doucement à nouveau, le démon était déjà dans la pièce.

Arrivé là, il ne chercha pas le passage qui avait permis aux occupants de la pièce de passer dans la suivante, mais se dirigea directement vers l’orgue et s’assit sur le banc. Sincèrement admiratif, il effleura les touches d’ivoire, juste assez près pour voir son reflet s’y dessiner, mais n’osant y oser les mains – car le poli parfait en demeurerait irrémédiablement souillé de noir. Aussi les posa-t-il sur ses genoux, ferma les yeux et inclina la tête avec recueillement.

« Zeo. »


N’avez-vous jamais eu cette impression, ami lecteur ? Cette certitude au fond du cœur, quand vous vous réveillez en sursaut, la nuit ? Imaginez. Vous êtes en sueur, assis sur votre lit, dans une chambre totalement noire. Le silence est feutré, absolu, tout son est étouffé par les tentures et les tapisseries, et pourtant vous en êtes absolument certain … quelque chose, dans le noir, vient de prononcer votre nom. Ce n’est pas une voix – pas vraiment. L’air n’a même pas frémi, pas le moindre son n’a vibré dans l’air de la chambre … et pourtant, vous avez entendu.

Vous allumez, inspectez la chambre, mais il n’y a rien, rien, rien que les murs qui semblent vous regarder narquoisement. Vous éteignez la lampe, mais vous ne pouvez vous empêcher de tendre l’oreille, d’écouter le silence étouffant, les yeux grands ouverts dans le noir. Rien … rien … mais alors que vous allez vous rendormir, à nouveau, l’impression revient, fugitive. Est-ce votre nom qui vient d’être à nouveau prononcé, par une voix étouffée ? … Nerveusement, vous enfouissez la tête dans l’oreiller, vous pensez à autre chose, d’autres pensées viennent emplir votre tête, et vous oubliez la voix que vous avez cru entendre.

Le nom du Trône n’avait pas été prononcé. Porté par une volonté qui défiait froidement le sens de la réalité, il avait simplement émané des ombres. De cette même façon inexplicable qu’a la nuit de faire entendre les choses qui n’existent pas, il venait de résonner au plus profond de l’esprit de toutes les personnes dans le manoir. Au cou de Zeo, le pendentif se mit à luire d’une lueur froide. Une présence inhumaine, vertigineuse, inondait peu à peu le Manoir tout entier. Aussi noire que celle de Khisath était incandescente, elle n’était habillée de grouillements ni de murmures, mais seulement d’un silence de tombeau. Elle ne brûlait pas, n’aveuglait pas, mais laissait sur le cœur une froide sensation d’éternité.

Et soudain, répondant à l’appel de leur maître, vinrent les Ténèbres.

Comme une marée montante, comme un mascaret d’encre jaillissant de chaque infime fissure, elles montèrent des profondeurs du Manoir, engloutirent l’orgue, éteignirent les flambeaux, firent vaciller la lueur des artefacts du couloir, grimpèrent le long des murs, noyèrent le plafond … en un instant, ce fut comme si le monde venait d’être effacé, dissous dans une immense vague de noirceur. Pendant une seconde, ne resta que le noir absolu. L’intérieur du Manoir Von Raël avait été absorbé dans l’Ombre, changé en un petit morceau de nuit totale. La voix spectrale résonna à nouveau, porteuse d’un ordre incompréhensible.

« Umbrae Mundi. »


Un accord profond naquit de l’obscurité, aussi soutenu que le la d’un grand orgue. Pourtant, ce n’était pas l’instrument perfectionné de Von Raëlu qui commençait à jouer. Celui-ci était plus lointain, plus assourdi. Très loin de là, dans les profondeurs des Grottes de Sûrion, un autre orgue avait commencé à jouer – l’instrument d’un noir absolu qui trônait au cœur de la Cathédrale d’Ebène. Il ne produisit pas de mélodie, juste une note complexe, où ne vibrait pas seulement le son, mais la magie pure. L’accord noir semblait altérer la trame même de la réalité, donnait l’impression que les murs, le sol, le Manoir tout entier étaient en train de chuter interminablement dans le noir.

Lorsqu’il s’arrêta, s’éteignant peu à peu, une clarté pâle revint dans le manoir. Cependant, quelque chose y avait changé. Les murs étaient toujours là, de même que les objets et les meubles – mais ils étaient devenus flous, irréels. Leurs lignes flottaient dans une pâle lueur d’améthyste. En levant les yeux, les hauts plafonds avaient disparu. Au-delà de quelques mètres de hauteur, les colonnes disparaissaient simplement dans le noir. Si le sol semblait toujours aussi solide, aussi massif, on voyait à travers les dalles du sol le puits sans fond qui béait désormais sous elles. Quand aux murs, ils étaient devenus aussi intangibles qu’un rêve qui s’efface ... Portez votre regard dans toutes les directions – cet étage du Manoir était désormais une sorte de terrasse ouverte de tous côtés. Les murs sont là – et en même temps, sont absents. Il est possible à volonté de s’y appuyer ou de les traverser comme s’ils n’étaient pas là.

A l’extérieur ? Une surface vitreuse, aussi noire que l’obsidienne, qui s’étend à perte de vue. Une mer d'obsidienne. Le ciel s’irise de lueurs d’améthyste évoquent de lointaines aurores boréales. Pourtant, contre toute logique, les meubles sont toujours là. Tangible, solide, le fauteuil qui vous soutient, dure la pierre, à votre droite… ! Et de l’autre coté du couloir, dans les vitrines, les objets magiques luisent toujours de leurs lueurs…


Réalité ? Illusion ? Ni l’un, ni l’autre. Comme quand jadis Ruby était venue lui rendre visite, le sorcier a simplement créé un espace à la frontière des deux, maintenu par l’accord ensorcelé de l’Orgue Noir. Le Manoir était désormais un espace entre deux réalités, celle dans laquelle vous marchez tous les jours, et celle que peut-être voient en permanence les yeux sans regard d’Iblîs. Ce qu'elle était, même Iblîs l'ignore peut-être. Juste un lieu qui n'existe pas dans notre monde, où plus rien n'existe que l'obscurité. Ce n’est pas un passage entre deux mondes – c’est un lieu où deux mondes profitent de la nuit complice pour se superposer, se mélanger, se fondre doucement. Prison ? Loin de là. Il aurait suffi d’ouvrir la porte d’entrée pour se retrouver dehors, de retour sans le moindre effort à la réalité. L’Enchantement créé par Iblîs ne s’étendait pas au-delà. Mais il était aussi possible de traverser le mur de pierre et de marcher des heures sur cette dalle d’ébène qui semblait n’avoir pas de fin. Et à mesure que vous vous seriez éloigné, derrière vous, l’étage du Manoir aurait disparu peu à peu, vous laissant seul sur le miroir noir… et qui sait ? Plus loin, vous tomberiez peut-être par chance sur d’autres lieux flous comme celui-ci, menant peut-être à la Cathédrale des Ombres, au cœur des bosquets obscurs de l’Artifice, dans l’ancienne Caverne Démoniaque où les démons avaient régné avant d’habiter la cité conquise, ou dans mille autres lieux étranges…

Le mur qui sépare les deux pièces étant devenu intangible, Iblîs était parfaitement visible, assis au banc de l’orgue nain. Lentement, il se leva. S’approcha. Le mur ne vacilla même pas lorsqu’il le traversa, marchant jusqu’à venir s’arrêter près de Zeo. La main blanche, comme une araignée, se posa sur l’épaule de la jeune femme. Les paupières toujours closes, l’Homme Noir parla enfin de ses propres lèvres.

« Femme des Anges. Conseiller des Enfers. Est-il besoin de vous exposer les raisons de ma visite ? »

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Zeo
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MessageMar 16 Nov 2010 - 19:55


Froid…

Laissez les pleurer…

Les anges déchus…



Elle s’était relevée, obéissante petite esclave. L’aile brisée pendait encore, tandis que l’autre, tout aussi majestueuse qu’avant, trônait avec grâce dans son dos. Comme pour dire que tant qu’il y avait de la vie, l’espoir pouvait naître à volonté.
Le visage, affreux en face, ne cessait de la repousser de dégoût. N’y avait-il donc, en ce monde aucun remède, aucun sortilège quelconque pour remédier à cette putréfaction ? Pour adoucir les traits ? L’homme… vampire, saleté des bas-fonds, était trop proche d’elle. Quelques mots, mélodie sournoise s’échappant de la gorge, avant qu’il ne revienne. Pourquoi ne tremblait-elle plus ? Non pas que sa peur s’était envolée, car hélas, avec une seule aile, rien ne pouvait quitter le sol. Mais cette absence de respiration, pas de pouls ni de souffle. Comme s’il s’était figé près de sa nuque, un point d’interrogation, un doute en lui. Peut importe… elle le suivit après un instant qui lui sembla étrangement trop long. Le temps de réfléchir, le temps des questions.

Le point de non retour ? La cheminée, comme un cliché oublié, cachait derrière elle, une autre pièce. Comme s’il n’y en avait pas assez. Mais Zeo s’y sentait déjà légèrement mieux, le froid trop intense de la salle de bal n’avait pas glissé jusqu’au petit salon secret. La curiosité de l’ange était plus forte qu’elle et ses yeux ne purent donc s’empêcher d’observer ce qui l’entourait. Une chose l’intriguait plus que les autres. Le masque. Pourquoi ? Peut-être par simple interrogation. N’était-il exposé-ici qu’à titre de décoration ? Ou servait-il encore ? Zeo avait une certaine fascination pour les masques. Cet objet qui cache la nature d’un visage, qui trouble les voyeurs. Protection contre les regards où comme simple décoration. Les masques avaient souvent tous leur histoire. Peut-être que la touche de mystère que produit un masque était la source de cette fascination. Il y avait d’autres choses à contempler, des couleurs des formes… mais le temps n’était plus à la visite. Assis confortablement dans un magnifique fauteuil, le vampire repris la conversation. Oui… cela ne faisait presque aucun doute, c’était un vampire. Et elle n’allait pas tarder à le remarquer. Pendant ce temps, et non sans l’écouter, Zeo pris place à son tour dans un fauteuil. C’est vrai qu’il était confortable. Ses mains liées sur les genoux, se crispaient et décrispaient nerveusement et elle mordillait le coin de ses lèvres intérieure tout en l’écoutant. Mais elle ne le regardait pas dans les yeux, préférant fixer le niveau de sa poitrine. La vue de cette moitié de visage lui restait sur le cœur par dégoût.

Sa concentration se stoppa lorsqu’il tira sur une cordelette. Aucun son. Qu’est-ce donc ? Zeo ne tardât pas à le savoir. Deux petits serviteurs qui s’empressèrent de les servir. Elle se sentit presque privilégiée. Ça aurait pu être elle, qui sait ? Les verres furent remplis. Du sang expliqua-t-il. Rien d’inquiétant d’après lui. Des elfes en guise de bétail ? Peut-être avait-elle mal compris, la fatigue tout ça. Puis il parla enfin de récompense. La liberté en faisait donc partie ! Étonnant. Mais au fond que voulait-elle le plus ? La proposition méritait un temps de réflexion. Son visage était figé sur le verre de son hôte. Mais elle prit le sien par politesse. Après-tout, même en enfer il fallait garder sa dignité. Elle ne goutera pas à ce liquide. Ses yeux s’écarquillèrent en une fraction de seconde, crispant ses doigts contre son verre. Surprise lorsque son hôte envoya son verre se fracasser contre le mur, furieux. Il faisait bien peur à voir et l’ange en était presque à bloquer sa respiration, se faisant toute petite. Un dernier regard sur son verre… avant de l’écouter. La gorge sèche. Quel enfoiré celui-là !

Oui… il avait était bien clair. Mais elle n’avait pas grand-chose à perdre. Pas grand-chose ? C’était faut. Zeo avait certainement une chose que personne d’autre, espérait-elle, n’avait en ce jour. Mais elle semblait trop loin. Cette chose bien étrange qui ne se balade que de nuit, sous son manteau noir. Cette chose qui n’est pas vraiment descriptible tant elle est unique. Cette chose ? Cette forme de vie, au loin, qui résonne pourtant dans son pendentif. Mais elle ne l’entendait pas. Trop occupée à examiner la clef offerte par Janus. Où comment amadouer le gibier ? Sans n’avoir jusque là, prononcé encore un seul mot, elle se pencha pour prendre la clef et posa son verre. Sa robe avait un décoté pas très pratique, mais elle n’était plus vraiment à ça près. Puis elle se reposa confortablement, le dos contre le siège du fauteuil. Légère inspiration avant afin de faire naître des mots.


" - Bien… vous avez au moins le sens de l’échange. Ma liberté serait-elle un petit plus ? Ou si mon choix se penche sur une autre récompense, je la perds ? "

Le verre de Zeo au milieu, trônait comme seul témoin. Elle n’y avait pas pris une goûte.

" - Qu’avez-vous donc à m’offrir ? "

Que pouvait donc offrir un vampire ? Mis à part… l’éternité ? Chose qu’elle avait déjà. L’ange remarqua enfin, le présent qui pendait à son cou. En face, Janus semblait intrigué. La pierre au creux de ses mains mais toujours attachée à son cou, brillait… scintillant jusqu’au fond des yeux de l’ange qui ne cessèrent de la contempler. Était… était-il là ? Ou était-ce donc un message qu’elle n’arrivait pas à déchiffrer ? Mais alors, les ténèbres glissèrent dans le moindre recoin… musique silencieuse. Alors que plus jeune, l’ange serait paralysé de peur, la fraîcheur de ces ténèbres-là… étaient pour elle, comme un doux velours froid mais qu’elle avait appris en si peu de temps, à apprécier. Pourtant, avait-elle souvent croisé ces ténèbres ? Pas tant que ça non.
Le calme s’installa. Les murs… l’infini… elle n’avait encore jamais vu pareille illusion ? Réalité ? Où était-elle ? Où étaient-ils ? Tout avait changé. Elle lança un dernier regard à Janus Von Raelu avant de sentir son cœur se serrer, son souffle se couper une fois de plus. Elle se releva et tourna la tête lorsqu’elle vit que Janus regardait quelque chose derrière elle. Le temps de se retourner, elle sentit se poser sur son épaule, la main d’un démon…

Iblîs…


Ses yeux d’un bleu glacé, le regardaient. Les lèvres entrouvertes. En tournant son visage, elle avait placé sa main contre son front, pour dégager quelques cheveux qui s’étaient posée devant son visage. Le collier à son cou, maintenu par une cordelette de cheveux noirs dans le creux qui sépare le pouce de l’indexe, laissait pendre la pierre au niveau de son cou. Cette voix… qu’elle aimait tant, raisonnait dans l’espace qu’Iblîs avait créé. Puis elle baissa les yeux sur son épaule, sans mot dire… comme la plume autrefois. Sa peau s’imprégnait de la noirceur qui émanait du Marcheur d’ombre. Intriguée, elle ne se retira pas. Un sourire arrogant naquit au coin de ses lèvres lorsqu’elle retourna son visage en direction de Janus.




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Janus Von Raelu
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MessageSam 20 Nov 2010 - 18:42


La liqueur de sang.
Le curieux mélange était toujours dans la carafe sur la table, une partie versée dans le verre de l’Ange qui n’y avait pas touché. Distillé par lui-même et par quelques esclaves dans ses sous-sols, la mixture avait la profondeur d’une nuit d’hiver où se reflétaient des nuances d’un rouge carmin brillant. La carafe de cristal était sise sur la table basse et entourée de verre. Le bois noir, verni et brillant, faisait contraste avec la peau blanche de l’Ange.
Quelques notes résonnèrent dans la salle de bal. Curieux, se mit à penser Janus. Confortablement enfoncé dans son fauteuil rembourré, une jambe par-dessus l’autre, comme de dandy cigare à la main dans un fumoir, il sirotait tranquillement son verre, en attendant une réponse qui ne venait pas. Bon, il avait vaguement obtenu son consentement pour ouvrir la bibliothèque.

« - J’ai été clair. Vous serez libre après m’avoir servi. Si vous souhaitez rester, ou sortir hors les murs, libre à vous. Je pourrai même vous y aider. La liberté est parfois un bénéfice important pour qui sait le voir sous cet angle. Désiriez-vous autre chose ? »

Presque sans mots dire, sa vision se mit à vaciller. Un quelconque empoisonnement du sang qu’il venait de boire ? Pas forcément, seuls les murs s’étaient mis à flancher. Un peu comme si leur image devenait moins nette ou comme si Janus avait ingéré une formidable dose d’alcool de sang distillé dans un alambic de cuivre en mauvais état : autant dire une mixture qui l’aurait sans doute tué après lui avoir donné moult hallucination. Mais il se sentait totalement sobre, sans que la dose de sang ingérée plus tôt ne lui ai pour autant troublé l’esprit.

Cela venait d’autre part.

De la salle de bal pour être plus précis. Et quand Janus pensait « cela » c’est bien qu’il n’arrivait pas à mettre de terme sensé sur ce qui arrivait autour des personnes présentes dans cette pièce. L’étage avait disparu. Les murs s’était évaporés, remplacés par un vide sombre, grumeleux, sans substance palpable. Un vide. Des ténèbres totales, impalpables au touché et pourtant matériellement présentes. Il tendit un bras vers ce qui aurait du être un mur, sans succès. Un vide sombre au travers duquel sa main passait sans encombre.

Sorcellerie, songea-t-il.

Rien ne pouvait égaler une telle maîtrise du pouvoir des ténèbres, car il ne pouvait s’agir que de cela. Il avait entendu qu’il rodait dans la Cité au cours des dernières semaines, mais n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer l’être en chair et en os, un tant soit peu qu’il puisse considérer cet être sous une forme palpable quelconque.
Le Seigneur des Ombres, l’un des derniers grands détenteurs des arcanes des ténèbres. Le Maître des énigmes insolubles et de dévoreur de la folie des hommes. L’ancien seigneur, le Haut-Roi déchu et rejeté par le trône N’Shar. Le sombre musicien de la cathédrale d’ébène.

Iblîs Nemrodus.

Entourée d’une nuée de sombrales, grouillant autour de lui, le sombre seigneur s’avança depuis la salle de bal jusqu’à eux, semblant flotter sur ses robes, tel un vent d’Est apportant le souffle trépassé d’un champ de bataille fantôme millénaire. Une main sur l’épaule de l’ange. Le visage figé. Il regardait Janus. Ou ce qui se trouvait au travers ou derrière lui. Le maître de céans avait l’impression d’être absent de ce tableau, comme repoussé aux limites des ténèbres. Le verre toujours à la main, il ne bougeait pas, préférant regarder la scène devant lui. Le pendentif de l’ange s’était mis à luire d’une sombre couleur violacée, telle une veine sombre d’améthyste. L’un des symboles de la loyauté. La main de l’être sur l’épaule de l’Ange. Quelque chose unissait ces deux êtres. Quelque chose allait enfin peser un certain poids dans la balance de l’échange.

Puis il parla. Ou plutôt des sons sortirent de sa bouche pour former une mélodie basse, résonnante, aussi impalpable que leur environnement proche, qui pouvait faire frissonner ceux à qui elle était adressée. Telle une danse macabre, l’être se dressait devant la cheminée, mais semblait tout aussi proche à Janus que s’ils avaient eu leurs visages collé l’un à l’autre. Oui. Bien sûr. Janus venait de le comprendre. Sa venue ne pouvait être expliquée que par la seule présence de l’ange sous son propre toit. Bien que ce qui existait entre ces deux êtres fût inconnu de Janus, une raison le poussait à imaginer un lien quelconque existant entre eux. Peu importe.

« - C’est un honneur, monseigneur, que de vous avoir ici, dans mon humble demeure, fit Janus avec toute la flagornerie sarcastique dont il était capable. Mais je manque à tous mes devoirs d’hôte. Que désirez-vous… si ce n’est la… récupérer, me trompe-je ? »

Janus reposa son verre désormais vide sur la table basse, un effroyable sourire aux lèvres, qui, si faute de goût il y avait, démontrait son état de vampire.

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Iblîs Nemrodus
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MessageSam 11 Déc 2010 - 11:28


« Je touchai les Colosses, et mon cœur s’alarma
De sentir sous le roc une vie qui luttait,
Leur mystère, leur grandeur, dans la nuit d’Ethéria,
Pour ces pierres animées de pitié m’emplissait.

Pourquoi s’épuisaient-ils à conserver leurs âmes,
Dans ces vaisseaux vieillis, dont le grès s’effritait?
Et quand dans leurs yeux je croyais voir les larmes,
Est-ce seule une pluie de printemps qui séchait ?

Car quand, au clair de lune, je viens porter mes pas
Parmi leurs assemblées rigides et silencieuses
Quand sur leur peau rude glisse ma main rêveuse,
Je sais qu’ils sont de pierre - et qu’ils ne le sont pas. »


Livre des bardes d’Ethéria, chant XVI

Thème : If You Shout (Era)


« N’y voyez pas d’honneur, Conseiller… juste une conséquence inévitable. »

En vérité, comme les Colosses anciens dont parlaient les vieux contes, il y avait quelque chose de très proche d’une statue animée dans l’attitude d’Iblîs. Car aucun être vivant ne connaît l’immobilité absolue. Le corps, pour fonctionner, ne peut se passer de mouvement – les poils qui frissonnent légèrement, la respiration qui soulève la poitrine, la tête qui oscille imperceptiblement sous les vertèbres, les veines sous la peau qui pulsent au rythme du cœur, chaleur douce qui émane de la peau … autant de mouvements infimes que l’œil les note à peine, auxquels l’esprit ne leur accorde que peu d’attention. Mais tous deux s’alarment immédiatement s’ils rencontrent un être chez qui ces signes sont absents.

Et cette main, posée sur l’épaule de Zeo, ces yeux sans regard, fixés sur le visage de Janus, dans la lumière fantômatique qui illuminait l’endroit, étaient aussi morts qu’ils étaient immortels. Comme les Colosses du conte, qui conservaient une étincelle de vie sous la pierre froide, l’enveloppe extérieure du Démon n’exhalait aucune sensation de vie. De cette coquille vide, animée par une volonté maléfique, émanait quelque chose d’étranger à la chair et à la vie. Quelque chose d’encore de plus répugnant encore que la danse macabre de la Nécromancie ou que la décrépitude de la Souillure, de plus hostile que les monstres de Chaos ou les créatures de flammes des Vulcains. Les adeptes des Ténèbres étaient vus avec méfiance, même parmi les autres démons, car il émanait d’eux quelque chose de profondément minéral.

La seule chose apparemment vivante chez Iblîs était sa chevelure, qui oscillait doucement dans un courant d’air. Et aussi, bien sûr, cette menaçante amibe noire qui s’étendait sur la peau de Zeo. Au contact de la main du sorcier, la malédiction de l’ombre continuait son festin, s’attaquant à toute chose qu’elle effleurait. La Ténèbre lança ses filaments sur la peau de Zeo, affamée de vie et de chaleur, indifférente à la volonté de son maître.

La rune de puissance logée au creux de la pierre, née du sable de l’Arène, s’éveilla. Comme la première fois où l’Ange et le Démon s’étaient frôlés, elle jeta son feu violet et remplit son office de protecteur. Les filaments de Ténèbres, au lieu de ronger la peau de l’Ange, s’étirèrent, glissèrent le long de son épaule, de sa poitrine, puis virent se lover dans le pendentif, inoffensives. Alors, et alors seulement, Iblîs parla à nouveau.

« Je suis venu vous détruire, Von Raëlu. »

D’un geste impératif, le sorcier indiqua qu’il n’accepterait pas d’interruption.

« Telle est la chaîne de conséquences qui devrait se dérouler, comme tous ceux qui par le passé, ont négligé ou outrepassé mon emblème – tous ceux qui tentent de s’approprier les êtres et les choses qui portent ma marque. Pour ce que vous avez fait. »

A nouveau, la main d’Iblîs revint se poser sur Zeo, caressant lentement la peau, longeant du bout du doigt les longues cicatrices des séances de torture. Etrange contact que celui-là. La main blanche suivait les courbes du corps où qu’elles aillent, impudiquement, épousant les contours de l’Ange avec la douceur d’un amant. Pourtant, ce qu’il pouvait avoir d’impudique, tout le désir qu’il pouvait porter, s’évanouissait en fumée devant le froid de pierre qui émanait des doigts, le long des traces noires qu’elles laissaient sur la peau avant que le pendentif ne les absorbe. Car la Nuit peut être douce, et qui n’a pas senti sa caresse, une nuit ou l’autre, dans le creux des draps ? Mais la nuit ne peut aimer – et son toucher, aussitôt parti, ne laisse pas plus de traces qu’un mauvais rêve. Voyez – pas un instant le démon n’a regardé l’Ange dans les yeux. Déjà il se penche à nouveau en avant, ses yeux trop grands ouverts fixés sur le vampire.

« Mais je dois l’admettre, vous m’intéressez. Pour ce que vous êtes : Conseiller du Haut-Roi. Pour ce que ne n’ai jamais été mais qui vous rapproche de moi, immortel voué à fuir le soleil. Pour ce que j’ai vu dans votre galerie, ce que vos yeux portent comme défi en me saluant … »

Avec la vivacité d’un serpent, la robe noire tourbillonna, abandonnant Zeo. Iblîs était à présent tout près du vampire, juste derrière le fauteuil, qu’il entourait de ses bras. Le tissu de jais flottait autour d’eux, enveloppant le siège. Des formes tentaculaires semblèrent ondoyer de l’arrière de la robe d’Iblîs, comme pressées de dévorer une nouvelle proie. Démon ou non, toute vie de chair, de chaleur, de magie étrangère, était objet de convoitise pour l’Ombre. Et l’Ombre avait FAIM. Le moindre geste ou invocation de magie la déchaînerait, se refermant autour d’eux deux comme une plante carnivore.

La bouche aux lèvres livides était tout près de l’oreille de Janus. Elle n’articula pas un mot, mais la voix qui murmure dans les cauchemars revint souffler à l’esprit de tous les occupants de la pièce.

Montrez-moi que vous pouvez, au lieu de combattre l’inéluctable, renverser le destin par votre seule volonté,
Montrez-moi si l’Eminence Grise qui m’a succédé à la cour du Roi Incandescent, en est digne,
Montrez-moi, vus et tissés patiemment, les plans à l’intérieur des plans,
Montrez-moi d’un mot votre pouvoir d’arrêter votre mort,
Dites-moi que vous ne pouvez mourir ici.
Et pourquoi vous ne pouvez mourir,
Car tel est le Pouvoir.
Les Mots.

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Janus Von Raelu
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MessageSam 12 Fév 2011 - 20:49

Le pouvoir des mots.

Von Raelu vida son verre d’un trait, ne faisant cas de la menace qui planait sur lui. Après tout, il fallait bien qu’une menace de la sorte lui tombe sur le coin du nez depuis qu’il s’était offert une vie sociale et politique. Il tira sur le cordon près de lui pour appeler son majordome.
Lorsque celui-ci entra dans la pièce par la cheminée, Von Raelu lui demanda de débarrasser le salon des cadavres et de nettoyer les lieux. Une fois fait, et l’intimité revenue entre les trois immortels, Raelu se leva, avança et fit face à l’ombre maléfique.

« - Votre seigneurie ne nous offre que peu sa présence en ces illustres lieux. Vous êtes venus chercher quelque chose ici. Et quelque chose me dit qu’il me serait possible de contribuer à cette quête.
Devant le silence de son interlocuteur, Von Raelu poursuivi.
- Il existe bien des lieux et biens des objets que nous ne pouvons posséder, ni saisir. Seuls certains d’entre nous peuvent y avoir accès. Ma bibliothèque est bien fournie, mais j’ai besoin des documents de la Grande Bibliothèque de la Cité. Pour cela, j’ai besoin d’elle. Vous en revanche, vous recherchez le Dédale de Cycnos.

Il sentit qu’il avait capté l’attention du démon.

- Pensez-vous que mes réseaux d’informateurs ne m’avaient pas informé de vos ambitions. Pourquoi croyez-vous que j’ai changé d’attitude avec mon hôte. Certes, vous pourriez venir me détruire, mais j’ai peur que notre combat ne finisse lorsque le monde s’écroulera, tels deux immortels en combat singulier jusqu’au crépuscule des idoles… Vous n’avez rien a gagner à me détruire, mais certaines choses à perdre s’il vous venez l’idée d’y remédier. Suivez-moi je vous prie. »

Von Raelu activa l’une des briques du mur donnant sur le hall d’entrée. Le mur bascula, il se dirigea vers la bibliothèque suivit des deux autres. Les portes furent ouvertes à la volée. Un feu ronflait déjà dans l’immense cheminée, et les craquements des boiseries rappelaient le crépitement des flammes en arrière plan. Von Raelu grimpa sur une échelle, retira un énorme document relié de cuire et fermé par une applique en cuivre. Après les avoir invité à s’assoir sur les fauteuils, il ouvrit le livre, tourna quelques pages, et avança le document vers le démon majeur.

« - Voici les plans de l’ancienne école que le Haut-Roi a fait fortifier. Je dispose d’une copie de ces documents pour y avoir moi-même pris part : j’ai fait construire un réseau de souterrains pour aller de mon manoir au trône de feu sans avoir à sortir en extérieur en pleine journée. Je détiens aussi la clé de la chambre forte où sont stockées les prises de guerre du seigneur. Mais il me semble qu’elles vous sont infranchissables. C’est en partie pour cela que vous y avez dépêché un émissaire. Bien. Je vois que nous nous comprenons.

Et après quelques instants de silence où ils se dévisagèrent tous, il reprit :

- Pour ma part, j’utiliserai ces mêmes souterrains pour aller ouvrir, avec l’aide de votre protégée, la réserve de la bibliothèque. Une fois fait, elle sera libre de faire ce qu’elle désirera. Vous conserverez vos atouts, comme moi, et personne ne fera échec au roi, si je puis dire… »
Il se fendit d’un sourire immonde et attendit la réponse du démon, confortablement installé au fond de son fauteuil.

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Iblîs Nemrodus
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MessageDim 20 Fév 2011 - 14:52

Spoiler:
 

Comme une araignée affamée, la Nuit étendait ses crochets autour du Conseiller. Assoiffées de vie, aveugles à sa qualité saine ou corrompue, les Ténèbres que leur maître avaient libérées guettaient, prêtes à transformer toute vie à une perfection noire et glacée, immobile à jamais. Les vagues noires s’étendaient, lentement, glissant avec indifférence sur les choses inanimées. Elles contournèrent Zeo, protégée par l’aura de la pierre, hésitèrent encore à s’attaquer au Vampire sans ordre direct. Quand le majordome entra, les excroissances rampèrent immédiatement vers lui. Iblîs sembla méditer un instant à les laisser faire, puis leva brusquement la main, rappelant vers eux les marées sombres.

Pour assouvir leur innommable faim, celles-ci se jetèrent sur toute autre forme de vie dans la pièce, des vermines infimes grouillant entre les pierres des murs jusqu’aux moisissures discrètes des tissus, les changeant en ombres qui venaient grossir leur marée. Puis, inassouvies, elles revinrent plus menaçantes encore, prêtes à se jeter sur leur proie désignée. Il suffit cependant d’un mot pour qu’elles se figent soudain, leurs sombres instincts soufflés par la volonté glacée du Démon.

Cycnos.

Le mot démontra son pouvoir, et la Ténèbre suspendit net sa menace, épargnant Janus, enroulant ses anneaux vaporeux comme le font les grands reptiles. L’un deux resta autour des épaules de Zeo à la manière d’une étole de fourrure noire. Impassible, Iblîs laissa le Conseiller développer son argument, mais mis à part cette soudaine immobilité, son visage resta aussi vide que d’habitude. Point de hâte ni d’avidité dans ce masque lisse qu’il avait pour visage, aussi régulier qu’un moulage en cire, déserté de toute vie, hormis le diabolique ballet d’étoiles dans les yeux trop larges !

Pourtant, il dévisageait le Conseiller avec plus d’attention qu’il ne lui en avait porté jusqu’alors. Ainsi, dans l’ombre, cet homme avait tissé une toile suffisamment fine pour être alerté de ses activités ? Un instant, il évoqua celui qu’il avait lancé sur la piste du Dédale pour son compte. Di. Il ne lui avait pas recommandé le secret, et peu importait que d’autres sachent l’objet de leur recherche. Mais cependant, l’Eminence Grise de Khisath se montrait sagace, pour remonter jusqu’à lui, deviner qui œuvrait silencieusement à obtenir le Dédale, déduire son incapacité à franchir les barrages du Haut-Roi. En effet, si le Dédale se situait avec les trésors de Khisath, il se trouvait pour le moment hors d’atteinte de tout autre démon majeur. Le Sceau de N’Shar, que seul le Haut-Roi pouvait utiliser, était capable de résister à toute agression démoniaque. Seuls pouvait pénétrer dans ces salles un être autorisé comme Janus, ou bien un élémentaliste.

Silencieux, il accompagna Janus en direction de la salle voisine, et toujours neutre, l’observa déposer sur la table le document et en exposer son utilité. Ce ne fut que lorsque Janus évoqua l’échec au Roi que le démon noir réagit.

« Ne me tentez pas, Conseiller... »

Il leva la main, et les filaments de ténèbres jaillirent de sa paume, filant vers Janus. En un instant, ils englobèrent le fauteuil et son occupant dans leur réseau, caressèrent la peau lépreuse avec une tendresse malsaine. Les deux pouvoirs, au repos, s’annulaient plus ou moins – les Ténèbres n’inondaient pas un organisme irisé de Souillure, et toute Souillure se dissolvait dès qu’elle tentait de corrompre l’entité noire. Elles laissèrent cependant de nombreuses coupures sur la joue et l’épaule du vampire - peu profondes, mais bien réelles. En face, les yeux du sorcier s’étaient étrécis, menaçants.

« Croyez-vous qu’il suffise de cela pour racheter une vie ? »

Son autre main vint se poser sur l’épaule de Zeo, tout près d’eux, où se voyaient encore les traces des tourments qu’elle avait endurés. La pitié n’était pas une réaction qu’il pouvait connaître, mais par une empathie étrange, il les ressentait comme un désagrément infligé à lui-même !

« J’ai attendu plusieurs fois la longueur de la vôtre pour retrouver la trace de l’héritage de Cycnos. Pour l’obtenir, je pourrais patienter encore davantage. A moins que vous ne teniez vraiment à vérifier si vous détruire me prendra aussi longtemps que vous le pensez, ne prétendez jamais savoir à ma place ce que j’ai à faire de mieux. »

La tension entre les deux démons majeurs était palpable, alourdissant l’air de la pièce. Le simple échange proposé par le vampire l’avait déçu. Pensait-il vraiment négocier ainsi? Service rendu pour service rendu ? Comme feraient des mortels ? Ce n’était de loin pas digne d’une Eminence Grise telle que lui, surtout avec ce qu’il avait déjà déduit auparavant sur les activités d’Iblîs. Le Conseiller aurait dû savoir qu’un tel marché ne ferait que le décevoir, attirer ses foudres au lieu de susciter son intérêt! Un tel plan ne…

Et puis, soudain, Iblîs réalisa que le sourire de son interlocuteur ne semblait pas prêt à se défaire, malgré l’évidente intention meurtrière qui était en train de l’agresser. Ses yeux s’étrécirent encore, se réduisant à deux fentes.

Les plans… à l’intérieur des plans…

Justement … il était improbable que Janus ne réalise pas que sa proposition de marché serait jugée simpliste par un maître de la complexité. Alors … était-il possible que le Conseiller sache ce qu’il faisait ? … Qu’il ait volontairement proposé un échange décevant, pour laisser planer le doute sur la possibilité d’une manipulation plus large? Sachant précisément que dès que ce doute aurait effleuré Iblîs, celui-ci ne pourrait plus accomplir ses projets meurtriers, sous peine de ne jamais être certain de ce qui se passait?

Car je sais que tu sais que je sais que tu sais que nous savons …

Cela aurait rebuté n’importe quel esprit moins tortueux, mais c’est exactement ce qui éveillait l’intention du sorcier. Non, son intérêt ! Non, sa fascination !! Et si Janus avait réellement prévu cela… alors, par tous abîmes … s’il avait vraiment vu aussi loin, si ce vampire avait osé mettre sciemment sa vie en jeu pour ce vertigineux jeu de dupes, alors c’est qu’après des siècles, il venait de trouver son égal en perversité. Lentement, un immense sourire de jubilation vint écarter les lèvres d’Iblîs. Se pouvait-il que pendant un instant, il vienne de se faire dépasser ?


Chance ? Génie ? Il n’y avait qu’un moyen de le savoir. Entrer droit dans la toile subtile de Von Raelu, au risque de se faire manipuler soi-même. Découvrir de quoi cet homme était capable, au risque d’y laisser plus que ce qu’il y avait à gagner ! S’enferrer, jouer sur le fil du rasoir, avec un autre danseur qui y risquait la vie … si ce plaisir-là était le véritable paiement, alors oui, cent fois oui, le marché était digne d’un Conseiller de Haut-Roi !

« … j’accepte ! » grinça Iblîs en rabaissa lentement sa paume sur l’accoudoir, laissant les fils s’évaporer. « Je jouerai comme vous le souhaitez, pour un temps. Mais cet échange ne vous libère pas totalement. Je veux voir la suite du jeu, Eminence Grise. J’ai maintenant de très hautes espérances de vous, et vous, la plus haute raison pour y répondre, n’est-ce pas… »

Lentement, il renversa la tête en arrière, et dévisagea Zeo. Longuement. Ce qu’elle comprenait des spéculations des deux maîtres démons, elle seule le savait. Mais leur lien demeurait, aussi lisse et massif que l’obsidienne qui pendait sur sa gorge. Sans l’avoir voulu, à l’image de bien d’autres, ils venaient de s’affirmer Maître et Protégée – et pas devant n’importe quelle assistance. Devant le Conseiller en personne, Iblîs était venu revendiquer la propriété de Zeo. Mais leur lien demeurait cependant très différent de la suzeraineté en cours à Elament entre démons et magiciens captifs. Car quel maître, parmi les démons, s’adresserait ainsi à un esclave ?

« Femme des Anges… ce n’est plus ta vie que tu as à défendre ici. Tu pourrais partir, et nul n’oserait t’en empêcher en ma présence. Mais pour ma demande, pour mon plaisir, irais-tu ? Pour moi, qui te le demande, donnerais-tu satisfaction à celui qui t’a blessée ? »

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Zeo
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MessageMer 23 Fév 2011 - 22:30

Suis-je si facilement manipulable… ? De belles paroles… de belles… de belles images dans un cadre noir ! Suis-je donc si bête… tomber dans leur plan certainement finement ficelé depuis… depuis l’arène, nuit d’étoiles parfaites. Ecoutez-les, les démons pervers ! Un piège… j’aurais dû m’en douter ! Stupide ! Stupide, stupide, Stupide…




L’ange déchu chu.

Elle avait suivit les pas du démon qu’elle choyait tout en le haïssant. Au milieu des ténèbres affamées, dévorants la moindre parcelle de vie. Un bref repas pour l’heure. L’ange croyait à ce piège, la peur au ventre d’avoir été si… naïve. Son aile brisée semblait lui rappeler sa chute, son échec. Autre fois gardienne, maintenant quoi… ? Objet d’une quelconque quête machiavélique ? Alors, l’image de tous ces résistants s’acharnant à combattre pour leur liberté lui écrasa le cœur. Elle avait comme qui dirait l’impression de trahir son peuple et tout ce qu’elle chérissait tant.

Pourtant, lorsque la douce voix aux notes mélodieuses et si silencieuses pris la parole une nouvelle fois, l’ange dénoua son cœur affolé. Peut-être n’y avait-il finalement nul piège dressé contre elle ? Un instant, elle jubila devant la force de son protecteur comme si, finalement… c’était d’elle que provenaient tous ces sombres filaments. Comme si… oui, comme si elle en était l’auteur. L’ange, cette nuit, s’était étrangement identifié au plus ancien des démons. A un Roi... car bien qu’il n’était plus à ce poste, elle le voyait comme tel. Toujours aussi digne de porter un tel titre. La honte la pointa alors du doigt. Comment avait-elle pu ? Petite idiote ! Elle n’était rien d’autre qu’un chiffon blanc décoré d’une robe noire. Comment alors, avait-elle le droit de se prendre pour ce qu’elle n’était pas ? Mais cette idée était bien trop alléchante. L’instant de lucidité s’évapora comme un mirage laissant place à la folie de la grandeur.

D’où lui venaient donc ces sombres idées ? Mademoiselle vêtue dans un manteau d’ombre n’avait peut-être tout simplement pas remarqué qu’elle venait de répondre à l’appel des ténèbres. Et les paroles menaçantes d’Iblîs rendaient à l’ange, la force qu’elle avait perdu après tant de fatigue. On nomme ça… l’espoir… !

Elle ne vit pas le sourire immense qui s’incrusta sur le visage de marbre. Peut-être n’aurait-elle jamais cette occasion d‘ailleurs. Car une telle expression ne peut certainement apparaître qu’une seule fois dans la vie éternelle du Marcheur d’Ombres. Peut-être qu’avec un peu de chance, durant une nuit toute aussi particulière que les autres lorsqu’elle croisait l’ancien Roi, l’ange découvrira ce sourire carnassier.

Ses yeux glissèrent enfin sur son corps… elle n’avait pas pris le temps de s’observer. D’une main, elle essaya de chasser cette veste composée essentiellement des ténèbres d’Iblîs. Mais à chaque tentative, les ténèbres revenaient combler le trou causé par le passage de sa main. Qu’avaient-elles à la coller ainsi ? Est-ce… est-ce la pierre ? Comme une enfant, elle se détacha de la discussion qu’avaient les deux démons pour focaliser son attention sur cet étrange phénomène. Tapotant avec curiosité ses épaules pour éparpiller les ténèbres qui revenaient comme happées par les appels d’air, Zeo se mit à sourire légèrement.




Mais son jeu ne dura pas bien longtemps. Le visage d’Iblîs avait basculé en arrière. Le silence si magnifique enroba la pièce. L’ange, comme fascinée par ses yeux incomparables, le regarda avec toute la douceur qu’elle pouvait lui donner. Oubliant qu’avant son arrivée, elle avait enduré une longue souffrance. Qu’éprouvait-elle pour lui ? L’histoire elle-même n’en sait encore rien. Un lien particulier formé par les oppositions visibles et le rapprochements de certains de leurs points de vue. Alors, la mélodieuse voix repris son morceau de musique. Elle s’en doutait… l’ange allait devoir faire un choix. Lourd. Car oui, elle avait le droit de dire non. Oui, il lui donnait le choix. Elle en était heureuse, de se savoir non pas esclave mais une personne respectée. Pourtant, choisir était un fardeau. Difficile à porter dans les deux cas. Elle préférait pour le moment ne pas vraiment savoir les plans de ces deux démons. Plus facile de se bander les yeux. Pourtant… la voilà lâche.


Le silence se voulu lourd… combien de temps gardait-elle encore le silence avant de donner sa réponse… combien… ? Une petite minute, peut-être plus. Avant de retirer la longue main d’Iblîs qui siégeait sur son épaule. L’un des rares contactes qu’elle s’était permis envers lui. Les regards ne s’étaient pas lâchés. Une fine larme sillonna sa joue. Puis, son regards se dirigea dans celui de Janus. Immonde créature ! Qu’il crève ! Pourtant, la haine ne se lisait plus sur son visage. Alors, elle se mit derrière Iblîs, se baissa en étendant ses bras autour de son cou et en déposant délicatement sa tête sur son épaule. Le contacte des deux peaux repris son combats. Les ténèbres teintèrent l’ange et se retirèrent comme grondées par l’Obsidienne. Une vague incessante.

"  - Pour vous Seigneur… toi, mon protecteur. " Dit-elle en désignant Iblîs. " J’accepte ce fardeau… "

Ses yeux se fermèrent, crispés par sa réponse. Lorsqu’il se rouvrirent, ils étaient fixés dans ceux de Janus. Là, la haine était lisible. Grondant rageusement, pétillant de hargne.

"  - Je vous souhaite de crever un jour d’été… Conseiller !!! " Murmura-t-elle, toujours plongée sur l’épaule d’Iblîs.

La tête et les bras se dégagèrent enfin du grand ténébreux. Les ailes s’ouvrirent accompagnée d’une bûche qui s’effondra, brisée par le feu d’à côté. Les ténèbres avaient là, une belle prise pour s’agripper sur l’ange. Ne saviez-vous point que les Trônes devenaient souvent fous ?

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Iblîs Nemrodus
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MessageSam 24 Nov 2012 - 10:44

Spoiler:
 

Iblîs ricana intérieurement. Un jour d’été ? Voilà qui signifierait pour un vampire un décès fort déplaisant. A la réflexion, cela n’aurait pas que des désagréments. Les semblables de Von Raëlu faisaient des contorsions tout à fait intéressantes avant de trépasser, si on les exposait par surprise au soleil estival. Il se rappelait avoir apprécié une œuvre récente d’Alouqua, qui s’était piquée d’art théâtral dans les derniers mis de sa carrière, les jours où elle avait fini d’épuiser tous les occupants du quartier des plaisirs. De mémoire, l’une de ses plus belles réussites avait pour titre Treize Vampires en Brochette et son défaut principal était de ne pouvoir être jouée qu’une seule fois avant de remplacer le personnel.

Toutefois, malgré toutes les qualités ce souvenir, une part de son esprit lança un bref signal d’alarme. Les malédictions n’étaient fortes que du poids de la volonté qui les lançait, et il avait encore un souvenir trop frais du pouvoir que certains mots renfermaient. Un instant, il revit devant lui le regard le regard étincelant de l’homme nommé KöH, au milieu de la bataille de la Forteresse des résistants. Cet homme désarmé qui pour la première fois depuis que les Dieux avait quitté ce monde, avait fait ployer le Marcheur Sombre sous le seul poids de sa volonté, le forçant à reculer pas à pas, à battre en retraite devant le poids écrasant de ses seuls mots.

Puissiez-vous vivre éternellement…

Un instant, il passa la main sur le bras de l’ange, songeur. Von Raelu aurait pu briser ce bras frêle entre deux doigts, et pourtant c’était peut-être son arrêt de mort qui venait d’être prononcé par l’Ange. Par quel mystère ces mortels pouvaient-ils osciller ainsi entre le crétin et le divin ? La majorité du temps, leur magie balbutiait, avilie, dépourvue de la majesté d’autrefois. Et parfois, par quelque mystérieuse lucidité, l’un ou l’autre d’entre eux retrouvait en partie cette région de la magie à jamais hors de portée d’Iblîs, qui ne dépendait ni de la puissance, ni du savoir, mais de quelque mystérieux ressort de l’âme.

Ils retrouvaient alors cette façon qu’avaient les dieux du début du monde de sculpter l’avenir par la seule force de leur désir. Innocemment, ils dépassaient avec candeur, dans leur imperfection même, des contraintes de la réalité du monde où Elament existait. Ils prenaient conscience qu’ils pouvaient réécrire le scénario, passer à la version suivante, et d’une poignée de mots réécrire l’avenir. Si l’un d’entre eux prenait conscience de ce pouvoir qui dépassait même la magie, si un jour les élémentalistes se rendaient compte qu’ils avaient en eux le pouvoir de changer toutes les règles … la domination des Démons sur Elament s’effondrerait par le pouvoir d’une poignée de mots.

Dans la cheminée du grand salon, le feu mourait lentement. Von Raëlu, énigmatique, laissait le temps s’écouler. Emergeant de ses songes, Iblîs se leva.

« Selon notre accord, vous aurez votre messagère pour rechercher ce qu’il vous plaira dans la Réserve. Quand vous serez prêt, parlez aux ombres derrière les ombres, elles porteront nos messages hors de portée du Haut-Roi. Mais en attendant, la Trône porte toujours ma marque, elle franchira donc votre porte avec moi. »

Il s’abstint d’ajouter « ou c’est votre porte qui partira avec elle », la menace étant évidente. Il salua le Conseiller d’un signe de tête et entraîna Zeo avec lui. Dans les couloirs du manoir ils marchèrent en silence, l’homme totalement noir et la femme plus tout à fait blanche. A la dérobée, il scrutait l’ange qui l’accompagnait. Faisait-elle réellement, comme KöH, comme partie de ceux qui pouvaient raconter l’avenir ? Si réellement c’était le cas, il ne pourrait les empêcher. Mais il pouvait devenir partie de ce changement.

Il savait comment faire. Cela allait lui coûter une partie de ses moyens, mais il serait fascinant de voir si réellement son pressentiment était juste. Si c’était vrai, il voulait en être, vérifier que les Magiciens pouvaient encore les étonner. Et puis, ce serait tellement intéressant, de voir les choses changer !

Quand ils arrivèrent sur le grand portique extérieur, il s’arrêta. Il se plia en deux comme une grande poupée filiforme, penchant son torse pour arriver à hauteur du visage de l’ange, leurs visages tout proches l’un de l’autre.

« Tu as accédé à ma demande et tu possède déjà ma protection. Mais en m’appelant Seigneur, tu savais que ce serait le dernier mot que tu pouvais prononcer avec une voix de magicienne. »

Avec un soin extrême, comme on effleurerait quelque chose d’infiniment fragile, il effleura de ses longs doigts les lèvres de Zeo, y dessinant des lettres et des symboles mystérieux, y tissant un enchantement sombre et délicat.

« Je ne suis pas ingrat, et en retour, je te donnerai la mienne. »

Sur les lèvres pâles, il inscrivit le noir et le blanc qui s’y mêleraient sans s’y mélanger, les runes démoniaques qui ployaient la magie et les cercles ésotériques qui la lieraient à l’esprit de Zeo. Invisibles à l’œil nu, les lettres minuscules tracèrent leur encre dans la peau et disparurent, dissoutes, mais la magie gardait trace de leur présence, dans l’être même de Zeo et dans la gemme qui pendait à son cou. Dans la gorge de l'Ange, quelque chose de brûlant et de glacé vint se loger, comme un second organe prêt à lui donner une seconde voix. Dans les profondeurs, l’orgue diabolique qui gardait le sanctuaire des ombres lança un accord inaudible, comme étonné. Désormais, il lui faudrait tisser des sortilèges pour deux personnes ?

Iblîs sourit. Il ouvrit la bouche mais pas un son n’en sortit. Il plaça deux doigts sur la tempe de Zeo et placa un lien mental entre eux. La pensée du démon vint résonner silencieusement dans sa tête, tandis qu’il reculait et se fondait lentement dans l’ombre de la Porte.

* * * Tu possèdes désormais ma voix et quand tu l’utiliseras à la place de la tienne propre, mon pouvoir coulera à ta disposition dans ta Gemme. Par elle aucun des miens n’osera plus te toucher, par elle les Ombrals t’obéiront, car tu seras Zeo du Blanc et du Noir ! * * *


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Zeo
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MessageDim 25 Nov 2012 - 16:44

Une main, délicate araignée ombrageuse. L’instant d’un contacte près d’un feu. Une délicatesse étrange. Non, elle ne voulait plus croire en un sombre mensonge. Zeo voulait plutôt croire en lui, buvant ses paroles. Qu’il était bon de se savoir protégée, bien qu’à dire vrai, un ange sous la protection d'un Démon n’était-ce pas un peu trop demandé ? Elle lui appartenait. Pourtant, elle ne se sentait pas esclave comme avec le conseiller. Non, c’était autre chose. Différent et unique. Une question se posa au bord de ses lèvres, mais elle préféra retenir les mots. Pour le moment.

Iblîs avait accepté. Mais à son grand plaisir, ce grand Seigneur l’accompagnera durant cette tâche qui ne lui disait rien. Violer, voler ce qu’elle aimait tant. Mais en avait-elle vraiment le choix ? Sûrement… on a toujours le choix.
Elle ne dit mot, lorsque le Seigneur fit raisonner sa voix d’ébène. Elle adressa un unique et dernier regard au conseiller. Ce regard pétillant, victorieux, heureux. La revanche. Bien que cette revanche lui laissait un goût amer. Le goût haineux des sombres nuits. Qui devenait-elle maintenant ? Où marchaient ses pieds lorsqu’elle était ailleurs dans sa tête ?
Le feu qui crépitait, serait bientôt qu’un vague murmure. Ils laissèrent cet odieux vampire, seul, dans ses projets hideux, les esclaves et les coupes de sang ne seront bientôt qu’un vieux souvenir. Mais il faudra bien revenir… ? Bien lui apporter ce qu'il convoite tant… et là, après cet acte, ce fardeau, elle pourra enfin dire que ce n’est qu’un souvenir.

La fraîcheur du petit vent, la douceur de l’extérieur, enfin ! La caresse de la liberté au bout des ongles. Et c’est devant l’immense portique, que sa vie changea du tout au tout. Un changement dans les lignes de son histoire, un grand quelque chose qu’elle n’aurait jamais pu imaginer. Seigneur, lui, si grand, si beau, si proche et loin à la fois… pantin des nuits incertaines, se plia. Étranges articulations. Yeux dans les yeux, noir et bleu lune. Et la courbe des mots, aux notes nocturnes, ficela l’une des plus belles phrases. Lourde de sens et de conséquences. Que voulait-il dire par là… ? Oui, elle se savait déjà loin de ce qu’elle était auparavant, marchant sur un fil d’ombre et de lumière. Cette limite que l’on n’ose jamais prononcer, l’ange l’avait franchi. Est-ce la folie ? Le goût de l’inconnu ? Les sentiments ne se contrôlaient pas, ni la curiosité.

Iblïî tissa soigneusement, de ses doigts, quelque chose sur ses lèvres. Instant magique, magnifique. Instant où le cœur se perd dans ses propres palpitations. Adrénaline, questions. De milles saveurs, son corps changea, lorsque l’ombre du Seigneur passa ses lèvres, lorsque les mots se mêlèrent. Elle se sentit petit à petit, différente. Il était là, devant elle, et pourtant, Zeo le ressentait au fond de son cœur, aux commissures de ses lèvres. Il était là. Lorsqu’il refit danser sa voix, elle comprit alors l’immensité du cadeau. Mais… pourquoi une telle offrande ? Puis, sa gorge devint un mélange de froid et de chaud, de mots. Sa gemme se gorgea d’ombre. La voix d’Iblîs se logea en elle. Et l’ange laissa sans vraiment le vouloir, s’échapper une perle, petite larme.
Dernier contacte… sa voix n’était plus, plus qu’une pensée dans sa tête. La plus grande des protections, la plus belle des promesses, le plus beau des cadeaux… elle lui appartenait… et maintenant, ce grand Seigneur lui avait offert une partie de lui, la plus belle. Comme lorsqu’on offre son cœur… alors, il y avait vraiment un espoir. Pas d’entourloupe. Cette nuit restera gravée à jamais. Comme un sacrifice qu’elle-même ne comprenait pas. Iblîs s’effaça petit à petit. Et bien qu’il ne sera plus là, à ses côtés, Zeo l’avait en elle, jamais seule, jamais loin.


" -… pourquoi… ? " Susurra-t-elle de sa propre voix.

Et la question qui lui avait tant brûler les lèvres.


"- Suis-je la seule sous votre aile ? "

Mais la réponse restera muette… il lui manquait déjà. Zeo ne put s’empêcher de crier son chagrin et son amour. Aussi étranges soient-ils.

"- Attends ! "

L’ange tomba sur ses genoux. Encore sous le choc. Les sentiments se chamaillaient en elle, heureuse, malheureuse… impossible de se décider, et ses larmes n’étaient ainsi, pas faites seulement de chagrin. La main tendue vers l’ombre qui disparaissait. Les paroles dans sa tête semblaient se répéter, tout bas, de plus en plus bas…

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