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 Pour un cœur de ténèbres [Libre]

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Sappho
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MessageMer 7 Avr 2010 - 14:12

Thème musical : Hikari

La pluie tombait doucement et s'écoulait sur la pierre sale. Les gouttes s'infiltraient partout. L'eau passait à travers les vitres brisées. Les nuages sombres semblaient menacer les quelques démons encore à l'extérieur. Tout était sombre, pourtant, si on avait pu le voir, le soleil serait à son zénith. Dans le hall, tout était ralenti. Les sentinelles veillaient en ricanant et en se moquant des esclaves qui ramassaient encore et encore les débris de la soirée précédente. Ça résonnait au loin, de quelques cris ou de quelques chants discordants, suivis de rires et d'insultes. Normalement, on éteignait les torches une fois le jour venu, mais il faisait si sombre qu'elles étaient toujours là. Quelques démons traversaient dans un sens ou dans l'autre ce hall, accompagnés de leurs esclaves, tête basse. Et la pluie qui martelait sans fin...

Rien n'avait vraiment changé, pas vrai ?

Dans une chambre luxueuse aux couleurs de la nuit, dans les quartiers des généraux, elle était là. Allongée, elle remua vaguement la tête. Elle semblait mal en point. Une chaise était vide à côté de son lit. Sur la chaise, un manteau à capuche marron couvert de sang. Apparemment, il avait offert une bien maigre protection, car la jeune démone était aussi couverte de sang. Que ce soit son pantalon moulant en cuir sombre ou son débardeur bleu nuit, elle était tâchée de sang. En outre, ses vêtements étaient déchirés par endroit. Sur sa joue, une marque violacée rappelait un coup de poing violent. Ses cheveux étaient pleins de boue séchée et de sang. Et elle était dans cet état lamentable, ainsi alitée. Faible comme jamais.

Tu parles d'un Général ! ... Suis-je donc incapable de te protéger ?
Ouvrir ses yeux demanda un temps. Revenir à elle, encore un autre. Elle fixa le plafond. La douleur était partout. Elle essaya de bouger ses doigts... Apparemment, elle n'avait rien de cassé. C'était un miracle en soi. Car cette nuit... Non, le souvenir était si affreux. Elle revoyait comme dans un songe ces gens qui l'avaient frappée et brisée. Et elle ne pouvait rien faire. Juste les regarder. Elle était déjà si affaiblie à ce moment. Mais pourquoi, hein ? Pour lui... Lui... Où... ? Elle tourna sa tête vivement, malgré la douleur, et se redressa quelque peu.

" Lysias ! "

Du sang sortit de sa bouche, elle toussota un peu. Mais ce n'était rien. Rien comparé à la terreur qui emplit ses yeux. Car il n'y avait... personne. Personne ici. Rien qu'elle. La chaise était vide. Et comment... Elle n'arrivait pas à sa souvenir comment exactement elle était revenue ici. Mais qu'importe, car elle y était seule. Ses yeux fous cherchèrent la porte. Les clés étaient sur la serrure. Jamais elle n'avait sentie un tel vide. Un trou béant au milieu de sa poitrine. Où était-il ? Elle devait... le chercher. Il ne pouvait pas... Et si jamais... ? Avec une grimace de souffrance, elle s'assit sur le rebord du lit. Elle pria on-ne-sait-quoi qu'elle puisse marcher. En tout cas, elle avait son bracelet autour du poignet, la nouvelle forme que prenait sa faux une fois transformée. Sappho se releva, et tituba. Elle mit la main devant sa bouche, en réponse au haut-le-cœur qui la prit. Elle attrapa le pilier de son lit à baldaquin pour se soutenir. Et après quelques minutes, elle réussit à tenir debout.

Pfff pathétique... t'as l'air bien comme ça, Dame Faux !
Elle grogna et se maudit intérieurement. Pourquoi n'avait-elle pas réussi à le faire sortir déjà ? Elle y était presque, mais les raids incessants et les créatures sauvages avaient finalement eu raison de sa puissance. Elle s'était retrouvée allongée dans la boue dans la forêt. Lysias était là aussi. Elle voulait qu'il parte et qu'il rejoigne les siens. Elle ne pouvait pas le laisser pourrir dans la Cité. Mais voilà que des élémentalistes les avaient trouvés... Sappho s'était retrouvée à la place des centaines de pauvres créatures qu'elle avait torturées. On l'avait battue et frappée sans pitié, comme elle. On l'avait presque tuée. Mais finalement, grâce à Lysias, ils s'étaient enfuis... Ensuite, elle avait ouvert les yeux et il n'était plus là... Où était-il ? Elle pouvait encore entendre ses commentaires cyniques sur elle ou sur les démons en général. Et dire qu'en près de sept cycles lunaires, elle n'avait même pas été foutue de lui dire que...


" Laissez-moi passer, bandes de larves en décomposition ! Dégagez !"

Elle était sortie de sa chambre comme ça. Alors forcément, les démons mineurs et autres qui étaient là l'avaient rejointe. Ils s'agglutinaient comme des abeilles autour d'elle. Elle les poussa violemment et leva son bras muni d'un bracelet. Ils reculèrent avec des petits sourires ou des mines effrayés, qu'importe ! Elle devait le rattraper. Du sang coulait un peu d'une blessure qu'elle n'arrivait pas à localiser, et son pas était plus boitillant qu'autre chose, mais elle avançait quand même. Elle arriva dans le hall, qui était maintenant désert. Normal, c'était l'heure du repas... On entendait des ricanements et des bruits de mastication venant d'un peu partout. Et elle descendait l'un des escaliers, cramponnée à la rampe, ses yeux plissés de douleur fixés sur la porte. Elle devait... le retrouver. Descendre était une véritable épreuve. Ses jambes tremblaient. Et elle se sentait défaillir. Son esprit commençait à s'égarer d=sur des pensées floues. Elle voyait son visage dans une brume épaisse. Elle voulait le revoir. Une fois en bas des escaliers, elle s'effondra. Assise sur la dernière marche, soutenue par le pilier de la rampe, elle avait l'air misérable. Ses yeux étaient grands ouverts, ses grands yeux si expressifs, et elle fixait la porte de l'école. Sans la voir. Sans rien voir.

Elle aurait voulu pleurer. Mais aucune larme ne coula. Elle aurait voulu crier son nom. Mais aucun son ne s'échappa de sa bouche. Elle aurait voulu frapper n'importe quoi, n'importe qui. Mais ses mains restèrent inertes. Elle aurait voulu se mettre à courir vers l'extérieur, vers lui. Mais ses jambes étaient de marbre. Immobile. Elle se rendait compte maintenant. Même si c'était dur. L'information eut du mal à devenir une phrase logique dans son esprit. Et une fois formulée, elle aurait voulu la jeter aux flammes, cette pensée. Impossible, pas vrai ? Elle était seule maintenant, pas vrai ? Heureusement que personne ne la voyait dans cet état. Pour le moment.

Rien n'a changé, pas vrai ? ...
...
Alors pourquoi tu n'es plus là ? ...
...
Et pourquoi je suis si malheureuse maintenant ? ...

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Iblîs Nemrodus
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MessageJeu 15 Avr 2010 - 19:24

Elle puait, cette pluie.

La mort et la maladie. La rage impuissante. Celle d’un grand corps blessé – pire, celle d’un grand corps qu’on empêche de cicatriser, dont les pluies suppurent et s’imprègnent de sel. Brûlaient les feux, rouges et noirs dans la cité autrefois blanche. Ils trouaient la pénombre de leur lueur qui perçait l’ombre sans réchauffer le cœur, et laissaient sur les murs, comme un secret blasphème, leur longue trace huileuse. Même l’air semblait incapable de se laver, définitivement souillé par ce qui le traversait. Tenez, écoutez : partout des cris, des gémissements. Hurlements de furie dans les ruelles, hurlements de souffrance montant des cachots, hurlements de plaisir depuis les fenêtres de l’ancienne école. Et sur cette misère, indifférent, le ciel ne répandait qu’une averse avare et tiède. Une mycose infâme avait commencé à s’y répandre à la seconde où elle avait touché le sol, et son éclaboussure rendait toute chose glissante.

Dieu, ce qu’elle puait, cette pluie …

Mais qui s’en souciait, d’une pauvre pluie ? Pas ceux qui étaient à présent les seigneurs des lieux. Pas le Roi Incandescent, dans son trône au sommet d’une Elament déchue. Pas ses nouveau maîtres infects, régnant sur ses ruelles et sur ses tours. Pas la piétaille qui violait ses rues, pas les tortionnaires faisant payer aux habitants survivants de longs siècles de rancune. Pas même Iblîs, descendant de son habituel pas glissé vers le Porte de la Cité.

Ce qu’il faisait ici, ne comptez pas le savoir. Ne m’interrogez pas. Qu’en sais-je ? Pensez-vous que celui dont je raconte l’histoire est un patin dont je sache tout ? Ce que fut sa première entrée dans l’éternelle ennemie, c’est un secret que le Noir a gardé même pour moi. Même si mes mots guident ses actes, quand mes paupières se ferment, puis-je empêcher la Nuit de rôder à sa guise… comme vous, je l’ai perdu de vue, quelque part dans le brouillard nocturne. Et je l’ai retrouvé, silencieux, glissant sur les marches de la Cité.

Comme vous, je l’ai vu descendre, plus silencieux qu’un fantôme surgi du passé d’une Elament évanouie. Comme vous, je l’ai vu s’arrêter, à la vue d’une petite forme ramassée sur elle-même. Oh, il ne faut pas longtemps pour qu’il reconnaisse en elle quelqu’un de connu. Sappho. Elle ne l’a pas perçu venir, elle qui pourtant peut sentir le noir sorcier aller et venir quand d’autres ne l’entendront qu’une fois juste derrière eux. Perdue dans ses pensée, elle regarde devant elle, et ses yeux semblent deux améthystes, empli d’un vide inexplicable, vertigineux. Quelques marches plus haut, le démon la regarde, avec cette habituelle absence d’expression sur son visage de cire.

Et puis, lentement, Iblîs a sorti quelque chose de sa robe noire et l’a lancé. L’objet pâle tournoie dans les airs et chute mollement, juste aux pieds de l’enfant succube. Ce n’est qu’une humble poupée de chiffon, à moitié moisie déjà. Ses jambes partent en morceaux, dévoilant la paille à l’intérieur. La tête pendouille, presque détachée, conservant ses deux yeux en boutons et son sourire figé, cousu de fil. Avant que l’humble trésor aie fini de rouler par terre, le démon noir s’est assis à son tour, deux marches au-dessus. Il ne regarde pas Sappho, mais dans la même direction qu’elle, muet.

La pluie s'énerve, devient rageuse. Elle dégoutte avec un petit bruit de la capuche du sorcier. Elle roule et transforme enmèche agglomérées la chevelure sale de Sappho. Sous cette pluie battante, les rues situées plus haut commence à vomir une bonne quantité d'eau sale qui dévale les marches, trempant encore plus les deux démons immobiles. Et au milieu de ce torrent, le sourire vide sur les lèvres du jouet abandonné ressemble étrangement à un rictus moqueur.



Dieux … ce qu’elle pue, cette pluie.

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Sappho
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MessageJeu 15 Avr 2010 - 21:51

Spoiler:
 

Peut-être qu'en fixant l'horizon, elle l'apercevrait. Peut-être que... que tout cela n'était qu'un mauvais rêve ?

Pourtant, elle avait beau fixé au loin, il n'y avait pas moyen. Rien. Un tableau gris et morne battu par la pluie sale. Des figures et des figurants coupés par les raies d'eau boueuse. Elle leva les yeux au ciel. Il était morne et gris. Les goutes qui tombaient sur ses yeux sans vie ne lui faisaient rien. Elle aurait préféré rester assise ici pour toujours, si cela suffisait pour se racheter. Se racheter de tout le mal qu'elle lui avait causé. Au fil du temps qu'elle avait passé avec lui, elle avait senti ce désir grandir en elle : elle l'avait blessé, physiquement et moralement. Elle avait détruit quelque chose en lui. Et c'était la première fois qu'elle voulait rattraper ces erreurs. C'était... un sentiment étrange. Étranger aussi. Comme lorsqu'il avait essayé de lui décrire une Cité chaleureuse et vivante. Chaleureux ? Un mot abstrait, jusqu'à ce qu'il lui montre... Maintenant qu'elle avait expérimenté pareil sensation, elle ne pouvait plus lui faire de mal. En fait, le mieux serait encore qu'elle meurt... L'avantage de la pluie, c'était qu'au moins, on ne la voyait pas pleurer.

Elle en était là de ses pensées, quand une ombre arriva derrière elle. Elle ne vit, ni n'entendit rien. Jusqu'à ce qu'un objet volant non-identifié échoue à ses pieds... Une poupée de chiffon ? En morceau, trempée et détrempée, abîmée et morcelée. Une ordure. Mais la succube baissa les yeux sur la pauvre créature brisée au sourire figée. Elle la prit dans sa main, redressa sa tête presque coupée et la regarda avec des yeux vides. Elle inclina un peu son visage, dubitative. Un jouet, hein ? Qui était un jouet, au final ? Ballotées par les flots glacés de la pluie mordante, Faux et la poupée semblaient similaires. Au fond, n'était-elle pas en aussi mauvaise état que cette pauvre chose de paille ? Elle était si mal, qu'elle n'arrivait même pas à distinguer ce qu'il y avait derrière elle. Il faudrait bien qu'elle se retourne à un moment ou à un autre. Rien que pour savoir qui la voyait alors qu'elle ressemblait à ... rien. Rien que pour savoir qui avait eu la culot de lui jeter ce jouet.

Mais une douleur fulgurante la prit dans les côtes. Le sang coulait encore d'une blessure dont elle n'arrivait pas à se souvenir la cause. Encore, elle crache une coulée de sang. Avec un peu de chance, la mort la prendrait maintenant, tiens ! Mais avec son bol, elle n'avait qu'une entaille superficiel. Pas de quoi crever sur le palier, donc. Elle essaya de se concentrer vaguement avant de se retourner partiellement, posant sa main gauche, dont l'annuaire était sectionné à la première phalange, sur l'escalier. Elle posa la poupée sur ses genoux. Malgré la surprise qui l'assaillit, elle ne laissa rien paraitre. Elle ne lui accorderait même pas ce plaisir, tiens ! Lui là, Iblîs, qui l'avait laissée entre les pattes d'un fou, tortionnaire, et en plus, le chien mordait vraiment. Un... paradis. Avec un brin de persuasion, elle avait réussi à le convaincre de lui enseigner ses ténèbres, au final. Donc, ça c'était plutôt bien terminée, puisqu'elle avait réussi à devenir Général. Mais tout de même, partir sans même dire au revoir, quel impolitesse... Seulement, elle n'avait pas le cœur à le titiller, pas l'envie de s'amuser. Elle voit cette sombre silhouette encapuchonnée, et elle le reconnait simplement. Parce que c'est lui. Mais ses yeux sont à peine animés d'une étincelle. Rien ne pétille dans son regard de succube, c'était vide et inexpressif. Elle se sent... mouillée. Elle passe sa main sur son visage et en essuie les larmes, la boue et le sang qui le maculaient.


" ... Tu es bien la dernière personne que je voulais voir, Iblîs. " Sympa. Elle ramène les mèches collées à son front en arrière. Peut-être s'anime-t-elle un peu, tandis qu'elle lance, nonchalamment : " Et dire que j'essayais de déprimer tranquillement. "

Et bien, c'était loupé. Elle tentait de feindre l'indifférence, la moquerie ou une apparence de succube. Mais ça ne marchait pas. Même elle, elle savait que ce qu'elle disait sonnait ridiculement faux. Parce qu'à chaque mot arraché à ses lèvres, elle voyait son visage à lui. Même si elle ne le devrait pas, elle voyait Lysias à travers la pluie. Du coup, ses mots tombaient à plat, loin de ce qu'elle voulait dire. L'espèce d'ironie qu'elle essayait d'y mettre était fausse. Elle n'essaie pas de déprimer : elle déprime vraiment. Pourquoi faut-il que ce soit lui justement, Iblîs Nemrodus, qui arrive à ce moment ? Pourquoi pas un incube qu'elle aurait pu tuer ou violer - ou les deux - dans une rue un peu plus bas ? Pourquoi... Encore cette injustice qui lui barrait la route. Mais depuis quand se mêlait-elle de la justice ? ... Et depuis quand l'Ombre s'assied sous la pluie sur les marches avec une poupée sous sa cape ?

Elle pense qu'elle peut dire n'importe quoi à Iblîs. Sans vraiment savoir pourquoi, elle imagine qu'il s'en fiche un peu, et donc, qu'il est la parfait réceptacle de ses pensées. Oui, on peut aussi traduire qu'elle compare ce mage noir à un journal intime. Mais c'est quand même moins classe.


" Héhéhé il faut croire que tu choisis mal les professeurs... Malgré tout ce qu'on a pu m'apprendre, j'ai..." Elle s'allonge sur les marches. De fait sa tête se retrouve entre ses jambes à lui, ses mains juste posées sur son ventre blessé. " J'ai trahi. "

C'est une sentence qu'elle se donne à elle-même, et qui s'abat en symbiose avec un éclair tonnant au loin. La pluie ne fait que s'intensifier. Rien de ce qu'on pourrait dire ou faire ne changerait ça. Elle avait sauvé, hébergé, nourri, soigné, puis avait fait s'évader un élémentaliste. Elle l'avait laissé se balader dans la Cité, elle avait répondu à ses questions sur les démons, lui avait même laissé lire leurs Chroniques ! Non vraiment, son châtiment devrait être la mort. Mais ses yeux expressifs, qui mangeaient la plus grande partie de son visage, s'animèrent d'un feu timide. Au final, elle ne ressemblait moins à une succube qu'avant. Il fallait croire qu'elle tenait plus de son père, dont la race avait disparu. Ses dents pointues, ses yeux globuleux, son corps sans formes et fins... et son mental. Elle n'avait jamais été obsédée par les plaisirs que d'autres succubes le sont. Juste par le sang et les ténèbres. Même si à présent, elle avait cessé de se laisser dévorer par celles-ci. Si quelqu'un avait déjà vu Seth, il dirait qu'elle lui ressemblait.

Elle cherche les yeux de l'Ombre sous la cape. Des yeux sans fonds, puits de noirceur où se perdre était aisé. Se perdre hein ? Elle aurait préféré se perdre à le perdre lui.

" Dis moi Iblîs, toi qui a arpenté les ténèbres plus que quiconque : est-il normal de ressentir ce que je ne devrais pas ressentir ? Est-il normal d'être attirée par un être qui est à la fois mon opposé et mon reflet ? ... Suis-je à ce point folle... ? "

Pourtant, elle l'avait dit : elle était au moins la reine des folles, et lui, un fou. Pour que l'une accepte de protéger son ennemi, et que l'autre se laisse protéger par sa Nemesis. Ses yeux étaient presque suppliants. Elle voulait une réponse. Elle voulait savoir si ce qu'elle ressentait était de l'ordre du possible, ou si elle avait juste atteint un nouveau degré de folie... Si tout cela avait été faux. Faux comme on la surnommait... Quel surnom idiot...

[ Souvenir ]
"Je refuse que tu y ailles. Que ce soit pour tuer ou non, je ne veux pas que tu partes. Alors reste Sappho... Reste avec moi. "
[...] Lyly ... [...]
" Je n’ai pas envie de te tuer. J’ai pas envie de tuer tout court. "
[...] Reste là... [...]
" Si tu t’excuse… Le fais pas c’est tout. Parce que si tu t’excuses, je crois que je serai capable de te tuer, Sappho. "
[...] Ne pars pas. [...]
" Tss, parce qu’en plus il faut que je te remercie ! Et d’où elle m’appelle le chou, celle là ! "
[ Souvenir ]

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MessageJeu 22 Avr 2010 - 0:14

Kaomael était parti prendre une longue marche hors de la cité. Lorsqu'il était sorti, le soleil était haut dans le ciel et tout semblait annoncé une belle journée. Toutefois il détestait entendre le chant des oiseaux dans les arbres c'est pourquoi il se tenait toujours loin de la forêt. Mais encore, il réussissait quand même à les entendre jusqu'ou il se trouvait et cela lui gachait toute sa promenade. Après un certain, il s'était même approché des arbres de son pas lourd et avant brûlé l'ensemble des arbres se trouvant devant lui d'un simple souffle. Ceux-ci c'était alors tuent, pour son plus grand plaisir. Continuant alors tranquillement sa marche il remarqua que les nuages semblaient s'organisé au-dessus de sa tête. Il commenca alors à grogner de mécontentement, sentant la pluie arriver. Faisant demi tour, il reprit le chemin de la cité tandis que les premières gouttes commençaient à tombé. Plus il avançait parmis l'herbre plus la pluie devenait forte. À croire qu'un lac entier leur tombait sur la tête. Rapidement, le sol se gorga d'eau rendant celui-ci mou et instable.

Ce ne fut qu'après une dizaine de minutes qu'il arriva à la porte de la cité. Avec le nouveau mécanisque, il suffisait de touché la porte à n'importe qu'elle endroit afin que celle-ci s'ouvre. Puisqu'avec l'ancien mécanisme, il aurait été impossible pour un démon d'ouvrir les portes. Et cela était plus malcomode étant donner que c'était désormais eux qui tenait la cité. Lorsqu'il traversa l'entré, il remarqua les torrents d'eau qui dévallait les rues maintenant morte. Remontant lentement vers le nouveau palais, il remonta tout le chemin. Sur sa route, les démons mineurs qui l'entendait venir allait immédiatement ce caché de peur d'être sur sa route. Avec la pluie, il entendait mal ce que ceux-ci se disait mais il n'y portait pas réellement attention. Et puis pour l'instant, son estomac criait famine. Il devait mangé quelque chose, mais après tout cela pouvait attendre encore un peu.

Le sol tremblait de plus en plus alors qu'il s'approchait tranquillement des portes du palais royal. Il commençait même à entendre de petits cris, probablement des démons mineurs qui souhaitaient partir avant son arriver. Montant lentement les marches menant aux portes, il remarqua deux ombres en haut de celle-ci. Plus il s'approchait et plus il fut en mesure de reconnaître ses ombres. La première était celle-ci de Sappho, l'un des générals, tout comme lui. Tandis que la seconde, était réellement une ombre. Il s'agissait d'Iblîs, le seigneur des ombres en personne. S'accroupissant afin d'être plus près d'eux, les flammes sur son corps continuait de brûler malgrés la pluie.


- Que fais-tu ici Sappho... Tu attend quelqu'un peut-être ?

Observant la jeune succude, celle-ci semblait être à moitier présente. Comme si son esprit était ailleurs. Et étrangement, cela le dégoutait et il ne savait pas pourquoi. Tournant légèrement son regard vers Iblîs, il observa le sorcier des ombres durant quelques secondes avant de reporté son attention sur la succube, attendant une réponse.
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Iblîs Nemrodus
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MessageDim 23 Mai 2010 - 10:16

Passé l’habituel temps de silence qui suivait chaque parole prononcée, Iblîs réagit assez vite, en fin de compte. En tous cas, plus vite qu’il n’avait l’habitude de répondre habituellement. Comme bien souvent lorsqu’il s’agissait de Sappho ou de celles qui lui avaient donné naissance. Et il fallait, en vérité, que le démon soir se sente bien proche d’elles pour parler sans réfléchir dix minutes à chaque réponse…

« Normale ? Normale ? Normale ? Et depuis quand es-tu normale ? Tu n’es que Sappho, la Faux qui Danse. Et ou je me trompe fort, ou cela implique deux conséquences. »

Iblîs tendit sa longue main blanche et saisit une chose rouillée qui traînait à terre. Examen fait, il s’agissait d’une large lame de cimeterre, déjà bien abîmée par la pluie et le sang qui la maculait. Vestige de la guerre, bien inattendue dans la main du sorcier. Elle ne semblait pas vraiment à sa place dans la main blanche qui la tenait, dont les longs doigts fins semblaient plus tenir de l’araignée que de la poigne du guerrier. Non, Iblîs n’avait rien d’un combattant, et le voir ainsi tenir une lourde lame avait quelque chose d’aussi incongru qu’une baguette de chef d’orchestre dans la main de Conan le Barbare. Si vous l’ignoriez, il s’agissait d’un chef de bandits Elnihïms réputés qui sévissaient en Terres d’Erestrée : vous croyez que j’aurais glissé une référence pour le plaisir d’en faire une ? Comment çà, « évidemment » ? Pourquoi n’y aurait-il pas un chef de ce nom ?

Mais pendant que je m’égare à parler de questions sans intérêt, nous perdons le fil de la discussion. Entretemps, Iblîs a placé la lame verticalement devant son visage, et seule une moitié en est visible. Sur cette moitié de visage, un immense sourire est apparu. Sans retenue, sans hostilité, et pourtant …. il vous glace, ce sourire trop large, ce sourire qui n’éclaire pas les yeux. Car il a quelque chose de trop lisse, de trop proche d’un masque de carnaval. Mais les masques ne font-ils pas partie eux aussi du royaume de la Nuit ? Car c’est au coucher du soleil qu’on sort les fards et les mascaras, qu’on recherche de la danse le mascaret, et que commence la mascarade !!

« La première » chuchota avec douceur le masque souriant, « c’est que tu es totalement libre, Sappho à la Faux. Ni moi, ni personne ne peux t’ordonner quoi que ce soit. Soumets-toi au Haut-Roi si sa quête est la tienne ou s’il te donne un pouvoir désiré, mais ne te vends jamais. Si qui que ce soit tente de te lier, fais-lui se souvenir dans le sang que notre seule loi est de toutes les violer. Hais avec fureur, aime avec folie, trahis avec froideur, tue avec passion ! Pourquoi ? Pas de raison. Juste celle d’être Sappho, Sappho des Démons ! »

Avec le dernier mot, vint un geste vif d’Iblîs. La lame du cimeterre pivota sur elle-même, voilant le masque au sourire. La seconde partie du visage avait une expression complètement différente. Les lèvres plissées en une ligne mince, cette moitié de visage-là avait une expression amère, haineuse même. Lorsqu’il parla, la voix n’était plus soyeuse, mais cinglante, métallique, et une pointe de magie la rendait aussi insupportable qu’un crissement d’ongles sur un tableau.

« La seconde » dit durement le masque, « c’est que tu ne pourras jamais échapper à ce que tu es. Et cette chose là est plus dure que n’importe quelle loi. Si tu tentes de changer, ce que tu es te rattrapera. Tu n’es pas une élémentaliste égarée, tu es une Succube, et l’envie de sang et de meurtre ne te quittera qu’avec la vie. Tu détruiras toute ta vie, y compris ce que tu voudrais protéger. Pour toi, il n’y aura jamais rien d’autre que cette Faux, pour toi, il n’y aura jamais de pardon. Pourquoi ? Pas de raison. Juste celle d’être Sappho, Sappho des Démons ! »

Comment dépeindre l’ironie mordante, la méchanceté gratuite qui emplissait les derniers mots ? Ils étaient purs venins, frappant là où ils feraient mal, sans retenue. Ils rappelaient que derrière le masque de douceur et de réflexions philosophiques, Iblîs lui aussi restait un Démon dans le plus affreux sens du terme : un être se nourrissant de tout ce qu’ils pouvaient détruire. Certains préféraient tuer les choses ou prendre simplement des vies. D’autres, plus insidieux, tordre et abîmer les êtres … ainsi avait-il cru déceler une faiblesse chez Sappho. Et sans même prendre la peine de vérifier s’il se trompait ou non, il y avait frappé de toutes ses forces.

Il y eut un silence qui suivit, un de ces silences lourds et pesants qui suivent les disputes. Puis lentement, la main blanche s’ouvrit et laissa échapper la lame, qui chut à terre dans un bruit métallique. Et voilà qu’en tombant, elle dévoila qu’Iblîs n’avait pas eu deux expressions différentes à la suite. Non, le sourire soyeux du premier masque et l’expression haineuse du second existaient ensemble. Ni l’une ni l’autre n’éclairait ses yeux morts. Ils n’inspiraient pas de vie à ce visage, elles le tordaient juste en un mélange de sentiments factices. Les deux parties du masque se fondaient en une mosaïque hideuse, et jamais Iblîs ne paraissait plus éloigné des humains que quand il essayait de feindre leur capacité à ressentir l’émotion.

« A soi-même on n’échappe pas, quand on est des nôtres » acheva lentement l’homme noir, et la violence avait déserté sa voix, la laissant creuse et terne. « Pas même moi. Pourquoi ? Pas de raison. Juste celle d’être Iblîs, Iblîs des Démons. »

Il y eut une pause, infime. Dans ce silence, la pluie qui tombait du toit parut se changer en un rire sarcastique. Elament n’était pas détruite : mutilée, violée, brisée, mais toujours là, elle se moquait encore de ses vainqueurs, se contentant d’être le théâtre de leur folie, de leur drame. Un silence … puis :

« Comme nous tous. Tiens, par exemple, toi qui nous regarde, qui es-tu ? »

La dernière question ne s’adressait plus à l’enfant succube. Elle était portée un peu plus loin, au démon qui les regardait. Et le regard sans reflets du prince noir cessa enfin de scruter l’enfant pour s’attacher, fixe, à leur nouveau visiteur, tandis que son visage reprenait lentement son habituelle absence d’expression.

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Sappho
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MessageLun 24 Mai 2010 - 19:49

Thème Musical : Yonah ~ piano version ~

" Tu es au moins aussi normal que moi il me semble. Voir moins. "

Un petit sourire lui était revenue. C'était irrésistible de dire cela. Il lui avait, comme on disait bassement, tendu la perche. Facile... Comme la lame qu'il tenait à la main. Qu'est-ce-qu'elle venait faire là, celle-la ? Pas normal. L'incompréhension balayait son visage, à Sappho. Deux conséquences... Deux visages ? C'était trop simple. Elle observa son manège : son sourire figé d'un côté, blanc. Un sourire qui fait frissonner. Sans âme. Un sourire de démon. Elle le regarda. Elle l'écouta. Faux est redevenue une élève ? Faux écoute. A la fois, elle refusait ses propos. A la fois, elle les acceptait. Un démon ne se pose pas tant de questions. Depuis quand Faux se pose autant de problèmes à elle-même ? Hais. Aime. Trahis. Tue. Simple ? Théoriquement, ça l'était. Mais Faux avait aimé avec passion, avait tué avec froideur et avait trahis avec folie.

Non, Faux n'était pas vendue au Roi. Elle avait un pacte, qu'elle ne pouvait trahir tout en restant ici. Si elle voulait vivre et ne plus être aux ordres de l'Effrit, elle devrait sûrement partir. Alors elle était à la fois libre et captive. Libre, Faux qui Danse ? Faux aimerait. Lorsqu'on est né démon, on n'est pas totalement libre. On est obligé de se défendre au moins, de se battre au pire. Mais sa première conséquence était tout de même bonne à entendre. C'était plus agréable que ses pensées. Libre... Elle pouvait tout de même choisir alors ? Mais la seconde claqua dans son esprit comme un fouet. Si bien que son air attentif disparut. Ses yeux expressifs se fermèrent, puis se rouvrirent en cherchant dans le ciel gris une réponse autre. Détruire. Toutes les phrases d'Iblîs s'enfoncèrent cruellement en elle. C'étaient ses pensées profondes qu'il formulait. Et ça faisait mal. Terriblement mal.

Mais c'était la vérité. Et c'était ça aussi, la plus douloureux. Un démon ne peut pas protéger. Un démon ne peut pas vivre autrement qu'en ôtant la vie. Un démon détruit. Un démon ne peut demander de pardon. Un démon n'est pas censé... rechercher une rédemption quelconque. Encore moins sentir une culpabilité détestable. Pourtant... était-ce faux ? Alors ce qu'elle pensait était faux aussi ? Elle voulait le protéger, mais au final, elle l'avait détruit, bien sûr. Pourtant. Non... Elle avait hésité. Elle avait retenu ses coups. Cela avait-il de l'importance ? C'était peut-être un hasard. C'était peut-être juste de faux-semblants. Elle aurait voulu protester contre ce qu'il disait. Elle eut juste le courage de former le mot avec sa bouche, dans un souffle. Non. Cela devait être faux. Si elle voulait garder un espoir, aussi infime soit-il... De l'espoir, chez les démons ? Pff pathétique.

Et pourtant. Finalement, elle avait réussi, non ? Il était sauf. Elle l'était. Certes, c'était un peu un hasard. Il n'aurait pas dû la sauver. Il l'avait fait tout de même. Il avait désiré les ténèbres, dans un instant fugace... Il avait pansé ses blessures. Il l'avait empêchée de mourir. Il avait maintenu la vie en elle... Cela aussi, était-ce faux ? Ses derniers mots se gravèrent dans son esprit, sans qu'elle le sache. On n'échappe pas à soi-même, lorsqu'on est un démon. Sappho des Démons. Iblîs des Démons. On nait, on est, on reste un démon. Toute sa vie. Seule la mort retire cette folie. Mais au milieu de son silence, sa leçon finit, alors que Sappho fixa ses yeux dans ceux du démon, à la fois implorante et révulsée, dans un murmure qui ne s'adressait qu'à lui, révolte à ses paroles :


" Je veux protéger quelqu'un. Cette personne m'a pardonnée... Pourquoi ? Y a-t-il une raison à cela ? "

C'était peut-être, comme on disait, l'exception qui confirmait la règle. Ou alors... ou alors la loi n'était peut-être pas si imperméable que cela. Mais Faux se redressa brusquement. Elle avait entendu Kaomael. Ce Général Worsh. Vulcain de son état, il pouvait se targuer de pouvoir approcher du Roi sans crainte. Elle changea son visage comme elle put : un sourire simple à la face. Faux. Faux ses yeux ternes. Faux son visage sale. Faux le sang sur ses vêtements. Faux tellement Faux. Et son bracelet orné d'une améthyste qui émet un petit bruit métallique. Rien à côté de la lame qui avait heurté la pierre. Et le visage double d'Iblîs... Tout les démons étaient donc double ? Libres de choisir... Mais prisonniers de leurs désirs primaires ?

" Kaomael. " Elle tourna un peu la tête et jeta un coup d'œil à Iblîs. " Pff je ne faisais que jouer sous la pluie avec mon grand père tiens... " Son sourire était plus vrai déjà. Ses yeux pétillèrent d'un éclat moqueur. C'était plus facile d'être ainsi. Plus facile de faire la succube. C'était sa nature après tout. Alors tuer et massacrer, jouer, se moquer, agir avec cruauté... c'était plus simple que d'essayer de protéger. D'essayer de sauver quelqu'un. Mais elle dut porter sa main à sa bouche lorsqu'elle toussa du sang. Quelque chose lui disait que cette blessure à son bas-ventre mettrait du temps à se refermer, et que ce serait très douloureux. " Saleté de vermine... "

C'était un satané insecte aqua qui lui avait fait ça. Certes, c'était de sa faute. Elle avait fait exprès de se laisser frapper pour le sauver. Mais tout de même. L'honneur quoi. Il n'était pas vraiment sauf.

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Iblîs Nemrodus
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MessageMer 16 Juin 2010 - 8:21

Paresseusement, Iblîs leva la tête et goba au passage quelques gouttes de pluie. Elles ne lui laissèrent pas grande impression. Il n’était pas le sens du goût, ni celui de la température. Le goût horrible et le froid glacial de cette pluie ne signifiait pas grand-chose pour lui. Seul lui vint le petit choc de la goutte sur sa langue, et la vague perception de la magie qui l’imprégnait faiblement, comme toute chose en ce monde. Composé subtil de matière, légèrement altérée par les traces de sorcellerie démoniaque. Une pluie d’Elament prisonnière.

Ce n’était pas une goutte, c’était une larme.

Et puis, en arrière-goût, cette sensation étrange, étrangère aux sens des mortels. L’infime trace de magie divine qui imprégnait la quasi-totalité de la création. Elle lui brûla légèrement la gorge, comme le brûlait n’importe quel aliment de ce monde. Frôlement glacé et léger à la fois, qui évoqua un instant dans son vieil esprit le souvenir de géants de vapeur et de glace mêlée. Les acrolechs, comme ils les avaient nommés dans l’ancienne langue démoniaque. Les soldats de magie pure, éveillés par une entité divine, par la volonté d’Aqua lui-même. En quel temps ancien, presque effacé de sa mémoire, les avait-il affrontés sur un champ de bataille, encore porteur d’une armure rougeoyante ?

Entre ses paupières plissés, le démon porta un long regard sur la cité blessée.
Autre temps, autres guerres …


Autres guerriers aussi – et son regard revint sur Sappho. Mais le monde n’était plus aussi simple. Ce n’était plus seulement le jour contre la nuit, engagés dans une guerre aveugle. En éveillant les peuples mortels à la vie, peuples dont les Succubes et Incubes avaient été la réplique, les dieux avaient soudain complexifié la trame de l’avenir. En leur accordant le libre arbitre, ils savaient créer les contestations, les envies, les avidités … les trahisons, les changements de camp, les transfuges, qu’ils soient traîtres, idéalistes ou suivant simplement des circonstances qui les dépassaient. Plus simplement, ils avaient introduit le doute là où il n’y avait que des certitudes.

Ils avaient aussi créé les cas de conscience… et Iblîs n’enviait pas ceux qui devaient y faire face, comme en ce moment.

Oh, Sappho n’avait pas mentionné avec qui elle semblait avoir ce genre de problème. Mais sans compter qu’aucun démon n’usait de ce mot, sauf en plaisanterie, cela ne lui poserait pas un tel problème existentiel si c’était avec un des leurs qu’elle avait ce genre de relation. Et plus encore, elle n’aurait pas fait attention à éviter de mentionner son nom. Donc, il s’agissait de quelqu’un avec qui elle n’était pas censée autoriser de lien. Une personne ... un élémentaliste.

« Tu me demandes à moi ? » rit doucement Iblîs, et le venin s’était envolé de sa voix. « Aucune idée. Oublier ou pardonner, on fait entre ces deux termes une différence qui m’échappe un peu. Pour une raison qui touche à ce genre de choses, es-tu sûre de t’adresser à la bonne personne ? »

Il entreprit de se lever – et l’opération parut interminable, comme s’il n’en finissait pas de se déplier. Une fois parvenu en position debout, il s’étira. La pluie ruisselait toujours sur les deux démons – à la différence de Kaomael sur qui elles s’évaporaient instantanément. Elle semblait même redoubler de violence, rageuse, une rafale après l’autre. Iblîs tournait le dos à Sappho, le visage invisible, mais sa voix fut clairement perceptible par-dessus le bruit du vent.

« Une chose encore, Sappho … pour protéger quelqu’un, tu auras besoin de pouvoir. N’oublie pas de t’y consacrer. Parce que selon comment tu agiras, tu devras peut-être bientôt protéger cette personne de moi. »

Lentement, très lentement, il se retourna et adressa un sourire à l’adolescente. Puis il salua Kaomael de la tête, et s’engagea dans la zone d’ombre sous les arcades.

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Sappho
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MessageVen 16 Juil 2010 - 22:28

Parlait-elle à la bonne personne ? ... Cela avait-il une quelconque importance ? Entre démons, on ne parlait jamais à la bonne personne. Puisque la confiance tait pour la majorité un concept abstrait, alors elle ne risquait pas de trouver d'oreilles inattentives ici bas. Mais Nemrodus n'agissait pas avec le Roi, en tout cas, il s'en éloignait le plus possible... désintérêt ? Elle ne le savait, et n'avait pas vraiment envie de le savoir en fait. Mais malgré ce qu'elle venait d'avouer à demi mot, elle ne craignait pas de retombées. Pas de sa part. Kaomael était peut-être plus dangereux de ce point de vue. Mais il n'avait pas entendu assez pour savoir.

Elle ne s'était jamais excusée. Pas de regret, pas de pardon. C'était normal, après tout. Qui imaginerait un démon se répandre en excuses ? Êtres maléfiques par excellence, ils n'avaient guère besoin de conscience et d'états d'âmes. Sappho n'avait pas de regrets, elle avait juste un goût amer et une impression sale. Sale, c'était le mot pour décrire cette sensation. Poisseux. Putride. Un petit sourire éclaire sa face cependant, et du tac au tac, elle répond.

" Après réflexion... quelque soit le sujet, tu es sûrement le pire interlocuteur qui soit. "


Mais il se lève, s'apprêtant à partir. Alors c'est tout ? Sans doute va-t-il s'enterrer quelque part loin de tout, et elle ne le reverrait pas avant un an ou deux, mais au fond... Iblîs était bien une Ombre. Passant de ci de là, fuyant le jour en s'y étendant, habitant la nuit en la conquérant, jamais il ne s'éternisait, jamais il ne tergiversait. Toujours il laissait derrière lui cette impression glaciale et terrifiante. La certitude que malgré son apparence fragile et intangible, irréelle, l'Ombre pourrait nous dévorait et nous détruire, avec la même facilité qu'un enfant écrasant une fourmi. C'était du moins, l'idée de la succube.

Elle se retourna pour le regarder partir, avec un regard d'enfant, essayant d'oublier la douleur qui lui vrillait le bassin. Normalement, ça guérirait vite. Peut-être. Elle l'espérait. Elle n'en savait rien. Figée, elle coute une sentence qui n'en est pas une, une punition qui lui échappe. Devoir protéger... de lui ? D'iblîs ? Etait-ce du troisième degré ? ... Non ? Vraiment ?! Dommage, ça ferait une chouette boutade pourtant. Car même en rêve - pardon, en cauchemar - Sappho avait du mal à s'imaginer rivaliser avec celui là. Folle on a dit, pas suicidaire. Au mieux, elle parviendrait à s'enfuir. Alors protéger quelqu'un ? Impensable. Mais elle clôt ses yeux et son sourire reste. Inspire à fond, Faux, même si ça fait mal.


" De toi, vraiment ? On pourrait enfin jouer ensemble Iblîs ? "


Triste, sa voix ? Oui, il semblerait. Car elle se voit encore incapable. Encore faible. Pitoyable démone qui pensait ne pas craindre la mort. Aujourd'hui, qui la fuit pour de simples mots jetés aux Vents. Il lui faut toujours gagner en puissance. Apprendre les Ténèbres. Arcanes sombres s'il en est, il lui faut les maitriser. Absolument. Nécessairement. Lysiasement.

Iblîs est loin déjà, du moins hors de leur vue, lorsque Faux daigne se lever, tremblante et trempée, rouge et grise. Pourtant elle se lève. Regarde l'horizon. Ses cheveux désormais mi longs coulant sur sa peau. Elle entend des pas dans son dos. Un incube à ses ordres s'approche, les dents serrés, mesurant le risque vital qu'il y a à se trouver au même endroit que deux Généraux. Il balbutie que Dame Faux est blessée. Qu'elle devrait se reposer si elle ne veut pas laisser sa place à autre. Avec un petit rire douloureux, elle hoche de la tête, et se tourne vers le Palais. Avec une simple phrase pour l'autre témoin, celui qui écouta et assista à tout cela.


" N'essaie pas de comprendre mes dires Kaomael l'Ardent. Moi-même, je ne parviens pas à y voir clair. Et de toute façon... " Douleur aigüe. Rictus de souffrance. Soupir résigné à passer des heures alitée. " de toute façon, tu n'oserais pas t'en prendre à moi. "

C'était dit avec l'assurance des fous. Folie diluvienne, comme cette pluie. Pluie qui faiblit, pluie qui s'arrête. Et quand Sappho est sous les arches majestueuses et calcinées... un arc-en-ciel nait.

Spoiler:
 

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