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 Rêve Plus Haut, Plus Loin [Privé - Lysias]

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Tyrol
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MessageJeu 27 Mai 2010 - 15:07

L'île était vaste, tellement vaste que même deux mois après son expédition, Tyrol n'avait pas fini d'en faire le tour. Il partait régulièrement, seul, afin de compléter ses recherches, traquant le moindre recoin oublié, les chemins dissimulés par la végétation, les passages souterrains… Chaque nouveau lieu était pour lui un plaisir à revoir et à redécouvrir. Il repassait aussi et surtout afin de vérifier que la magie qu'il avait stabilisée le soit toujours. Il l'aimantait, la conduisait, comme il le faisait avec l'énergie des autres élémentalistes… Un jeu d'enfant, mais un acte nécessaire. Si personne ne régulait cette magie, elle reprendrait tous les droits et se révélerait vite à nouveau totalement incontrôlable, dangereuse… Comme elle l'était à l'arrivée des premiers élémentalistes. Les campements avaient été protégés dès les premiers jours, avant que Tyol n'ait eu conscience de la situation, avant qu'il n'ait totalement réalisé ce qui était en train de se passer… Et puis, à force de venir, l'envie s'était faite plus pressante, comme une évidence : Il fallait aller au-delà. Ce qu'il avait fait. L'île n'était que magie, et il l'avait vite compris à ses risques et périls… Mais aujourd'hui, il ne se lassait pas de revenir, de faire cent fois le tour d'un arbre pour en revoir tous les détails, sous tous les angles… Peut-être avait-il été explorateur dans une autre vie. Une vie où il se fatiguait moins facilement, en tout cas ! Son sac était surchargé, et si sa motivation restait absolument intacte, son souffle s'étiolait petit à petit, jusqu'à ce qu'il soit incapable d'avancer encore, de faire un seul pas de plus. Il ne s'économisait jamais pour le retour… En ce jour ensoleillé, encore une fois, il se trouvait dans ce cas. Il avait dû s'arrêter comme il le faisait toujours. Il s'arrêtait là où ses jambes le laissaient tomber, épuisé mais heureux. Et il restait là. Il se reposait. Qu'importe l'endroit, l'elfe blanc restait d'une entière sérénité. Il n'avait pas peur de ce qui pouvait lui arriver : Il en avait vu d'autres ! Il ne s'en faisait pas. Et puis, désormais, Tranlthanas n'était plus très loin, même encore plus près que lorsqu'il occupait sa grotte au charmant décor rustique dans les Monts Décharnés ; Lén savait donc qu'à la moindre menace, s'il le voulait, il n'avait qu'à appeler pour le faire venir. Quelle dévotion avait donc ce fou pour répondre si facilement à ses suppliques, après tant d'années ? A force, la question ne se posait plus. Tyrol se félicitait simplement d'être devenu suffisamment autonome pour ne pas être accompagné toutes les heures de tous les jours de l'année, et de mener sa barque à son rythme, de son côté. Le visage tourné vers le soleil, il défit les boutons du col et des manches de sa chemise de lin avec un soupir satisfait. Il sourit.

Il faisait une pause dans la pause, comme d'habitude… Lorsqu'il ne pouvait plus se déplacer, et qu'il devait attendre de récupérer ses forces pour rentrer, il ne dormait pas : Il travaillait. L'écriture avait toujours été son passe-temps favori, et ce depuis l'enfance : Après tout, cela ne demandait pas d'effort physique trop conséquent. Il n'avait pas fini son recueil sur les arcanes Aéromanciennes. Ce projet, long et ambitieux, lui avait pris un temps fou depuis son retour à la Cité, il y avait bien… Trois ans humains, déjà. Il y avait travaillé tous les jours. Mais… Impossible de le finaliser. A chaque chapitre terminé s'en ajoutait un tout nouveau, à chaque article s'ajoutait une annexe interminable… Et puis, avec la chute de la Cité, il n'avait plus ressenti l'utilité immédiate d'un tel travail. Laissé à l'abandon sur son bureau, le livre attendait toujours d'être proprement relié. Il attendrait. Tyrol avait d'autres projets ! l'île l'inspirait. Son décor lui rappelait son pays, en moins riche et en moins peuplé, forcément. La Nature respirait la magie, tout ici était parcouru d'un flux étrange, comme d'une volonté propre… Oh, il les avait entendues, les histoires sur les habitants de Nirotitlàn, et il ne doutait pas un seul instant que ce flux trouvait sa force dans les restes de magie de ces occupants déchus. Mais surtout, la magie semblait surgir d'elle-même, conférant à chaque endroit l'atmosphère qu'il trouvait au pays Solan, cette sensation de force surnaturelle pesant au-dessus des gens et des choses, cette… Aura de mystère. Et de tranquillité à la fois. Il se sentait chez lui. Définitivement.

A côté de cette île, Elament n'avait été qu'une simple vanité passagère.

Il ramena un grand carnet de parchemins sur ses genoux et, le reprenant depuis le début, en fit défiler toutes les pages sous ses yeux. Par Haeris, qu'il dessinait mal ! Mais l'on dit que c'est l'intention qui compte. Sa perspective n'était pas tout à fait correcte. L'important était de pouvoir discerner le projet et ses composantes, et il arrivait à se relire, ce n'était pas si mal. Sur les feuilles raturées, des textes étaient accompagnés de croquis et de schémas divers… La figure principale, et surtout récurrente, était celle des bateaux. Les navires les plus improbables avaient émergé de son imagination cet après-midi tandis qu'il contemplait la mer depuis son rocher en surplomb. A l'ombre d'un arbre, il avait donné forme à son oppressant désir de créer, de faire quelque chose, d'apporter tout ce qu'il savait et pouvait faire. Au-delà de tout rapport avec des cours sur le don d'Aera. De là où il était, il avait contemplé sa muse : Une autre petite île, au loin. Celle qu'il avait découvert avec les autres membres de son groupe durant son exploration. Celle pour qui il avait eu le coup de foudre. Eh oui, elle aussi ! Il se sentait pousser des ailes, et n'avait donc plus besoin pour l'instant de celles d'Haeris… Non, pas son dieu ; Son cheval. Il faisait de plus en plus rarement venir son compagnon équidé, désireux qu'il était de tout faire par lui-même. Il souhaitait le moins d'aide possible. Mais Haeris n'était jamais très loin, lui non plus ; L'elfe ne voulait pas qu'il s'aventure trop sur le Continent sans lui depuis la chute d'Elament, et la liberté du cheval ailé, bien que toujours totale, se trouvait simplement limitée dans l'espace. Au même titre que toutes les animaux magiques de l'île, Haeris faisait désormais partie du décor ; Il était simplement l'un des rares à pouvoir traverser les campements de réfugiés sans aucun souci : Tout le monde aimait cet animal imposant de force sereine, affectueux et placide. Et puis, tous savaient que sa présence signifiait une livraison de matériaux et de nourriture ! On le laissait donc aller à sa guise. Haeris n'était pas ennuyeux : Un peu de place pour se coucher, et il prenait le soleil, une aile déployée au-dessus de lui en guise de protection. Les enfants pouvaient lui tirer le poil sans crainte, et même lui prendre quelques plumes. Lorsqu'il s'estimait importuné, l'animal se levait. Et il quittait le campement, pour rejoindre les hauteurs de l'île, tout simplement.

Aujourd'hui, il était avec Tyrol presque par hasard : En voulant quitter le campement, il s'était envolé en direction du lieu où son maître avait été forcé à la halte, ce fameux surplomb le long de la paroi du volcan auquel on accédait par un grand contournement boisé. Comme la compagnie était toujours agréable à l'elfe, ce dernier avait guidé le cheval vers lui grâce à son Etoile. Laissant l'ombre à son maître, Haeris s'était posé en contrebas, en plein soleil, et faisait luire son pelage grenat avec nonchalance. Reprenant plume et crayon, Tyrol se remit à ses notes, relevant parfois le regard vers l'horizon à la recherche de son îlot. Tout à ses griffonnements, il ne vit pas que l'immense cheval ailé avait fini par se remettre sur pattes, et, les oreilles dressées et le museau tendu, qu'il s'était dirigé vers l'ombre des arbres situés un peu plus bas, irrésistiblement attiré par une aura de magie Aera en mouvement…

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"Combattre une armée d'archers, c'est comme lancer une
pierre dans un nid de guêpes : je ne souhaite l'expérience à personne !"
(
Tyrol)



Dernière édition par Tyrol le Mer 11 Aoû 2010 - 16:56, édité 1 fois
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Lysias
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MessageVen 28 Mai 2010 - 15:46

Rêver plus haut, plus loin
Là haut, là bas.

Jusqu’où l’Air l’emmènerait-t-il ? Depuis la veille à aujourd’hui, les murmures guident les pas d’un nymphe. Et ce dernier lui-même, l’oreille tendue, suit le son du chant de son élément qui se répercute d’arbre en arbre, aussi tranquillement qu’une rivière suit le cours de son lit. Ils sont deux mais ne font qu’un, s’associant puis se dissociant maladroitement, à tâtons, à l’aveuglette. Ce sont des murmures toujours aussi étranges, un brin inquiétant et tranquille à la fois, telle une discussion paisible chuchotée dont le volume aurait été amplifié à travers la forêt.

Joues plus creuses, silhouette plus osseuse que quelques mois auparavant, Lysias reprends goût à la lumière tant attendue jour après jour, malgré les traces de fatigues –davantage mentales que physiques-, perceptibles sur ses traits pour ceux qui l’auraient connu plus tôt. Libéré de tout étau annihilateur de pouvoir élémentaire, Lysias sent bien que quelque chose, a changé, depuis ce jour. Que quelque chose a évolué… comme lui, par exemple. Son tempérament. Sa perception des choses. Son élément aussi. Non, il n’était pas devenu une autre personne, avec un caractère de mutant, mais il se sentait… autre. En y pensant, c’était probablement depuis ce jour si particulier, où un jeune séraphin avait délaissé air et vie pour les lui transférer, à lui, un vulgaire nymphe aux défauts multiples... Les longs mois passés à la captivité, son élément était resté cloitré à la frontière de son corps, et le fait d’avoir senti, ressenti et vécu les flux de son énergie de manière aussi proche et aussi perceptible, semblait avoir forcé pouvoir et réceptacle à cohabiter ensemble. A accepter cette étrange coexistence. Du moins, un tant soit peu. Puis, lorsque la succube au nom de Faux avait fini par retirer ces objets maléfiques visant à anéantir la raison d’être d’un élémentaliste, Lysias avait comme perçu une infime chaleur se répandre autour de lui, telle un léger voile dont il se serait recouvert. C’était imperceptible, mais l’aera le sentait bel et bien, cet effet de seconde peau qui accompagnait ses mouvements et gestes de manière invisible. Non pas pour le gêner réellement, mais Lysias s’étonnait encore de ces nouvelles impressions. La présence de l’air ayant été jusqu’ici imperceptible, bien qu’il savait -à une époque- en faire quelque peu usage, il lui paraissait désormais avoir tourné une nouvelle page, ou du moins, qu’elle était en train de se tourner. Pour autant, nulle pression ni volonté provenant du jeune homme avait poussé l’Air à se manifester ainsi. Lysias n’avait pas cherché à le déclencher, et c’est un sens qui s’était éveillé naturellement de lui-même. Comme un animal perplexe, relâché dans la nature après des années de captivité.

Alors que les murmures s’apprêtent à devenir étrange plainte lugubre, le nymphe aperçoit une silhouette non loin de là, tête levée en sa direction comme si elle le voyait à travers la végétation. Un cheval au pelage roux. Un cheval ailé. Par toutes les divinités ! Perplexe de sa présence en de tels lieux, Lysias le fixe encore un moment, ne sachant que trop faire, entre l’Air qui susurre un langage inconnu, plus discret cette fois, et cette créature magique qui le scrute, sans l’ombre d’une peur. Curieux de cet être, le nymphe s’en rapproche précautionneusement, pour retarder le moment fatidique de sa fuite. Mais l’animal ne fuit pas.

Majestueux qu’il est, il lui paraît immense, cet animal, dont Lysias se rapproche, calmement toujours plus près, sans le toucher. Quel bel animal… Elevé dans les clans elfiques les plus respectueux de la Nature, le nymphe aime et apprécie la richesse que cette dernière offre, sans pour autant lui vouer un culte. Il aime les animaux, et c’est peut être un des seuls points qui rehausse son caractère recentré sur lui-même. S’il avait su que son air le conduirait près d’un pégase à la robe couleur corail ! Que faisait-il par ici, si près de nouveaux habitants qui venaient de s’installer sur son île. Tendant ensuite la main sans à-coup à son museau, Lysias lui effleure la tête de l’animal. Ce dernier, tout aussi calme, se décale alors de quelques pas, laissant alors voir une présence plus haut, là-bas, à l’ombre d’un arbre, lorsque le nymphe s’y tourne par réflexe. Avisant Tyrol, l’animal retourna se poser près de l’Elfe d’Argent, alors que Lysias, tellement –et trop- surpris à la fois le fixe, immobile, incapable de piper mot.

Tyrol. Celui qui fut son professeur avant la Chute de la Cité.
S’il avait su qu’il le reverrait un jour. Lysias ne sait pourquoi ses jours passés à Elament la Sombre l’a persuadé de la mort de tous ceux qu’il connaissait. A vrai dire, il n’en n’avait eu aucune nouvelles, ni de ceux qui avait survécu, ni de ceux qui étaient portés disparus de ce monde. Remords… Lysias grimpe quatre à quatre la légère pente qu’avait façonné le volcan, pour s’empresser de le rejoindre. Nombre de fois où dans ses sommeils éveillés, les premiers jours de sa captivité où il avait vu et revu ceux qu’ils connaissaient, croyant les avoir en vrai sous ses yeux. Perceptions décalées.

-Tyrol !

Il est bien là, de son aura aussi calme que sereine, au milieu de ses feuilles et crayons auxquels Lysias ne peut porter attention à cet instant là. Il y avait tant de choses que le nymphe aurait eu envie de savoir, dans une vie antérieure à l’Assaut des démons. Si les cours avaient continué, si la Cité était restée telle qu’elle était, non plus dans ses souvenirs, mais comme elle l’était jadis. Arrivé sans trop de peine près de l’elfe, Lysias s’assied à côté de lui et le fixe comme si cette illusion allait disparaître.

- Vous êtes vraiment là.

C’est une sagesse apaisante qu’il retrouve. Comme avant.
Comme avant, alors que tant de choses ont changé. A combien de temps remontait la dernière fois où il avait attendu avec appréhension l’arrivée d’un professeur qu’il s’imaginait tyrannique. En exagérant toujours un brin. Enfin… en exagérant à la Lysias.

- J’ai failli croire que la cité avait emporté plus de monde que je ne le croyais, finit-il par dire, en s’étranglant.

Il y a cru.


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Tyrol
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MessageJeu 3 Juin 2010 - 12:30

Un nouveau bateau se dessina sous la plume. Ou plutôt, un demi-bateau : La coque prenait la moitié de la taille d'une coque ordinaire, comme si le bateau avait été coupé en son milieu. Quelques flèches pointèrent la partie arrière, accompagnées de notes et d'explication sur la fonction des caches creusées dans la paroi, fermées de l'intérieur par une sorte de volet unique : Caches pour armes de jet magiques, pour la plupart. L'elfe tenta de représenter le bateau sous plusieurs angles, ainsi que son intérieur, démarrant plusieurs croquis à la fois tant il était pressé de mettre ses idées sur papier sans en perdre une miette. Dans le calme de cette journée d'été et le parfum sucré de son Vent, Tyrol s'amusait comme un fou, le cœur léger et le regard tourné vers la mer, vers le large ; Vers l'avenir. Mais dans quelques secondes, une voix derrière lui l'obligerait à se tourner, et, malgré lui, à revenir en arrière ; Tiens donc, qui pouvait bien le rejoindre ici ? La voix ne semblait pas être celle des personnes habituées à l'accompagner d'habitude… Pourtant, elle lui disait bel et bien quelque chose. Levant sa plume, l'elfe se tourna vers l'appelant... Et se retrouva nez à nez avec un Haeris plus massif que jamais ! Il sourit et décala affectueusement le museau du cheval, puis, repoussant quelque peu ses affaires et laissant son carnet de côté, il voulut se redresser pour voir qui venait : Le nouveau venu avait déjà fait le tour de la monture. Un simple coup d'œil sur une chevelure d'un rouge éclatant lui suffit pour retrouver instantanément le nom de celui qui se dirigeait alors vers lui, de mettre à nouveau ce nom sur cette voix.

"Lysias !"

Il resta sans bouger un moment, penchant la tête de côté pour mieux regarder le jeune homme qui s'asseyait à son côté, lui parlait et qui semblait avoir vu en lui un fantôme, une illusion : S'il était vraiment là ? Tyrol eut un doux rire, se contentant d'acquiescer comme si la question, trop bêtement simpliste, ne nécessitait pas de réponse orale ; Puis il l'enlaça aussitôt en souriant, d'une accolade franche et chaleureuse qui, il fallait bien l'avouer, prouvait que lui aussi avait besoin de s'assurer de la réalité de sa présence. Oui, lui aussi avait pensé à la mort. Sans toutefois vouloir y croire. Il préférait largement cette bonne nouvelle que le nymphe lui apportait par sa présence.

"Et moi donc ! Je suis si heureux de te savoir en vie !"

Il ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose mais sembla s'abstenir au dernier moment avec un mouvement de recul dû à l'hésitation. Il secoua la tête comme pour chasser un mauvais souvenir, sans se départir une seule seconde de son sourire, puis reprit le nymphe dans ses bras avec un soupir de contentement : En reproduisant ce geste, devenu quasiment rituel envers ses anciens élèves, il tentait en cet instant d'ignorer la vibration, même faible, qui agitait son Etoile. Là, contre sa peau, comme un avertissement qu'il souhaitait simplement étouffer. Etouffer comme ces murmures qui s'étaient mis à vagabonder dans l'air, de plus en plus fort au fur et à mesure que Lysias s'était approché de lui, ces murmures qui le troublèrent autant que les vibration de l'Etoile. Oui, les étouffer, pour l'instant... Hélas, en serrant le jeune homme contre lui, il ne put négliger plus avant son état, dont il s'inquiéta immédiatement :

"Tu as maigri", constata-t-il avec anxiété en desserrant son affectueuse emprise, maintenant toutefois une main insistante dans le dos du nymphe. Là, entre les omoplates. "Et tu sembles bien las… Comment te sens-tu ?"

La plus banale des questions pouvait recouvrir un nombre infini de réponses. Il aviserait en fonction de la réponse qui viendrait… Tyrol semblait tout à fait heureux et à la fois sincèrement inquiet : Lysias n'était pas le premier élève qu'il retrouvait, mais il était le plus physiquement mal en point. Il y avait toutefois quelque chose, outre sa maigreur, qui troublait l'elfe… Avait-il changé ? Il ne saurait dire. Son expression, sûrement, s'était durcie. Sourire aux lèvres, il abandonna ses travaux et autres croquis, refermant son carnet et le repoussant vers son sac avec le matériel d'écriture. La bonne humeur incarnée, et une quasi-insouciance à toute épreuve, tel était Tyrol ; Pas qu'il n'eût pas conscience ni mesure des dangers et des horreurs de ces Mondes, mais il en semblait si détaché, si loin… Tant que cela ne concernait que lui, tout ceci ne faisait que l'effleurer ; Lorsqu'ils touchaient les autres, la donne changeait quelque peu : Il acceptait difficilement que de mauvaises choses puissent arriver à ceux qu'il connaissait, qu'il appréciait et qu'il aimait. Evidemment, il fallait bien que cela arrive au cours d'une vie, les hauts, les bas et toutes ces sortes de choses plus ou moins marquantes comme on en voit défiler des dizaines par jour… Mais c'en était ainsi, il n'aimait pas les mauvais moments. Qu'était-il arrivé à Lysias pour qu'il maigrisse à ce point ? L'elfe se retint de chercher par la magie par respect envers le nymphe, et surtout par refus de se laisser tenter par une telle facilité, fatigante à utiliser sur le long terme et tellement… Impudique. Il en avait assez usé sur lui la dernière fois, lors de leur cours ; Pour la bonne cause se disait le Solan, mais cela n'excusait guère le fait de rentrer dans la tête des autres !

Ca y est, il avait compris. Le Vent ! Son Vent à lui, couché autour de lui dans l'herbe depuis le moment où il s'y était laissé tomber, n'avait rien dit. Les fées, dans leur sieste sans bousculade, avaient cessé de tinter ; Et ce bruit, là, qu'il entendait, cet étrange murmure comme fond sonore, n'était pas porté par la mer. C'était la brise chaude de l'après-midi qui le lui avait amené depuis le boisement. Ces chuchotements étaient ceux de Lysias. Il les avait perçu distraitement, sans pouvoir les reconnaître ou en déterminer la cause ; Un simple bruissement d'eau de mer, pour lui ! Oui, ces murmures… Ils avaient changé. Un peu. L'aura tout entière du nymphe avait changé, sa magie semblait plus palpable. De la magie, tout simplement. Une magie présente, bel et bien présente dans le corps du jeune homme et même au-delà. Tyrol observa un instant Haeris, lui caressant les naseaux, puis posa un regard bienveillant sur Lysias.

"Il n'arrête pas de te regarder, tu l'intrigues !"

Le cheval aux ailes de neige paraissait en effet avoir bloqué sur le nymphe, le scrutant paisiblement, les oreilles dressées et dirigées vers lui avec attention. Un Aera, donc un maître potentiel qu'il reconnaissait en tant que tel : Lié à lui par le même élément. L'elfe aux yeux d'absinthe rit un peu, puis se pencha pour fouiller son sac : Il en tira quelques fruits confits et des biscuits sucrés qu'il tendit spontanément au jeune homme. Puis il laissa planer un petit silence, au bout duquel il ourla un aimable sourire en coin.

"Tu reviens de loin, mon ami."

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MessageDim 6 Juin 2010 - 20:57

Le croquis d’un début de navire disparait alors que le carnet de dessin est refermé sur lui-même. Lysias laisse Tyrol lui démentir tout effet d’optique, sentant bien la sérénité de cet elfe adoucir l’atmosphère. Non pas que cette dernière soit nécessairement embrouillée, mais la présence de l’Aera a toujours eu cet effet de tranquillité égale à elle-même. Le retrouver contre toute attente, donne l’impression au nymphe de replonger dans ses jours passés les plus calmes. Du calme avant la tempête. Est-ce ce que beaucoup ont survécu ? Lysias a l’impression de ne voir de des têtes étrangères sur cette île. Ou les peu qu’il a pu revoir à la volée… ils ne lui semblent plus pareils. A moins qu’au fond, ce soit-lui qui ait changé ; va savoir. Pourtant, Lysias, ne sent pas cette réelle mutation. S’il a peut être perdu un tantinet en teneur, il ne sait pas vraiment ce qui a ou non évolué, en si peu de temps, et trop de temps à la fois. Un peu à l’image d’un livre dont il aimerait connaître l’histoire mais dont les pages auraient continué à tourner, tourner sans relâche pour enfin s’interrompre sur une page, là, au hasard. Mais toute métaphore de ce genre s’interrompt soudain quand le nymphe sent la légère pression sur le haut de son dos, entre ses omoplates. Si Tyrol lui donna l’impression d’hésiter un quart de seconde tout à l’heure, Lysias se dégage instinctivement, par simple réflexe. Là sur son dos, un cigle, une marque tracée, indélébile sur la peau ; si le nymphe n’y pense pas toujours, son corps, lui, n’a rien oublié. La dernière personne ayant insisté là, étant Sappho, la même qui lui apposa, puis retira son seau personnel. L’aera est lui-même surpris de sa propre réaction, et laisse échapper un rire âpre.

-Quoiqu’il en soit, je ne suis pas mort, se reprend-t-il en se détendant, avec cette spontanéité qui le caractérise bien. -Et disons que… j’ai comme la sensation que le monde se moque de moi.

Le monde à la place de toutes les choses susceptibles de l’entourer : des objets et végétaux les plus vulgaires aux animaux rodant des ces lieux. Alors comment se sent-il ? Pas mal à côté de la plaque. L’impression d’avoir loupé un bon épisode pour assembler toutes les pièces d’un puzzle. En réalité, il ne se sent ni vraiment mal, ni vraiment bien ; un petit quelque chose entre les deux, avec cette dose d’incertitude qui le dérange tant. Haussant des épaules à ses paroles, il s’accorde un regard d’ensemble, pour remarquer un Tyrol pris en plein travaux, plumes et carnets étalés au sol. Le calme légendaire de son ancien enseignant resté égal à lui-même… quel sensation agréable de voir qu’il reste encore quelque vestige d’Avant. Avant, comme si tant de temps était passé. Curieuse rupture de la véritable notion du temps.

Près d’eux, se prélasse un bel animal ailé, sans la moindre crainte, et aussi paisible que Tyrol.

-Je ne pensais pas qu’il se laisserait aisément approcher, fait Lysias, tendant la main vers le cheval, comme pour avoir son accord pour lui flatter la frimousse. Si d’ailleurs, l’animal était intrigué par cette nouvelle venue, le nymphe l’était tout autant. -Il est fascinant, je dois avouer…

Acceptant de bon cœur les sucreries que lui propose l’elfe, Lysias ne peut s’empêcher d’afficher un air ahuri lorsque ce dernier le traite en ami. Dans sa tête, ce Solan à la patience infinie est plus que tout, son professeur à Elament. Un professeur qu’il a fini par apprécié à la longue des années, sans toujours le reconnaître ; ni en sans jamais chercher à faire de son mieux pour autant. N’enseigne-il donc plus ? Sur cette légère nostalgie passagère, le nymphe repense à la dernière leçon de l’autre fois… Il revient de loin. Si loin ? Lysias ne sait pas vraiment. La seule chose qu’il pourrait confirmer, c’est qu’il a toujours l’impression d’avoir des milliers de questions à poser à Tyrol, sans vraiment savoir lesquelles formuler.

-Ah bah… ce n’est pas de si loin, en fait. Je n’ai pas fait beaucoup de chose, au final, avouera-t-il, prenant le temps de grignoter un gâteau avant de poursuivre, -mais j’ai vécu, peut-être un peu trop au jour le jour c’est vrai. Mais avec l’envie de voir et de croire en ce que sera le lendemain.

Ce disant, Lysias lève les yeux vers Tyrol, au souvenir même de ce que ce dernier lui avait dit la dernière fois. Puis son attention se reporte là bas quelque part loin derrière les arbres, si cet endroit qu’il scrute existe vraiment.

-Et je crois que je ne regrette pas de l’avoir fait…

Eternelles conversations à mi-voix, entre brise qui bruisse entre les feuilles et chuchotements mystérieux, c’est un air étrange qui ramène de nouvelle fois Lysias à la réalité. Pensées qui s’égarent, pensées qui semblent ne suivre aucune logique très cohérentes. Levant les yeux de la Pierre en forme d’étoile qu’il vient de remarquer, le nymphe revient à la conversation d’où il s’était laissé distraire. Cette pierre, oui il s’en souvient, elle orne encore le cou de l’elfe ; sans pour autant se souvenir que Tyrol s’en soit servi, la dernière fois. Interrogation silencieuse, qui ne franchira ses lèvres.

-Là bas, à Elament ...ou de ce qu’il en reste, j’ai réalisé que l’Air était vraiment en moi. Ah, mais je n'ai pas vraiment évolué des masses depuis. Mais je tenais à vous dire hum, merci. Et je suis content de pouvoir le faire.

Au bout d’un moment, un sourire reviendra se jucher sur le visage du nymphe.

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Tyrol
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MessageMar 22 Juin 2010 - 7:58

Tyrol parut ne pas comprendre les dernières paroles du nymphe, qu'il observa un instant avec une expression interrogative.

"Me dire quoi donc, Lysias ? Merci ? Merci de t'avoir dit un jour qu'il me paraissait préférable de vivre chaque jour pour mieux passer au suivant ?"

Il rit de bon cœur.

"Ma foi, si cette philosophie t'as convenu, j'en suis bien content : Sans elle, tu ne serais peut-être pas là aujourd'hui. Mais pourquoi le Monde se moquerait-il de toi ? Il te connaît trop peu !"

Certes l'on n'avait pas besoin de bien connaître quelqu'un pour s'en moquer, mais le Monde était bien trop vaste pour se concentrer à ce point sur une personne. Alors que voulait donc dire Lysias ? L'elfe le sentait confus. Il supposait cela normal. Il avait sans doute aucun assisté à la chute de la Cité. Mais qu'avait-il dit ? Quand il était à la Cité ? Ou plutôt… Ce qu'il en restait ? Pire que la chute, il en avait peut-être vécu la suite. Tyrol se demanda s'il souhaitait réellement savoir, en définitive ; Il apparut que non, vraiment, cela n'était pas dans ses priorités... Quoique sa curiosité fût bel et bien piquée par les tressaillements de son Etoile, qui assurait à elle seule ce qu'il aurait préféré ne pas soupçonner. Etrangement, il ne se départit aucunement de sa bonne humeur : Elle était l'une de ses armes les plus efficaces ! Souriant, il donna au nymphe ce qui lui restait de gourmandises, n'étant pas prioritaire quant à la nécessité de se nourrir. Il avait lâché le museau d'Haeris, mais garda un instant son regard tourné vers lui, comme cherchant son inspiration avant de s'en retourner à Lysias.

"Quand je disais que tu revenais de loin, je pensais à cela, à vrai dire."

Il se pencha et tendit la main, qu'il apposa de nouveau dans le dos du nymphe. Il préférait être franc et traiter de ce détail qui le turlupinait maintenant.

"Haeris est un cheval qui ne répond qu'aux Aeras. Il a senti ton pouvoir. Donc oui, il est vraiment en toi, on ne peut en douter ! Mais moi, je ressens la magie démoniaque."

L'elfe rit une nouvelle fois en commençant à empiler ses carnets près de son sac. Il n'était pas affolé ou nerveux, bien que la magie qu'il disait ressentir le dérangeât réellement de par la dissonance qu'elle engendrait dans son propre corps. Elle troublait son ouïe et son odorat, de façon sensible certes mais bel et bien perceptible. Elle éveillait en lui la sensation désagréable que l'on a lorsqu'un bonheur parfait vient se trouver entaché d'un imprévu morbide. Cette magie semblait le narguer ; Il en resta d'une placidité toute elfique. La dernière fois qu'il avait ressenti cela, c'était avec Runvan, jeune homme qu'il avait retrouvé marqué par les Ténèbres à la suite d'un combat. Les démons n'y allaient vraiment pas avec le dos de la cuillère en la matière, mais leur magie était d'une coriacité à toute épreuve : Un peu comme le feu qui, même éteint, laisse les traces et les odeurs de son œuvre sur le territoire qu'il a dévasté. De façon générale, tout ce qui a attrait à la destruction laisse toujours une marque sur les choses ou les gens. Tyrol haussa les épaules pour lui-même.

"Je n'aime pas cela. Tu m'inquiètes."

Mais hormis cet aveu concédé dans un sourire apaisé, il ne pouvait faire grand-chose. L'important pour lui était de voir Lysias vivant, et avec toute sa tête… Même un peu dure ! S'il ne démontrait aucune nécessité d'être aidé d'une façon ou d'une autre, l'elfe blanc se contenterait d'être là. Ce qui, en soi, était déjà une proposition d'aide anticipée. Evidemment que cette marque l'inquiétait : Elle impliquait forcément une douleur. Et plus le nymphe faisait fi de cette douleur, même passée, plus Tyrol s'en souciait : L'air chagriné qui se peignit sur son visage à cet instant ne mentait pas. Il sourit malgré tout à travers cette brève pointe de douce mélancolie.

"Si cela te fait mal, tu pourras toujours me demander un sortilège pour t'apaiser. Quant au reste… Ma foi, je pense être doué pour la conversation. Tu as raison de ne rien regretter, mais je veux que tu saches au moins ça. Qui sait, tu en auras peut-être besoin demain !"


Il rangea son matériel d'écriture dans sa boîte tout en jetant un regard émerveillé vers l'horizon.

"Tu vois cette île, là-bas ? Tu m'en diras des nouvelles dans dix minutes !"

Il ne rangea rien dans son sac, laissant tout traîner sans trop s'en faire. Quant au sac précédemment cité, il s'en servit comme coussin, s'allongeant dans l'herbe avec un léger soupir. Les feuilles au-dessus de lui étaient d'un vert éclatant, et le ciel au-dessus d'eux d'un bleu pur. Quant à la mer, elle était d'une immensité et d'une tranquillité sans borne. Tout était beau, serein et coloré. Décidément non, Tyrol, enfin, Lén, n'était pas un Elfe d'Argent : Il était de ceux qui vénéraient le Soleil et aimaient tout ce qui s'en rapprochait avec ferveur. Comme cette journée chaude et lumineuse. L'Argent était lié à la Lune, monde qui n'était pas le sien. Mais, forcément, avec des cheveux blancs, c'est moins évident à deviner qu'avec des blonds. Cependant, si les goûts et les aspirations devaient être conditionnés par les cheveux… Mazette, on aurait bien peu de choix. Le Jour était son domaine. Et il préférait ne pas se torturer avec les nouvelles de celui de l'Ombre, à vrai dire.

"Elament, "La Sombre", comme ils la nomment maintenant… Noircie par le feu, je suppose, d'où son surnom ! Tu dois être dépaysé, sur cette île. En as-tu fait le tour pour te trouver ici ?"

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MessageJeu 1 Juil 2010 - 5:59

-Non, non pas pour votre philosophie, s’impatiente légerement Lysias en balayant l’air d’un geste de la main, comme s’il s’agissait d’une évidence, ... pour ce que vous m’avez appris, ce que j’en ai retenu malgré moi... tout ca en fait.

La bas, au milieu de l’Obscurité, Lysias s’est rendu compte au fur et a mesure quelle importance ont eues les lecons et la sagesse de Tyrol pour lui, dans cette attente désesperée au jour le jour. Le nymphe a maintenu son silence pendant un instant. Sait-il réellement pourquoi le monde se moque de lui? Assurément, non.

-Plus en décallage en fait... l’ile me semble trop claire, trop calme, trop... quelque chose comme paradisiaque. Et je trouve ca hm. Ahurissant.

Voila.
Cette impression que la lumiere est constante sur ce coin de terre, que le mal a oublié de passer par là, que la violence dénudée de motif n’a jamais eu sa place ici... l’effet meme d’une lumière trop vive qui soudain perce une pièce sombre. Et alors qu’il n’y a rien à comprendre de ce ressenti, Lysias ne le comprend pas et cette incompréhension le sidère. Comme si ce petit monde se moquait de lui en cachant quelques maux -qui justement n’existe pas. Alors que jusqu’à là, Lysias a toujours été habitué a rester en alerte, et ce, meme avant l’Assaut de la cité. Il manque comme un élément pour combler le vide. Le vide qui n’est pas.

Cette fois, le sourire du jeune homme ne se traduit que par un simple étirement des lèvres, sourire qui tourne davantage à une expression dubitative, le regard fixe sur Haeris. Devrait-il se sentir flaté de voir que l’animal le reconnaisse bien en tant qu’aera? Oui certainement; mais pourtant, à la mention de la magie démoniaque... elle est ainsi donc encore perceptible en lui.
Contrariété.

-Est ce qu’elle va rester longtemps...?

Cette trace, cette fragrance, empreinte digitale des Ténebres.

Lysias a froncé les sourcils, comme s’il était furieux contre lui-meme. Et longtemps il a scruté le regard du solan, d’un air impassible. Comme si la réponse était d’une importante capitale. Puis il a baissé les yeux sur le dernier quart de gateau qu’il tient entre les doigts.

Quel mal y a-t-il à avouer avoir été en captivité sous l’égide des demons. D’avoir été l’esclave d’un de leur Généraux. Et quelle Générale.

-Ce n’est pas douloureux.

Exasperé, Lysias s’est retourné, faisant mine d’admirer le paysage si pure qui s’étale devant ses yeux. Devant lui s’érige une ile, morceau de terre luttant contre les vagues de la mer. D’un coup, le nymphe se dit qu’il pourrait peut-etre rester la, et se perdre dans cette observation: s’éterniser dans le paysage. Mais lorsqu’il s’en est rendu compte, il a haussé des épaules, renoncant d’emblée a cette pensée saugrenue. Puis, d’un geste las, il a devoilé le sigle aposé là, entre ses omoplates. Une marque aux insignes qu’il n’a jamais pris le temps ni de lire, ni de décrypter, par pure déni de sa servitude. Une marque ...en réalité composée de deux runes- devenue rapidement cicatrice en quelques jours à peine.

-La pierre qu’il y avait sous le sigle était quand meme plus difficile à supporter, a laché Lysias, le dos courbé. Un dos ou de fines entailles ont eu le temps de laisser la trace de leur passage par ci par là. -Ce qui fait mal... c’est surtout ma conscience.

Haussant des épaules, Lysias a rajusté son haut et a regardé l’ile en question. Y revoyant a travers, l’image d’une Elament sombre. Noire de feu oui, et également de vices, l’essence naturelle des Démons.

-La bas... vous vous y déja etes rendu?

Tout en fixant le monticule de terre, Lysias tente d’y voir ce que Tyrol lui trouve de si admirable. Est ce son propre cynisme qui l’empèche d’en apprecier la sérénité de cette vue.

-Dépaysé? Oui, plutot... Mais je n’arrive ici que par hasard. Sans faire attention à ma destination j’ai suivi l’Air. Cette ile... je ne sais pas quoi en penser. Mais vous, vous semblez vous y plaire.


Lysias a alors jeté un coup d’oeil aux recueils de l’elfe, rangés et éparpillés tantot par ci tantot par là.


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Tyrol
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MessageDim 4 Juil 2010 - 9:51

"Ah ? Ah…"

Appris ? Lui avait-il appris quelque chose, réellement ? Hormis quelques sorts dont l'apprentissage avait été flou et intermittent… L'incompréhension de l'elfe n'en fut que plus forte, mais il acceptait le remerciement comme tel, flatté. Après tout… Pourquoi pas ? Il se contenta d'incliner la tête en guise de réponse polie.

"Un contraste des plus manichéens, je te l’accorde !"

Un sourire en coin ponctua la phrase. Ah, le beau temps et l’eau d’un côté, la nuit éternelle et le feu de l’autre. Enfin, globalement, voilà le schéma. Heureusement que tout était plus complexe en réalité. Au fond, l’Île était devenue comme une Elament-bis : Un repère d’élémentalistes. Encore neuf et fragile, certes, mais en voie de reconstruction : Et cet ahurissant décor paradisiaque était simplement idéal pour cette reconstruction… A condition d’y prendre garde ! Tyrol se dit qu’il devrait bientôt refaire le tour du propriétaire pour vérifier si la Magie qu’il avait canalisée durant son expédition s’était stabilisée. C’était d’ailleurs aussi pour cette raison qu’il restait si souvent sur l’Île, à crapahuter par monts et par vaux. Il ne fallait pas s’endormir sur ses lauriers, ce qui pourtant était une activité fort plaisante ! La voix de Lysias le ramena à la conversation, le sortant de son projet de randonnée. Ce qu’il entendit lui tira un léger soupir.

"Je ne guéris pas que les blessures physiques", rectifia-t-il avec amabilité, la mine amusée. "Et en ce qui concerne ce domaine, je suis et je demeurerais toujours moins puissant que les Aquas ! Mais je t'ai dis "si". Je t'ai dis "peut-être", "demain"… Tu n'écoutes guère !"

Il rit à nouveau, peu offusqué de ce soi-disant manque d'écoute. Et dans son rire, ni amertume, ni nostalgie ne transparaissaient. Il ne répondit pas immédiatement à la question qui concernait la trace de magie démoniaque : D'une part parce qu'il n'en savait rien, d'autre part parce qu'il se devait d'abord de revenir sur ses paroles devant l'agacement manifesté par le nymphe. Il lui proposait de l'aide en temps voulu ; Pas de s'apitoyer vainement sur son sort. Mais puisqu'il posait la question, Tyrol allait tenter de lui retirer cette magie démoniaque qui le marquait encore, et l'on verrait si elle tenait à rester ancrée ici pour de bon ! Restant allongé, il tendit le bras encore une fois, approchant sa main de la marque dont la vision lui avait tiré une grimace de douleur empathique. Marques dont il ne saurait donner la signification sans tricher par la magie… Curiosité qui ne l'étreignait pas encore à ce point-là. D’un autre côté, bien qu’elles semblassent former des runes, il n’en soupçonnait pas la réelle nature. Et puis, il ne savait pas lire les runes de façon générale, hormis celles de son peuple ! La main posée dans le dos de Lysias, facilement à sa portée, il commença à l'attirer à lui comme il avait déjà imposé son emprise à l'énergie élémentaire du nymphe. Ceci ne l'empêcha en rien de continuer la conversation avec sa sérénité habituelle.

"Bien sûr ! Cela fait un moment déjà. Je ne sais plus quand exactement, je me perds dans le décompte des mois sur ces terres. Nous y sommes arrivés par hasard en suivant un interminable tunnel sous la mer. A peine revenu à l'air libre, je suis immédiatement tombé amoureux de cette île, de sa Magie, surtout…"

Il souriait paisiblement tandis que la Magie en question affluait à lui, d'Air et d'Ombre mêlés. Son Etoile vibrait de plus en plus fort contre sa peau, sans émettre aucun son. L'elfe gardait ses yeux couleur de printemps rivés sur le dos de Lysias, restant concentré tout en répondant à nouveau avec une expression rêveuse :

"En effet. Ces îles ressemblent à mon pays natal : La Nature et la Magie y font la loi et les modèlent selon leurs caprices, elles en sont l'essence-même. Je n'y vis pas mais j'y passe mon temps... Je suis heureux ici. Et c'est ici que j'ai un rôle à jouer : Elles m'inspirent dans ce rôle..."

La magie démoniaque commença à s'extirper du corps du nymphe par les parcelles de peau marquées. Marquées. Comme un bétail destiné à l'abattoir. Le cœur de l'elfe se serra.

"Ils le font à tous les élémentalistes, n'est-ce pas ? Et rares sont ceux qui en seront un jour libérés…"

Peut-être qu'en sortant de force du corps où elle était logée, le reste de magie dissonante devait causer une ultime douleur à Lysias ; Il ne savait pas. Cela s'était passé différemment pour Runvan et la question ne s'était pas posée – ou en tout cas pas de cette façon. Mais lui de son côté ne s'était pas attendu à en ressentir une aussi vive. Sans prévenir, des larmes roulèrent sur les joues de Tyrol, le surprenant lui-même tandis qu'il s'entêtait dans son objectif, incapable d'émettre un seul son pour exprimer son étonnement ou sa souffrance. L'énergie corrompue libérée sembla vouloir se venger sur lui, ce nouvel élémentaliste qui avait osé déranger ce qui ne lui appartenait pas… Une vision d'horreur assaillit l'esprit de l'elfe blanc qui se redressa soudainement d'un bond en agrippant son pendentif en étoile, l'arrachant au passage comme si cela suffirait à couper court à l'hallucination ; Hélas, comme dit plus tôt, la magie démoniaque était coriace… Ce fut la vue du sang qui l'écœura le plus, avec l'odeur de mort qui allait de pair. Puis en vrac venaient les bruitages effrayants de coups, les hurlements, les ricanements et les supplications : Un beau melting-pot de sensations fortes, comme des souvenirs flous charriés par la Magie. Il ne faisait aucun doute que ce flot synesthésien aurait dû lui torturer l'esprit encore longtemps, mais ce fut sans compter le Vent de l'elfe et ses fées qui étouffèrent aussitôt l'affaire en emprisonnant leur rival dans leur étreinte. Une éphémère sphère de pouvoir hybride se forma près de sa main, tourbillonnante, puis disparut dans un souffle comme si elle n'avait jamais été : Une partie en glissant le long de son bras, l’autre retournant dans le corps de Lysias, à travers les marques. Un soupir douloureux mais soulagé accompagna son départ. Tyrol reposa sa tête sur son sac, s'épongeant négligemment la nuque de sa manche impeccable.

"Eh bien, je crois qu'elle ne partira pas comme cela, la bougresse ! J'ai pu t'en prendre une partie mais je pense que cela ne servira pas à grand-chose à part la rendre plus discrète. Je suppose que tant que la marque sera là, la magie restera avec elle, même faible. Après tout, c'est le principe même du sceau. Mais il m’est avis que sa présence – ou son absence – ne dépendra que de toi !"

Il se détendit dans un sourire.

"Si ça ne t'ennuie pas, je vais garder ce que je t'ai pris. Je ne sais pas pourquoi. Je finirais bien par lui trouver une utilité !"

Il tapota le premier carnet de croquis qui traînait, signe que cela allait sûrement se retrouver là-dedans... Avec le reste de ses inspirations !

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MessageLun 2 Aoû 2010 - 13:16

Lysias tire une figure entre mi-sourire et mine dubitative, comme s’il ne comprenait pas l’elfe. Ce qu’on appelle « demain », et le « peut-être », est ce que ça signifie quelque chose ? Mais peut être qu’au fond, le nymphe est trop borné pour se dire que oui. Et tandis qu’il laisse la sensation de l’air effleurer son dos, son regard reste rivé encore un moment sur l’île, droit devant, là bas. Sur une dernière once d’humour sombre, Lysias se demande si elle sera elle aussi prochain refuge des Elémentiens. Ou peut être celui des Démons, tant qu’à faire.

-Une autre Magie sur cette île …? a-t-il répété, d’un air distrait.

Quel genre de magie peut-il bien exister à part celle des ombres et celle, élémentaire. Et cette vieille impression d’être devenu aveugle depuis sa sortie vers la surface, qui ne le lâche pas. Celle de découvrir un monde tel qu’il ne l’a jamais perçu dans ses souvenirs d’un temps révolu en image. Un désagréable frisson a parcouru le corps du nymphe et il a haussé des épaules pour faire passer cette sensation. Mais alors, l’impression qu’on lui tire peau par peau là où a été posée la pierre autrefois lui laisse un arrière goût amer dans la bouche. C’est peu la même ressenti après le passage du coup de soleil qui fait muer de peau, et ce, en faisant abstraction de la douleur. Rien de très charmant, certes, mais ce que ressent Lysias à ce moment se résume à peu près à cette image là. Ni douloureux, ni dépourvu de sensation.

-Ils le font aux autres élémentalistes, oui. Mais pour eux c’est pire. Et les moins résistants en meurent.

Elémentalistes privés de leur Magie. Privés et soumis à un lien de subordination, d’esclavage, au démon qui se proclame être son maître. Tout ça par l’œuvre d’une vulgaire pierre, empreinte des Ténèbres. On ne combine pas tous types de magie ensemble c’est tout ce que Lysias aura été capable de retenir. On ne concilie pas l’inconciliable. Et il s’en est mordu la lèvre.

-Et pourtant, ceux qui sont encore là bas, vivent dans l’espoir d’être libéré. Alors…

Alors quoi Lysias.

-…n’en dites pas plus… a-t-il murmuré.

Si leur destin est de croupir là bas, c’est un destin que même Lysias ne leur souhaite pas, lui qui ne pense qu’à sa peau avant celle des autres. Non, il ne le pourrait pas.

Et alors. Tous ces élémentalistes, sont-ils donc vraiment condamnés à y rester à jamais.
Pensée crève-cœur, trop lourde, trop douloureuse, à supporter pour ne pas s’empêcher de se voiler un pan de réalité. Non pas pour vouloir croire que tout finira bien par tout le monde, mais ne serait ce pour se laisser bercer par une illusion plus douce, celle d’omettre que tant d’espoir lutte encore. Celle d’omettre que son chemin l’a épargné d’un sort aussi sombre, celle d’oublier que d’autres sont en train de périr dans leur propre sang et ceux de leur compagnon.

Alors vouloir adoucir la vérité est-il un crime.
Lysias s’est brusquement retourné, le regard dur vers son ancien professeur. Mais quand il y a vu ses larmes, et l’orbe disparaissant dans son bras, ses épaules se sont affaissées. Lysias ne se souvient pas que Tyrol a œuvré quelque chose sur son dos, et ne se rappelle aucune douleur de son côté. Après tout, la Faux s’est débrouillée pour que sa magie lui soit inoffensive.

-C’est un devoir qui ne vous incombe pas, et vous vous en chargez quand même, finit par lâcher le nymphe, examinant l’elfe allongé au sol, sans vouloir donner l’impression de s’en préoccuper, -Je ne vous comprends pas.

Il lui a tendu une gourde posée là, près des carnets superposés.

-Si vous la gardez, c’est votre décision, mais c’est une magie qui ne veut pas forcément le bien, dit Lysias tout en ayant conscience que Tyrol le sait pertinemment.

Un jour peut-être, l’aera apprendrait à adopter ce sourire serein en toute circonstance, mais cela, il en doute.

-Cette magie… peut-être vous est elle familière, je ne sais pas. Elle appartient à la Fille d’Alouqua.

Alouqua que Tyrol avait mentionné, il y a longtemps de cela.
Lysias ne sais pas pourquoi il a eu envie de déblatérer ce qu’il ferait mieux de taire. Ou plutôt qu’une envie, un besoin. Le besoin de recomposer les morceaux d’un puzzle éparpillé.

-Si vous lui en trouvez un sens ou n’importe quoi…

Les partagerez-vous.

Sur ce, Lysias a fait comme s’il n’avait rien demandé du tout.

-Un jour, j’irai sur cette île, là bas. J’irai, moi aussi.




[HS : Gros retard, plates excuses]

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MessageVen 6 Aoû 2010 - 8:30

[nop^^]

Posant un regard boudeur sur son Etoile, Tyrol retira la chaîne qu'il avait brisée. Il allait devoir la changer. Zut…

"Merci, je n'ai pas soif", refusa-t-il poliment en voyant une gourde apparaître dans son champ de vision.

Il s'éclaircit pourtant la gorge tout en rangeant son bijou avec détachement, l'accrochant à l'autre chaîne : Celle qui tenait contre lui la clef de la maison sur les Falaises.

"Et puis celle-là, ce n'est pas de l'eau, je crois…"

Paraissant réfléchir à la question avec gravité, il serra les deux pendentifs dans sa main quelques secondes. Deux trésors si chers à son cœur… De l'autre main, il entreprit de récupérer la gourde afin de confirmer sa nature, jetant un coup d'œil circonspect à l'intérieur du contenant. Lysias aborda alors la question de la nature et de la provenance d'autre chose : Celle de cette fameuse magie démoniaque. A la mention d'Alouqua, seul un visage blafard et colérique muni de crocs vampiriens vint à l'esprit de Tyrol.

"Son nom oui, sa magie, non", répondit-il comme si c'était l'évidence-même. "Je ne savais pas qu'elle avait une fille… Je suppose qu'elle-même n'en faisait pas grand cas lorsque je l'ai rencontrée."

Le sujet n'était de toute évidence pas venu sur le tapis ce soir-là. La dénommée Alouqua et lui avaient surtout échangé quelques politesses philosophiques sur la dichotomie du Bien et du Mal, à la suite de quoi la démone l'avait décrété complètement allumé du cigare. Tyrol n'avait pas démenti. Puis leur entrevue s'était vue interrompue par l'arrivée d'un autre démon babillard auquel il avait préféré laisser sa place. Cette rencontre n'avait rien eu de marquant. Ni pour l'un, ni pour l'autre. L'elfe reboucha finalement la gourde et acheva de rassembler les quelques affaires qui continuaient de traîner pour les ranger enfin dans son sac sans se presser tandis que Lysias continuait de ne parler qu'à demi. Dans le doute, le Solan prenait chaque tirade au vol et y donnait sa réponse. De cette façon, il faisait comme pour sa proposition d'aide. Il la posait cartes sur table. A Lysias de savoir quand il lui siérait de la ramasser pour s'en servir.

"Je doute que cette magie ait un sens… La quantité est terriblement infime, suffisante pour se faire sentir mais pas assez pour exercer quoi que ce soit de directement nuisible. Tout ce que j'ai à en déduire est que cela est intentionnel. Rien que tu ne saches déjà, donc ! Mais quant à un sens, elle aura celui que l'on voudra bien lui donner !"

Une lumière amusée traversa les yeux clairs de Tyrol, qui posa un index sur ses propres lèvres avant d'émettre un soupir de fausse lassitude.

"Je parle toujours comme un professeur. Déformation professionnelle."

Il se tourna pour appeler Haeris, qui cessa de brouter en tendant les oreilles. Lui seul sembla comprendre la langue étrange dans laquelle l'elfe lui parlait, une langue aux inflexions douces semblables à de l'elfique standard mais dont les mots et leur prononciation n'avaient rien de connu en ce monde. Le cheval ailé s'approcha de lui, les narines frémissantes, gardant la tête au ras du sol. Tyrol tendit un bras pour le passer autour de l'encolure – tout au moins par-dessus – et se saisir de la crinière dont il s'aida pour se redresser, lentement, avec précaution. Haeris l'aidait en redressant le cou au fur et à mesure. Tandis qu'il se remettait sur pied comme si ce manège était d'une banalité absolue, il continua son explication :

"Vois-tu, tout comme j'ai besoin d'inspiration pour mes projets, j'ai aussi besoin de ressentir cette magie pour aller de l'avant dans leur accomplissement. Pour ne pas oublier ce qu'elle a fait, ce qu'elle continue de faire, et ce pourquoi je veux apporter mon aide."

Il laissa ces mots bien entrer dans le crâne du nymphe avant de reprendre avec autant de légèreté :

"Je gage que j'en aurais quelques visions cauchemardesques. J'ai tiré une magie presque similaire du corps d'un autre Aera : Jusqu'ici tout va bien. Cela vous débarrasse toujours un peu, de toute façon, c'est l'essentiel. Je ne suis pas obligé, cela est vrai, mais j'ai pour manie de me mêler de tout ce qui ne me concerne pas, alors… Je fais simplement en sorte que mes interventions soient le plus bénéfique possible."

Depuis l'autre côté du cheval, il adressa un clin d'œil à Lysias. Puis, prenant une inspiration, il essaya de tenir correctement debout sans l'aide d'Haeris. Ses jambes ne semblant pas vouloir le trahir, il sourit et se baissa précautionneusement pour prendre son sac resté à terre.

"Je peux t'emmener maintenant sur l'îlot, si tu le veux… Ah ?..."

Il regardait l'horizon avec insistance, mais le temps qu'il mit à chercher lui tira un sourire : L'île n'était plus là. Plus aucun point n'apparaissait au large, entre le ciel et la mer. Il posa de nouveau un regard malicieux sur le nymphe devenu plus grave que ronchon.

"Tiens ! Alors, qu'en penses-tu, désormais ? Bon… Je ne sais pas où elle compte réapparaître, mais dix minutes, ce sera à peu près le temps qu'il nous faudra pour s'en approcher. Elle devrait être à nouveau dans le coin d'ici là. Allez, grimpe le premier ! Tu vas comprendre le sens du mot 'Magie'…"

Haeris tourna son immense museau vers le garçon aux cheveux voyants, qu'il renifla énergiquement avec curiosité avant d'exécuter une gracieuse révérence tout en repliant les ailes afin de lui faciliter l'ascension de son gigantesque poitrail. En vérité, il était si grand que la mince révérence ne suffisait pas à elle seule pour le mettre à portée de son nouveau cavalier, mais le simple fait de s'incliner était tout de même signe qu'il était heureux de le recevoir sur son dos.

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MessageMar 10 Aoû 2010 - 14:25

Lysias a observé Tyrol manier avec précaution et douceur ses deux pendentifs, et toujours cette étrange étoile dont il se souvient de la dernière fois. L’autre pendant n’a que trop peu de sens à ses yeux, mais ce dernier s’en sent presque coupable de voir la chaîne brutalement rompue. Alors il s’est tu, et a entrepris d’observer avec suspicion, la gourde dont Tyrol affirme que le contenu n’est pas de l’eau. Alors quoi d’autre …? Laissant le solan ranger la gourde, le nymphe a haussé des épaules. Dans sa tête, tout devrait avoir une explication –plus ou moins logique- et c’est cette conviction qui l’amène à vouloir assembler des choses ou des faits quand bien même ils s’avèrent inconciliables.

-Peut être que ce genre de liens n’a aucune importance chez eux, a-t-il fini par dire, au souvenir d’une Faux tout aussi peu sensible au sujet d’Alouqua, lorsque Lysias a évoqué brièvement son nom. -De toute façon, ils ne vivent pas pour les autres.

Voix désinvolte, phrase encore trop engorgée de rancœur.
Lysias a légèrement froncé des sourcils, et c’est avec une expression contrarié qu’il a levé le regard.

-Durant le temps passé là bas, j’ai essayé de comprendre. De comprendre quoi, je ne sais pas, mais il fallait que je comprenne le pourquoi du comment vivent les démons.

Leur raison d’être.
Un motif véritable. Tout, n’importe quoi, mais quelque chose qui lui permette de mieux supporter leurs actes. Livres, conversations éparses, observation. Expérience. …Mais au final, Lysias n’a rien saisi du tout, du moins c’est cette impression qui le laisse aussi amer encore. Pourtant, si cette raison, -pour autant qu’elle puisse ne serait-ce qu’exister-, si cette raison était si facilement assimilable, la frontière entre ces deux clans serait elle aussi nette que la cassure d’un verre. Et Tyrol qui confirme le non sens de cette magie tout en la qualifiant d’intentionnel…

-Alors je n’ai aucun sens à lui donner. a affirmé Lysias, d’un ton catégorique. -Aucun sens puisque je ne la comprends pas.

On en revient à un Lysias qui se butte contre une difficulté, même réaction que celle qu’il adoptait en cours. Finalement, tout n’est pas voué à changer, et quelque part, c’est rassurant de retrouver la diplomatie du Solan. Haeris parti farfouiner le sol plus loin, Lysias se laisse apprécier cette mystérieuse langue envoutante et sans à-coups dans laquelle s’exprime l’elfe, auquel l’animal semble attentif. C’est une langue qu’il ne comprend pas mais qui lui rappelle, celle utilisée par les anciens elfes de son village, il y a bien des années. Flots de souvenirs, fil d’un temps écoulé et imperceptible sourire éclairant le visage du nymphe.

Tyrol s’est redressé lentement, peut être trop, mais Lysias ne se rend pas bien compte comment la marque des ténèbres a agit, tout à l’heure. Gardant silence pour retrouver un œil sceptique, il s’est rapproché d’Haeris, sans chercher à le toucher.

-C’est une magie qui ne veut de bien à personne.

Qui ne le sait pas.
Pour autant, Lysias s’est senti le besoin de le dire.

Et si jamais les projets de Tyrol prennent le dessus sur son être. Si cette magie hostile propage ses effets néfastes sur le solan. Tant d’interrogations pour ne finalement plus rien dire. Paranoïa ou résurgence d’un passé trop récent, la seule chose que Lysias sait, c’est qu’il ne veut pas que les Ténèbres ressurgissent de n’importe quelle manière. Ce faisant, le jeune homme à la chevelure flamboyante ne réalise pas qu’il reste encore hermétique à l’aide que veut apporter l’elfe. Toujours est-il qu’une lueur plus avenante a éclairé le visage de Lysias, à la mention d’autres survivants.

-Des survivants… ici, dans l’île ? Que sont-ils devenus apr… Tyrol?

Beaucoup meurent quelques jours à peine après leur fuite. Ou leur libération.
Par-dessus la croupe de la créature, Lysias a avisé le solan, incertain de quelque chose, sans savoir quoi de plus. Alors entre l’île qui disparait, grimper sur Haeris, créature magique… Surpris, le nymphe a manqué de reculer d’un pas, lorsque ce dernier a effectué sa courbette –ou donné son autorisation-. Et ne serait ce que par sa pure allégeance à la Nature, Lysias n’aurait pas eu idée de chevaucher un tel animal. Mais c’est sans hésitation qu’il a flatté le museau du cheval, et s’écartant d’un pas, il a jeté un regard interrogateur à Tyrol.

-…A vous l’honneur, parce que je ne me promène pas à dos d’Haeris tous les jours, moi !

De un, Lysias n’a aucune idée du comment grimper sur le dos d’un tel animal, et de deux, l’idée de pouvoir vexer ce dernier en effectuant un faux pas. Et de trois, c'est qu'il est assez grand, ce cheval!

A ce moment, est passée une légère brise, près, très près d’eux, juste assez pour que le nymphe perçoive son essence familière.


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Tyrol
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MessageMer 11 Aoû 2010 - 15:11

Tyrol hocha la tête, acceptant de devancer le nymphe dans cette si périlleuse entreprise qu’était celle de monter Haeris. Après avoir vérifié que son sac était bien fermé et solidement accroché en bandoulière, il se positionna à côté du cheval, tendit un bras pour agripper fermement la longue crinière, fléchit les genoux et s’élança comme s’il tentait l’escalade d’un muret : Une dizaine de secondes et quelques menues tractions plus tard, il était confortablement installé. L’élégant équidé ne se redressa pourtant pas, attendant son second cavalier à qui il portait un intérêt tout particulier étant donné sa nouveauté ; Haeris n’avait jamais réellement croisé d’autre détenteur du don d’Aera autre que son compagnon elfique. Au camp, il en croisait trop pour s’intéresser à l’un d’eux de façon spécifique, et leur aura se mêlait trop à son goût à celle des autres élémentalistes, les fondant dans une espèce de masse magique générale imprécise et sans chaleur. Ici, Lysias était le seul "autre" de nature aéromancienne facilement identifiable et observable. Un autre auquel Tyrol tendit la main pour l'inviter à grimper. Il ne savait pas s'il résisterait au poids que le nymphe lui imposerait – y compris si ce poids était considéré comme plus que léger -, aussi s'était-il bien amarré à la crinière du cheval et serré ses jambes autour de son poitrail. Il s'était reculé de façon à ce que Lysias monte devant lui, lui laissant une place suffisante. Il l'aida du mieux qu'il put, ployant quelque peu au début par manque évident de force avant de se rattraper avec grâce. Une fois hissé avec plus ou moins de facilité, il lui fit à son tour entortiller ses doigts entre les crins hirsutes et s'appuya sur lui pour l'obliger à se pencher vers l'avant, au-dessus de l'encolure.

"Reste bien penché", indiqua-t-il avec douceur.

Comme le nymphe l'avait dit lui-même, il ne pratiquait pas l'équitation aérienne tous les jours ; Tyrol ne s'y était remis que depuis le grand déménagement des élémentalistes sur l'île, après tout. Mais il préférait effectivement savoir le jeune homme devant lui, étant sûr de le tenir, plutôt que derrière, accroché à lui et risquant de lâcher dans une embardée. Lysias comprendrait bientôt pourquoi.

Réagissant à un nouveau mot en Solan, Haeris prit son envol en s'approchant du rebord du promontoire, bondissant par-dessus un obstacle invisible pour mieux se laisser tomber dans le vide avec ses deux cavaliers. L'un d'eux, même après tous les décollages de ce type qu'il avait pu expérimenter, était d'ailleurs littéralement pétrifié : Lysias put sentir l'elfe se raidir, serrant sa prise autour de lui en même temps qu'il l'affirmait sur la crinière, les plaquant tous les deux contre l'encolure du cheval. Celui-ci, épris de grands espaces, se laissait approcher de l'eau à toute vitesse, déployant lentement ses ailes ; Ce ne fut que lorsqu'il en battit une première fois qu'il commença à ralentir – sans pour autant cesser sa chute que Tyrol ne regardait surtout pas - avant de se stabiliser brutalement à moins de cinq mètres de la surface de l'eau. D'un second battement d'ailes et sans que la transition ne soit trop brutale, Haeris fila tout droit en direction de l'Est. Tyrol eut un rire nerveux en sentant son cœur se remettre en place dans sa poitrine dans un drôle de chatouillis, et il se détendit enfin en leur permettant à tous les deux de se redresser. Un soupir de soulagement lui échappa.

"Ah, je me souviens ! Dans la gourde, c'est ma potion contre les vertiges. Du coup, je n'en ai pas bu."

Comme il exposait ce fait sur le simple ton de la conversation, il paraissait admis que ce n'était pas si grave. Il aurait pu prendre une crise cardiaque pendant la chute, faire un malaise… Mais puisque rien d'aussi fâcheux n'était arrivé, le vol pouvait continuer sans encombre. Le décollage était toujours le plus dur à passer pour son cœur. L'elfe était visiblement content de lui, car il se trouvait capable de se passer de temps à autre d'assistance de ce genre. Il lui en fallait décidément peu pour être heureux.

"Il n'y a pas d'élémentalistes sur l'îlot", dit-il enfin sans avoir à crier maintenant qu'Haeris avait trouvé son allure de croisière, "enfin, pas encore. Ils sont tous sur la grande île. Tu n'en as pas croisé ? Les plus prompts à vouloir venger l'affront se sont groupés en planques, comme ils disent, sur le Continent. Les autres repartent à zéro ou presque, essayent de se remettre. Il y a un peu de tout, mais tu es bien le seul revenant de la nouvelle Cité que je connaisse !"

Il réalisa soudain que Lysias lui avait parlé de survivants en apprenant qu'il avait déjà tenté d'extraire une magie démoniaque sur une autre personne. Il poussa aussitôt une exclamation surprise avant d'ajouter avec une voix chagrine, sur un ton d'excuse :

"Oh, l'autre Aera ne revenait pas de l'Elament corrompue ; Il avait été touché durant la bataille et ses blessures étaient infectées de magie démoniaque. Mais il doit bien y avoir d'autres élémentalistes dans ton cas !"

Pas des masses, sûrement, mais en cherchant bien on devait pouvoir en trouver. Tyrol balaya du regard l'étendue bleutée qui défilait sous eux dans une myriade de scintillements dorés, cherchant à se repérer en se fiant au hasard de la ligne d'horizon. La logique aurait voulu qu'il ait suffi d'aller tout droit depuis le promontoire… La réalité était que le chemin était un véritable labyrinthe, et que l'îlot ne réapparaissait jamais au même endroit dans la même journée. L'elfe avait seulement pu comprendre qu'elle suivait un certain axe, sensiblement courbé, et disparaissait d'un point à un autre comme si des aimants situés à chaque extrémité de l'axe l'attirait tour à tour d'un côté ou d'un autre. Pour l'instant, rien n'était encore visible, elle devait donc se trouver sur un des points de l'axe les plus éloignés de l'île. Ils voguèrent encore plusieurs minutes ainsi, sans la moindre encombre, entourés par l'infinité aquatique. Haeris prenait lentement de l'altitude.

"Ca va toujours ?"

La question adressée au nymphe, Tyrol se la posa aussi et surtout en son for intérieur tandis qu'il sentait les battements de son cœur s'accélérer à nouveau. Les minutes passant, ils s'approchaient d'une bien étrange épreuve. Il savait qu'à un moment ou à un autre, ils entreraient dans le dédale de courants qui l'avaient jeté à la mer la première fois, et qu'Haeris n'était parvenu à traverser qu'au bout du cinquième ou du sixième essai.

"Bien, accroche-toi, ça va secouer."

Le temps de se demander lui-même quand exactement "cela" allait secouer, l'elfe blanc sentit Haeris s'agiter. Il replia quelque peu les ailes… Et se laissa tout naturellement porter par un violent courant venu par leur droite. Le cheval agitait ses pattes dans le vide comme pour diminuer la force du couloir venteux, sans succès, et, tout en continuant à prendre de l'altitude, il se résigna finalement à se laisser encore porter sur ce côté. Un autre courant prit le relais alors qu'ils semblaient retrouver le calme plat du début de leur vol, les poussant cette fois en avant et portant l'animal dans sa quête de hauteur. Ils allèrent ainsi de rebond en courant sans que l'îlot ne se manifeste dans leur champ de vision. Le Vent, ou plutôt les Vents, prenaient un malin plaisir à se passer le trio de bras en bras, provoquant des embardées douloureuses pour la nuque. Au fur et à mesure qu'ils étaient ballottés, l'Air paraissait s'épaissir, perdant en violence mais gagnant en consistance : Des nuages ? Cela ne ressemblait pourtant en rien à des nuages… Mais un nouveau couloir s'était formé, où le Vent s'était fait plus doux, plus chaud. Sous leurs pieds, l'océan semblait loin, légèrement couvert d'un voile blanc. Tyrol osa rouvrir les yeux : Ils étaient dans le passage ! Haeris ne patinait plus. Il se laissait désormais aller en toute confiance, porté par l'Invisible dans un chemin tout tracé. Autour d'eux, l'Air glissait sur leur peau comme un tissu de soie, et transportait avec lui un doux sifflement. Le Vent de l'elfe s'accrochait à lui comme il pouvait pour ne pas se laisser absorber par les autres courants, entourant son compagnon avec insistance… Et, par réflexe, prenant du terrain sur Lysias comme s'il n'était que le prolongement du corps de Tyrol. Les fées tintaient joyeusement, se mêlant au sifflement environnant pour lui répondre.

Enfin, ils perdirent une nouvelle fois de l'altitude, planant tranquillement jusqu'à traverser le voile blanc au-dessus duquel ils s'étaient élevés… Et là, en direction du Sud, l'îlot. Le Solan exultait ; Pourtant, vu d'ici, l'objet de son contentement ressemblait simplement à un rocher - certes gigantesque mais dont le tour était rapidement fait comparé à la grande île – couvert de végétation. Une unique source coulait depuis le sommet et serpentait en une menue rivière dont la fin était inconnue. Haeris, qui semblait avoir repris le contrôle sur ses commandes, atterrit en douceur quelque part dans l'herbe, non loin du ruisseau silencieux. Son devoir accompli, il s'empressa de se mettre à brouter avec la tranquillité qui le caractérisait.

"Regarde ça !" s'exclama Tyrol en levant les bras au ciel en guise de victoire, ce qui fit au passage craquer ses cervicales. "Aïe ! Un vrai petit paradis ! Je vais boire la potion avant de descendre. Tu en veux ? Ca a un goût de cerise alcoolisée, c'est agréable même quand on en a pas besoin."

Il s'empressa de fouiller dans son sac pour en tirer ladite potion. Il en prit peu, juste assez en guise de précaution. Puis il entreprit de descendre prudemment de cheval, ravi de sentir la terre ferme. Sitôt les pieds dans l'herbe, il proposa un appui à Lysias afin de l'aider dans sa descente bien que ses bras tremblassent un peu.

"Le mieux, ce sont les grottes, mais c'est tout de même fort joli ici, déjà. Fais attention où tu mets les pieds, j'ai déjà fais trois plongeons et je ne sais toujours pas où sont les rebords."

Ils se tourna et prit la direction du ruisseau, s'éloignant soigneusement des rebords en question. Il se pencha et mouilla sa manche qu'il passa rapidement sur son front. Assis sur le rebord herbeux comme il se serait assis sur celui d'une fontaine, l'elfe désigna tout ce qu'il y avait derrière lui d'un geste ample : Une montagne aux dimensions vertigineuses vue d'en bas, ceinturée de reliefs divers couverts d'arbres à l'aspect tropical, ceinturés de buissons touffus. La roche s'ouvrait ici et là en interstices suffisamment larges pour y passer plusieurs personnes à la fois.

"Viens, l'eau est fraîche, ça te fera du bien. Avec un petit peu de temps, tu vas sentir toute la Magie qu'il y a ici. Elle attend l'occasion pour se manifester… Cet îlot-ci semble être doté d'un pouvoir auto-régénérant : Tout ce que tu arraches repousse dans l'heure qui suit, un peu plus pour ce qui est des fruits ou des ressources de la pierre. Et tu es toi-même intégré à l'ensemble !"

Avec un sourire, Tyrol désigna l'herbe qui commençait à déborder sur lui, comme si elle voulait l'engloutir. Mais elle s'arrêta aussi lentement qu'elle avait commencé en sentant une main se poser sur elle. Elle semblait le reconnaître. Celui qui s'était déjà mesuré à elle, celui qui avait imposé son contrôle à sa Magie.

"Celle-ci ne te veut ni bien ni mal, ne t'inquiète pas. Je lui apposé mon empreinte et je la rappelle à chacune de mes visites, elle est stable. Ce n'est pas le cas de partout sur l'île, mais j'y travaille !"

Il laissa Lysias s'approcher et se tut, regardant le nouvel horizon qui s'offrait d'ici, comparable à celui du promontoire sur les Sommets : Le bleu du ciel et de la mer, tout juste séparés par un mince filet de lumière blanche. Il laissa un silence s'installer, profitant encore de l'eau qui imbibait sa manche pour se rafraîchir la nuque. Sans l'avouer, il faisait une pause non pas pour admirer le paysage, mais pour sa propre santé. Il laissait la potion faire effet.

"Je viens d'y penser, à propos des démons… Ce n'est pas que tu n'as pas compris leur mode de vie ; Tu l'as cerné, mais il dépasse ton entendement car il en bafoue les repères et les valeurs. Attention à la branche, elle veut te prendre le poignet", ajouta-t-il en désignant la branche d'un buisson qui, effectivement, s'approchait du bras du nymphe dans l'espoir d'assouvir sa curiosité envers lui. Tyrol poursuivit : "C'est une histoire d'ambiance, cela peut autant fasciner que révulser. Mais quand on est dans ce genre de cas, il vaut mieux le vivre que le comprendre ; C'est toutefois un bel effort. J'espère que la personne pour qui tu l'as fait l'a apprécié à sa juste valeur... Je suppose que oui, d'ailleurs. Il me reste un biscuit aux noisettes, tu le veux ?"

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"Combattre une armée d'archers, c'est comme lancer une
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MessageDim 15 Aoû 2010 - 13:38

Si Haeris avait des ailes, c’était peut-être pour s’en servir. Et si Lysias avait un tant soit peu réfléchi avant d’y monter dessus en toute insouciance, il aurait peut-être refusé cette promenade aérienne plus tôt, avant de le regretter dans les airs. Ou du moins, il s’y serait préparé mentalement. La falaise s’est rapprochée au fur et à mesure de l’appréhension du nymphe, et il n’a même pas eu le temps de protester contre quoi que ce soit que la créature magique les a emporté dans le grand vide. Alors il s’est penché on ne peut plus en avant, et puis ils ont chuté, là, dans le néant.

L’altitude et tout ça, ça n’a jamais été son grand fort.
Et il fallait croire que les élémentiens en étaient tous friands, depuis Tyrol et la falaise, Ruby et la Perte, Haeris et son envol… que diantre. Mais sans jamais l’avouer, Lysias en a retenu les plus belles expériences… enfin du moins, après avoir posé pied à terre. La dernière fois, c’était sans aucun support que Lysias s’était jeté dans le vide, et pourtant, cette fois, à dos d’un ailé dont rien dans sa course ne semble pouvoir arrêter. A cet instant, instant interminable et éphémère à la fois, la seule pensée que cette tête brulée de nymphe a eut, est celle que s’il était né avec des ailes, peut être qu’il n’aurait jamais eu peur des hauteurs. Qu’il aurait eu le loisir de ne jamais craindre de se jeter ainsi dans le vide puisque ses ailes l’auraient toujours rattrapé. Et l’air fouettant son visage, les yeux plissés pour voir leur cheminement malgré lui, le cœur ratant plusieurs battements, Lysias est resté crispé de tout son corps, même lorsque Haeris a stabilisé son vol au dessus de la mer. …Et le solan qui annonce tranquillement par-dessus son épaule que sa gourde contient une potion, comme si de rien n’était. Décidément.

Finalement Lysias s’est redressé avec un instant de retard lorsqu’il s’est assuré que la monture ne ferait pas d’autre grand jeté d’autre nature. Sans s’en rendre compte, un léger sourire s’est même installé sur ses lèvres, là la vue des vagues à quelques mètres sous leur pied, s’agitant sans jamais pouvoir les atteindre.

-J’en ai croisé. Mais je ne suis pas resté avec beaucoup d’entre eux, a-t-il répondu d’un air distrait, tendant un bras sur le côté pour sentir l’air filer entre ses doigts, d’une manière ou d’une autre, que ce soient ceux qui s’en remettent ou ceux qui partent à la résistance, tous portent l’image de la Cité telle qu’elle est devenue aujourd’hui. Et… je ne sais pas. Je n’ai pas envie de me rappeler Elament.

Pas maintenant, ni jamais.
Et pourtant ce sont des images qui ne s’effacent pas. Au final, le nymphe a-t-il envie de rencontrer des rescapés comme lui. Certes, il souhaite qu’il y en ait le plus dans la mesure du possible mais leur voir. A quoi sert de se lamenter sur des jours révolus. Lysias aimerait avancer et regarder de l’avant, mais est-ce seulement la bonne direction, -…si seulement il en existe une bonne.

-

A la force des courants et violentes bifurcations, Lysias a fini par poser pied au sol, soulagé de retrouver un retrouver la terre ferme, souvenir plein en tête dans les nuages –où à ce qui étaient censés l’être- sans même se rendre compte qu’il avait traversé le Passage. Le nymphe n’a pas senti son air durant le périple –du moins ne l’a-t-il pas reconnu, mais a senti celui de Tyrol les accompagner, entendu le tintement de ses fées, épié le petit paradis terrestre vu du ciel… puis encaissé une nouvelle chute. Non il n’a pas le vertige, mais oui, la frousse il a de ce sentiment de tomber sans jamais sur quoi se rattraper… finalement aurait dût-il boire l’alcool de cerise –anti vertige- du solan au lieu de le refuser ; peut être qu’aurait-il eu moins ce sentiment de Perte ressurgir dans son esprit, aussi violemment qu’il en avait été frappé en suivant Ruby dans les eaux de la mer. Ce sentiment, non, cette sensation poignant d’être piégé dans le désespoir d’un tunnel sans fin. Il y a eut un léger craquement accompagnant la voix de tyrol, et puis ce grand Rien. Le vide.

Interminable et éphémère.

-

Lysias tremble-t-il où ce sont les bras de Tyrol qu’il a senti ainsi ?
…Toujours est-il qu’il a quand même fallu qu’il se détourne de cette Perte. Dans un silence déconfit, et calquant précautionneusement les pas sur ceux du solan, c’est avec un air soupçonneux et avide de toute cette nouveauté que Lysias se surprend à vouloir en voir davantage sur cette île, comme déjà attiré par le mystère des lieux. Un mystère oui, mais différent de celui qu’il a ressenti la première fois qu’il a parcouru la Grande Ile. Et la sensation qu’il ressent maintenant, est trop infime et indescriptible. Indéfinissable.

L’eau est fraîche et le nymphe se penche lentement, tout aussi méfiant, il trempe le bout d’un index avant d’y tremper une main puis l’autre, dans ce ruisseau presque camouflée dans ce dédale herbeux. Tapotant ensuite ses bras de ses mains ressorties fraiches Lysias examine ensuite ses paumes comme si l’eau en aurait laissé une trace. Puis il a soudain fixé Tyrol, surpris.

-Je suis imprégné d’une autre magie ?

Chose qu’il ne peut se résoudre à comprendre.
Jetant une énième fois un regard d’ensemble qui voudrait tout voir et comprendre en même temps, Lysias a examiné l’herbe sur laquelle il est assis.

-Quelqu’un en est-il l’origine, de cette magie… arf !

Le nymphe a retiré son bras là où l’herbe a tenté de l’entourer, se levant d’un bond.

-Votre empreinte… ? a enfin demandé Lysias, revenant malgré lui, de l’autre côté de là où l’herbe s’était manifestée à l’instant. Comme si de son côté, elle ne risquait pas de s’éveiller. -Quelle genre d’empreinte ?

Comment expliquer la vue d’un abstrait qui devient concret.
Lysias a regardé le ciel, là bas, où il a eu l’impression de percer les nuages à dos d’Haeris. Est-il possible de vivre sans valeurs ? Peut être qu’au final, tout ça dépasse son entendement. Oui peut-être mais alors pourquoi cette soif de s’évertuer à en tirer un sens. Un silence calme passe -tout aussi sereinement- en ces lieux où toute forme de vie inattendue semble en être le peuple, depuis la plus petite brindille d’herbe, au rocher couvert de mousse là bas, puis toute la végétation.

-Je l’ai fais pour moi, déclare alors Lysias tout en fixant l’horizon, bel équilibre entre l’eau et l’air. pour avoir cette envie de donner un sens de continuer.

D’exister, même englouti dans les Ténèbres.
Regardant la branche s'avancer vers son bras Lysias s'est déplacé un tantinet, avant de lui tendre la main, poussé par la même curiosité. Et si toute la végétation l'engloutissait, en disparaitrait-il quelque part sous cette couche de mystère... ou de magie. Se détournant du buisson, Lys a haussé des épaules avisant le biscuit proposé par le solan, avant d’attraper son poignet sans brusquerie, fronçant des sourcils, contrarié.

-Vous tremblez.

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MessageMer 18 Aoû 2010 - 7:50

Il ne voulait pas s'en rappeler, alors ils n'en parleraient plus. Tyrol n'était pas bien difficile. Il se trouvait par ailleurs mal placé pour parler de la Cité, actuellement ! Lui qui n'avait rien vu de l'action cette nuit-là, lui qui était arrivé après la bataille, il avait bien peu de conseils à donner. Son éternel optimisme aurait dit à Lysias de ne 'pas s'en faire', de reprendre des forces et d'aller de l'avant ; Mais sa lucidité lui disait que les choses étaient loin d'être aussi simples ! Il faudrait du temps pour cela. Puisqu'il était avec le nymphe aujourd'hui, ses pas l'ayant porté par hasard jusqu'à lui, le Solan se contenterait d'être de ces rencontres qui vous sont agréables et vous font sentir bien. Celles qui, ajoutées à d'autres, permettent d'aller de l'avant en temps voulu, petit à petit. Et cet îlot serait sans aucun doute l'endroit idéal pour être bien, simplement bien. Et puis, ils évoquaient la magie, sujet aussi intarissable que la philosophie et la théologie, que Tyrol affectionnait particulièrement. Lorsque Lysias demanda s'il était imprégné d'une autre magie, l'elfe ne sut cependant pas trop quoi dire : Comment avait-il compris ce mot ? Croyait-il que son élément était – effectivement - une magie ou pensait-il avoir une magie 'en plus' de son élément ? L'elfe s'interrogea sur le moment où il avait pu laisser paraître une quelconque ambigüité sur le sujet, avant de trouver la fouille de ses souvenirs trop longue.

"Notre magie élémentaire est presque étrangère à cette île, il est normal qu'elle soit curieuse", se contenta-t-il d'expliquer en désignant le buisson d'un air amusé. "Alors, oui, elle nous imprègne… Nous sommes un peu comme des terres nouvelles qu'elle voudrait rendre fertiles ; Mais personnellement, l'herbe me gratte."

Sa main caressa l'herbe grasse et bien verte qui finit par perdre du terrain sur lui comme un animal se roulant en boule pour se protéger. Puis elle ressembla à n'importe quelle autre parcelle herbeuse du Monde. Une autre question survint, Tyrol releva la tête. Décidément, tout lui paraissait évident, ce n'était pas le cas de tous ! Il oubliait que tous les phénomènes ne coulaient pas de source comme si c'était l'évidence-même. Il s'exclama avec emphase :

"Eh bien, mon empreinte magique !"

Il manqua se lancer à ce propos dans une explication grandiloquente mais deux choses l'en empêchèrent : La première fut sa propre tête, qui refusa en bloc le manque de spontanéité de cette action qui sentait l'analyse froide. La deuxième fut la main de Lysias, qui l'agrippa soudain au niveau du poignet, sans se décider quant à l'avenir du biscuit aux noisettes. Tyrol, étonné comme si la remarque qu'on lui faisait était une fausse diversion, eut un regard à la fois surpris et triste pour le poignet en question, qui tremblait effectivement sous les doigts de Lysias sans qu'il ne parvienne à l'arrêter. Il leva lentement son autre main à la même hauteur pour constater que les tremblements survenaient dans toute la longueur du bras. Si heureux qu'il était de montrer l'îlot et ses curiosités au nymphe, le Solan avait totalement occulté toute faiblesse, n'y pensant pas une seule seconde, ne se rendant même pas compte que son corps ne suivait pas le rythme de son enthousiasme. Il garda un instant un silence abasourdi devant son état, qu'il découvrait tout juste.

"Oui… J'ai eu terriblement peur là-haut", admit-il finalement avec un soupir soulagé.

Revenant à son biscuit, il finit par le couper en deux, donnant d'office une moitié à Lysias en la lui fourrant directement dans la main. Ce fut à son tour de lui tenir le poignet d'une main, tandis que l'autre l'obligeait délicatement à refermer son poing sur le morceau de sucrerie ; C'est à cet instant que Lysias put reconnaître une sensation qu'il avait déjà éprouvée, celle que l'on a lorsque le l'on se sent brouillé de l'intérieur. Mais cette sensation-là n'était pas spécialement désagréable ; Elle chatouillait quelque peu, et sa douceur ne laissait rien présager de mauvais. Pourtant, l'énergie du nymphe se déplaçait bel et bien en lui sans qu'il n'ait eu à en penser quoi que ce soit, tournoyant lentement en lui pour se diriger vers le poignet qu'on lui tenait.

"Te souviens-tu de ce que je faisais avec ton énergie ? Je pouvais la magnétiser sans peine, l'attirer à moi et la guider comme bon me semblait, y compris en-dehors de ton corps… Eh bien je peux aussi le faire sur les deux îles. C'est très amusant ! Bien que fatigant, je dois l'admettre ; Ce n'est pas une mince affaire d'habituer une magie, déjà présente depuis longtemps, à une énergie différente ! Il faut y passer beaucoup de temps."

L'énergie continuait de tourner, se mettant progressivement à suivre un parcours tout à fait inhabituel dans le corps qu'elle occupait, comme si elle remontait le sang à contre-courant. La main de Tyrol devenait chaude, la zone du poignet en contact avec elle aussi… Quelque chose de nouveau suivit l'énergie de Lysias. Son énergie à lui, au rythme lent et mouvementé par endroits, fut petit à petit prise dans la danse d'une seconde énergie, si légère qu'on ne l'aurait presque pas sentie passer : Ethérée, elle glissait désormais aux côtés de son homologue en laissant une plaisante sensation de chaleur. Tyrol ne lâchait pas le nymphe, et ses yeux restaient rivés sur leurs mains jointes. Malgré ses tremblements toujours présents, il souriait avec un bonheur indéfectible. Indélogeable.

"Faire se rencontrer deux énergies, c'est comme aborder un inconnu : Il faut du temps pour se comprendre et s'apprivoiser… Et si l'un se montre trop agressif, l'autre peut s'en défendre, quitte à attaquer lui-même le premier. Il faut trouver l'équilibre. Alors, lorsque je mêle ma magie élémentaire à celle qui règne déjà dans un lieu, je prends toujours garde à ne pas la menacer comme si je souhaitais prendre sa place."

Leur magie élémentaire, hybride de deux énergies mêlées, changea à nouveau de route. Elles continuèrent leur cheminement dans le corps amaigri du nymphe que l'elfe avait pourtant lâché. Leur course durerait une vingtaine de secondes, sans plus, avant de retrouver leur voie habituelle et passer aussi inaperçues que d'ordinaire. Mais l'énergie de Tyrol, à moins d'être rappelée par le même procédé de magnétisation, ne quitterait pas Lysias ; Celui-ci pourrait ressentir encore plusieurs jours cet étrange courant doux et chaud glisser en lui, comme une présence rassurante sur laquelle compter comme son propre pouvoir... Ou peut-être plus que son propre pouvoir, dans ce cas, qui sait ? Mais comme il l'avait dit, Tyrol n'avait pas cette prétention de vouloir remplacer quoi que ce soit, et un bref murmure, indéchiffrable et porté d'on ne sait où par son Vent, lui confirma avec neutralité son désaccord à cette idée. D'ordinaire, l'elfe utilisait ce transfert pour insuffler un peu de son énergie à un autre élémentaliste épuisé. Mais cette fois, il avait donné une quantité bien plus grande… Le murmure semblait apprécier cette cohabitation. Alors l'elfe en était satisfait aussi. Il garda le sourire.

"Voilà, tu as mon empreinte. Tu comprends le principe ?"

Il mangea sa moitié de biscuit et se lava les doigts. Il tremblait encore un tout petit peu, moins que tout à l'heure. La potion commençait à faire effet.

"Elle durerait si je te le faisais régulièrement, comme dans l'île ; Mais dans quelques jours, mon énergie sera assimilée par la tienne comme si elle ne m'avait jamais appartenu. A long terme, les empreintes créent des liens magiques très spéciaux soumis à des règles intangibles, insaisissables et aléatoires, notamment lorsque le processus est réciproque. C'est pourquoi il faut en user avec précaution. Ce n'est pas l'empreinte qui permet d'avoir un contrôle, aussi restreint soit-il, sur une autre énergie ; C'est la preuve que ce contrôle existe."

Mais un contrôle sans violence, qui ne servait ni à donner des ordres, ni à faire plier par la force ou la douleur ; Une version douce du sceau démoniaque dont l'elfe ignorait pour l'instant encore beaucoup de choses.

"La puissance magique des deux îles est très conséquente, si j'utilise mon pouvoir, c'est uniquement pour la contrebalancer. Instaurer un équilibre, l'habituer à notre magie élémentaire afin que celle enfouie dans le cœur de ces lieux ne nous soit pas dangereuse... Je ne suis pas seul je crois, il y en a d'autres capables de le faire. Sans cela, tu serais difficilement parvenu à dépasser la Forêt ou les Sommets sans blessures ou encore en possession de toute ta tête !"

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MessageDim 29 Aoû 2010 - 9:32

Imprégné d’une autre magie… Sur le moment, Lysias a cillé, parce que si il y a une chose qu’il a toujours revendiqué, c’est de ne pas croire aux dons étranges dont tant parlent. Et plus tard, même en étant aéra, le nymphe a toujours préféré croire ne pas avoir été contaminé par l’air, pour ne jamais avoir l’impression qu’un autre élément autre que sa personne, sa conscience et son esprit, puisse vivre dans son corps. Dans sa tête, Lysias n’appartient qu’à lui, seul maître de ses décisions. En voir s’échapper cette certitude le perd complètement. Cela dit, bien moins, depuis qu’il a accepté l’air en tant que nouveau sens et non pas en tant qu’intrusion.

Alors imprégné de l’air, ça passe, encore. Mais il a baigné dans les ténèbres, été marqué avec jusqu’à en trainer quelques onces à peine perceptible jusqu’ici. Imprégné dans l’eau, puis la marque protectrice de Ruby. Alors en réalité, Lysias a peur. Peur qu’un jour, une autre magie intruse vienne s’insurger dans sa vie. Et qu’il soit obligé de le réaliser. Et devoir accepter que l’île « vit » en tant que tel est déjà à peine croyable ; …et pourtant si vrai.

-Empreinte magique… a répété Lysias pensif, …c’est tellement évident.

Aussi évident que ses sens ne la captent pas. Ou du moins que ses sens n’y ont pas prêté attention, au point que Lysias soit en mesure d’affirmer qu’il ne croit que ce qu’il voit. Or étant partie invisible… comment imaginer l’air laisser des traces. Trop terre à terre ou un peu bébête, Lysias ne sait pas. Mais son côté sceptique, sa facilité à remettre le fondement des choses en question, semblent s’être accrus depuis son retour à la surface.

Et imaginer Tyrol avoir peur, l’a bouleversé sur le moment. Ce solan et sa sérénité légendaire, Lysias n’a jamais envisagé avoir peur de quelque chose. Non pas que le nymphe lui attribue une image de guerrier invincible, mais c’est un peu comme… comment dire. Imaginer le sage de son village elfique avoir peur de quelque chose. Bien que paradoxalement, étant sage, la peur fait aussi partie des vertus mais bref ; toujours est-il que le jeune homme aux cheveux flamboyants n’a jamais vu les choses sous cet angle là. Et alors qu’il efface cet instant d’effarement gravé sur ses traits, il sent comme un courant, une onde étrange le traverser, faisant sonner quelque part dans sa mémoire, l’écho d’un jour déjà vécu. Et oui, qu’il se souvient bien de lorsque son énergie s’est enroulé comme du fil autour de son corps pour le faire tomber à plat, là, lamentablement vulnérable face à un certain fier félin.

-Dans ce cas, est ce que l’île n’a aucune volonté sur sa propre… magie ? Et en y passant beaucoup de temps, est ce c’est une manière de se l’approprier ?


Qui parle d’approprier parle d’enjeux de pouvoir.

Impression de chaleur atténue, puis efface les doutes du moment.
Et puis Tyrol lui-même a répondu en partie aux craintes de Lysias. Equilibre de deux énergies, balance égale. Il ne s’agit pas d’avoir le dessus, au final. Mais juste un échange, en tant que dialogue perpétuel.

Alors Lysias a soudain réalisé.
Le signe de Ruby sur son front.
La magie de Tyrol mêlée à la sienne.

Ces passages, ces marques, sont tout sauf domination et marque de propriété. Grignotant inconsciemment la moitié de gâteau aux noisettes fourré dans sa main, le visage du nymphe a fini par s’éclairer d’un sourire.

-C’est déjà plus clair !

Se levant ensuite, Lysias a risqué quelque pas, vers là où la branche a tenté une approche tout à l’heure.
S’il y a quelque chose qu’il aime, c’est bien la terre, la nature et ses éléments qui la composent. Et c’est d’un coup, que toute cette verdure fraiche lui parait un tantinet moins hostile que ce qu’il y a vu, dans ses premières impressions.

-Je sens votre empreinte, là encore.

Elle circule. Là, quelque part.
Once de chaleur, différente de celle de Ruby, mais apaisante au final.

-Mais j’ai eu peur. Peur de quoi, je ne sais pas vraiment ; je me suis simplement dit que je n’aimerais pas qu’on me marque de quelque chose à mon insu. Et j’ai eu peur d’apposer la même chose sur l’île ; ne serait ce que de ma présence.

Agacé par une deuxième branche venu prendre connaissance de ce nouvel être, Lysias l’a repoussé d’une légère tape sans brusquerie, tout autant intrigué.



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MessageMar 31 Aoû 2010 - 15:01

Voyant Lysias se lever, Tyrol voulut le suivre, intrigué par ce mouvement, mais ses jambes refusèrent brusquement d'obéir. Lourdes, douloureuses, elles semblaient vouloir faire entité à part le temps de se reposer, lassées de soutenir un corps – ou plutôt un esprit - qui ne les écoutait pas. Etouffant un gémissement, l'elfe resta assis en feignant de ne jamais avoir voulu bouger d'un pouce. Par chance, le nymphe ne s'éloigna pas de trop. Et décidément, ce buisson était très curieux.

"Elle a sa propre volonté, tu le vois bien !" dit-il d'un air amusé. "La Magie n'est pas inerte."

Il soupira, autant pour évacuer sa douleur que pour préparer l'exposé qui allait suivre.

"La Magie est un terme générique assez vulgaire quand on y pense ! Mon peuple la considère comme le fil conducteur de la Vie, sur lequel viennent se greffer beaucoup de choses. Le simple fait que tu sois un nymphe et moi un elfe fait de nous des créatures magiques par définition, par naissance. Nous sommes nés de Magie et la portons en nous. Les pouvoirs, qu'ils soient élémentaires ou démoniaques, sont d'autres types de magie qui se mêlent simplement à notre état. La Magie appelle la Magie !"

Elle était une entité fascinante dans laquelle il avait baigné dès la naissance, et même avant. Tout en Tyrol exprimait une foi infaillible envers cette force, que les siens considéraient comme divine. Et ils n'avaient pas tord. Le don hérité d'Aera leur en avait apporté la preuve en la personne-même de leur Prince. Et lui aimait son pouvoir comme il aimait son peuple, sa forêt et ses montagnes sur la mer. Tout ce que la Magie avait crée avant et après lui, et que la Nature portait avec fierté : Deux forces qu'il retrouvait ici, sur ces deux îles, et entre lesquelles il se sentait tout à fait à l'aise.

"Que tu aies eu peur de cela me semble fort étrange d'un certain point de vue", répondit-il alors que Lysias avouait sa réserve à propos de leur présence. "Le Solan que je suis penserait que tu as eu une bien piètre estime de toi en croyant pouvoir marquer l'île de façon nocive… Et en même temps il trouverait fort prétentieux de ta part d'avoir cru pouvoir la marquer par ta seule présence !"

Il laissa échapper un petit rire, s'accorda une pause pour boire l'eau du ruisseau qui se laissa prendre sans s'échapper entre ses doigts sous l'action de son Don, puis reprit :

"C'est comme considérer la civilisation comme destructrice. C'est une position que je trouve très radicale ! Certains vouent un culte démesuré à la Nature, jusqu'à détester leur propre vie de bipède pensant, leurs semblables et leur culture. Ils estiment que le propre de notre condition est de souiller ce qui existe et de perturber une harmonie parfaite. Pourtant, les nymphes comme toi et les elfes comme moi ont appris à se fondre en elle pour vivre, et chaque trace de nos civilisations est dépourvue de cette volonté d'appropriation dont tu parlais."

N'était donc nocif que l'excès de confiance, au fond. Mais même l'excès de modération demeurait avant tout un excès ! Alors… L'obsession de voir et d'instaurer des rapports de force à forte valeur ajoutée avec tout ce qui existait devait être un terme plus juste pour qualifier ces extrêmes que Tyrol ne cautionnait aucunement, ni l'un, ni l'autre. Par ailleurs, la Nature, bien qu'harmonieuse sur certains points, n'était pas plus parfaite qu'autre chose. Le Chaos était aussi partie intégrante de sa constitution et de sa force.

"Je pense réellement que la Magie est la clé de cette réussite : Là où les peuples n'ont pas de Magie, on craint la Nature ; Suffisamment pour ne pas la toucher d'abord, puis trop pour vouloir la dominer définitivement ensuite. Certains peuples échouent dans leur tentative de se servir de la Magie pour s'imposer dans leur environnement et se détruisent. C'est ce qui est arrivé jadis aux habitants de la grande île."

L'elfe revit la douloureuse image des ruines abandonnées de Nirotitlàn, complexes et magnifiques au milieu de la végétation. Son regard se perdit un instant dans le bleu de l'océan, inquiet.

"D'autres parviennent à s'imposer, avec ou sans Magie. Pour quelques temps, avant de se rendre compte qu'ils se sont eux-mêmes coupé les vivres !"

Il s'arrêta, bouche bée, secoua la tête en s'étonnant de lui-même puis lança en riant :

"Qu'est-ce que je disais ? Ah oui, l'empreinte ! Méfie-toi, maintenant que tu as la mienne, l'île va sûrement t'engloutir sous ses racines !"

Tandis que le rire clair et franc de l'elfe résonnait, la branche revint à l'attaque vers Lysias, lui tendant un abricot. Le rire de Tyrol se finit sur une exclamation de surprise.

"… Ou pas", acheva-t-il avec stupéfaction.

Il frissonna. Son corps lui faisait terriblement mal. Mais il restait encore tout un pan de l'île, et les grottes à montrer au nymphe : L'elfe ne voulait pas qu'il rate le versant de la montagne, et la vue sur le ruisseau entouré d'arbres fruitiers ; D'en haut, la vue était tellement magnifique ! Et la montagne possédait beaucoup d'autres propriétés magiques qui devraient lui plaire, comme les parois mouvantes... Ca, c'était quelque chose ! Et le Vent là-haut était tout simplement revigorant. Tentant discrètement de bouger, Tyrol sentit une vive douleur le lancer le long de la cuisse. Dubitatif mais confiant, il jugea sage de patienter un peu. Par Haeris, si seulement cet abricot était magique, il se serait damné pour en avoir un ! Hélas, les fruits de l'île avaient juste bon goût ; Mais ça, Lysias n'en serait pas déçu.

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MessageDim 12 Sep 2010 - 15:06

Quand inertie n’est pas magie.


Sous-estime ou surestime de soi ? Lysias a longtemps médité sur la réponse de Tyrol, continuant encore à se dire qu’il n’aimerait pas qu’un inconnu fasse intrusion chez lui. Oui, voilà, intrusion est le bon mot, sans qu’il y ait plus question d’estime. Haussant des épaules le nymphe n’a même pas vu le soupçon de malaise qui vient de passer sur les traits du solan. Aveugle un jour, aveugle toujours.

Rime avec magie un jour, Magie toujours.
Lysias est une créature magique par définition. Etre qui de plus, est pourvu d’un sixième sens que tous ne possèdent pas. Or inné ou pas, c’est comme toujours, motif pour jalouser ce que l’un n’a pas, vicieux cercle des aspirations. Quoiqu’il en soit, cette île n’est que le résultat de ce qu’en ont laissé ceux qui semblent avoir disparu dans le temps et avec le temps.


-Vous venez ? finit par demander le nymphe, préoccupé à observer le fruit que lui tend la branche, presque impatient de s’étonner d’autres étrangetés résidant sur cette île. Réaction opposée à sa réticence face à la Grande Ile lorsqu’il est arrivé, talonnant Ruby.

D’ailleurs pourquoi l’île voudrait engloutir l’empreinte de votre magie?

S’amusant ensuite à piquer du bout de l’index l’abricot tendu par l’arbre, Lysias se tourne un instant vers le solan resté à sa place. Comme agacé par l’inattention du nymphe face à son présent, la branche se rétracte, avant de se voir chipé le fruit par un geste vif de l’aera. Hors de question de se voir chiper ce qu’on lui offre ! L’abricot entre les doigts, Lysias l’observe, hésitant à en faire quelque chose.

-Vous croyez que c’est comestible ?

Dans le doute de partager l’abricot en deux pour en proposer au solan, Lysias finit par entamer quelques pas de retour, finalement intrigué que l’elfe ne l’ait toujours pas rejoint. Puis tendant la moitié de l’abricot à son ancien professeur, Lysias a enfourné sa part, passant au dessus de toutes ses réticences. Le gout sucré du fruit lui a tiré un sourire de satisfaction. Un coup d’œil en arrière comme pour remercier l’arbre aux fruits, le nymphe a finalement observé le solan d’un air dubitatif.

-Vous devriez gouter, ça en vaut la peine et… Tyrol?

Quelque chose ne tourne pas vraiment rond, ne serait-ce que par un Tyrol immobile.
Trop tranquille pour tant de mystères. De par ses habitudes, l’elfe se serait hâté de lui montrer ci et ça sur cette île, allant ici et là sans aucune réticence avec son éternelle sérénité.

-Le Passage vous fait-il autant …peur ? a demandé Lysias contrarié, s’accroupissant à son niveau.


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MessageSam 18 Sep 2010 - 18:50

"Oh, je ne parlais pas de ma Magie ! Mais une fois qu'il fût habitué à moi, l'Îlot a… Comment dire ? Tenté de m'intégrer amoureusement à son décor ! Si Logan et Tranlthanas n'avaient pas été là…"

… Sûrement Lysias serait-il actuellement en train de lui marcher dessus à chaque pas qu'il faisait ! Le principe en lui-même ne paraissait pas tellement déplaire à Tyrol, pour qui cette idée de retour à la Nature une fois le corps séparé de l'âme était une évidence ; Il était toutefois clair que partir à cet instant lui aurait été particulièrement dérangeant, et aurait été ressenti comme une injustice. Cela ne l'aurait guère arrangé : Il n'y était pas préparé, cela aurait été bien trop tôt ! Il était encore jeune et sa mort n'aurait de toute façon rendu service à personne, à commencer par lui-même : Sans en avoir une peur panique, le Solan était réfractaire au concept de Mort, surtout si celle-ci n'était pas souhaitée. Il était bel et bien un elfe, cette race qui ne quitte la conscience du Monde que lorsqu'elle en a décidé ainsi, par lassitude, par désir de laisser les jeunes prendre le relai, ou simplement dans un espoir de moments meilleurs... Meilleurs par-delà la matérialité des choses. Sa petite tirade laissée en suspens laissant courir le mystère sur ce probable destin qui l'aurait certainement cueilli sans l'aide de son célèbre félin de garde et de la belle Logan, elle lui permit d'oublier l'invitation à venir que lui avait lancé le nymphe quelques minutes plus tôt. Une invitation qui l'aurait vite trahi. Tandis que Lysias s'en retournait à son buisson vivant, l'elfe tenta une nouvelle fois de se lever ; Sans succès, quoiqu'une très légère amélioration se fit sentir au niveau des cuisses. Réfrénant une grimace de douleur, il répondit le plus naturellement du monde :

"Bien sûr, ne te prive pas, les fruits d'ici sont délicieux !"

Lysias revenait déjà et Tyrol ourla un sourire des plus ravis, qui s'élargit lorsqu'il vit une moitié d'abricot apparaître sous son nez. Il se confondit en remerciements malgré la banalité de la chose, mais n'enfourna pas de suite sa part de fruit comme il aurait eu l'habitude de le faire : Perte d'enthousiasme ? Non, il n'y avait pas de quoi. Mais il observait la jolie couleur orangée de l'abricot avec étonnement et insistance, comme s'il n'avait jamais vu cette couleur auparavant, tout en s'interrogeant sur ses propriétés probables ; Réellement, ce fruit n'avait rien de magique. Cela il en était certain pour en avoir dévoré une bonne partie lors de sa première visite ! Toutefois, son cœur l'espérait, discrètement, sans pouvoir se l'avouer. Il souhaitait recouvrer quelques forces grâce à lui, suffisamment au moins pour tenir sur ses deux pieds…

Une drôle d'apparition suivit bientôt l'abricot, et l'elfe blanc put voir la chevelure rougeoyante de Lysias – ainsi que le visage livré avec – entrer dans son champ de vision, à sa hauteur. Impossible de rater cette couleur qui chatouillait l'œil, impossible de ne pas relever les yeux. Il fut d'abord surpris du changement de posture du nymphe, puis, entendant ses paroles, Tyrol rougit tant que cela put se voir très clairement sur sa peau habituellement pâlotte, lorsque deux grandes roses écarlates fleurirent sur ses joues. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus autant rosi et senti ses pommettes s'enflammer avec autant de violence ; Il n'était pas fâché, ni honteux… Mais très certainement embarrassé. Le jeune homme semblait se douter de quelque chose. Non, même, il le savait. Le Solan se redressa lentement.

"Oui", confirma-t-il avec simplicité et sans maniérisme, "Mais ce n'est pas cela qui…"

Qui ? Il écarquilla ses immenses yeux clairs. Il se trahissait lui-même ! Non pas qu'il eût une honte particulière à admettre ses – nombreuses – faiblesses, mais il n'aimait pas en parler, par simple correction envers autrui : Tout comme se plaindre de sa vie lorsqu'on nous demandait "comment vas-tu ?" ne se faisait pas, on n'avait pas à geindre de soi-même tant que cela ne présentait pas une gêne particulière dans une situation donnée. S'il avait su combler un peu le vide en parlant encore un moment, il aurait sans doute eu un temps de repos suffisant pour pouvoir se relever, certes avec lenteur, mais se relever tout de même sans que le nymphe n'ait eu à se poser de question. Tyrol baissa un instant les yeux et s'inclina légèrement en une sincère révérence d'excuse.

"Pardonne-moi. Je ne peux plus me lever, j'ai trop tiré sur la corde et me suis fatigué, il me faut un instant de repos. C'est déjà presque arrangé, cela ne sera plus bien long maintenant !"

Il adressa un nouveau clin d'œil à Lysias, avant de manger avec bonheur son bout d'abricot. Soudain, un "hmmm !" illuminé signala, non pas que le goût lui plaisait – bien que ce fût tout aussi le cas – mais qu'une idée venait de se manifester à lui ; Il attendit toutefois de finir de mâcher avant d'appeler doucement Haeris : L'animal aurait eu du mal à comprendre ses intentions entre deux mâchouillements de fruit, mais puisque l'elfe avait fait les choses dans le bon ordre, il consentit à s'approcher comme on le lui demandait. Tyrol flatta son encolure avec douceur, puis, de quelques autres mots de Solan, intima à sa monture d'effectuer une nouvelle révérence à son côté, tout près. Il tourna enfin un visage joyeux vers le nymphe qu'il invita à se relever en lui tendant la main, la prenant serrée dans la sienne et l'y maintenant avec chaleur.

"Je vais t'accompagner, il n'est pas question que tu voies tout cela sans moi ou bien je vais être jaloux ! Aide-moi à monter sur Haeris, s'il te plaît. Nous te conduirons jusque là-haut."

Le chemin n'avait rien de spécialement dangereux, néanmoins, il fallait le connaître un peu.

"J'ai tant voulu te montrer de choses que j'en ai oublié mon rythme, mais cela ne fait rien", continua-t-il avec une détermination amusée. "Ça m'est souvent arrivé, la dernière fois je me suis évanoui en voulant cueillir tous les échantillons possibles des plantes de la Forêt de l'Anse en une après-midi ! Je n'en ai encore parlé à personne, mais je fonde beaucoup d'espoirs sur cet Îlot magique… Dis-moi - pendant que tu me soutiens aimablement - que penses-tu d'un port de bateaux volants ? Crois-tu que ce soit démesuré ?"

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MessageSam 9 Oct 2010 - 15:45

Lysias n’a pu s’empêcher de tirer une grimace en s’imaginant englouti par la nature. A ses yeux, c’est tout de même une image quelque peu terrifiante, en admettant que les feuilles recouvrent son corps, que les branches prennent racines sur lui… comme si la vie avait quitté son corps au détriment d’une autre ! Oui, franchement, ce n’est pas les pensées les plus plaisantes à envisager. Croquant avec appétit l’abricot généreusement offert par l’arbre, Lysias laisse un air satisfait apparaître sur ses traits.

Air qui a soudain disparu, au profil d’une expression plus contrariée, pendant un instant. Voir un solan aussi serein que Tyrol déstabilisé à ce point, surprend Lysias tout autant. Un silence médusé est passé, instant où le nymphe s’est rappelé la violence de leur trajet. C’est vrai, il n’aimerait pas le refaire dans la minute qui suit, non plus. Mais arrivé sur la terre ferme, Lysias ne s’est pas posé davantage de questions par la suite, se satisfaisant pleinement de ce moment de soulagement d’être parvenu à bonne destination, et en un seul morceau. Et la curiosité a tôt fait d’effacer les souvenirs déplaisants de la Chute. Ou du Passage.

-Est-ce que c’est une bonne idée, d’y aller?


Oui, pour sûr, découvrir ces lieux livrés aux milles mystères était sans doute une bonne –voire excellente- idée. Mais… de suite ? Ne vient-il pas lui-même de dire avoir besoin d’un instant de repos ? Alors qu’il aide l’elfe à enfourcher Haeris avant d’y grimper lui-même, le nymphe a fini par sourire, acceptant une toute autre vision de Tyrol que celle qu’il a toujours fabriquée. Enfin, perçue est le bon mot. Jaugeant du regard le sol qui s’éloigne doucement de leurs pieds à mesure des battements d’ailes de l’animal, Lysias a jeté un coup d’œil en arrière. Histoire de vérifier –cela dit, inutilement- que Tyrol soit bien là.

-Je vous ai toujours vu derrière l’image d’un professeur… comment dire. Inébranlable ? a-t-il dit, pensif, tenant fermement la crinière du cheval, et fixant la végétation qu’ils sont en train de survoler. –Je veux dire, derrière votre patience incarnée.

Un peu le genre de personnage légendaire ; un Tyrol inatteignable par sa Sagesse.
Drôle d’image peut-être, mais Lysias le voyait ainsi. Presque inhumain, en fait. Cela dit, sans connotation péjorative, ni méliorative en fait. D’ailleurs, peut être est-ce pour cela que le nymphe se permettait jadis de passer pour plus difficile qu’il ne l’est déjà. Peut être en sachant quelque part, qu’un Tyrol de la sorte, ne broncherait pas.

Aussi idiot qu’il se sent soudain, Lysias a toujours pensé que pour Tyrol, nulle peur réelle ne devait pouvoir lui faire obstacle. Pensée certes absurde. Pour autant, il n’est pas déçu d’en voir cette image mitigée. Après tout qu’il y a-t-il de pire de projeter ses propres préjugés et les rendre réels lorsqu’ils s’avèrent faux.

-Moi je pense qu’on peut regarder ces « tant » de choses à notre rythme.

Et l’enthousiasme communicative de cet elfe qui contamine déjà un Lysias impatient de voir autre chose que la grisaille qui voudrait envahir son esprit.


Rêve plus haut
rêve plus loin



-Oui, parce qu’en le perdant, vous vous imaginez être devenu une branche et me tendre un abricot ! Comment ? Des bateaux volants ? Conduits par des Aéras ?

Rien que d’imaginer l’ampleur de la chose laisse Lysias dubitatif un moment. Un port de bateau volant ? C’est qu’à y penser ainsi, Lysias prend déjà part au caractère joyeux de Tyrol. Et puis imaginer l’impensable a toujours le don de faire sourire. Comme tenter de comprendre la forêt de l’Anse en une demi-journée. Un projet très Tyrolien à vrai dire.
A dos d’un gigantesque cheval ailé, Lysias tente de s’imaginer à bord d’un navire voguant dans les cieux, et, c’est l’air s’attardant sur son visage qu’il ferme les yeux. Paisible.

Depuis quand un Lysias a-t-il apprit à rêver ce genre de choses.

-Vous voulez mon avis? Et ben démesuré, ça l’est, oui. Mais si plusieurs y pensent, ça l’est déjà moins !

Les bateaux esquissés sur les carnets étaient-ils donc le fond de la pensée du solan ?
Finalement il y a tant de choses qui restent à faire même quand plus rien semble signifiant. Oui, au final, la destruction a une suite même quand elle aspire au néant.

-Jusqu’où êtes vous allés sur cette Ile ? Ah et ce chant… vous l’entendez ?

Là bas, un chant lointain, très lointain, un chœur de voix qui ne sonnent pas réellement comme des voix.
Et assurément ce n’est pas l’œuvre de son air.

Là haut... qu'y-a-t-il.






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MessageMar 9 Nov 2010 - 21:53

"Bien sûr que c'est une bonne idée. L'intérêt est comme le sommeil, une fois qu'on l'a laissé passer sans l'assouvir, il lui faut des heures pour revenir."

Sans compter la frustration qu'il résulte de refouler un empressement sincère ! Tyrol ne saurait attendre plus alors qu'il avait pour une fois le temps de converser avec un auditeur libre. Auditeur qu'il aida comme il put, ou du moins tenta de soulager en s'aidant de ses bras afin de se hisser sur son immense canasson, sans gémir ou se plaindre. En vérité, il riait plutôt de l'absurdité de la situation, s'excusant avec légèreté de la gêne occasionnée. Afin de se mettre correctement à califourchon, position bien plus adaptée au chevauchement aérien, il dut soulever sa jambe manuellement étant donné qu'elle refusait de le faire d'elle-même, et le voilà fin prêt. Il aida ensuite Lysias à grimper, en échange de bons procédés, puis Haeris décolla avec calme et aisance. L'elfe blanc agrippa la crinière de toutes ses forces - qui, heureusement, étaient encore dans ses bras – et regarda le sol s'éloigner derrière eux. Le beau Pégase semblait savoir d'instinct où aller, suivant de très près le flanc de la montagne en prenant progressivement de l'altitude, flânant au-dessus des promontoires herbeux. Les parois de la montagne, d'un gris-bleuté changeant, scintillaient en certains endroits comme si des pierres précieuses y étaient incrustées ; Vues de près en réalité, on pouvait voir des failles étrangement étroites d'où les reflets émergeaient aléatoirement. Un oiseau aux couleurs criardes s'échappa soudainement de l'un d'eux, coupant la route d'Haeris sans le troubler outre mesure, et Tyrol ourla un sourire admiratif. Puis la voix de Lysias titilla son ouïe elfique, lui faisant saisir une phrase qu'il jugea absolument étrange.

"C'est stupide", lança-t-il spontanément sans aucune agressivité ni reproche dans la voix, les sourcils levés avec une franche stupéfaction. "Du moins pour qui me connaît. Mais cet instant de faiblesse physique est habituel pour moi ; Mon esprit, lui, est intact… Rêver, espérer et aimer me portent plus loin que mes jambes... Mais je ne dis pas non à un petit coup de pouce de temps en temps, quand même."

Un rire discret lui échappa, allusion à l'aide apportée par Lysias pour grimper à dos de cheval. Vraiment, l'elfe était d'humeur inébranlable.

"Disons qu'après avoir éprouvé ma patience, c'est à toi de me supporter un peu ! Oui, allons à notre rythme. J'espère que tu as du temps devant toi."

Le vol continuait toujours plus haut, tout autour de la montagne, à leur gauche. A leur droite, le vide, et sous eux, l'océan. Haeris paraissait connaître son rôle de canasson touristique et faisait faire un succinct tour du propriétaire avant de revenir de l'autre côté du mont, vers un autre promontoire. Le plus haut en vérité, qui pouvait aussi être atteint à pied mais dont l'ascension aurait été bien plus longue, quoique non dénuée d'intérêt. Mais tout abondait ici, ils auraient tout le loisir de croiser ce qu'ils avaient "raté" jusque là.

"Eh bien ? Cela ne m'aurait pas déplu de te donner de quoi manger, et encore moins à l'état d'abricotier : Cela me ressemble autant que d'imaginer des bateaux. Oui, ils voleraient… Pas forcément conduits par les Aeras, non, mais portés par leur Magie. Je te montrerais les plans."

Il avait couvert plus d'une vingtaine de pages de dessins détaillés, croquis, plans et indications écrites à propos de cette idée, réfléchissant au meilleur moyen de tout combiner. Il n'en avait encore parlé à personne puisqu'il n'était pas tout à fait sûr de ce qu'il avançait, mais sa motivation suffirait largement selon lui à la réussite du projet. Après tout, il était de bonne foi ; Cela devrait forcément fonctionner. Et s'il pensait parfois lui-même que cela était démesuré, c'était justement car il était le seul à y penser, à plancher dessus jour et nuit : Il n'avait commencé aucune démarche et pour l'instant, toute son ambition et son rêve tenaient dans un carnet de parchemins reliés inaccessible à toute personne autre que lui. Il ne le conservait pas jalousement, non : Il avait tout simplement omis de le partager, croyant détenir la solution et la surprise ultimes !

" Tu as parfaitement raison, à plusieurs les choses deviennent toujours moins démesurément difficiles… Merci. J'oublie souvent que tout ne peut pas reposer sur deux seules épaules."

Avait-il eu l'ambition de tout faire seul, avec ses fameuses épaules ? Trop rondes et trop faibles pour le poids du Monde et des peines, elles souffraient déjà de celui de ses amitiés alambiquées et de son amour orageux. Mais l'elfe avait toujours une fâcheuse tendance à vouloir se faire le porteur des soucis d'autrui, pour autant que la cause l'émeuve ou l'inspire ; Dans ce cas-ci, cela tenait plutôt de l'inspiration. L'émotion n'occupait pas tant de place que cela dans ses actions au service des élémentalistes réfugiés sur l'Île, aussi étrange que cela puisse paraître aux yeux de ceux qui le connaissaient pour ses nombreux élans empathiques. Elle n'était pas absente, mais n'était pas dominante. Ce recul lui permettait de prendre son temps pour réfléchir, pour concevoir, et lui conférait un calme exemplaire. Calme considéré au choix comme de la sagesse, de l'indifférence ou de l'insouciance… Tyrol considérait que dans leur malheur, les élémentalistes avaient gagné au change quant à leur cadre de vie. L'île était de loin le meilleur dépaysement qui fût pour lui qui n'était pas matérialiste. La beauté de la Cité désormais corrompue lui était difficile à supporter, mais repartir à zéro dans un tel écrin de beauté lui semblait une occasion bien trop magnifique pour ne pas être saisie ; Ils auraient tout le temps ensuite de voir les formalités quant à une éventuelle vengeance. Et sans en être activement partisan, l'elfe blanc y aiderait aussi si cela lui était possible. Toutefois, après avoir découvert cet endroit, il s'imaginait mal en repartir pour retourner torturer sa mémoire sur les terres noircies du passé. Si son projet n'aboutissait pas pour les élémentalistes faute de temps, il saurait le faire partager à son peuple pour qui il avait déjà trouvé une nouvelle Terre Promise en cas d'Apocalypse. Il fallait à tout prix que Sadya voie ça.

Guild Wars Factions – Theme
Rêve plus haut
Rêve plus loin

Oui, il le fallait. Elle serait sans aucun doute aussi attirée que lui par la beauté sauvage et tranquille de ce morceau de perfection : D'ici, le promontoire offrait aux deux hommes un panorama exceptionnel sur l'îlot qui s'étendait au pied de la montagne, ou plutôt, qui était composé en grande majorité par cet unique relief. D'ici, la forme de l'île, une courbe en croissant de lune, découvrait d'immenses étendues d'herbe grasse parsemées de vergers désorganisés mais colorés, de bosquets exotiques et de plantes sauvages aux odeurs inconnues. Le tout s'harmonisait dans de grands aplats de couleurs lumineuses, du bleu cyan au vert pomme pour les tons dominants, dont les nuances trop diverses chatouillaient l'œil sans qu'il n'ait le temps en déceler toutes les subtilités. Bien qu'elles soient dites froides, le soleil qui illuminait l'eau et chauffait l'air donnait aux couleurs de ce tableau une atmosphère d'été idéal ; Le bleu était plaisant d'unité dans ce ciel sans nuages et cette eau sans fin, et le vert ainsi constellé de fruits et de fleurs évoquait l'abondance propre au printemps. Le calme qui régnait aux alentours semblait impossible à briser tant il était imposant, composé simplement du bruit des vagues loin aux pieds de l'île, du Vent dans la végétation et… D'un lointain chant étouffé par la pierre. Tyrol détourna les yeux de la mer pour regarder cette fois la roche épaisse, creusée en deux endroits de failles suffisamment grandes pour permettre le passage d'un humanoïde de taille standard.

"Oui," répondit-il distraitement à Lysias à propos du fonctionnement de son ouïe, qui percevait clairement les voix venues de l'intérieur de l'îlot.

Il ne pensa pas à descendre de cheval tant il était aspiré par ce qu'il écoutait. Non, elle ne venaient pas du tout par le Vent, elles étaient bel et bien enfermées quelque part. Mais il n'avait jamais pu découvrir où, et parfois cela lui avait fait peur lorsque, n'ayant pas besoin de plus de deux heures de sommeil, il avait dû veiller ses compagnons avec pour seule compagnie ces étranges voix qui semblaient lui communiquer dans une langue oubliée depuis des siècles.

"Ces voix… C'est jusqu'à elles que je ne suis pas encore allé."


Il serra les crins noirs d'Haeris dans sa main.

"Nous ne sommes pas allés au bout des tunnels faute de temps. A l'intérieur, la roche est humide, presque malléable, et certaines pierres s'illuminent d'elles-mêmes au contact d'un certain type de magie élémentaire. Les tunnels sont bouchés alternativement par l'eau de mer selon la position de l'îlot, mais il est facile de passer de l'un à l'autre grâce aux parois. Il n'y avait apparemment pas de monstre, seulement ces voix et parfois des ombres qui semblaient nous effleurer… J'ai insisté pour me concentrer sur l'extérieur : Nous venions de passer trois jours dans un passage sombre et humide sous l'océan, j'avais besoin de respirer. Depuis, je n'y suis pas retourné."

Et l'elfe aux yeux d'absinthe semblait le regretter. Il jeta un dernier regard vers l'océan, puis entreprit de descendre de cheval, lentement, très lentement, croisant les doigts pour ne pas s'écrouler une fois les pieds posés à terre.

"Lysias, vient m'aider s'il te plaît", demanda-t-il avec son habituel calme stoïquement elfique.

Il lui fit signe de lui servir d'appui un instant, le temps de prendre le relai de l'échine d'Haeris. Le cheval recula aussitôt, refusant d'aller en direction des voix. Il s'éloigna de quelques pas pour aller brouter entre deux poiriers. Tyrol souriait avec simplicité, les yeux levés vers le sommet de l'escarpement qui se tenait devant eux.

"Si tu veux t'engager là-dedans, tu ferais bien de prendre de quoi manger. Je ne pense pas que l'on puisse rester bloqués longtemps si jamais cela arrive, mais on ne sait jamais. Et puis qui sait, ces choses qui chantent ont peut-être faim aussi. Prends mon sac si tu veux et fais le plein de n'importe quoi ; Je vais me poser là en t'attendant, si je vais mieux je serais déjà à l'intérieur. Si cette visite te convient bien sûr."

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"Combattre une armée d'archers, c'est comme lancer une
pierre dans un nid de guêpes : je ne souhaite l'expérience à personne !"
(
Tyrol)



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MessageSam 19 Fév 2011 - 20:29

Oui, vraiment cet elfe était d'humeur inébranlable.
Et du temps dans cette sérénité oui, Lysias en avait.

A vrai dire Lysias ne sais pas vraiment comment aménager son temps. Il éprouve certes, ce besoin de faire quelque chose sans trop savoir quoi. Ce manque ou ce trop de chose, comment donner des mots à toutes ces choses qui se prélassent dans sa tête. Haussant des épaules, il a tout balayé d’un coup, presque agacé par ce trop d’afflux. Et passe un oiseau couleur de feu devant Haeris qu’il chevauche. Et défile le paysage sous ses yeux. Si un jour il s’était dit qu’il serait adepte de ces hauteurs, il se serait volontiers pincé par deux fois.

Et le projet de Tyrol revint aux oreilles du nymphe.
Pourquoi d’ailleurs devait-il imaginer des bateaux volants ? Pourquoi ne pas se contenter des voies maritimes.

-L’île est-elle inaccessible autrement que par air ? a spontanément demandé Lysias.

Sur le moment, ce dernier s’est dit que oui, tout ne peut reposer que sur deux épaules.
Et là, le paysage a emporté au loin, les pensées de Lysias.

-

On aurait dit un autre monde, une autre ambiance, un terre inconnue mais avec ce petit quelque chose qui fait que tout paraît inhabituel, remis à neuf. Qui inquiète par sa nouveauté. Déconcerté, le nymphe a gardé silence, presque redevenu suspicieux comme à son arrivée. Comme si ses mots pourraient briser le léger sommeil de cette terre de rêves. Et quelle terre… Puis cette impression que quelqu’un –ou quelque chose ?- entonne de loin.

« Ces voix… C'est jusqu'à elles que je ne suis pas encore allé. »

Quelque chose a laissé un frisson parcourir le dos du jeune homme.

-Alors il y a-t-il des esprits, là… quelque part dans les tunnels ?
a demandé sceptiquement Lysias, tout en tâtant du terrain. Toujours à dos de l’animal magique, il a soudain cherché à se retourné, pris en proie d’une autre question. -Et pourquoi j’ai l’impression qu’il n’y a nulle trace de vie en dehors de cette végétation ?

Paradisiaque oui, mais trop déserte de vie…
Saisissant d’un air contrarié la main de son ancien professeur, il l’a aidé à descendre du cheval. Alors allait-il explorer ces mystérieuses grottes dont venait de parler Tyrol ? Pourtant, il n’en avait vu aucune, lors de son ascension dans les airs. Et contrairement à Lysias, Haeris, plus tranquille et paisible que jamais, est parti jouailler ailleurs.

Un mélange de curiosité, de scepticisme le tout avec une pointe d’adrénaline a envahi le nymphe. Oui, il irait, puisqu’il était arrivé jusqu’ici. Au passage du nymphe, l'herbe commence à se mouvoir, frôlant librement ses genoux. Comme pour s'assurer de la venue de ce petit nouveau en ces terres. Mais de là, à en savoir la suite… fallait-il craindre quelque chose. Sachant que dans la nature, ce qui est beau se rapproche plus du danger qu'autre chose, à l'instar des pousses les plus toxiques, mais tellement attrayantes du regard.



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MessageSam 2 Juil 2011 - 22:00

"Comme je te disais, il y a un accès par des tunnels. Je suppose qu'il est possible d'y accéder par la mer aussi, avec autant de secousses que par la voie aérienne. Dans tous les cas, l'accès ne peut se faire que de deux façon : Soit en le connaissant absolument par cœur, soit totalement par hasard."

Voyant que Lysias était… "prêt", Tyrol n'insista pas pour retarder la visite. Réajustant son sac en bandoulière, il se tint un instant debout dans l'ouverture rocheuse, la main posée sur la paroi. Une nouvelle question lui parvint, une question qui lui sembla étrange ; Il y répondit cependant avec spontanéité :

"Parce qu'il n'y en a tout simplement pas d'autre. Cette île est magnifiquement déserte, et n'a visiblement servi à aucune civilisation. A moins…"

Il regarda à nouveau dans les ténèbres, soucieux. Puis il sourit à nouveau, aussi rapidement qu'il avait cessé de le faire.

"C'est sans doute le moment rêvé pour le savoir !"

Les voix ayant manifestement perdu tout trait inquiétant aux yeux verts et aux oreilles pointues de l'elfe blanc, il se glissa précautionneusement à l'intérieur de la mince ouverture. Lysias put le voir disparaître complètement durant une seconde, puis revenir sur ses pas aussitôt. Le sérieux de son expression trancha nettement avec le ton extrêmement détendu de sa voix :

"… J'espère que tu sais nager."

Il attrapa le nymphe par le bras et l'entraîna presque de force avec lui. Ils s'engouffrèrent ainsi dans la brèche et le premier tunnel qui s'offrait à eux… L'elfe passait devant mais n'avait rien d'un guide : Il ne savait pas plus que l'oréade où il mettait les pieds. Il n'était pas sûr de retomber à un moment ou un autre dans les tunnels qu'il avait déjà pu "explorer" avec le groupe, si tant est qu'on puisse appeler cela une "exploration". S'engouffrer au hasard dans une suite de dédales en espérant trouver une quelconque sortie, tentant de faire pivoter ou mouvoir tout ce qui était susceptible de l'être jusqu'à parvenir à la surface… Cela relevait plutôt d'une course contre la montre. Mais une course contre la montre instructive puisque dans la précipitation générale et dans sa folie douce personnelle, Tyrol avait passé son temps à recenser, noter, analyser, décrypter, repérer, recueillir, toucher chaque particularité qu'il avait pu croiser entre deux montées d'eau et autres chutes de couloirs.

En vérité, à par être au courant de quelques petites choses insolites, il n'était pas plus avancé, car les propriétés de l'île principale et de ce petit satellite que constituait l'îlot défiaient toute logique. Là où la Nature faisait d'ordinaire "bien les choses" dans un but précis, la Magie l'avait transformé pour en ôter toute fonctionnalité vitale ; Tout comme les Arts étaient nés alors que les races commençaient à avoir le temps de faire d'autres activités que celles fondamentalement nécessaires à leur survie, le nouvel environnement des élémentalistes était rempli de fioritures aussi belles que sournoises, sans utilité directe. Autant dire de quoi attiser la curiosité de Tyrol, mais de quoi mettre ses acquis à rude épreuve…

Ils avançaient dans le noir le plus total. Derrière eux, la lumière du jour qui passait à travers l'ouverture disparut, effaçant tout repère. Tyrol y voyait quelque peu grâce à sa vision elfique, mais ce n'était rien de bien transcendant. Il grommela vaguement, si tant est que l'on puisse imaginer notre rêveur national grommeler.

"Lumière... Lumière. LUMIÈÈÈÈRE !"

Évidemment, aucune lumière ne s'alluma.

"Mais enfin ! Comment a-t-on fait la dernière fois ? Il y en avait bien..."

Il semblait honnêtement surpris que le souterrain ne s'éclaire pas sur commande, comme si cela devait être aussi aisé pour lui que de respirer. Après avoir marché sur encore de nombreux mètres dans le noir, l'elfe se décida à éclairer les lieux par lui-même. Il s'arrêta net, forma une coupole avec ses mains et y fit naître un peu de lumière, concentrant tout ce qu'il put de son pouvoir pour rendre la sphère suffisamment dense et durable. La lumière, blanche et pâle, timide, qui naquit lentement entre ses mains commença à léviter devant eux. C'était mieux que rien, pensa-t-il en considérant le peu de portée de l'éclairage avec un sourire moqueur envers lui-même. Vérifiant d'un coup d'œil que Lysias suivait toujours sans bleuir de froid – oui, plus ils avançaient vers le centre de l'île et descendaient vers la mer, plus la température baissait sensiblement -, Tyrol reprit la marche en jetant des regards inquisiteurs autour de lui. Peut-être tentait-il de se repérer, mais ce n'était pas son fort de toute évidence.

Tandis qu'ils avançaient avec précaution, les voix se faisaient graduellement plus nettes, plus fortes, quoique toujours raisonnablement audibles. Il était toujours impossible de les comprendre mais l'intonation se paraissait désormais à une sorte de conversation animée entre personne d'une même tablée. Le tout se répercutait en écho sur les parois du souterrain, faisant frémir au passage la roche brillante. En posant parfois sa main sur ladite paroi afin de ne pas glisser sur le sol humide, Lysias put remarquer qu'à con contact, la roche semblait s'enfoncer légèrement. Le temps qu'il teste à nouveau et un lézard albinos lui fila sous le nez, laissant des traces de pattes sur le mur. Traces qui disparurent quelques secondes plus tard, et la roche redevint aussi dure et solide que l'exigeait sa définition. Devant lui, Tyrol s'était mis à digresser tranquillement à propos de son expérience de spéléologue :

"La dernière fois que j'ai réellement exploré un réseau de grottes souterraines, c'était après avoir lu tout un tas de livres sur les créatures des profondeurs. Je voulais absolument les rencontrer ! Je me suis perdu après une cinquantaine de mètres dans le noir et l'humidité, il a fallu mobiliser toute une équipe pour me retrouver tétanisé de peur dans un coin : Évidemment, je n'avais que sept ans à l'époque. Il faut bien commencer quelque part."

Comme il prêtait peu d'attention aux endroits où il posait les pieds, il glissa en poussant une inspiration surprise, signe que le cri lui était resté dans la gorge à cause de l'étonnement ; Tombant à genoux, il sentit ses bras s'étendre dans de l'eau tandis qu'un "plouf" caractéristique venait confirmer la cause de l'humidité soudaine qui venait de le saisir aux mains. Il resta un moment comme cela, à réfléchir au sens de la Vie, de l'Univers et du Reste, les mains dans l'eau. Il n'y avait pas plus de dix centimètres d'eau, mais il sentait par son mouvement qu'elle fuitait par-dessous la paroi comme une salle de bain inondée commence à déborder sous la porte pour envahir le couloir. Il se redressa.

"Oh, c'est à partir maintenant que nager devient essentiel. Viens par là."

Il attira Lysias vers lui en souriant, lui tenant le bras bien arrimé.

"Nous allons continuer. Quand la paroi cèdera sous le poids de l'eau, il y a de fortes chances pour que nous soyons emportés. C'est surprenant mais pas violent… Il suffira de se laisser porter jusqu'à la prochaine galerie pour ne pas rester bloqués dans un cul-de-sac. Je vais te redonner un peu de mon énergie pour te protéger du froid."

Le temps que l'eau grimpe au niveau des chevilles de Lysias, celui-ci sentit à nouveau le pouvoir magnétique de Tyrol le saisir au niveau du bras, s'insinuant en lui pour venir gonfler son énergie. Faisant glisser ses doigts d'un coup sec du bras à l'épaule, l'elfe donna l'impulsion à cette aide pour qu'elle aille parcourir le corps tout entier du nymphe afin de lui être utile. Puis il sembla lui nouer quelque chose d'invisible autour du même bras ; C'est à cet instant qu'un bout de la paroi sembla littéralement fondre par le haut, déversant un semblant de cascade à côté d'eux. Tyrol se remit à marcher, plus vite que précédemment toutefois, sa sphère de lumière dansant à con côté. Lysias comprit alors que le nœud était un lien entre lui et son ancien professeur qui les tenait solidement arrimés l'un à l'autre en prévision du grand bain. Dans la direction où il allaient, les voix continuaient à augmenter en volume.

Un bruit de trombes d'eau vint cependant les couvrir assez rapidement, signe que la paroi devant avoir cédé bien vite. Lysias vit à nouveau le lézard filer devant eux, à toute vitesse cette fois. Le niveau de l'eau leur parvint aux genoux, puis aux cuisses, le courant leur épargnant en partie l'effort de la marche. Lorsque l'eau leur arriva au buste, Tyrol abandonna la marche et se laissa porter par le courant. Sa main, qui paraissait serrer le vide, agrippait en réalité le ruban venteux qui servait de lien entre lui et Lysias. L'eau les emporta dans son courant impérieux mais sans menace, leur mâchant le travail de la marche. Tyrol, toujours aussi fatigué, en était plutôt content et se contentait de se maintenir en surface de temps en temps, se reposant tout entier sur la force de l'eau. Il jetait par fois quelques coups d'œil vers le nymphe pour vérifier que tout allait bien, serein et souriant comme toujours. Puis le niveau de l'eau baissa, lentement, et il purent reprendre pieds sans avoir à forcer pour le faire. L'eau leur revint au niveau du buste, du nombril, des cuisses, puis des genoux et enfin des chevilles… La baignoire semblait s'être vidée, petit à petit, sans qu'ils ne s'en rendent compte immédiatement… Aspirée par la roche contre laquelle elle s'était laissée couler le long du souterrain. Tyrol exultait, trempé de bas en haut :

"Et voilà ! Ca arrive, de temps à autres. Je trouve ce mode de transport assez pratique, quoiqu'humide. Tout va bien ?"

Tandis que l'elfe aidait Lysias à reprendre ses esprits s'il en avait besoin, et surtout l'aidait à se sécher à l'aide de son pouvoir, la sphère de lumière grandit. Ou plutôt, non. Elle fut littéralement aspirée par le néant pour se confondre avec un éclairage plus global… Le souterrain s'était allumé de lui-même là où il venaient d'arriver. Quelques pierres blanches incrustées dans la roche gris-bleuâtre semblaient être la source de cette nouvelle lumière à laquelle Tyrol mit un peu de temps à s'habituer de par sa soudaineté et sa clarté. Les voix s'entendaient à présent comme si l'on se trouvait tout à côté, mais la conversation n'avait plus rien d'animé : Tous paraissaient s'être mis à murmurer, comme pour se faire discret en sentant nos deux intrus arriver. Tyrol chercha partout autour de lui sans comprendre : Il ne voyait que le souterrain, qui s'était élargi en une sorte de salle ronde avant de continuer en couloir par trois voies différentes. Sous leurs pieds, l'eau rejoignait le centre de la "salle" déjà constellée de flaques. Et autour d'eux, tout était visible comme à la lumière du jour.

"Ah ! Cette pierre-là réagit à la Magie Aera ! Nous allons profiter d'un peu de lumière… Lysias ?..."

Gardant le lien de vent actif entre eux, l'elfe blanc se tourna vers le jeune homme et posa une main soucieuse sur son épaule. Il ne savait s'il était encore temps de faire demi-tour, mais si le nymphe se sentait malmené par ce type d'exploration, Tyrol trouverait bien n'importe quel moyen pour le ramener à la surface. Il voulut donc vérifier que son équipier était encore tenté malgré le relatif froid et l'omniprésence de l'eau.

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MessageSam 1 Oct 2011 - 22:48

C’est ainsi que Lysias se retrouve entraîné par un elfe, au cœur même de l’inconnu. Quelque part en lui s’enthousiasme cette curiosité insatiable, tout en appréhendant la magie qui émane de cette île. Une magie perceptible mais combien indéfinissable...

"… J'espère que tu sais nager."

La voix de Tyrol le ramène brusquement à la réalité.
Nager... certes il sait le faire, mais alors quand il s’agit de faire le pas... Lysias ne répondra pas à la remarque de son ancien professeur pour s’engouffrer dans le tunnel avec un temps de retard, mais résolu.

[...]

Plongé dans le silence, les sens en alerte, Lysias ne peut s’empêcher de craindre la moindre des choses qu’il effleure sur son passage. Trop sur le qui-vive, trop suspicieux pour pouvoir s’émerveiller du monde qui l’entoure. En soi, le noir ne le gêne pas mais quand il s’agit d’évoluer à l’aveuglette sur un terrain totalement méconnu... Et si la magie de cette nature n’était pas aussi bienveillante que l’arbre fruitier de tout à l’heure ? Est ce que Tyrol et lui finiraient ici, coupé du monde ?

Heureusement, une source de lumière -tant espérée- finit par arriver grâce au pouvoir de Tyrol. Longtemps Lysias en restera fasciné, au point de fixer ces sphères naître des mains de l’elfe. Comment est ce que l’air peut se cumuler à un effet de lumière, en voilà un mystère qu’il comprendrait peut-être un jour. En attendant, ce n’est pas d’aujourd’hui à demain qu’il allait dompter l’air selon ses quatre volontés. Mais c’est à force de vouloir examiner ces lueurs avec davantage d’attention que le nymphe manque de trébucher en glissant contre quelque sol incertain.

-Vous saviez créer la Lumière et c’est maintenant que vous vous en servez ! s’est plaint Lysias en se rattrapant, au lieu de lui demander le mode d’emploi.

Décidément ce caractère...

-Ah ! Tyrol, la roche n’est pas solide ! s’exclame-t-il déjà, horrifié de sa découverte.

Et si la roche se met à les absorber tous les deux, pour les intégrer dans sa substance ! Au moins, le fait de devoir se fier à ses sens rend le nymphe quelque peu plus attentif. Et ces voix incessantes, Lysias les entends parler, au fur et à mesure de leur progression. Tout en rétorquant au nez de l’elfe que lui, il espère bien ne pas rencontrer de créatures des profondeurs maintenant, le nymphe a testé de nouveau la roche molle, en la piquant de son index, pour le retirer aussitôt, par prévention.

Mais l’inspiration de Tyrol l’empêchera de renouveler l’expérience de suite. Va savoir d’où vient cette eau que ce dompteur de nuage à la curiosité exacerbé l’a déjà entraîné dans élément qui lui est bien hostile. En entendant parler de paroi qui cède sous le poids de l’eau, Lysias ne cache pas son malheur, commençant à s’assener quelques noms d’oiseaux pour s’être aventuré aussi loin.

-Pas violent pas violent... j’espère que vous savez ce que vous dites ! maugrée-il, déjà emporté par le courant de l’eau. Et déjà, se forment les écailles partout où l’eau rentre en contact de la peau du nymphe.

[...]

-Dites moi Tyrol, quel est le chemin en sens inverse si le courant n’arrive que d’un seul côté !

Le niveau de l’eau est descendu aussi rapidement que ce qu’il est arrivé. Grattouillant les écailles de son bras, Lysias a détaillé en grelottant la roche colorée, qui semble s’être illuminée autour d’eux. Tout en remarquant l’allure des voix qui résonne bel et bien par ici. Trop occupé à tendre l’oreille en leur direction, il n’aura pas écouté ce que dit l’elfe.

-Oh-oh ! a-t-il fait, en élevant la voix, tout en fixant le plafond.

Une seconde de silence parmi les voix, avant qu’elles ne se remettent à murmurer entre elles. Un étrange phénomène, tout de même ; comme si Tyrol et lui étaient vus par plusieurs paires d’yeux. Par plusieurs choses cachés ou invisibles à leur yeux.

-Est ce que les pierres parlent ? a bêtement lâché Lysias sans filtrer ses pensées, en indiquant les diamants constellant la roche.

Cette étrange lumières que ces pierres produisent...

-Et puis ces voix ne pourraient pas nous indiquer quelle direction prendre, par hasard !

Non bien sûr.
A l’évidence, ces voix n’ont pas l’air disposé à vouloir partager un langage compréhensible. D’ailleurs, ces sons lui rappellent de loin, les mugissements qu’émet son air lorsqu’il daigne apparaître.

-De toute façon, moi je prends le centre, parce que ça m’a l’air plus éclairé que les deux autres chemins là bas.

Décision sans aucune réflexion logique préalable, basée sur la seule intuition d’un novice de nymphe. Et alors qu’il est sur le point de s'engouffrer dans le nouveau couloir, Lysias a senti un courant d’air glacé venir de nulle part. Un souffle le figeant dans ses mouvements car le nymphe ne parvient pas à détecter l’origine de cette présence partout et nulle part à la fois. Certain de ne pas avoir été le seul à ressentir ce changement d’air, il a croisé le regard de Tyrol d’un air inquiet. Avant de laisser échapper un cri de surprise en voyant d’autres pierres pures et blanches émaner de la roche, un peu comme le ferait un processus accéléré du cycle de vie d’une végétation. Des pierres dont émanent dans chacune d’entre elles, un éclat de lumière embellissant tout l’espace au fur et à mesure.
Le sol a commencé à se parsemer de ces pierres lisses et arrondies pour la plupart et le nymphe a fait un bond de côté sentant quelque chose pousser juste sous ses pieds. Puis, sans attendre le moindre conseil, il s’est accroupi pour enfoncer le bout de son index sur la pierre éclatante, comme pour en tester la matière. Et là où son index à effleuré la pierre, la lumière a semblé scintillé davantage.

-...ça réagit comme l’arbre à fruit!
Et c’est en se relevant pour partager l’avis de son ancien professeur, que Lysias a observé le chemin que semble avoir formé les pierres regroupées vers le couloir de gauche.


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Tyrol
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MessageLun 10 Sep 2012 - 20:44

[AAAARGHHHHH Je m'excuse vraiment très très très platement pour cette horreur de retard inexcusable de 11 mois. On va boucler ça avant la fin du mois pour la V3, promis promis !]

La première question de Lysias resta sans réponse pour l'instant. Tyrol s'était contenté de le regarder et de rire un peu, sans doute sans avoir saisi la réelle demande du nymphe. Comment ne l'aurait-il pas saisi ? La question était pourtant claire, et elle n'était pas rhétorique ; Mais malgré lui, l'elfe blanc se contenta de secouer légèrement la tête en guise d'indication sur la possibilité de sortir. Comme un "allons, ne sois pas bête" ou un "non merci, on est bien là-dessous, on ne va tout de même pas remonter"... Tout pour rassurer, on vous le dit. Il avait simplement aidé son ancien élève à se sécher, la tête occupée à réfléchir à d'autres choses. Il n'aurait pas su lui-même dire quoi exactement, les idées passaient si rapidement de l'une à l'autre que le tout, dans sa globalité était impossible à décrire. Tout tournait autour de l'îlot et du réseau de cavernes, évidemment, mais de là à dire quoi exactement dans ces thèmes... Peut-être qu'avec la question de Lysias, il avait effectivement commencé à réfléchir à une sortie. Puis il avait pensé à la lumière qui s'était lentement allumée autour d'eux, puis aux pierres qui s'étaient mises à pousser autour, sur les murs, puis aux voix, puis...

Puis une deuxième question arriva. Cette fois, elle fut entendue ; Non, pas entendue, écoutée et analysée. Car cette fois, la question soulevait non plus un problème technique mais un questionnement métaphysico-magique auquel Tyrol n'avait jamais réfléchi et sur lequel le nymphe allait lui poser une colle. Un instant d'ailleurs, il resta là bouche bée à chercher dans ses souvenirs s'il avait déjà vu des pierres parler, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie pourtant baignée de magie.

"Les pierres...", lâcha-t-il lentement en regardant longuement Lysias dans les yeux. "Je... Je ne crois pas. Même avec de la magie, est-ce réellement possible ? Parle-t-on d'un langage semblable au nôtre, à ceux des autres espèces bipèdes dites intelligentes ? Ou simplement d'une capacité à communiquer ? Je n'ai jamais demandé aux Terras, tiens."

Cette interrogation semblait l'avoir bien plus "secoué" que toutes les autres. Il ne pouvait y répondre, et lui-même en venait à se poser la question, surtout dans le cadre de l'îlot : Bien qu'étrange, la magie qui régnait autour d'eux répondait à une certaine logique, un peu comme un éco-système modifié et adapté, avec ses règles propres à supporter une vie minérale et végétale différente de ce qui existait sur le Continent.

Après avoir pesté contre les voix auxquelles l'elfe blanc portait un peu moins d'intérêt en cet instant, Lysias envisagea la voie du milieu pour des raisons tout à fait sensibles.

"Je suis d'accord !"

L'argument lui semblait tout à fait recevable et il n'hésita pas à suivre cette décision du nymphe. Un peu avant de s'y engouffrer et de continuer leur route, les deux hommes furent pris dans le même souffle glacé qui leur fit échanger un regard à la fois interrogatif et inquiet. Les pierres continuaient de pousser çà et là, Lysias s'était accroupi pour les toucher. À sa remarque sur la ressemblance avec l'arbre à fruit, Tyrol se contenta de hocher paisiblement la tête. Comme il l'avait dit, tout semblait doué de volonté propre. Ces pierres réagissaient à leur magie, et cela lui semblait clair - très clair, n'est-ce pas - à présent : Elles étaient elles aussi liées à la magie d'Aéra. Elles y réagissaient car ils étaient là. Les souvenirs de l'expédition lui revenaient petit à petit : Il n'avait pas oublié l'expédition. Il avait tout regardé, tout relevé, tout prélevé, tout noté ; Tout... Excepté ce qui s'était passé dans l'îlot, ou plutôt en lîlot.

"Ce tunnel commence à me rappeler quelque chose", murmura-t-il en avançant, tirant du même coup et sans s'en rendre compte sur le lien qui l'attachait toujours à son ancien élève. "Je sais, cela a l'air facile à dire, tout se ressemble ! Seules les créatures souterraines sont capables de capter les nuances de leur terrain comme nous seuls apprécions la différence entre les plaines et les collines. Mais l'éclairage... Oui, c'était aussi éclairé la dernière fois. Je n'avais rien touché, j'étais bien trop faible, on devait me porter. Mais Logan... Logan était partie en éclaireuse. Quand elle s'éloignait, la lumière disparaissait avec elle."

Ils avancèrent, l'elfe blanc cherchant souvenirs et explications au fil de la marche. Et en effet, derrière eux, au fur et à mesure qu'ils avançaient, le couloir redevenait sombre, les pierres retournaient se fondre dans la roche.

"Elle avait voulu suivre les voix aussi en espérant que cela ne seraient que des bruits filtrant par une ouverture. Elle avait trouvé la sortie, en fin de compte. Mais il faut dire qu'elle est tellement instinctive, vraiment douée pour toutes ces choses. Elle ressent vraiment la Nature et elle la connaît. J'ai beau être un elfe, je serais totalement incapable de l'imiter."

Le récit de l'ancien professeur ne parvenait guère à couvrir le son lancinant des "voix" qui continuaient leur diatribe venue de nulle part. On aurait dit qu'elles provenaient à la fois du plus profond de l'îlot et du plus haut de celui-ci... Et elles gagnaient en intensité alors qu'ils avançaient, inlassablement, dans la même direction, sans pouvoir lui donner de position cardinale précise.

"On dirait un corps. Comme si nous évoluions dans un organisme vivant après avoir rétréci. Je l'avoue, maintenant que j'y reviens, je me souviens avoir eu peur la première fois à cause de cette impression de grondement de vie oppressant. Je ne pense pas que ce soient les pierres qui "communiquent" mais plutôt le bruit du mécanisme tout entier qui est transmis à travers elles : Elles sont si malléables qu'elles conduisent les sons."

Il avait toujours eu cette sensation de vivant, certes. Mais la première fois, pris dans la peur de rester enfermé, d'être pris au piège dans cet endroit, il l'avait seulement vécu comme un arrière-plan, un décor désagréable en attendant de retrouver l'air libre après des jours de vie souterraine dont il ne se souviendrait pas en bien. Il n'avait pas eu le temps ni l'énergie d'apprécier les choses autrement, affalé sur le dos de Tranlthanas, dormant par intermittence en peinant pour respirer.

"J'étais si faible que les pierres ne s'éclairaient pas sur mon passage. Je comprends pourquoi je ne me souviens pas visuellement de tout ici !"

Il continuèrent, le couloir continuait inlassablement et la pente montante indiquait qu'ils revenaient plus proche de la surface. Après avoir progressé dans un relatif silence, simplement accompagnés du murmure incessant et indistinct qui courait autour d'eux, toujours plus fort, ils aperçurent enfin au bout de leur chemin une sorte d'ouverture menant non pas vers la sortie mais vers une nouvelle cavité intérieure.

"Oui, ça me fait penser à un corps. Les pierres, ici, sont comme des cellules qui se renouvellent. Les écoulements d'eau sont comme les fluides qui circulent à travers nous. Le réseau de souterrain est comme nos veines. Si cela fonctionne bien comme je le pense, nous sommes descendus, mais le circuit n'est pas fermé : Soit nous reviendrons au point de départ après avoir effectué la boucle, soit nous trouverons un nouvel interstice par où nous échapper."

Ce furent les dernières paroles qu'il put prononcer sans avoir à hausser le ton devant le volume des "voix" : Ces dernières ne criaient pas, ne changeaient pas de ton, mais se faisaient plus proches, plus tangibles, à la fois apaisantes que dérangeantes. Tyrol tenta de prendre l'une des pierres accrochées au mur, mais celle-ci était parfaitement bien ancrée dans la roche... Qui était redevenue complètement solide. Il secoua la tête, contrit, puis reprit la route vers la nouvelle cavité où une nouvelle lumière semblait déjà les attendre. De là où ils étaient, ils pouvaient voir danser sur le plafond rocheux des lumières rappelant le reflet de l'eau, mais en plus animé, plus... Vivant. Toujours cette étrange sensation...

En soupirant et dans ce qui semblait être un ultime effort, Tyrol gravit les derniers semblants de marches qui les menaient à cet endroit. L'entrée formait une arche, large mais très basse, où ils devraient tout deux se plier pour passer. L'elfe blanc agrippa le lien de vent qui le tenait à Lysias lui jetant un regard à la fois interrogatif et excité : Les voix étaient si présentes ici, ils allaient forcément voir quelle en était la source ! Il l'invita à passer devant lui et le suivit de très près, s'asseyant sur le sol de pierre blanc et radieux afin de pouvoir regarder la scène. Assis sur le rebord de la cavité, il s'arrêta net : Dans cette petite grotte à laquelle ils venaient d'accéder par le haut se trouvait, là, au centre, une large brume bleue et lumineuse qui dansait sur elle-même, comme un feu de camp lévitant à quelques centimètres du sol... Non, de l'eau. Les ondes au plafond et sur les parois provenaient du reflet de la lumière dans l'eau. Un feu lumineux et venteux qui brûlait au-dessus de l'eau. Tyrol n'en était pas "stupéfait" (il avait vu beaucoup d'autres choses d'envergures bien plus impressionnantes et questionnables), mais le calme et la beauté de la scène avaient de quoi plaire autant que son surréalisme avait de quoi lui faire frotter les yeux quelques secondes. Au-delà du couloir, aucune pierre ne semblait plus réagir au don d'Aera. Le "feu" lui-même ne réagit pas à leur présence : Il se contentait d'ondoyer paisiblement dans un petit chuintement.

Autour d'eux, les voix s'étaient tues.

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MessageMer 12 Sep 2012 - 15:57

Ce jour là, c’était silencieux et paisible. Lysias se rappelle encore de sa stupéfaction en découvrant le spectacle qui s’était offert à leurs yeux dans la grotte; un souvenir étrange lui faisant penser qu’en ces lieux, le temps n’avait plus son emprise sur la corrélation des éléments. Peut être était ce le cas sur cette île mais alors sur cette hypothèse, comment expliquer les traces des ruines qu'il avait traversées la dernière fois avec la matriarche. Quoiqu’il en soit, le nymphe, lui, n’avait jamais rien vu de pareil et encore moins des éléments harmonieusement imbriqués ensemble. En cours, il lui était arrivé de faire équipe avec d’autres, mais il ne se souvient pas avoir exercé ou évolué avec les détenteurs des trois autres éléments dans l'optique d'en aboutir à une convergence.

C’était peut être là le cœur des mystères de cette île : les quatre éléments n’étaient plus abordés comme étant quatre entités différentes mais comme étant un seul élément formant à lui seul un véritable organisme vivant. Les pierres, ici, sont comme des cellules qui se renouvellent. Les écoulements d'eau sont comme les fluides qui circulent à travers nous. Le réseau de souterrain est comme nos veines. Communique, transmet, échange. L’elfe blanc avait raison. Une découverte capitale pour un nymphe ayant l’habitude de dissocier chaque chose pour décortiquer et en comprendre la nature. Avec ce que son ancien professeur venait de lui raconter, leur propre énergie faisait donc réagir la magie de cette île. L’énergie de tout être étranger à cette île, faisait réagir cette dernière.

Beau, ça l’était.

Si bien que s’en approcher davantage ne lui avait même pas effleuré l’esprit. Mais Lysias avait souhaité que ça le reste encore longtemps, intacte dans cet état. C’est sans doute sur cet instant qu’il avait commencé à porter un tout autre regard sur cette île.

-

Les voix désormais silencieuses, le nymphe laisse son regard se perdre dans les ondoiements hypnotiques que reflète le plafond. Il aurait pu être là comme ne pas y être, car leur présence ne semble pas perturber l’équilibre paisible des éléments. Assis à côté de son mentor, il aurait pu s’éterniser encore longtemps en ces lieux. Le reste aurait alors pu attendre, attendre jusqu’à en devenir secondaire et peut être même, un jour, oublié.

-Ça ne donne plus envie de repartir,
a-t-il simplement lâché, dans un commentaire inutile qui ne s’apprête pas de réponse particulière. Et il a enchainé contre toute attente, je sais ce que je vais faire désormais, Tyrol. Je le sais !

Il n’avait pas dis ce qu’il allait faire, non. Probablement parce qu’il n’y avait pas de nom à proprement dire pour englober cette nouvelle essence qui s’était mise à éclairer un nouvel horizon. Il cesserait alors d’être le gringalet à la recherche de sottises inutiles pour occuper son temps, d’être l’esclave d’un autre par manque d’ambition et de faiblesse. Surtout, il cesserait de fermer les yeux sur les savoirs qu’il reste encore à découvrir ainsi que les fondements des éléments. Une autre approche, une nouveau souffle ; c’était infime mais suffisant pour y creuser un sillon. Il reviendrait à coup sûr vers l’elfe pour lui en faire part. Parce que rêve plus haut, rêve plus loin.

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MessageJeu 13 Sep 2012 - 20:49

Tyrol resta aussi longuement là, assis sur le rebord de la cavité, à fixer cet étrange spectacle qui s'offrait à lui. Contrairement à Lysias, il voulut s'approcher pour voir, toucher cette chose étrange qu'il n'avait pas vu la dernière fois et dont il ne comprenait pas l'essence-même en cet instant. Pourquoi ? Comment ? Qu'était-ce réellement ? L'elfe bougea un peu et prit enfin conscience du lien qui l'attachait toujours à Lysias et qu'il avait totalement oublié depuis près d'une heure. Esquissant une légère grimace en regardant le nymphe, il fut prêt à s'excuser d'avoir tiré trop fort, mais aucune son ne sortit de sa bouche ouverte ; Le jeune homme ne l'écouterait pas. L'esprit de Lysias avait un instant quitté la trivialité physique de leur duo pour se perdre dans la contemplation des reflets bleutés dansant autour d'eux et du souffle paisible de ce buisson dont les racines disparaissaient, à peine visibles, sous l'ondée.


Discrètement, Tyrol effaça la fine cordelette venteuse qui les maintenait ensemble, puis il se laissa glisser le long de la roche, en contrebas de l'ouverture, pour se rapprocher de la scène sans déranger l'immobilité du nymphe. Hésitant, il avança très lentement avec admiration, déférence et joie mêlés dans chacun de ses pas, s'approchant dans la lumière douce et régulière qui émanait du buisson. De là où il était, il sentit l'air, tantôt chaud, tantôt glacé, lui caresser le visage et soulever ses cheveux blancs. Sa respiration, encore difficile quelques secondes plus tôt, sembla repartir, libérant son cœur et ses poumons d'un poids oppressant.

Il n'avait pas vu cela la dernière fois ; Personne ne l'avait vu, ou en tout cas, personne ne lui en avait parlé. Il se demanda si les membres de son groupe avaient trouvé cet endroit en décidant de ne pas s'y arrêter en pensant qu'il aurait insisté pour y rester au risque d'y mourir ; Car oui, il aurait insisté pour y rester et l'analyser, évidemment. Il y avait de l'eau, certes pas à manger, mais la Magie était omniprésente, chaque particule d'air vibrait de Magie pure ! Comment aurait-il pu ne pas s'y trouver bien alors qu'il en aurait eu tant besoin ? Il avait un besoin vital de Magie. Peut-être était-ce une forme d'obsession, mais il aimait bien trop la sensation que procurait le fait d'être né de cette force indescriptible et d'en vivre à chaque seconde.

La réflexion de l'elfe ne prit pas tout à fait la même direction que celle de Lysias bien qu'il dût y reconnaître un point essentiel : Les quatre éléments étaient là. Le buisson et ses racines ancrées au fond de l'eau, le vent qui soufflait avec douceur et semblait chauffer sur place tel un paisible foyer de cheminée... Mais le tout ainsi présenté lui inspirait autre chose car, après tout, au contraire de son ancien élève, il appréhendait déjà les éléments et la Magie comme un tout, comme une entité pleine et entière ; Sa considération de la chose allait dans une autre direction que celle-ci, qu'il expérimentait déjà quotidiennement. En tant que Solan, en tant que prêtre d'Haeris, en tant qu'Aera, cette vision lui semblait relever de l'ordre du divin. Pourtant, il lui semblait inenvisageable qu'un tel spectacle, si divin fût-il, ait pu être caché ici, au cœur d'un îlot loin de tout ; Et pourtant, combien d'endroits gâtés par la Nature n'avait-on pas encore découvert en ce Monde ? Combien de merveilles n'ayant aucun but autre que d'exister pour ce qu'elles sont : Des créations nées du temps et des éléments ?

Tyrol ne put s'empêcher d'être saisi par la grâce de ce spectacle sans but. Il y avait quelque chose qui faisait que tout cela n'était pas réellement naturel. Et si cela n'était ni naturel, ni divin, il en était l'hommage. Savoir quelle main avait crée cette chose ne l'aiderait pas à en saisir l'essence, mais il en voyait l'incroyable beauté et en ressentait l'absolue sérénité. Et surtout, il en ressentait la puissante Magie, Magie qui emplissait ce lieu et l'enveloppait en elle, comme l'herbe avait tenté un jour de l'intégrer à elle. L'elfe aux yeux d'absinthe était à présent debout, légèrement chancelant sur le rebord rocheux et anguleux, les yeux perdus dans cette pure imbrication de Magie. Si le cheminement de Tyrol était différent dans sa réflexion, il en vint à la même conclusion que Lysias : Il savait ce qu'il avait à faire. Il n'avait pas tous les détails du "comment", juste quelques idées éparses. Dans ce qu'il savait de ce qu'il avait à faire concernant cet endroit, c'était de ne pas y toucher pour l'instant. De conserver cette vision dans son Esprit pour un temps, d'y réfléchir plus avant, d'y repenser comme une inspiration. Il reviendrait plus tard analyser cela ; Pour l'instant, par respect pour le silence de Lysias et son désir de ne pas s'en approcher plus, l'elfe recula et revint, toujours aussi lentement, vers le rebord de la cavité qu'il escalada tant bien que mal, n'ayant même pas remarqué la hauteur depuis laquelle il avait glissé et s'il aurait bien un moyen de remonter. À son retour, il sourit tranquillement à Lysias.

"Vraiment ? Alors cet endroit fait sans doute des miracles !"

Non, il n'avait pas vraiment perdu le nord dans sa taquinerie habituelle.

L'elfe recréa le lien et, sans qu'il n'y ait eu besoin de se mettre d'accord par la parole, les deux hommes continuèrent leur route par une autre voie commençant à s'ouvrir à quelques mètres derrière eux tandis que le couloir de pierres blanches qu'ils venaient d'emprunter se laissait engloutir sous l'eau ruisselante, tombant en cascade le long des parois tout autour. Le nouveau couloir ne s'illumina guère. Les pierres aeras ne semblaient pas "pousser" par ici malgré la présence de deux porteurs du Don, mais quelques mousses faiblement phosphorescentes, alliées à une nouvelle sphère de lumière de Tyrol, éclairèrent leur périple de retour. Plus de parois malléables après cela, la roche était aussi dure que sa dénomination l'indiquait ; À plusieurs reprises, elle parut briller par endroit, brièvement, comme si un minerai précieux et inconnu s'y cachait. Autour d'eux, les voix avaient repris leur murmure lointain et mystérieux. Peut-être semblait-il même plus joyeux à présent, mais cela ne devait être qu'une simple projection de cette profonde sensation de bien-être que l'elfe et le nymphe avaient expérimenté un peu plus tôt.

L'un des tunnels qu'ils traversèrent leur fit voir le processus de bourgeonnement d'une plante en un temps record, comme une reconstitution accélérée de la repousse d'une fleur après qu'elle eût été coupée ; Tandis qu'ils avançaient encore, de nombreuses plantes grimpantes prirent vie au-dessus de leur tête et à leur côté, le long des murs. Sous leurs pieds, la pierre devenait terre, puis herbe ; Enfin, la lumière du jour les aveugla et ils réapparurent à l'extérieur sans même avoir réellement souhaité retrouver la sortie aussi tôt. Il faisait toujours aussi beau à l'extérieur et le Vent soufflait encore très fort sur l'îlot. Une plante grimpante leur passa à côté et continua tranquillement sa pousse jusqu'à un rebord loin devant eux. Tyrol l'enjamba et ramena Lysias auprès d'Haeris. Ils restèrent un instant à discuter en mangeant quelques fruits poussant çà et là, avant que le cheval ailé ne les ramène sur l'île principale, non loin du camp des Réfugiés. Souhaitant bonne continuation à son ancien élève, l'elfe décida de rentrer chez lui pour ce soir afin de commencer par le commencement, par ce qu'il faisait toujours avant de se lancer concrètement dans un projet : En Rêver.


~ RP CLÔT.

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