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 [Clos] Tombes vides et coeurs misérables

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Ruby
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MessageSam 3 Avr 2010 - 19:27

Arrow Premier rp de l'Âge Sombre

Elle aurait pu pleurer, si son coeur n'avait pas été aussi sec.
Là, sous un ciel vierge de nuage, piqueté de millions d'étoile, elle était une chandelle à la blancheur masquée par une cape d'une noirceur d'encre, la dissimulant parfaitement dans la nuit souveraine. Quelques longues mèches de cheveux s'échappaient de sa capuche, traçant sur la trame des rayures de lait, comme des lascérations divines dans la trame parfaite des ombres. Aucun sourire ne venait briser l'altier de son visage, porcelaine figée aux yeux froids. Ces deux émaux plus rouge que le sang fixaient un carré de terre retourné à ses pieds, nus comme toujours. Elle soupira et porta sa main à sa poitrine pour apaiser la douleur qui lui vrillait la cicatrice.

Cette maudite blessure ne se calmait pas, elle pulsait, comme un second coeur dans sa cage thoracique, parfois brûlant parfois lancinant, lui rappelant son échec, constamment. La honte la submergea, et elle pleura à chaude larme, sanglotant, laissant à son coeur mort le soin de réssuciter sous les vagues d'une peine plus vaste encore que tous les océans de ce monde. Elle tomba à genou, puis sur les fesses. Sa capuche - traîtresse - prit le vent et se rabattit, laissant à la nouvelle-lune la possibilité de baigner son visage. Des serpents bifides rampaient sur ses joues, les nettoyant de la poussière que le voyage jusqu'ici avait déposé.

Car il avait fallut marcher longtemps, dans les ténèbres amicales, pour parvenir jusqu'ici. Cela ne faisait pas un an, qu'il était mort, mais cela faisait trois ans qu'ils se connaissaient. Elle n'eut pas le courage de formuler son nom dans sa tête, tant son souvenir la hantait. De tous les rapports qu'elle avait entendu, celui de sa mort avait été le plus difficile. Elle avait fermé son coeur à clef et n'avait pas pleuré devant ses gardiens, elle ne pouvait se résoudre à se laisser aller à une nouvelle faiblesse. Seulement, cette journée avait trop d'importance à ses yeux pour qu'elle y coupe, et c'est avec une résolution ferme qu'elle avait quitté l'île en catimini, confiante en ses pouvoirs, laissant un mot.

" Je reviens demain. "

Elle ne pouvait les abandonner. Elle ne le ferait jamais. C'était à elle de veiller sur eux, et elle le ferait, mais... il fallait qu'elle se recueille sur cette tombe vide, ce soir là. Tout le reste - les larmes, le chemin - n'avait été que superflu. Elle ne pouvait oublier la blancheur de ses cheveux, le teint de son visage, le bleu si intolérable de ses yeux. Et le cristal qui ornait son front... Elle chérissait précieusement ce dont elle se rappelait. Sa voix, les dernières paroles qu'il lui avait dite... Le soir où ils avaient partagé leur sang, se liant à tout jamais, elle avait aimé le goût salé de son ichor. Mais son frère était mort, et c'était tout ce qui importait.

Du revers de la main, elle essuya ses larmes, et posa un regard dédaigneux sur la tiare qui marquait l'emplacement : sa tiare, à elle, ancien symbole de sa puissance, dans son clan, qu'elle avait trouvé dans une boutique d'Elament, et avait voulu porter pour montrer sa nouvelle résolution de bien faire les choses. Voila à quoi tout cela avait servit : à signer un lieu de recueillement, à souligner une haine qui, maintenant, ne s'effacerait plus jamais. Le nom du démon qui avait tué son frère, elle le connaissait : Senector. Ces syllabes avaient une saveur particulière. Elle n'émit aucune prière, et se releva, le coeur lourd.

Elle remonta sa capuche sur son visage, dissimulant sa blancheur laiteuse qui était comme un phare, même dans la nuit. Autour de la tombe, elle ne laissa aucune empreinte, et seuls les lièvres sauvages l'avaient aperçut. Elle se retourna, fit deux pas et se baissa précipitamment, certaine d'avoir aperçut un mouvement à l'orée de sa vision. Ruby tendit l'oreille, et ouvrit grand les yeux : ses prunelles se dilatèrent et des crocs poussèrent sous sa lèvre supérieure. Difficilement, elle retint un grognement bestial, et attendit avec une patience que signifiait l'expérience.

Là. Oui.
Il courait et son pas était leste, silencieux, comme une ombre. Sa respiration le trahissait, et l'odeur salée de sa sueur dans le vent. Elle s'approcha à ras du sol. Il passa à portée et elle bondit, prête à donner l'hallali...

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Dernière édition par Ruby le Lun 14 Fév 2011 - 16:29, édité 1 fois
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Lysias
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MessageLun 5 Avr 2010 - 12:00

8 mois après la Chute de la Cité…

MISERABLE

Sombre est la nuit qui plane sur la Ténébreuse alors qu’un chant lugubre s’élève dans les airs.
C’est un son indéchiffrable où se mêlent des chuchotements à l’infini, que se répercutent les arbres entre eux. Certains perçoivent cette étrange mélodie, pendant que d’autres y restent sourds, et c’est un air qui semble suivre de loin, les mouvements d’un être qui se faufile aussi vite que ses yeux aveugles, parviennent à anticiper les obstacles nocturnes.

Par plusieurs fois, Lysias est obligé de marquer une pause pour reprendre son souffle et se concentrer à faire taire son élément qui lui, ne demande qu’à se manifester. Comme ses larmes au vif souvenir du sang noir de Thanis qui coule encore le long de ses doigts, au souvenir poignant de la disparition de Caliel, à l’image de la violence, de la torture, et de la mort. Sappho. La culpabilité… images si fraiches et blessures invisibles qui marquent encore au fer, le cœur d’un jeune nymphe probablement oublié de sa cité mère. Mais le temps ne laisse pas de place à l’expression de tels ressentis, à l’égard de quelqu’un qui file comme si en dépendait sa propre vie. Qui court, encore et encore, repoussant probablement les efforts de son corps dans ses derniers retranchement, parce que la seule chose qui le tient en haleine désormais, c’est qu’au-delà de la vie au jour le jour, il faut vivre pour voir de quoi sera fait le lendemain. Ainsi l’a dit un elfe, autrefois, lorsque le temps avait encore son mot à dire.

Ne te retourne pas.
Parce que tu es libre de partir, libre de rester.

Et qu’à choisir, je préfère vivre que mourir. Là bas dans la cité, une Faux déplorera son départ, autant que le fugitif lui-même. Mais c’est un accord tacite entre eux depuis leurs débuts, et tous deux savent que l’un d’eux n’a pas sa place parmi les noires ténèbres. La seule chose que l’Aera sait, c’est que leur histoire n’est pas finie, tout comme lui-même ne l’est pas. Il lui manque quelque chose, et cette nuit, Lysias est sorti en fraude de la cité pour le retrouver. Dans cette fuite, il sait qu’il y joue sa vie et sa mort et que sur ce maigre fil qu’il mise, son lendemain est incertain ; incertain, mais peut-être, différent des jours derniers… Alors dans l’ultime espoir de ce changement, un nymphe court, court pour aller chercher cette nouvelle page qui s’ouvre à lui, court parce qu’il veut vivre et construire l’aube prochaine, sans avoir à la subir.

Le vent souffle et balaye la sueur qui suinte ce corps malmené depuis des heures, et Lysias trace droit son chemin ignorant encore la destination qui lui est réservée. Ses mouvements s’inscrivent peut-être dans l’élégance, mais il sent qu’il a perdu en endurance, et son corps plus maigrelet qu’avant, s’active douloureusement. S’il s’arrête maintenant, il ne trouvera plus le courage de se relever, et c’est la raison pour laquelle il n’abandonne pas encore la partie, jusqu’à ce qu’un poids s’abatte brutalement sur lui, lui coupant net le souffle et l’écrasant au sol sans qu’il n’ait eu le temps de couvrir ses arrières. Ses poumons, trop brutalement comprimés, relâchent l’air accumulé, lui arrachant un grognement sourd. Sa vue se double un instant, puis elle se voile.

Ainsi se termine piètrement la vie d’un idiot qui a tenté n’importe quoi pour s’échapper de la cité… Face aux crocs d’un nouveau démon, des pupilles dilatés. Mais cette course en valait la peine, s’efforce-t-il à penser dans le bref étourdissement qui le saisit ; oui, elle en valait la peine, parce que la sensation de courir en toute liberté, la sentir à portée de main et la vivre pendant ces derniers instants… elle est unique. Un mince sourire étire les lèvres du nymphe qui ouvre les yeux, faisant face à son adversaire. Il mourra libre, comme un nymphe laissé libre dès les premiers jours de sa vie. Libre, entièrement libre. Et tandis qu’il fixe droit dans les yeux celle qu’il prend pour un être de l’obscurité, il la fixe d’un regard qui ne cille pas, prêt à lui laisser porter le coup qui probablement sera le dernier qu’il accusera en restant aussi conscient.

Etalé au sol et incapable de prononcer un mot sans s’étouffer, Lysias relaisse tomber la tête en arrière, fixant le misérable pan de ciel visible d’entre les branches, ce ciel perforé d’étoiles cachant le jour qui s’y trouve juste derrière… Et l’air envahit un instant les alentours, l’air non pas en temps que douce brise, mais en tant que mélodie, air lugubre et intense à la fois. Tout ce qui se trouve à sa portée ne devient plus que son, le chant de l’Air où se mêle la voix de la nature, avant de se dissiper en une brise légère. C’est un étrange murmure amplifié qui n’a duré qu’une portion de seconde, mais Lysias est content de l’avoir sentit aussi clairement, cette fois. Misérable, mais libre.

-C’est injuste… murmure-t-il dans le vide, sans quitter les étoiles des yeux. –De quel droit… oui, de quel droit, est-ce qu’on peut décider… si quelqu’un aura le droit ou non, de voir de quoi sera fait le lendemain…

Les forts ont le droit, sur le détriment des faibles.
Vu ainsi, la hiérarchie parait tellement impitoyable.

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Ruby
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MessageMar 20 Avr 2010 - 16:01

Light the Way † Interlude

La voix arrêta instantanément sa main meurtrière, alors que son faciès reprenait la froideur qui La caractérisait. Elle retenait sa respiration, les muscles tendu, tandis que son cerveau analysait les mots, les paroles, leur attribuant un sens. Elle se redressa enfin lentement, les muscles toujours bandés, prêt à répliquer au moindre geste. Assise sur lui, les doigts serrés sur sa gorge, ses griffes démesurées jouant avec sa peau, promettant la mort, la Dame ne clignait pas des yeux, concentrée à sa tâche. Mais Rien, elle garda l'immobilité, jusqu'au déclic dans sa tête.

Elle expira l'air de ses poumons avec la discrétion d'un flocon qui tombe, la tension redescendant plus vite qu'elle n'était montée. Sous elle, tout se justifia : ce n'était pas un démon qui profane une tombe vide, mais un innocent qu'il fallait sauver. Depuis quand était-elle une sauveuse ? Un mince sourire s'esquissa sur ses lèvres, la réthorique d'un mort prenant sa place dans sa tête. Mais il y eut un autre bruit, et elle se baissa, recouvrant sa proie d'un instant et elle-même de la trame sombre, étoffe fuligineuse, son visage proche du sien. Elle patienta, comptant les battements de son coeur, et du sien, jusqu'à ce que son horloge se calme.

Les yeux fixés dans le vide, les doigts crispés sur la terre, elle était toute entière concentrée sur ses sensations. L'herbe lui chatouillait les coudes, alors qu'au loin, le chant délicieux des étoiles l'appelait à elles. Elle leur ferma son coeur et tendit encore l'oreille. Etait-ce un grognement ? Non, juste le ventre de son protégé. Il n'y pouvait rien. L'odeur de sa sueur lui montait aux narines. Elle l'aimait bien, propre, sauvage, justifiée par l'effort et non par le manque de soin. Une pulsion venait du plus profond d'elle-même voulu qu'elle le serra dans ses bras, mais elle se retint.

Elle releva la tête lentement, pupilles entièrement dilatées, cherchant le moindre mouvement. Rien. Une nouvelle fois. Son imagination lui jouait-elle des tours ou d'anciens démons venaient-ils la hanter ? La soirée n'était pas propice aux caprices de son esprit, ce n'était pas non plus l'endroit pour de telles fadaises. Elle musela tout cela au plus profond d'elle-même, dans une écrin de pure malice qu'elle ferma à double tour, se promettant d'y jeter un coup d'oeil plus tard. Ou jamais.

Mais les promesses étaient comme les droits et les privilèges : ce n'était que masques de brume sur le visage flou d'une icône anonyme, en somme, une chimère. Elle aima cette idée.


" Il n'y a nul mérite à avoir ce droit. On l'a, c'est ainsi. Si cela te semble inégal, forge ta propre justice. " Elle se releva, et lui tendit la main, l'invitant à se relever. " Cesse tes pleurnicheries " murmura-t-elle, alors que ses joues portaient encore les traces traitresses de son deuil. " Et fait tout ce qui est en ton pouvoir pour changer les choses. Tu mourras peut-être sans y parvenir, mais au moins, tu mourras dans l'honneur, pour peu qu'il importe ici bas. "

Elle se sentait plus légère. Etait-ce pour avoir déposé sa peine sur un carré de terre ou pour avoir pleuré aux cieux ? Elle ne parvenait pas à se décider, et cligna des yeux, chassant des poussières imaginaires qui auraient pu faire venir dans ses orbes l'éclat mordoré qui y luisait. La Dame le saisit au poignet et le tira à elle, courant à ras du sol, vers l'orée de la forêt éloignée. Ses pieds nus n'éveillaient que peu d'échos aux herbes humides, et la terre spongieuse ne trahissait pas son talon. Elle semblait un morceau du puzzle du vaste monde, entière, altière... traînant derrière elle, plus léger qu'un papillon, une esquille de futur, les forges de leur deux poitrines battant d'un même marteau.

Elle força leur rythme encore sur une bonne distance, pénétrant facilement sous les arbres, se baissant quand il le fallait, levant haut le pied si nécessaire. Elle bougeait comme les branches sous le vent, avec fluidité, et prestance, et elle s'arrêta brutalement, le tirant à elle une nouvelle fois, ne s'excusant pas de la course, ne s'excusant de rien. Elle le plaqua contre le bois, mit sa main sur sa bouche et planta ses yeux dans les siens. Et sa beauté la frappa.

Mais qu'était-elle, cette magnificence, dans un monde tel que le leur ? La perfection était ici bas un colifichet que l'on donne, pour peu qu'on lui accorde de l'importance. Mais ces yeux verts, et ces cheveux roux... Tout cela lui rappelait quelqu'un, bien que la chroma du tableau fut totalement différente. Titillante, elle l'invita à se baisser, s'agenouillant, mais elle garda le silence, retirant sa main, lui laissant le soin de s'exprimer avec la discrétion qui était de mise.

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Lysias
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MessageMer 21 Avr 2010 - 21:24

C’est étrange.
Etrange d’attendre la seconde de sa mort et avoir l’impression qu’elle ne vient jamais. Et attendre encore.
Le nymphe, de son côté aussi, n’est attentif que sur ce que perçoit son propre corps. Puis il finit par poser son regard sur son agresseur, -une agresseuse en fait-, dont la pâleur est la première chose qui lui saute aux yeux. Il a encore face à lui, ces pupilles noyées dans un rouge ardent, des pupilles qui trahissent une vigilance accrue, aux aguets de la moindre stridulation dans les airs. Et ils restèrent ainsi durant un moment qui semble figé dans le temps, mais où le monde continue à vivre, où la vie regorge dans chacune des brindilles éparses qui jonchent le sol… Peu à peu, Lysias sent de nouveau l’odeur de la terre lui imprégner les sens, la faim qui gronde entre ses côtes, et il se relève s’aidant de la main tendue, ne prenant pas le temps de s’examiner en prenant tout son temps, comme il en aurait eu le premier réflexe, jadis.

Mourir dans l’honneur, mourir en tentant de changer l’ordre des choses, ce sont là des paroles d’un soldat, d’un guerrier qui forge son épée au rythme des batailles. Lysias se demande alors, ce que vaut l’honneur face à un champ de morts. A quoi bon compter sur l’honneur, si au final, c’est pour en mourir. Néanmoins, il tait ces pensées et observe cette inconnue qu’il n’identifie en rien. Une inconnue dont les larmes ont strié ses joues claires, et qui lui intime de ne pas pleurnicher. Il ne la connait pas, et rien ne l’empêche de commencer à se plaindre d’un ton outragé, mais cette voix recèle à la fois une certaine prestance et fragilité…

…qui empêchent le nymphe d’y philosopher dessus puisqu’il se retrouve à courir derrière son propre poignet. Où se trouve sa destination, ce n’est pas vraiment son souci du moment, mais se laisser envahir par cette sensation de vivre… elle est unique. L’air qui file sur leur visage, l’air froid qui pique les yeux sans leurs brouiller la vue, leurs pieds nus qui effleurent le sol parfois incertain… Ils ne ralentissent pas la cadence, et Lysias a l’impression de courir après une brise de neige qui file en silence entre les arbres d’un paysage sombre à côté de cet couleur épurée.
Ce soir, il demande à son corps de repousser ses propres limites une fois de plus, de repousser cette fatigue mentale, physique, et tous les obstacles qui voudraient qu’il s’arrête, mais son souffle se fait de plus en plus court, et il ne sait s’il peut encore tenir vraiment longtemps. De toute façon, Lysias ne l’a jamais su, ni connu ses vraies frontières. Et alors qu’ils s’arrêtent soudain, il s’apprête à rouspéter une nouvelle fois, lorsque cette fille d’hiver lui anticipe déjà, lui coupant à moitié la respiration.

Mais qui est-elle.

Leurs regards se croisent, Lysias sent que le sien est noir de désapprobation, d’être trimballé dans la moitié du pays comme un vieux bibelot qui accompagne les gamins, d’être ensuite réduit au silence sans comprendre le pourquoi du comment. Il se dégage alors sur le côté, reprenant une bouffée d’air aussi discrètement qu’il lui est possible de faire, tout en s’accroupissant.

-Si c’est dans un camp d’Elémentaliste que tu m’emmènes, je n’irai pas, murmure-t-il en grimaçant, pour respirer bas. -Et si c’est mon aide que tu viens demander pour je sais pas quoi… je ne te serai pas d’une grande utilité, à l’heure qu’il est.

Qui lui a demandé son aide ?
Lysias fabule et forge vite ses premières pensées. Après tout, pourquoi le trimballerait-on inutilement ? La suspicion et la méfiance ont toujours été des premiers réflexes chez ce nymphe qui ne sait que trop peu offrir sa confiance à autre que lui-même. Calmant la tension qui tient son corps en alerte, l’aera prête attention aux alentours.

Il a, évidemment, des questions qui se bousculent dans sa tête sur tout et rien à la fois, mais l’heure n’est pas à la gorgée d’hydromel autour d’une table ronde. Hormis l’éternel frémissement des feuilles des branches, nul autre bruit ne vient percer le silence de la forêt. En suivant cette jeune inconnue, Lysias ignore qu’il vient de tourner une nouvelle page. La seule chose dont il a conscience, c’est que dans un éventuel affront avec déchaînement de pouvoirs, il n’a de chance de vivre, qu’en optant pour l’esquive et la fuite, comme il l’a toujours fait, en l’absence de son élément. Comme il l’a toujours fait, lorsqu’il a senti ses jours menacés. Fuir pour préserver ses jours au lieu de mourir idiotement en tentant un exploit qu’il sait vain. Un des principes que son éducation elfique lui a appris, c’est de savoir jauger l’adversaire. On peut mourir dignement, mais pas dans un acte stupide. En voilà un brin de sagesse… Or à l’heure qu’il est, Lysias redoute d’avoir été traqué par un démon à cause de ses marques de possession. Normalement, rien de toutes ses incertitudes devraient se passer. Théoriquement, ce sont des objets démoniaques qui lui ont été retirés, et il ne devrait plus être repérable par les démons. Pourtant, c’est une appréhension qu’il ne parviendra pas à effacer tant qu’il n’en n’aura pas la certitude. Et c’est cette inquiétude soudaine lui défend de rejoindre les élémentalistes.

-Pourquoi est ce que tu t'aventures jusqu'ici...?


Mais cette anxiété est vite balayée au craquement de brindille écrasée au sol, à quelques mètres de là. C’est alors que la seule obstination qui le maintient en vie se fit soudainement claire à ses yeux, alors que l’adrénaline le maintient aux aguets, prêt à tout, sauf de mourir. Trop de vies ont été impitoyablement écrasées pour que la sienne vienne s’y rajouter. Une silhouette fine se découpe entre les arbres et Lysias la fixe, tendu. Et lorsqu’il aperçoit deux longues oreilles pointues, border la tête de l’arrivante, il sursaute et se redresse d’un bond. Cette elfe, c’est… Tellana.

Tellana l’autre esclave qui résida avec lui pour quelques semaines à peine, sous l’égide de la Faux. Tellana qui mourut des mains du nymphe et qui finie aspirée dans les ténèbres de Sappho. Cet elfe… elle devrait être partout, sauf ici. Tout sauf vivante et en relative bonne santé. Lysias l’a connu sous une parure bien plus austère, sale maigre et mourante. La Tellana qu’il voit maintenant a le visage émacié et maigre, et elle le fixe aussi étonné qu’il l’est. Sans cet aspect squelettique qu’elle avait dans l’antichambre, elle parait plus jeune. Mais Lysias ne comprend pas. Pas plus qu’il existe des créatures étranges dans les environs, qui parfois, copient l’apparence parfaite de ceux qu’elles ont croisé en chemin.

Et brusquement, à quelques mètres sur la droite de l’elfe, un craquement, plus distinct résonna.


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Ruby
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MessageMar 18 Mai 2010 - 18:31



D'un geste délié du bras, elle s'interposa entre le jeune homme et l'apparition.
Et, d'un coup d'oeil, la Dame comprit que cette chose n'était pas normale : ce n'était pas une vraie elfe. Et bien, quoi ? Une illusion créée par un puissant mage du Contrôle ? Peut-être. Mais l'air n'empestait pas la magie sombre comme il aurait du le faire, il n'y avait pas cette fragrance de poivre et de benjoin, cette touche acide, proche de l'effluve de la cigüe... En somme, l'incertitude régnait : attaquer, ne pas attaquer ? Le seul avantage de cette apparition était qu'elle coupait les questionnements du jeune homme. Ce que Ruby faisait ici ne concernait qu'elle, et elle n'avait pas à se justifier, quant à l'aide qu'elle lui apportait... Elle était relative. Et dans l'absolu, ils avaient d'autres chats à fouetter.

Lorsque le craquement se fit entendre, elle baissa le bras, et la transformation s'opéra. Ses yeux se firent plus sensibles, et ses ongles poussèrent de façon anormale, longs et transparents, glace ou verre - tout aussi coupant, tout aussi meurtrier, tandis que sous ses lèvres, des crocs dépassaient, promesses de baisers mortifères. Son visage offert aux pâles rayons stellaires se découpait dans les ombres avec la douceur du profil d'une poupée de porcelaine. Les pommettes hautes, le nez rond, la bouche délicate : La Madone Blanche ne se parait pas de bijou ou de vêtement fin, son port altier seul suffisait, la plupart du temps, à souligner son identité, que sa couleur - si particulière - hurlait à tout vent !

Et l'ouragan hurla : l'odeur lui donna la nausée, tandis que la brise méphitique faisait tomber le capuchon maudit. Vive, elle invoqua le froid, et une mince paroi de glace coupa l'air putride. Et bien quoi ? Le mage présent comptait-il faire pousser au creux de leur poumons des mycorhizes évanescents ? Son attaque avait au moins le mérite d'avoir ébranler la confiance des antagonistes. Puis, la gifle odorifère cessa, et le bouclier se déliqua, tombant dans une pluie de paillettes miroitantes. L'odorat perturbé par l'attaque, et les larmes aux yeux, la Dame du se concentrer pour percevoir, par delà l'eau de ses orbes, les silhouettes des assaillants.

Courtauds et râblés, flanqués d'une pique, dagues à la ceinture, portant sur leurs corps hâlés les uniformes caractéristiques des armées de l'Enflammé : au niveau de leur coeur, il y avait le sceau bien définissable du Roi des Enfers. Dans leur yeux pétillants brillait l'éclat pur de la malice, démoniaque, le goût du sang et le plaisir de tuer comme inscrit en filigrane sur leurs iris chamarrées. Ils étaient 6, une petite patrouille qui devait faire son tour non loin de la forêt, qui avait du suivre, pour se divertir, un changeforme : car que pouvait faire dans la forêt une créature à l'apparence d'une jeune fille, mais qui ne sentait pas l'humanoïde ? C'était un des animaux particulier de ce monde.

Il y eut un moment de flottement, entre étonnement, consternation et réflexion, qui dura le temps de plusieurs battements de coeur. Le changeforme en profita pour s'enfuir, le craquement d'une branche sous son talon sonnant le retour à la temporalité normale. Ruby s'étonna de connaître bien mal ces créatures, perdue dans la contemplation du capitaine de la troupe. La quasi impossibilité de les reconnaître rendait la tâche de les étudier plus complexe encore.


« Par les tétons de l'Enpierrée... » murmura un le capitaine en posant ses yeux sur son adversaire le plus proche. Sur son visage se peignit un mélange parfait d'émotions si contradictoire qu'il était fort probable que jamais de sa vie il n'ait ressentit pareille chose : peur, envie, haine, admiration. Il y avait pourtant quelque part - sur l'angle de sa mâchoire ? Sur l'arc parfait de ses sourcils ? - un pressentiment néfaste, une certitude mortuaire... A la vue de cela, un mince sourire se dessina sur la bouche de la Dame, et elle baissa enfin le bras, adoptant une posture détendue, féline.

« Quelles nouvelles de ton Roi, fils de la corruption ? » demanda-t-elle d'un ton d'impératrice, sa voix comme une rigole glacée. A l'arrière des rangs, l'un des démons laissa tomber sa pique et prit la voie la plus rapide vers la fin : l'errance solitaire dans des ombres plus que dangereuses, sa folie sonnant le glas de son existence. Le silence prit place, et l'on entendait parfois de loin, comme un murmure, la respiration forte du fuyard, les bruits sourds de son corps chutant contre les racines, et le piaulement aiguë de sa carcasse déchirée, loin, loin, par un quelconque prédateur plus sauvage que lui. Cette forêt n'était pas un bois dans lequel le promeneur peut dormir à l'ombre des futaies.

Elle n'avait aucune envie de tuer ici, en ce soir de recueillement, pourtant... la jeune femme ne pouvait se résoudre à maudir sa rencontre avec le jeune homme. Fuyait-il quelque chose ? C'était certain. L'avait-elle sauvé ? Peut-être, temporairement, de la mort rapide qui aurait pu l'abattre sur un terrain découvert à quelques lieues à peine du pire endroit sur cette planète. Elle se rappelait la cité à l'époque faste, sous la royauté de Layna : les rues propres, la vie simple et belle, les fêtes qui battaient leur plein 15 fois l'an. Les démons n'étaient à l'époque qu'un vague murmure au coeur d'un concert bruyant. Maintenant, elle ne pouvait qu'imaginer l'enfer que vivait les centaines d'âmes bloquées dans les murs de la Ville. Esclaves, pâtures à muraille, ... Elle fronça les sourcils, de la peine dans les yeux, de la haine au fond de son coeur gelé.


« Tu ne réponds pas ? » demanda-t-elle, puis elle ajouta lentement : « Dis moi... Es-tu prêt à trahir ta race, ton clan et ton roi, pour moi ? Mettrais-tu ton épée à mon service, non parce que je suis plus puissante que toi, mais parce que mes décisions sont justes ? » Avec une douceur non feinte, le Capitaine mit sa main sur la garde de sa dague, dévoilant impudiquement un morceau d'acier, provocation brûlante - lame au clair. Le sol, autour de lui, se couvrit de miasmes fiévreux, putrescents, dévorant l'humus chaud. Derrière lui, ses hommes semblèrent se tendre vers l'origine de cette horreur, comme reconnaissant son action, prêt à l'épauler.

Le sourire de la jeune femme s'effaça et elle se tourna vers le jeune homme derrière elle, laissé totalement de côté durant cet échange. Elle ne savait trop quoi lui dire : l'enjoindre à attendre là qu'elle les tue - cette besogne n'était pas pour elle des plus épuisantes, ils ne semblaient pas très puissants -, lui dire de s'enfuir, qu'elle le retrouverai ? Il ne voulait pas la suivre, pourtant, en son fort intérieur, la Madone savait que l'Île était le seul endroit où les yeux du garçon pourrait se clore sur des nuits paisibles, protégées des effluves perfides des démons. Peut-être le temps de recouvrer la santé, pour partir de nouveau, loin, vers les siens, peut-être pour se rendre compte qu'il y avait une lutte à mener, et que cette lutte méritait qu'on s'y intéresse, ou, plus probablement, pour une autre raison...


« Je connais un endroit » commença-t-elle, murmurante, silence, son haleine comme un frisson délicieux, « Sauf, gardé et protégé, loin d'eux, » dans son dos, on entendit un bruissement : le hurlement du métal contre le métal, « Je voudrais t'y emmener. Non pas parce qu'en temps qu'élémentaliste, tu le dois, mais parce que c'est là qu'est ta place, même temporairement. » Grognements, paroles dans la langue maudite de ceux d'En-Bas, et ils s'élancèrent.

Oui, il était vraiment beau, ce jeune homme.
Et tout devint blanc.

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MessageVen 21 Mai 2010 - 0:14

Justes, sont mes décisions

Parfois, on s’amusait à fabuler sur les profs.
Prétendant qu’untel était comme ci, qu’un autre était comme ça… et que courent les bruits sans fin, dans l’esprit des jeunes dont l’imaginaire revêt parfois une puissance sans frontière. Ainsi, Lysias avait beau se savoir centré sur sa personne, il n’était pas sourd au point de rester totalement hermétique à la vie de la cité. La cité… si on pouvait aujourd’hui appeler ça comme tel. Toujours est-il que, parmi les conversations habituelles qui souvent revenaient aussi bien entre les couloirs de l’école, des tavernes, qu’entre les villageois, le nymphe avait laissé par plusieurs fois traînailler ses oreilles, s’attardant sur les épopées racontées avec force et conviction pour les uns, crainte et respect pour les autres. Dans la ville, à l’Ancienne Elament, qui n’avait jamais entendu relater moult et moult fois l’histoire de la Grande Bataille ?



« …et sur le champ de bataille, elle se tenait droite, la Cristalléenne, de son allure digne, de sa chevelure blanche comme la première neige hivernale. Blanche comme une enfant qui n’a jamais connu le soleil, blanche comme une couleur qui ne se ternit pas, tel l’éclat d’une lame répondant à la lumière. Aussi jeune que notre Dame se paraissait être, Elle était là, intransigeante, le regard brillant d’une lueur déterminée, à en faire tomber tout un régiment entier... par tous les dieux, je n’aurais jamais aimé me retrouver dans le camp adverse. »


-

Doit-il s’en réjouir, doit-il en pleurer, ou se frotter bêtement les yeux pour revoir celle qui vient de le trimballer jusqu’ici. Pourquoi en cet instant, ce bref instant, lui paraît-elle petite et frêle, cette fille, cette femme pâle qui s’apprête à faire face à cette horde de démons, de ses griffes aiguisées, de ces crocs qui bordurent ses fines lèvres. Tandis que l’odeur de putréfaction tend à envahir les airs, Lysias se tient coi, tentant de garder une vue d’ensemble sur ces six regards qui les fixent, -ou qui restent clairement tournés vers celle qui a déjà pris les devants.

L’atmosphère s’étire en quelques dernières secondes de répits alors que Tellana disparait, quelques brindilles mortes craquants sous le pas d’un fuyard de changeforme, sans que le nymphe puisse lui coller cette nouvelle identité. Il aurait fallu qu’il rattrape cette elfe, il aurait aussi fallu qu’il ne tombe pas à travers la porte des ténèbres aussi tôt, fallu qu’il ne néglige pas la minuscule perle noire, fallu aussi qu’il… mais la liste est trop longue à énumérer, et le chemin de Lysias est passablement des plus imparfaits. Parce qu’à cet instant, son attention est captée par la voix de l’Impératrice, Ruby l’impératrice; -mais que fait-elle là, est ce une chance inouïe pour un nymphe trop longtemps amputé de ses pouvoirs, ou est ce le rouage de leur destin. Confusion, confrontation. Fatigue.

De la fatigue, qui est davantage d’ordre mental, plus que physique. Et parce que Lysias aime bien –ou plus exactement, a pris l’habitude pour ainsi dire-, de ressentir tout ce qui le dérange en premier lieu, pour y remédier en faisant des mains et des pieds. Exagérant parfois les maux si l'exagération permet un tant soit peu d'y passer au travers. Aujourd'hui, c'est pourtant un épuisement qui ne semble trouver de solution, dans cette lutte intérieure pour tenter de concilier l’inconciliable. Si au final, on en vient à tuer l’autre, si au final les pouvoirs élémentaires n’ont que cette finalité… ils ne sont plus que des machines de guerre. Pourquoi est-il si dur de réaliser qu’il n’existe parfois pas d’autres issues. Au loin sonne un air lugubre et étouffé, en même temps que se retourne la Madone, lui insufflant des mots, délicieux chuchotement qui se répercute encore contre les parois d’une âme bousculée par les aléas du hasard. Un endroit, sauf, gardé et protégé. Loin des nuits noires auxquelles ses yeux ont assistée, loin des douleurs ressenties sur son corps ou de par celle des autres. Loin de cette accalmie. Loin de là où il s’est égaré. « Là où est ta place, même temporairement, » avait-t-elle dit.


« Et elle s’élance, la Fille d’Hiver, légère, vive et rapide, elle, contre tous les opposants venus attenter à la Cité, à Notre Cité. Nous avions beau former une armée entière, mais elle… on l’aurait reconnu entre mille. Griffes et crocs acérés, ses mouvement félins tailladent et tranchent ceux qui entravent son chemin, pivotant et se frayant un passage dans les rangs ennemis. Ruby, c’est la brise de neige qui se faufile entre les arbres de la forêt noire, de sa danse enfiévrée entre les âmes souillées, de sa bise mortellement glacée. »


-

Elle se tient là, de son port droit et calme, au milieu des corps à terre des six démons. Regard sombre, regard pourpre que Lysias soutient un moment, le visage impassible, pendant un instant figé dans le temps. Il l’a vue, dans cette confrontation infiniment futile et interminable en même temps ; il l’a senti, ce frisson glacial parcourant son échine alors que tombent les corps infectés de Ténèbres, face à cette violence frigide. Une violence des deux côtés, pour laquelle il n’a jamais pris vraiment part. Qui pourtant, continuent à bousculer ses desseins. Le nymphe sera bien obligé de s’y plier. Ne serait-ce que pour ne plus asservir un autre à tout va. Pour ne plus se laisser repousser sans résistance sur ce qu’il a droit de revendiquer comme sien. Et ne serait-ce que pour des paroles sur lesquelles il a prêté serment : retrouver la paix avec son air. Pour Tyrol. Pour ceux défunts en défendant une cause. Ses compagnons. Pour une certaine faux. Pour lui. Mais à cet instant, de telles grandes pensées ne traversent pas encore ses esprits. Alors il le fait.
Pour lui.

Un silence passe.
Autoritaire, Impératrice.

Intimidante.
Pourtant, Lysias se fraye un passage parmi les corps -dont il voudrait ne pas reconnaître l’insigne familier du Roi des Enfer,- agrippant l’épaule de la Sang-Pâle, d’un geste qui se voudrait déterminé. Devrait-il se mettre à la vouvoyer. A lui parler comme un individu visant à s’attirer quelconques faveurs existantes ou non. Incertitude. Crainte des regroupements dressés entre élémentalistes. De se retrouver partagé entre deux camps opposés.

Cette fois pourtant, Lysias se rappelle qu’il n’a rien à sauver, ni d’entre les mains des démons comme Tellana, ni d’entres celles des élémentalistes, comme une Faux qui a attenté à sa propre vie pour préserver celle de son prétendu esclave. Sauver sa vie c’est dur. En sauver une autre l’est encore plus. S’acharner à le faire… c’est un poids supplémentaire.

-Peu importe l’endroit que tu connais,
fait-il à mi-voix, entre murmure et voix brisée. –Laisse-moi juste emprunter ton chemin… le temps que je reconstruise le mien. S’il te plaît.

Je ne te demanderai pas de veiller à tes arrières à chacune de tes confrontations. Je ne serai pas un poids supplémentaire. J’aimerais ne pas l’être. Je me forgerai en regardant, me relevant de mes erreurs. Non pas parce que j’ai envie de me battre, mais parce qu’il le faut si je ne veux pas perdre. Et quand bien même aurais-tu l’idée de refuser d’un idiot rebuté entre les pattes, que cet entêté ne changerait pas de décision parce qu’il est justement idiot. Et si je meurs de ma bêtise, il suffira de ne pas regarder en arrière. Tant de pensées qui ne se formulent pas en mot tant qu’elles ne sont pas promesses de certitude. Il aurait suffit de lui poser deux mots aussi simple qu’Aide-moi. Apprends-moi. Enseigne-moi. Mais trop étroit est probablement l’esprit d’un nymphe recentré sur sa personne et les bons termes n’existent pas toujours au bon moment. Même si ce serait l’idéal.

Pour autant, tant qu’on parle de reconstruire, c’est que quelque part, réside un espoir. Aussi futile soit-il dans ce dédale noirci de pertes. Et revient l’image de celle qui court à travers la forêt, ses pas frôlant à peine le sol, de sa silhouette immaculée… Ruby. Elle est comme l’effet d’une fraîche brise après la tempête. Une brise qui pleure aussi les disparus de cette tempête.

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MessageSam 22 Mai 2010 - 19:52

Danse ou combat, le corps à corps n'existait pas. Mais, tandis qu'elle évoluait, gitane souple, sa cape la gênait et masquait ses mouvements, elle regrettait déjà son geste : à semer la mort, on ne récoltait que cadavre. Sa route en était déjà parsemée plus que de raison. L'odeur méphitique de la putréfaction laissa soudainement place à celle - vivifiante - du froid, les dépouilles inanimées recouvertes d'un glacis gelé. Qu'elle était magnifique, la barbarie, sous la laque impeccable de la glace ! Qu'elles étaient belles, les constellations sanglantes, ichor poisseux séchant vite, collant, délicieux, sur l'albâtre doux de sa peau blanche. C'était toujours les mêmes étoiles, toujours la même sauvagerie, mais il y avait de la beauté en cela, oui, de la beauté...

Elle leva les yeux au ciel, le feuillage noir des arbres millénaires déchirant le cobalt d'une aube naissante. Déjà, une vague de remord monta en elle : elle avait tué dans l'oeuf des possibilités nombreuses, elle aurait pu avoir des informations, mais non, la colère l'avait prise, et elle avait laissé la folie l'emporter. Dans le murmure de l'acier, il y avait un soupir de son ange, et dans la lumière des yeux de ses ennemis, l'éclat pur qui luisait de ses ailes de cristal. Ils lui avaient pris son seul véritable frère, et sa sagesse ne parvenait pas à faire taire sa volonté de vengeance. Quant à lui... Avec une confiance étrange, il déposa sa main sur son épaule, la faisant revenir dans son corps.

Il en était une, de ces possibilités. La Jeune femme le sentait. Au bout de ses mains, juste là, sous son nez, il y avait une tension, dans l'air, comme un carrefour, un croisement de destiné. Sous son talon, la trame friable du présent se délitait, et des choix s'imposaient. Cette main... Son épaule... L'hameçon piqua sa chair durement, et elle avala sa salive, alors que venait à ses oreilles une voix douce. S'il te plait. S'il te plait. Sa douceur et sa force la surprirent, et elle tourna le visage vers lui, le détaillant de nouveau. Il avait changé, durant cette minute de carnage. Pourtant, il n'y avait pas cette peur de la mort qu'ont les novices, ni cette crainte de l'adversaire qu'ont les soldats. Il y avait de l'incertitude, et une blessure évidente.

La Dame ne connaissait pas son histoire. Avait-il échappé de peu aux démons, près de la cité ? Avait-il découvert son pouvoir dans un contexte particulier ? Il n'avait pas les plaies et les parures des esclaves en fuite - pour peu qu'aucun n'aie jamais pu fuir. Vivait-il dans la cité dans les Temps d'Avant ? Il ne lui parlait pas avec la déférence des habitants, ni avec la soumission des autres gens. Peut-être était-il simplement trop fier, ou trop choqué... Quelque chose en elle lui faisait confiance, pourtant. Incompréhensible. Il lui rappelait quelqu'un. Une ombre. Une tombe vide.

Elle ne sourit pas, ne répondit pas encore. Elle laissa le temps trainer, fixant ses traits, y cherchant l'impatience, la trahison. Mais rien. Il aurait pu l'égorger trois fois, la poignarder cinq, la blesser une centaine. Son instinct avait déjà fait son choix, le reste était un test qu'elle lui faisait passer personnellement. Sur l'Île, ils l'accepteraient si elle lui parlait. Là-bas, elle le laisserai lui raconter son histoire, et elle, auditrice attentive, verrai les soins qu'elle devrai lui porter. Puis, elle remit son capuchon sur son visage, masquant les gouttes de sang, dissimulant son regard, et des ombres, sa voix se fit entendre, tout aussi murmurante, tout aussi caressante :


« Alors viens. »

Une invitation. Un ordre.
Elle reprit sa marche, évitant les membres raides. Déjà, sous les fourrés, les yeux des charognards luisaient, plus sinistres qu'un keen. Déjà, sous sa cape, son poing était serré sur son coeur, retenant une souffrance aiguë, brûlure glaciale.

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MessageMer 26 Mai 2010 - 17:03

Odeur de putréfaction, odeur si familière des ténèbres.
Gelés sur place, les cadavres de l’Obscurité qui jonchent le sol lui rappellent ceux des élémentalistes tombés la nuit de l’Offensive. A Elament la Ténébreuse, c’est le sort réservé à ceux qui furent autrefois, ses anciens habitants, autrefois tel que le temps semble s’être éternisé depuis le nouvel Ordre. Ce qu’on trouve désormais dans cette cité, ce sont des corps d’esclaves menés à bout, ce sont des résistants torturés à vif, les plus jeunes comme les plus âgés, tous coupables ou innocents dans cette histoire interminable. Lysias ne veut pas savoir ce que deviendront les démons ensevelis dans la glace, ce soir. Ni ceux des élémentalistes. Il n’a pas assez de place pour pleurer chacun des disparus. Il n’en a plus.
Pas plus qu’il n’a le temps de se repentir sur ce passé encore frais, trop frais. La seule chose qu’il lui reste, c’est de croire en son être, de faire confiance en son lendemain, et ce, pour pouvoir y trouver une issue. Et plus tard seulement, peut-être qu’un étroit d’esprit de nymphe daignera alors jeter un regard en arrière, pour pleurer non de ses larmes mais de son âme, de pleurer d’un cœur pétri par la douleur. Comme ceux qui auront traversé cette nouvelle ère. Ceux qui seront en vie et ceux qui auront survécu.

Le regard impassible de la Cristalléenne a semblé sonder son être, tout à l’heure. A la recherche de sens qui dépassent probablement Lysias à ce moment là, et encore maintenant. Les affamés dissimulés dans les recoins de la forêt n’attendent que le départ des deux êtres, qui recommencent leur ascension à destination connu pour l’un, inconnu pour l’autre. Lysias a l’impression d’avancer depuis une éternité, et c’est une sensation renforcée par l’absence totale d’information. Doit-il la suivre aveuglément ainsi ? Il le doit. Il le doit, sans chercher à comprendre, parce que la seule chose qu’il perçoit –ou a l’impression de percevoir-, c’est celle de se perdre dans l’Obscurité. Qu’elle était agréable, cette lumière blanche dansante, cette lumière pure dardant comme un feu au bout d’un tunnel éteint.

Mais cette lumière, est-elle une de ces flammèches qui jamais ne s’éteint… ? Fatigue, endurance.
Lysias ignore comment fait son corps pour soutenir la cadence, ni quel moteur anime celui de celle qui se love dans sa cape. Atténuant la pâleur de son teint, la blancheur de ses cheveux. Est-elle indestructible, si frêle semble-t-elle être de nouveau. A-t-il le droit de trouver son mot à dire, maintenant qu’il vient de faire son choix ? Et alors qu’ils progressent, tous deux, le nymphe se mobilise pour ne pas flancher le pas, ni briser le rythme imposé. S’il lâche, doute-t-il de retrouver à nouveau sa trace. L’air frais sillonne entre eux, poursuivant sa course interminable en sens inverse. C’est quelque part agréable, de s’oublier dans les sensations.

Ne serait-ce qu’un bref instant.

-…arrête-toi, souffle Lysias, finissant par prendre les devants. …juste un petit moment.

Ce n’est pas un ordre.
Une demande. Une prière. Un feu meurt s’il n’est pas entretenu. La lumière s’éteint en fin de vie. Est-ce possible qu’après avoir couru sur cette distance, tué une poignée de démons, puis reprit la course, cette lumière là ne connaisse nul épuisement. Au bout d’un moment, Lysias la devance délibérément, pour l’empêcher de continuer plus loin, remarquant alors la main crispée au cœur. Fatigue ou blessure engendrée par un démon, tout à l’heure ? Non. Tout à l’heure, nul coup n’a réussi à porter le coup de grace à l’être de glace. C’est une fille de la guerre, une fille qui en connait sa cruauté. Et il n’y avait qu’à voir : ses mouvements ne mentent pas. Son sang froid et son aisance non plus. C’est une blessure antérieure, qui demeure pourtant, aussi cuisante que fraîche. Ça se sent, ça se communique, et ça se passe de mot. Ni plus, ni moins. Le nymphe n’en sait pas plus ; aussi, en détourne-t-il le regard. La grâce et l’habileté au combat ne protègent pas de tous les coups, et encore moins des blessures et douleurs qui s’ensuivent.

Lysias n’est personne, ni un être de compassion, ni un être haïssable pour aller poser quelque genre de questions qui ne le regarderaient pas. S’il avait été ce type de personne ouvert et bienveillant, il serait allé parler aux esclaves, leur délivrer des messages d’espoir, lui qui fut enfermé dans une prison d’or. Il aurait pu… mais dans ce cas, il aurait autre que Lysias.
La seule chose qu’il sait, c’est que cette guerre, cet assaut de la nuit dernière, n’a pas fait de lui sa seule victime et le seul malheureux. A cet instant, une pensée pour Tellana file dans son esprit. Il espère au fond, qu’elle s’est échappée. Son regard revient se perd au loin, par-dessus l’épaule de Ruby, puis ce n’est qu’au bout d’un instant, qu’il murmurera, las, un vague : …parce que je suis fatigué.

Oui. Arrêtons-nous, un instant.




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Ruby
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MessageMar 1 Juin 2010 - 12:39

Son coeur, une forge.
Il se nichait dans sa poitrine un objet de torture qui la maintenait en vie. Et, tandis qu'elle courait, trottait, elle se prenait de la nostalgie simple qui vient lorsque l'on revit les choses : la forêt, l'air frais de l'aube, la rosée qui fige la vie dans un cocon cristallin, l'odeur de l'humus. Tout cela. Près d'elle, la chaleur d'un autre corps, et le chant des étoiles, la radiance argentée de la lune comme une caresse sur sa peau. Elle aurait pu se satisfaire de la sensation de son organisme en pleine forme, de celle de ses muscles roulant près de ses os, oui, elle aurait pu, s'il n'y avait cette insupportable souffrance.

Si la Dame continuait sa course, c'était pour ne pas se laisser submerger. Si elle poursuivait inlassablement son pas, c'était pour ne pas succomber. Elle avait l'endurance de ceux qui vivent dans la nature, de ceux qui combattent, et l'expérience d'une sage : le meurtre était pour elle une banalité, l'exercice d'un quotidien triste qu'elle ne chérissait pas. Une nécessité intolérable. Et même si elle était prise d'une maladie incurable, elle avait la chance de posséder deux dons. Son destin, exceptionnel, n'était pas mieux que celui d'une centaine de personne qui dormait sur une île.

Les traits tendus, le poing serré sur son sein, elle semblait comme un arc sur le point de casser, et, lorsqu'à ses oreilles retentit la demande de son compagnon d'infortune, elle savait que s'y plier signifiait révéler son secret. Sa blessure. Les braises sous sa peau. Peut-être n'attendait-elle que cela, au final : s'arrêter et mourir contre un arbre. Elle s'appuya contre un tronc, et s'y laissa glisser, misérable, fuyant le regard de celui qu'elle ne connaît pas. Les doutes reviennent : et s'il était un traître ? Et si...

Silence. Elle ne meurt pas, la sueur perlant à son front, les yeux fermés, la bouche crispée pour retenir le bruit d'une respiration trop forte. Au fond de sa gorge, le goût de la bile est un acide amer qui est la preuve indubitable de la pérénité de son existence. Elle est fatiguée de souffrir, fatiguée de devoir être forte, fatiguée de posséder un rôle qui, pourtant, lui va à la perfection, fatiguée de cacher tout cela et plus encore, des secrets tissés dans son âme.

La Dame se concentra exclusivement autour de sa douleur et, d'un geste fébrile, ouvrit sa cape. En dessous, elle portait une robe grise, simple, taillée sans grand soin. Des doigts se perdirent une seconde dans les ombres, et y ramenèrent un lien. Le noeud se défit, un pan tomba, révélant le haut d'une petite poitrine, et la gorge, tâchée de la plaie abjecte. Une croix boursouflée, pulsante, cuisante. La blessure brillait de la chaleur des chairs infectées, mais il n'y avait nulle trace de corruption. Ici et là, des points plus profond laissaient supposés que des mains avaient cousu dans grand résultat.

Elle ramena ses jambes sur le côté, comme une sirène, la terre tâcha ses mollets. Elle entendait vaguement la respiration sifflante du jeune homme près d'elle, mais c'était le cadet de ses soucis. Elle s'inquiétait : personne ne faisait le guet. Si on les surprenait, elle ne pourrait pas les défendre. Etait-il capable, au combat ? Possédait-il quelques talents ? C'était l'aube, les dangers iraient en diminuant tandis que la lumière augmenterait... C'était bien la seule bonne nouvelle.

La Dame ricana de dépit, prostrée contre le bois. Elle ouvrit enfin les yeux, sa main contenant la douleur. Elle ne pouvait rien faire à part attendre. Il ne pouvait rien faire à part attendre. Elle déglutit, l'invita à s'assoir. Quitte à faire preuve d'insouciance, autant le faire jusqu'au bout ! N'y avait-il pas de meilleur moment pour discuter, ici, au milieu des prédateurs, dans une forêt où même les fleurs étaient empoisonnées ?

Sa voix, étouffée
« A quels noms réponds-tu ? » puis, un sourire triste sur les lèvres, « Que je sache à qui devoir cette souffrance » à ses joues, des fossettes, révélatrices « bien qu'à vrai dire tu ne m'en sois pas tributaire ».

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MessageSam 5 Juin 2010 - 14:56

Elle ne répond que de son silence, -La Dame-, cette fille à la peau d’albâtre. Et c’est dans ce même silence qu’elle s’affaisse, sous les yeux d’un nymphe qui n’a pas plus fier allure. Lysias ne sait que dire, ni que faire, alors que les gestes de la jeune femme parlent d’eux mêmes, alors qu’elle relève sa cape, défait un pan du haut de sa robe, dénudant librement le haut d’une poitrine fluette, promesses de douceur et de délicatesse si ce n’est cette la peau pâle, violemment marquée d’une blessure fraîchement suturée. Plaie en croix d’où suintent la souffrance, le souvenir et la signature d’un ennemi impitoyable.

Lysias ne se rappelle pas vraiment ses pensées à cet instant-à, si vraiment des pensées il a eu. Pensées et -ou- paroles pour se ressasser des temps passés, geindre le mal d’un autre, ou tout autre chose qui au final, ne servent à rien à présent… il est tout bonnement incapable de décrire le cours de ses réflexions. Il ne se souvient que d’avoir plissé les yeux, expression qui a accompagné ce pincement douloureux quelque part dans le cœur, douleur ou impression persistant sur quelques battements encore. Il sait qu’il ne peut rien faire, qu’elle ne peut rien faire, là de suite. Ni demain, ni le jour d’après.

Le nymphe a fini par s’assoir.

-Lysias.
Elève à Elament, captif de la Faux, fuyard de la Cité.


Il aura répondu d’un trait, seule la lassitude dépeignant ses traits.
Là bas, plus loin, c’est un ciel qui tend vers le jour, mais un ciel que Lysias ne voit pas. Combien de temps peuvent-ils rester ainsi, combien de temps avant d’être surpris par un quelconque bruit incongru, guettant le moindre danger susceptible de jaillir d’entre les ombres, là, devant leurs yeux. Pourquoi y penser tant que le mal n’y est pas ; …pas encore. Lysias n’a jamais été très avenant pour anticiper le champ des possibles. Il n’y pense pas. Il n’en n’a pas envie. Comme maintenant. Est-il permis de relâcher l’attention ne serait-ce que quelques instants.

-Je sais pas si ma conscience me laisserait tranquillement faire face à celui ou celle à qui j’aurais infligé des blessures.

Rire âpre et le sourire terne de la Dame…
A ce moment, c’est la même image qui revient aux yeux de Lysias, celle qui l’a surpris quelques instants auparavant: celle d’une jeune femme fragile et frêle. La légèreté comme éphémère derrière un masque de glace. Quant aux plaies boursoufflées tracée et creusée à même le corps de la Cristalléenne, elles sont trop récentes pour en oublier la teneur. Passe une brise fraîche effleurant les visages fatigués. Ce serait bien qu’elle repousse les souvenirs frais à plus loin dans le temps. C’est sur ces futiles pensées que Lysias a passé un bras autour des épaules de Ruby. Simple geste sans visée de réconfort, mais davantage pour partager un moment de répit. Quelques secondes, quelques minutes volée à la dérobée pour le sentiment d’un passé vécu sous des angles différents. Quant à un bras protecteur, ce ne serait qu’une essence pure que le nymphe ne connait pas, trop tourné vers sa vie avant celle des autres. Etroit d’esprit. En d’autres contextes, c’est un même nymphe qui aurait probablement eu l’impertinence ou la pertinence d’esprit d’aller poser toutes les questions passant à tord et à travers dans ses esprit. De demander qui donc est l’auteur de cette blessure. Si elle aurait lui a infligé la même chose. Si elle a envie de s’en venger. Dans un autre contexte qui ce jour-là, n’est pas.

-Est-ce que tu vas-t-en relever... ? a-t-il simplement demandé, brisant finalement un léger silence, le regard éperdu au loin. Absence de mot durant lesquels il sent l’air frais d’une nouvelle journée frôler sa peau, l’odeur de la terre où ils sont assis comme si rien n’était, le rythme de sa respiration reprendre un cours normal, celle de la louve blanche devenir moins sifflante, moins perceptible… pourrait-il fermer les yeux et se réveiller des jours plus tard, comme si ces derniers temps n’avaient été que pure mensonge. Alors, s’en relèverait-t-il ? Et elle, s’en relèverait-elle.

Lorsque Lysias décide de donner un sens à ce que son regard fixe, il remarque enfin qu’au loin, perçant l’obscurité de la nuit, pointe un nouveau soleil. Que l’aube se lève enfin.


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MessageSam 12 Juin 2010 - 13:50

Le silence s'installa, coulant, dans l'aube grise de ce début de jour. Sous les arbres, sous les arches, sur la terre, l'air se chargea des senteurs particulières de ce crépuscule de nuit, aux notes humides, cristal dans leurs gorges, cristaux dans leurs poitrines. S'en relèverait-elle, un jour, de cette charge, de cette blessure ? Elle en portait d'autres, nombreuses, avec l'obstination caractéristique qui était la sienne, son sens du devoir comme une protubérance sur ses valeurs. La Dame ne voyait pas cela ainsi, elle se contentait de vivre, encore, et de faire ce qui lui semblait juste, rien de plus.

Il l'avait lâchée depuis un moment, mais elle était restée dans ses pensées, tournant encore et encore sa question innocente, sa remarque précédente. La pensait-il aussi douce au point de ravaler son amertume ? Non pas, non. Elle était seulement repliée, léchant ses plaies, suivant la piste froide d'une proie bien plus intéressante que la personne qui l'avait blessée. Son coeur cicatrisé murmurait vengeance, et via cet acte, elle toucherait celui qui l'avait entaché : Khisath l'Effrit. Seulement, lui aussi était blessé, elle en avait la certitude : aucune créature sur cette planète ne pouvait l'estropier à ce point sans en pâtir de même.

Alors, elle tendit sa main devant elle, et invoqua son pouvoir de façon simple : les sorts mineurs ne réveillaient pas les Braises, les runes basiques non plus, seuls les manifestations de grandes importances, et nécessitant beaucoup d'énergie, faisaient s'enflammer la cendre dont était pétrie sa plaie. Un morceau de glace se logea dans sa paume et elle l'appliqua sur sa chair boursoufflée. Il y eut un chuintement aiguë, le bruit du métal chauffé à blanc trempé dans de l'eau, et la glace fondit, vapeur dont les volutes montèrent pour se dissiper dans les airs. Oui, les Braises hurlaient leur souffrance.

Son visage crispé retint un hurlement qu'elle transforma en gémissement, les yeux fermés sous le coup d'une douleur plus vaste que le ciel, puis, venant de loin, sa voix murmura avec la ferveur et la conviction d'une impératrice :
« Oui. Ce sera long et difficile, mais je m'en remettrai. » Mais avait-elle seulement le choix ? Peut-être pas, mais elle voulait être le moteur, donner de l'espoir : se montrer forte, et y croire, vaille que vaille, coûte que coûte, car si même elle abandonnait, qui les guiderait, tous autant qu'ils étaient ? Shin ? Il avait l'âme d'un Chef, mais c'était tout. Shaloa ? Son esprit d'initiative était tout à son honneur, mais au delà de cela...

L'eau fondu trempa sa robe, quand elle la remit sur sa poitrine, ployant le cou pour nouer les liens sur sa nuque, sous la cape. Elle soupira, posa sa main sur le sol et prit appuie pour se relever, avec raideur, comme soulevant avec elle le poids du monde, la charge de l'univers - le dos inflexible. Le mal était en grande partie passé, ne restant que la sensation cuisante d'un coup de soleil et celle, plus profonde, d'une lame jouant avec sa peau. Si elle devait s'en remettre, Ruby devait aussi se remettre en route, et vite, l'aube était propice au repos, car les prédateurs y voyaient mal et les démons aussi, et c'était par conséquent le moment idéal pour avaler la distance.

Elle se tourna vers le dénommé Lysias et posa sur lui un regard chaleureux. Elle s'en rappellerai, de son geste, de cette embrassade éphémère et inutile, de cette compassion. Il avait, en raison de son précédent statut, deviné qui elle était, et son manque de déférence lui plaisait. Ses cheveux pris dans sa cape gonflaient autour de son visage, coupe au carré qui réhaussait la rondeur juvénile de ses joues, les amandes de ses yeux. Quelques mèches collaient à son front par la sueur de l'effort.


« Tyrol se rappellera probablement de toi »
Elle pleurait intérieurement pour les épreuves qu'il avait du passé, dans la cité, sous la Faux. Sappho... La Dame se rappelait d'elle. Elle n'avait jamais eu le plaisir de la rencontrer, mais avait recueillit le rapport d'une espionne mourrant des séquelles d'une de ces séances de torture. Quand la voix fébrile de l'elfe lui avait chuchoté les coups, les fractures, son coeur s'était serré. Elle s'étonna un peu de le voir entier, de ne constater aucune amputation, aucune cicatrice sur le visage juvénile de ce garçon... mais cela passa rapidement : s'il avait pu s'enfuir, il devait posséder un statut particulier dans la Elament actuelle, et pour obtenir ce statut, avait du faire des choses qui hanteraient ses cauchemars...

« Si tu le désires, je lui demanderai s'il a le temps de continuer à te former »
Elle fit un geste, l'invitant à se relever. Il fallait se mettre en marche, et vite, même avec leurs jambes lourdes, même avec leurs muscles gourds. « Ses occupations actuelles sont loin de l'éducation des disciples que nous trouvons autour de la cité, mais je pense pouvoir le convaincre. » Puis, elle lui prit les mains et les maintint en coupe. Expiration. Elle invoqua son pouvoir, une nouvelle fois, et emplit les paumes collées d'une eau pure. Bois, disait le vent, abreuve-toi. Ta marche sera longue et difficile...

Surtout si ton coeur est vide.

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MessageDim 20 Juin 2010 - 14:50

Lysias l’a regardée faire, appliquant son élément pour calmer la morsure de la plaie, se prodiguer des soins qui ne semblent pourtant pas indolores non plus. A sa propre question, il n’avait pas vraiment attendu de réponse, laissant un moment corps et âme à ce silence qu’accorde ce nouveau jour. Un répit, mais pour combien de temps encore, question cruciale qui devrait l’empêcher de rester las, assis, les bras ballants. Et pourtant, ce qu’elle lui répond alors, apporte un brin de soulagement au Nymphe, telle une nouvelle goulée d’air à qui meurt étouffé, lueur lointaine dans un parcours promis aux embuches. Une lueur pourtant, qui tarde à se montrer au bout d’un sombre tunnel. Et aussi loin qu’elle se trouve, Lysias a envie d’y croire, alors que se lève la Cristalléenne, poids pesants, peut-être trop lourd à porter pour une si frêle et jeune créature.
Le Nymphe ne sait pas quel genre de poids affecte la Matriarche, ni la véritable étendue que ce dernier recouvre, si ce n’est ce corps où suinte la douleur. Et lorsqu’elle évoque le nom familier de son professeur Lysias ne peut s’empêcher de se figer un instant, de crainte d’une joie infondée, tellement il a cru toutes ses connaissances de jadis disparues. Englouties sous la noirceur de la cité. Depuis quand ses pensées ont-elle pris une sinistre tournure.

Affichant enfin un air surpris, Lysias se lève, ne sachant ce qu’il ce qu’il peut ou pas désirer, et il a une quelconque volonté de faire telle ou telle chose. Si, peut être, une chose, celle de mieux comprendre tous les pourquoi de ses questions, celle de nouer un véritable lien avec son élément. C’est vrai, la dernière fois, Tyrol avait bel et bien déclenché ce processus. Restait à Lysias d’y aller au-delà pour en faire quelque chose. Oui, restait encore cette marge… Et cette eau qui rafraichit ses mains l’oblige à se mobiliser sur le temps présent de nouveau, l’incite à boire d’un trait cette fraicheur, prémisses avant une marche qui s’annonce encore rude. Un répit qui ne se refuse pas.


Alors qu’il calque ses pas à la trace de Ruby, Lysias se rend compte qu’il a toujours été gardé, protégé et sauf, loin d’Eux. Lorsqu’il était à Elament, avant celle qui devint la Ténébreuse, c’était loin des démons qu’il fut maintenu. Par la suite, Sappho prit la relève de cette charge, le préservant aussi loin des démons que possible. Pourquoi ne jamais avoir tenté de le pervertir dans son monde fait de Ténèbres ? Certes, Lysias ne s’y serait pas plié docilement, mais avec la violence dont elle usait sur ses congénères… pourquoi ne pas avoir tenté la même. Et dire que maintenant, c’est Ruby qui lui indique la route qui promettait une paix certaine, quelle ironie du hasard. Ruby qui use de son pouvoir pour ses semblables. Le courage derrière une apparence froide et inébranlable.

Des personnalités, toutes aussi opposées les unes que les autres présentes pour aiguiller son chemin. Mais Lysias sait qu’au final, il est le seul maître de ses choix.

-Et moi. Pourrais-je te convaincre à m’enseigner.

Question, requête, qui n’aboutit pas à une réponse immédiate.
Qui aboutit peut-être même à une absence totale de réponse.

Parce que Tyrol n’a jamais voulu rentrer dans le jeu de la guerre. Même en y prenant part de manière plus discrète, attentif à son entourage, la lutte interminable entre les élémentiens et les démons ne l’intéresse que de loin, voire très loin. Il y a des mois de cela, Lysias aurait choisi sans hésitation cette voie qui tend à creuser une autre voie que celle d’un conflit perpétuel. Et à lui seul –de ceux que le Nymphe connait, Tyrol est un elfe qui prouve qu’il est possible de mener une vie sereine, avec un élément. Peut être avec des aléas oui, mais sans avoir à focaliser une attention constante sur les êtres de l’Obscurité. Or, la Pâle Dame, celle qui à cet instant présent prend les devants, n’a pas besoin de d’affirmer son statut pour qu’on sache qu’elle est un des pionniers de cette bataille. Chemins différents, choix personnels, rôles catalyseurs dans l’Histoire des Elamentiens. Des choix qui pour certains, aboutissent à des non-choix.

Sur le moment, Lysias n’a pas cherché trente-six détours, et de sa spontanéité déplacée, a formulé sa requête à la Matriarche. Alors que d’autres affaires passent probablement prioritaires avant ce que ce nymphe désire. Alors que tant de choses restent à faire lorsqu’on est mené à être à la tête de toute une cité. Oui, en demandant cela, Lysias sait quel paroxysme son égocentrisme est susceptible d’atteindre. Mais quelle qu’en soit la réponse, il en aura connu l’issue. Et si l’une se ferme, il en forcera une autre parce qu’il le doit. Parce qu’il le faut.

Lysias ne veut pas se retrouver tiraillé dans les enjeux d’une guerre. Ni se positionner en tant que démons, ni en temps qu’élamentiens chasseur de démons. Pour autant, il ne peut pas dire qu’il ne s’y sent pas concerné. Alors comment assembler le beurre et l’argent du beurre ? Peut-être est ce une solution qui n’existe pas. En attendant, Lysias ne se rend probablement pas compte qu’il est déjà en train de dessiner le début de son chemin. Un choix, parmi tant d’autres.

Tout en avançant silencieusement, le jeune homme a observé les quelques pierres entassées les unes les autres, probables vestiges d’un temps révolu. Est-ce qu’un jour Elament la Sombre terminerait ainsi...? Manquant de trébucher sur une pierre, il se rattrape de justesse au milieu de parcours perdu dans une végétation éparse, et où susurre le Vent tel un murmure au creux de l’oreille.

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Ruby
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MessageLun 21 Juin 2010 - 14:09

Des siècles plus tôt, lui sembla-t-il, elle marchait dans cette même forêt. Elle ne se trouvait alors pas de ce côté du versant des monts, mais au nord, venant d'une Kalmastre aujourd'hui muette aux missives des messagers. De lointains échos susurraient l'épidémie et la famine, et bien qu'elle douta que sur les terres glacées de son continent natal puissent proliférer quelques pandémies que ce soit, la jeune femme se languissait des siens. Elle n'avait plus pensé à eux depuis des mois, lui semblait-il, depuis le jour de l'Ouverture où la Citadelle était devenue la Forteresse, des mois après les jours de la Perte...

Quand le jeune homme lui avait fait la demande d'être son disciple, elle ne l'avait pas regardé, elle n'avait fait que continuer sa route, levant un pied sûr au-dessus de racines traîtresses, faisant la sourde oreille. Ruby n'enseignait plus. Elle avait, au sein de l'Île et sur les encouragements de ses généraux, relancé l'éducation. Elle avait demandé aux adultes de prendre un enfant avec eux, de leur enseigner, au delà de leur élément simple, la vie, sous toutes ses formes. Quelque chose en elle, perfide murmure corrupteur, lui disait qu'ils perpétuaient la haine et la volonté de vengeance... et si on lui avait posé la question, la Dame aurait probablement baissé le visage et acquiescé.

Ce fragment de vie passé, de structure, était parfaitement établit, et au dessus de lui volait l'accord tacite suivant : la Matriarche ne prenait personne sous son aile. Elle veillait au troupeau entier, après tout, alors pourquoi s'embarrasser d'un favori ? A son esprit, la perspective d'un nouveau lien faisait resurgir les images d'un temps révolu où en Elament la Belle, elle égrainait les connaissances comme on sème le blé, de blanc vêtue et couronnée par sa fonction...

Couronnée comme l'était sa mère, et sa nouvelle-mère après le Changement. Elle avait tenté de scotomiser les images de cette vie antérieure, mais de douteuses bandes de brouillard se levaient parfois, découvrant le miroitement doré d'unions détruites. Toute sa courte existence durant, la Cristalléenne avait cherché à dévier son pas de la voie sans issue à laquelle on l'avait promise. En fuyant, elle avait cru y échapper, puis s'était vu attribuer un poste confortable. Se serait-elle contenté de cela qu'on lui offrait après, par nécessité, le rôle d'Ombre à la Reine, et dans ses tripes chantaient le souvenir de cette servitude.

Voila qu'elle pensait ne pouvoir se dérober aux griffes d'une fatalité détestable qu'un homme se proposait à elle. Ce n'était pas là un voeux comme elle en avait partagé avant, avec Archaël, au sommet d'une tour ceintrée d'orage... mais c'était un lien masculin comme les siennes s'y seraient refusé de la moindre parcelle de leur âme. Au Nord, on ne se liait pas, on tolérait, la gorge nouée et la rage au creux de la poitrine. Et le chant de l'eau que ses oreilles captèrent ne parvint que difficilement à la faire sortir de ses pensées.

L'Etau cessa son pas, tandis que derrière elle, la pierre sur l'ornière de son destin trébuchait sur un galet plus gros, spinelle ricochante. Le paysage lui était familier. Elle ne les avait pas perdu et cela était en soit une bonne nouvelle, et le chemin s'annonçait facile à partir d'ici : des collines, leur course les avait menés dans les bois. Entre les arches végétales se nichait le fleuve qui, plus loin, se jetait à la mer, dégorgeant le lac, filtrant par la lagune. Jusqu'à cette dernière, la voie n'était que promenade réjouissante, car les démons n'approchaient que peu une eau qu'ils ne parvenaient pas à corrompre. Une pause était possible.

La Forêt, en ces lieux, ressemblait plus à un bois qu'à l'amas sombre que formaient normalement les arbres de ces terres anciennes. Les troncs étaient droits, espacés et s'élançaient comme pour griffer la voute d'un ciel inaccessible. Quant au sol, le tapis de feuilles dorées qui le constituait ravissait les esprits blessés. La caresse du vent et le murmure de l'eau proche faisaient presque oublier la présence de rochers énormes, vestiges de catapulte, que justifiaient la largueur du lit de la rivière... Car lorsqu'ils avaient attaqué, deux ans plus tôt ou mille ans avant, l'engeance des Enfers avait cheminé par les bois, venant aussi du nord et des marais.

C'était la Bataille première, celle qui avait vu mourir plus de grandes femmes et de grands hommes que les derniers millénaires, et qui recouvrait les Os de Layna Timerta d'un linceul de mérite. Un long hiver mourait d'avoir trop vécu, se dévorant lui-même et tuant les graines en terre, et l'eau avait fuit le lit caillouteux. Le passage, bien que difficile, restait réalisable pour un peuple indifférent à la perte des siens.

La Dame alla s'assoir sur une de ses munitions, grosses comme des petits poneys, et une lassitude sans nom pris ses muscles. Elle cheminait depuis le crépuscule précédent, ne s'était arrêté qu'au jour pointant pour reposer son coeur parmi la brume d'un cimetière improvisé, puis avait trotté de longues minutes, sur un terrain accidenté... Elle aurait tué pour quelques heures de sommeil. Elle sortit de la poche intérieure de sa cape une galette de pain noir, épaisse comme un pouce et large comme une main, la coupa en deux, puis recoupa une moitié en deux, offrant les trois quarts au jeune homme. Réminiscence d'une culture passée, elle offrait les victuailles aux plus jeunes, louveteaux de la meute peu prometteuse qu'était la sienne...

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MessageSam 26 Juin 2010 - 16:54

Appuyé sur le rocher où s’est juché Ruby, Lysias a inspecté les lieux d’un air absent tout en se voulant mobilisé sur l’instant présent. Il ne connaît pas l’histoire qui a eu lieu sous ses pieds il y a une poignée d’années à peine, peut être en a-t-il entendu évoquer à Elament la Pérenne, mais s’en rend-il vraiment compte, au final.

Au final du final, c’est ce qui a réellement été donné de vivre, qui parle réellement. Et ce, aussi impitoyable que pitoyable puisse le cours d’une vie se montrer. Le nymphe s’est finalement installé à l’autre bout du rocher, où il a observé la Cristalléenne partager ses maigres vivres de l’instant, partager pour lui en proposer la plus grosse part. Intrigué, Lysias l’a détaillée brièvement, avant d’en piocher une part, et de la manger avec appétit, guise de remerciements ; celui pris dans la détresse n’a pas à refuser une main bienveillante, aide venue de nulle part.

-Où sommes nous ? a-t-il enfin demandé, question peut-être capitale qu’il aurait peut être dû songer à poser un peu plus tôt alors que la jeune femme l’entraînait dans sa course.

Et lorsque Lysias s’oblige à tendre l’ouïe pour capter le moindre indice susceptible de lui donner un surplus d’information qu’il n’a pas, le murmure d’un courant d’eau se fait percevoir non loin de là. Presque surpris de la découvrir ici, le jeune homme se laisse submerger de nouveaux par les autres sens, cessant de ne se fier qu’à sa vue, vue qui a suivi aveuglément les pas de la fille des Glaces. Odeur plus humide de la terre, des pierres, d’un cours d’eau, de leurs sueurs à trainée des efforts, du pain qu’il vient manger. La sensation agréable d’être assis sur un rocher qui parait trop confortable à l’image d’un repos bienvenu pour un corps maltraité depuis des heures. Celle d’avoir tous les muscles tiraillés se détendre petit à petit. Et puis. Et puis. La vague impression que ces soucis passagers s’accumulent de trop à ceux hier puis au poids des jours d’avant. Sur le coup, Lysias a eu envie de pleurer. Entendu ou non, il a eu envie de laisser le plein créer son vide.

De manière inconsciente, il a passé machinalement la main autour de son poignet, emprisonné pas plus tard que la veille ou l’avant-veille. Et, plus que tout autre chose, c’est la fatigue qui l’emporte sur toutes autres sensations restantes. Quant aux murmures lointains, -ceux de son Air-, ils se sont tus, pour devenir futile brise, souffle infime qui s’est estompé en circulant. Demandant à son corps de tenir encore un peu, toujours un peu plus, le nymphe a haussé des épaules sans raison apparente, puis a levé les yeux en cillant, comme si on venait de le réveiller brutalement d’un sommeil profond. Il a levé le regard ailleurs, regard qui s’était reposé sur l’endroit où pullulent la douleur d’entre les chaires cisaillées, -plaies maintenues invisibles au monde extérieur. Plaies trop sombres pour une peau trop claire. Claire, neigeuse, opaline, aspect caractérisant le peuple à qui elle doit ses origines. Une poignet de questions commence à émerger dans l’esprit de l’Aera -qui pour une fois-, aimerait entendre parler de vies, et de choses autre que les êtres de Obscurité. Pour autant, lui-même ne parvient pas à s’en détacher.

-Si Elament n’était pas un vivier à élamentiens, est-ce que les démons auraient cherché à s’en emparer quand même ?

Il existe ceux qui naissent sans jamais avoir hérité d’un don quelconque. Et à ceux là, il ne semble pas y avoir eu de confrontations avec les démons.
D'enjeux autres qu'une simple chasse pour assouvir un plaisir.Dans ce cas, hormis cette soif de posséder davantage que nécessaire…

Pourquoi ne pas avoir pris d’assaut ceux n’ayant pas de pouvoir… ?
C’est mal de souhaiter le mal des uns à un autre.

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Ruby
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MessageSam 26 Juin 2010 - 19:35

L'étonnement c'était peint sur ses traits : froid, brut, presque violent, révélation nue d'un trouble bien plus profond. L'arc parfait de ses sourcils s'était alors déchiré d'un haussement circonspect, et, la main en suspend entre sa bouche et sa poitrine, la Cristalléenne avait gardé un silence songeur, quelques secondes, poignée de fragments d'éternité. Puis, elle avait fermé ses lèvres, baissé lentement sa dextre et l'avait posée sur son giron, pensive, des yeux écarquillés sur le jeune homme.

" Est-ce que que l'on t'a appris ? " demanda-t-elle, coulante, serpent dont l'on sentait la tension proche " Qu'Elament est le front, et que le reste est presque épargné ? "

Cela semblait tellement improbable à son esprit, mais, après tout, pourquoi pas ? C'était peut-être la raison pour laquelle la cité attirait tant d'esprits aventureux... Seulement, la réalité était toute autre : Elament la Belle était au contraire l'un des derniers paradis sur celle planète, car si elle représentait le plus grand danger aux yeux des démons, qui ou quoi les retiendrait une fois cet asile détruit ? S'il y avait de part le monde des attaques, si celles-ci restaient si peu importante, c'était parce que la cité existait et, se trouvait au coeur du pouvoir, Ruby ne pouvait qu'en avoir conscience.

L'ignorance du jeune garçon la frappa. Elle pensait les autres professeurs, dans l'ancienne cité, au courant de cet état de fait : elle leur avait pour la plupart parlé avant de leur confier leur poste, et s'ils étaient en fonction, c'était que leur intelligence leur permettait de ne pas faire les erreurs de leur prédécesseurs... Cet état de fait... La Nature même d'Elament. Si la cité avait été construite, c'était pour accueillir des êtres rejetés, possédant des pouvoirs qu'ils se trouvaient incapable de contrôler. Chassés et abattus, ils ne leur restaient que l'exil. Parfois, l'Exil-même les refusait.

Novices et fragiles, ils leur arrivaient de se détruire par méconnaissance de leurs dons, alors, une poignée de maîtres, plus doués que les autres, avaient décidé la construction de ce lieu, sur des terres reculées et anciennes, où la magie même courrait dans le sol, circulant et arpentant les strates comme de l'eau : puissante, immuable. Et ils avait afflué, les siens, les élémentalistes, le village s'était transformé en ville, la ville en cité, amassant connaissance et pouvoir, dirigée par sagesse, indifférente à sa propre richesse.

Et c'était cette puissance et cette richesse qui avaient attiré les démons.

Une vérité frappa la jeune femme : Combien était-il, comme elle, à connaître la vérité ? Etait-elle donc la seule à savoir cette histoire, à avoir conscience de la fragilité du monde ? Elle fronça les sourcils, goba le morceau de galette. Cette histoire n'était pourtant pas un mystère... Sous les arches végétales, la voix de la Dame se fit profonde et grave, alors même qu'elle forgeai une destinée future.


" Ils ne la désirent pas pour nous. Ils ne la désirent même pas du tout. S'ils nous prennent, c'est parce que nous sommes la dernière frontière entre le monde et eux. Pourquoi penses-tu qu'une poignée d'entre nous sont restés ? Par amour de ces terres ? Par vengeance ? Presque personne n'est né ici : nous savons par instinct quelle est notre importance pour les autres nations. " Alors, elle baissa son capuchon, dévoilant son visage, donnant plus de verve encore à son ton par l'éclat de ses yeux.

" Lysias... S'ils ont détruit la dernière citadelle, demeure des maîtres élémentaires... Qui, penses-tu, pourra les retenir face à leur prochain but ? " Si le monde dormait, c'était parce que les élémentalistes, anciens parias, sacrifiaient les leurs et leur sang, sans hésitation, acceptant ce prix comme naturel sur la balance divine. Et l'ampleur de cette tache et de ce fardeau, la Cristalléenne l'avait toujours connu et compris : elle endossait le manteau de l'Impératrice en connaissance de cause.

Sous son regard interrogatif, elle crut voir quelque chose se briser dans le jeune homme, le vert piqueté d'or de ses prunelles presque suppliant, ou effarés. Lentement, elle posa sa main sur son genou, vague geste de réconfort pour un être de glace non habitué à cela, et serra un peu, tentant de lui infuser de la force, de la confiance, ou un de la foi en un être supérieur. Comme un mirage, le contact s'arrêta, rendu à l'inaltérable, et elle se laissa glisser le long du roc, regagnant un sol matelassé de feuilles de cuivre.

Elle fit quelques pas silencieux, pieds nus, chevilles maculées d'une boue cendreuse et s'arrêta, faisant volte-face
" Je vais t'apprendre " dit-elle " Plus que ton élément, je vais t'enseigner ce que, trop, comme toi, ignore. "

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MessageVen 2 Juil 2010 - 2:59

Elle avait pris un air effaré, la Dame, face à l'ignorance de ce nymphe, ignorance poignante et image d'une naiveté trop sincère pour pouvoir etre acceptée. Sur un haussement d'épaules, il l'a écoutée jusqu'au bout, parfois d'accord sur certaines paroles, parfois sans opinion sur d'autres. Le nymphe ne sait pas vraiment ce qu'il est censé en penser, -si penser il le doit réellement-, pas plus qu'il n'a l'impression de n'avoir entendu la réponse qu'il aurait voulue entendre.

-Je sais qu'ils ne la désirent pas vraiment pour nous... dit -il doucement, comme pesant le pour et le contre à dévoiler le fond de ses pensées. Une pensee comme tant d'autres, aussi absurde que fondée dans son esprit. Le jeune homme a pris le temps de terminer le morceau de pain, ...J'ai toujours pense qu'il y avait autre chose a convoiter en Elament. Je veux dire, autre chose que parce qu'elle est le dernier rempart avant de s'étendre au monde.

Oui, autre chose que parce qu'Elament, gène a la progression des démons.
Sans tenter d'en expliquer davantage -saurait-il d'ailleurs le faire- Lysias a toujours vu la cité comme un vestige renfermant un quelconque trésor. Pas un trésor qui se mesure en pierres précieuses tintantes, ni en valeur. Ni un trésor en tant qu'archives secrètes non plus. Quoi alors? Comment le saurait-il. Quelque chose qui incite à rassembler les élementalistes, aussi bien nouveaux que les plus aguerris. Une raison, en deca de celle, morale, de maintenir l'equilibre du monde, et ce meme motif amenant génération à génération, tantot à protéger le coeur de cette cité pour les uns, tantot a convoiter pour les autres. Dans ce cas, quelle motif? Un pouvoir, le coeur du Tout. Reunissant les éléments naturels, ou un pouvoir de nature autre. Lysias n'en sait rien, et c'est sans doute le meme cas pour bon nombre de ses semblables, si un tant soit peu il y en ait qui partagent la mème pensée que lui. Et puis a vrai dire, sans en changer l'ordre de cet avis, Lysias s'en fiche passablement pour l'instant.

Neanmoins, le fait de réaliser que les démons ne s'arreteront pas a la prise de leur ville, a quelque chose de terrifiant comme aspect. Et si un jour, plus aucun subsiste pour contrer a ces ambitions. Et si un jour le monde se retrouve noircie sous l'égide des demons.

Désarroi.

Reportant son attention vers Ruby, le nymphe l'a suivi des yeux, elle, de ses maigres épaules, qui continue a influer la destinée des siens.
Doit-il alors s'inquiéter ou se féliciter des paroles qui s'ensuivent ensuite, celles d'une promesse a un avenir qui cesse de fuire les obstacles; non, plus qu'une promesse, ce sont des jours déja prétracés. Or entre apprendre et laisser le cours des choses le mener de force, y a-t-il réellement un choix? Bien que certain prennent la décision de vivre par eux memes...

Toujours est-il que Lysias n'a pas donne suite a la réponse de la cristalléenne, parce que son choix est un objectif qu'il a déja fixe sans preavis. La rejoignant apres un instant de flottement, le nymphe a joint ses pas à ceux de la matriarche, sur les feuilles ocres et cuivres bruissant sous leurs pieds nus.

-Je ferai bon usage de ton enseignement.

Il n'essayera pas, il ne promettra pas; non, il fera.
Parce que Lysias veut comprendre ce qu'il ne comprend pas, et comprendre bien au dela de ce qu'il sait deja. Dans sa nature, ce n'est pas une soif de savoir, mais un besoin de comprendre le cours des choses pour avancer.

Et tandis qu'ils s'approchent d'un certain cours d'eau, au loin se lève le jour.




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Ruby
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MessageMar 20 Juil 2010 - 2:10

Elle continua sa marche, empruntant le lit même de la rivière. Sous l'onde glacée, les pierres avaient la dureté des coeurs des fées, aussi tranchants et blessants que les mots des femmes trompées. Mais la morsure vive de l'eau anesthésiait la brûlure, avalait le frisson, ne laissant au final que la danse lourde et maladroite des vêtements gainés de liquide. A travers le glacis, il n'y avait que les galets mouillés, yeux de poissons morts : l'oublie caressa le passage des voyageurs.

Car s'il est des chemins dangereux dans le monde, tous ne le sont pas autant que les sentiers qui parcourent la région de Magyar, réseaux veineux et vénal, capillaires perdus fleurit d'herbe-mensonge. Il est bien des routes, pour grandir, bien des routes et bien des guides : plusieurs fois déjà, la Dame s'était faite rôdeuse habile, dirigeant avec la douceur d'une vestale et l'inflexibilité des ronces. Sur cette voie-ci, elle s'engageait avec joie, une nouvelle fois, le coeur pétrie de la certitude du bien fondé de son action.

Peut-être s'érigeait-elle en hérault funeste de sa propre perdition et de celle, forcément liée, d'une grande partie d'une brillante civilisation. Ou alors - mais c'était beaucoup plus improbable - fondait-elle dans un creuset connu de quelques rares mystiques une tapisserie de Fata aux brins d'or, lancés droit vers des destinés auréolés de gloire, trame brodée de grandeur. Aaaah, mais laissons donc quelques secrets flotter un moment de plus, juste le temps de suspendre son pas !

La femme nommée comme une pierre sortit plusieurs fois du lit égoïste, laissant la marque profonde de son empreinte dans le limon sombre : elle passa sous les arbres, puis se permit de regagner ici ou là le ru fatigué, croisant les pistes et cheminant sur les bermes traitres. Ici et là, avec le discernement d'une maquerelle, elle aurait pu dispenser remarques et leçons, subtilement, mais, obstinément, sa gorge gardait scellée sa voix de métal, oiseau trop précieux pour sortir de sa cage : elle se contentait d'avaler la distance le plus rapidement possible, rendant la tâche d'un quelconque poursuivant aussi ardu que possible.

Et puis, avec la soudaineté d'un gong, la femme encapuchonnée quitta définitivement le chemin tracé par la rivière : elle entra dans les bois comme on entre dans un sanctuaire, le coeur lourd et l'esprit concentré, fixant son attention sur tout signe qu'une divinité aurait pu lui envoyer. En vain. Entre les troncs élancés et les branches torturés, l'odeur du jour naissant s'infusa en eux comme un sanctus, un choeur d'enfants, des voix d'anges chaudes et pétillantes telles des millions de sourires. Les effluves de tourbe l'ennivrèrent un peu, allégeant son front de quelques soucis. Ne resta alors plus que le plaisir de l'instant présent.

Elle fit des pauses courtes mais régulières, ne surestimant pas leur force. Derrière son sourire opalescent, la nostalgie luisait comme le soleil sur la marelle d'un puit fréquenté : la Dame savourait avec la cruauté franche et l'égoïste innocent des enfants ces moments grapillés à la réalité. Même si ses yeux cherchaient les marques d'anciens passages, les ridules d'inquiétude qui marquaient son front cédaient le pas aux traits marqués de la fatigue normale qui vient à toute personne après une dure journée - et sa journée, je le gage, était plus dure que celles de nombreuses personnes.

Enfin, les bois moururent avec la même rapidité que leurs arches les avaient abrités : les ombres des larges feuilles s'abjurèrent à la lumière diffuse du petit matin, poudreuse, coulante comme du miel. devant eux s'étendait un petit kilomètre de plaine avant les falaises et si jusqu'ici leur chemin avait été sauf, alors ils étaient en sécurité. Au loin, allongé sur le sol, la Dame aperçut une sentinelle allongée, camouflée par le fauve de son pelage d'hybride chat sauvage. Elle le salua de la main. Il vint à eux sans se presser, sa démarche possédant l'assurance des chasseurs. Puis reconnaissant le visiteur, accéléra le pas. Il hocha sèchement du chef, mal à l'aise.


" Nous ne nous avions pas annoncé votre sortie, Dame. " hasarda-t-il. Et Ruby ne se justifia ni ne le réprimanda. " Mon élève Lysias et moi-même allons regagner l'Île par nos propres moyens, Mart. Garde ton poste, ta relève ne devrait plus tarder. " Elle avança jusqu'à valser avec le précipice, puis, un sourire mutin sur les lèvres, tendit sa main à celui que, par le titre d'élève, elle reconnaissait comme sien.

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MessageMar 3 Aoû 2010 - 14:46

L’eau, elle est froide, si froide que piquante, et si froide qu’elle ne laisse plus place au moindre frisson dans cet atmosphère glacée où avance une certaine Dame sans relâche. Lysias ignore comment il a réussi à ne pas perdre le fil, trébuchant, glissant et dérapant un nombre de fois qu’il ne comptera plus. La seule chose dont il discerne parfaitement, c’est l’eau glaciale qui ne permet aucun relâchement de ses sens, et qui repousse l’engourdissement d’une fatigue certaine. C’est aussi la silhouette dansante du tissu enveloppant celle qui le devance, teinte grise mais lumière qui jamais ne doit tarir, pour le simple et juste motif qu’elle indique, de par sa nature, la fin d’un long tunnel interminable. Dans son trajet aux obstacles, le nymphe ne réalisera qu’à peine les changements de terrain, pas plus que cet étrange appel, ce nouveau rayon de soleil qui de sa pureté, éclaire les pas de la Matriarche. Et pendant les pauses, trop rares pour pouvoir prétendre se reprendre en main, trop infime pour qui a veillé depuis de trop longues heures sans répits, et surtout pour qui ne connaît que trop rien de la vie. Et si pendant ces instants volés à la dérobées, Lysias n’a plus cherché à briser le silence, trop concentré à mobiliser son éveil, l’air sombre de Ruby n’a jamais quitté ses rares sourires éclairant son visage trop pâle.

Plus tard encore, Lysias réalisera qu’elle est véritablement la Dame. La Dame de l’île, celle des survivants, et celle de leur avenir. Dame pour une jeune femme, trop jeune, pour supporter comme le lourd poids de tant d’années supplémentaires. Et à la place des années supplémentaires, on y remplacera des espoirs, tâche d’autant plus fastidieuse à porter. Les traits tirés, corps endolori, le nymphe a laissé venir l’hybride, conscient de son approche, mais incapable de la moindre réaction spontanée en cas de besoin. Non, vraiment, Lysias est loin d’être une machine de guerre. Alors il a laissé œuvrer la dénommée Dame avec tant de respect, et de tout le respect que lui-même se devrait de faire preuve, l’aera a été bien soulagé de ne pas avoir à justifier maintenant les motifs de sa venue. Et quelle étrange sensation que d’entendre Ruby le désigner ouvertement en tant que son élève. Il a un moment levé les yeux, intrigué, avant de répondre à l’appel de la dame, tendant à son tour la main pour enserrer la sienne, alors que devant eux, s’étale le vide de la falaise. Falaise qui rappelle les fois où un Lysias têtu et terrifié par son propre élément, boudait les cours d’un certain professeur. Un demi-sourire a fini par apparaître sur son visage.

Autrefois, il avait une peur monstre des hauteurs.
Et aujourd’hui, malgré cette crainte, ce sont des falaises qui lui paraissent amicales, du moment qu’elles sont désemprunte de noire magie.

-Le chemin s’arrête donc… ici ? a-t-il finalement lâché, tout en fixant l’horizon plus loin que ce que ses propres yeux pourraient voir.

Il ignore que Mart est une sentinelle, que des passeurs régissent les traversées, que les passages sont tenus à la discrétion de leur passager, et qu’il est sur le point de justement y passer. Et pourtant, cette impression d’être bientôt « arrivé à la maison »… elle se fait déjà sentir. Là bas, à quel genre de lieu est ce que ça ressemble ? Tout en se posant la question, Lysias ne peut s’empêcher de penser à une Elament en copié collé, avec le même principe de la ville autour de l’école, des ruelles et de ses habitants. Et c’est une image qu’il ne parviendrait pas à voir autrement.

Et pourquoi à ce moment Lysias a eut comme cette vague impression que Ruby allait l'entraîner dans ce beau vide qu'offre le précipice à leurs pieds. D'un geste instinctif, il a reculé d'un demi pas, suffisamment pour ne pas avoir les pieds bordant le gouffre, et juste assez pour ne pas lâcher la main de son mentor.

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MessageJeu 5 Aoû 2010 - 14:06

L'air marin lui chatouillait les narines, l'iode, le sel comme une promesse renouvelée, le baisé doux d'un amant trop longtemps délaissé. L'humidité faisait comme un masque vivifiant sur son visage, rechargeant quelque peu son énergie, si délétère. Au loin, l'océan et les cieux se touchaient, leurs doigts de brume fusionnant dans des tons gris mât, acier poli, bleu de payne et carbone, et à côté d'elle, l'albâtre et le cuivre, mariage parfait. Elle lui sourit, une nouvelle fois, attristée et heureuse de le voir capable de candeur juvénile, peur justifiée. De la crainte des choses à venir. De ses doutes qu'il se permettait de lui confier dans les paroles qu'il ne disait pas. Elle se rappela d'une histoire ancienne sur un royaume accessible uniquement que sous certaine condition : la perte, la dissolution, l'acceptation. Il s'était perdu lui-même dans une cité qui n'était que ruine, puis s'était dissolu, comme du sucre sur la langue, perdant peu à peu son identité. Acceptait-il la vie nouvelle qui s'offrait à lui ? Il était ici, après tout, ne lui restait qu'à avancer.

" Non pas, non. Ce n'est le début. " Cette phrase, logique, prémâchée, lui laissa un goût amer dans la bouche. Elle aurait voulu dire quelque chose de plus recherché, mais c'était l'évidence, donc il ne servait à rien de faire des ronds de jambes. La Dame s'avança d'un pas, se rapprochant encore du vide, flirtant presque avec la perte. Sa main la tira un peu : Lysias recula. Elle se retint de resserrer son étau, tenaille inflexible, et se contenta de le regarder, confiante.

" Normalement, il faut descendre la falaise, ou la longer à marée basse. On trouve alors un ou deux canots cachés. Un Passeur prend l'aviron et navigue dans les courants. " Elle marqua une pause, et le vent agita la chevelure de l'homme prêt d'elle, oriflamme solaire. Qu'elle était triste la fatigue qui marquait son visage. Ruby aurait aimé le protéger plus tôt, empêcher que toutes cette souffrance n'existe. " Car la mer ici n'est pas celle que tu imagines. Il y a des sorts dans les vagues, des malédictions dans les embruns. On n'atteint pas l'île aussi facilement que n'importe quelle autre terre. "

Elle se sentait trop fatiguée, de toute façon, pour descendre l'apic rocheux, pour sortir l'embarcation et ramer, s'usant les muscles. La Dame avait besoin de repos, mais elle savait qu'une fois arrivée sur l'île, elle n'aurait pas ce luxe. Son rôle, et sa puissance, lui conféraient heureusement quelques passes-droits facile à user : point besoin de la traversée pour toucher le rivage, nulle nécessité d'une activité physique éprouvante pour l'épave qu'était son organisme... Il suffisait ... d'accepter la perte, tolérer la chute. Au final, le conte rejoignait la réalité. Aussi, elle lui lâcha la main.

" Tu m'as fait confiance, jusqu'à maintenant. Continue, s'il te plaît. Suis moi. Ce n'est... que de l'eau. c'est mon univers. Nul mal ne te viendra ici tant que je suis avec toi. " La jeune femme posa sa main sur le bras du Nymphe. Elle cru, un instant, voir de la peur au fond de ces yeux magnifiques, pierres d'arain polies. Son autre main traça une rune au niveau du front du garçon, qui illumina l'air un instant, avant de chuter, pluie de paillettes miroitantes. D'un geste, elle venait de le bénir de sa protection, de sa marque : il sauterai dans le vide sans se briser sur les rochers (la mer l'accepterai). Il ferai la traversée sous marine sans se noyer. Le plus difficile serai la sortie, au final, lorsqu'après avoir voyagé sous l'eau, il serai rejeté sur le rivage de galet de l'île, mouillé et frigorifié.... Jusqu'à ce que la Dame règle ce soucis.

La Matriarche s'en retourna, lâcha le bras, séparant les peaux. Elle fit un pas en arrière, puis deux, allongeant son élan. Et puis se fut le plongeon.

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MessageDim 8 Aoû 2010 - 11:37

... Puis elle plongea.

Elle a plongé la première, la Matriarche, semblant disparaître dans un flot clair et grisé, vol d’une robe au gré du vent, avant d’être engloutie quelque part, là bas, entre les tréfonds des vagues. Oui elle y a plongé, sans l’ombre de la moindre hésitation, ni celle de la moindre peur, de son allure confiante et inébranlable jusqu’au bout.

Alors quoi. Alors comment, oui comment, peut-elle, cette cristalléene, par le pouvoir d’une simple parole, l’inciter à outrepasser le mur de ses peurs, mur face auquel le nymphe rebute depuis toujours. Il n’aime pas le vide et ne l’a jamais aimé, cette sensation de ne plus avoir aucun repère là où se raccrocher ni aucun support où avoir pied. Sensation de tomber, oui, et celle de se noyer dans les airs, l’Air, un élément dont il fait si peu confiance. Mais plus que ça, après la falaise, les vagues rugissent contre la paroi, menaçant quiconque s’en approche, de s’écraser contre les rochers. Noyade dans les airs puis dans l’eau, Lysias est-il assez fou pour le faire ? En promesse de quoi ? …Et d’ailleurs, est-il réellement question de promesse.

A un demi-pas de la crevasse, le nymphe a effleuré son front, là où il y a senti une étrange sensation fraiche au passage des doits de la Dame. Combien de fois son corps se verrait marqué par les insignes d’un autre, infime et inutile rancœur qu’il a tu, regard perdu quelque part dans le mystère des lieux. Il se tient encore là, immobile, expression impassible et figée, scrutant les vagues d’une mer plongée dans une fureur éternelle. Sentiment de se retrouver face à une vitre invisible, hantise ancrée au plus profond de soi.

-…

Du bout du pied, Lysias a repoussé les quelques gravas dans le vide, suivant le même chemin qu’il se devrait d’emprunter pour voir le début d’une nouvelle voix ou… sa propre fin. Autour du nymphe se lève le vent où se mêle le maigre fil d’air de l’aéra, l’incitant à aller au devant de ce qu’il pense être le champ du possible. Le chemin ne vient que de commencer et pourtant, Lysias n’y voit qu’une fin. Pessimisme ou noires pensées, quelle autre attitude adopter face à ce vide, ce gouffre dont le nymphe n’en voit même pas le fond, cette falaise, qui d’un instant à l’autre paraît pouvoir n’offrir, que l’ombre d’une mort certaine. Lysias a fait un choix et c’est un choix où déjà d’obstacles entravent son chemin. A ce moment-là, il jure que le bout de ses orteils pend dans le néant lorsque qu’un coup de vent, douce pression sur son dos, l’enjoint à effectuer le pas supplémentaire de trop, saut tant redouté. Un instant de déséquilibre où pris au piège de la Chute, l’aera tente désespérément de trouver un point d’appui sans jamais trouver de prise, son corps protestant violemment contre ce sort…

…puis cet interminable sentiment de se perdre, d’en terminer là où tout devait commencer. Larmes aveuglant des yeux incapables de supporter les rafales d’air qui fouettent le visage, larmes de la Perte.

Alors.
Est-ce vraiment la fin d’une histoire.

-

Et puis soudain, Lysias a senti son corps tiraillé de part en part, brusque apparition d’écailles orangées au contact de l’eau, avant mêle qu’il ne s’en rende pleinement compte. La seule sensation que le nymphe a ressenti, c’est celle d’être immergé sans tout à fait l’être, et le courant de l’eau qui semble être infiniment moins puissante que celle qu’on voit de là haut. Ici… il tombe encore mais sa chute est moins brutale que dans les airs, et alors qu’il lève le regard, Lysias essaye de percer la distance qui le sépare de la lumière du jour alors qu’il chute et chute encore et encore.

Ce n’est que de l’eau et pourtant c’est une eau qui lui fait peur, et lorsque le jeune homme a tenté de le hurler à travers les vagues, il s’est souvenu au dernier instant que la moindre parole lui volerait son dernier souffle si précieusement gardé, oui, mais pour combien d’instants encore. Esquissant un tour sur lui-même, Lysias a tenté de distinguer quelque chose de familier, un point de repère dans ces lieux que tout son être juge hostile, puis a cherché à brasser vers la surface avant qu’une aura claire, ô combien blanche a attiré son regard. Et là bas, la Dame Pâle. Lysias ignore s’il lui fait confiance ou non, probablement même qu’il s’en fiche à l’instant qu’il est, mais c’est avec assurance qu’il a entamé un mouvement vers elle, d’un air de surprendre les lieux sous un nouvel angle.

L'univers de Ruby... est ce cet endroit presque hostile? Alors même qu'il a traversé la Chute, qu'il est bien en vie, là, au coeur de la mer, Lysias ne peut s'empêcher de trouver un quelque chose d'antipathique à la mer. D'ailleurs les malédictions dont la jeune femme lui a parlé... les attendent-ils aux creux d'un détour? Malgré toute sa bonne volonté pour vouloir croire que rien ne leur arrivera, le nymphe plisse davantage les yeux, pour tenter de décrypter la moindre anomalie.

Sauf que dans ce monde, tout paraît justement être, anomalie.



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MessageMar 10 Aoû 2010 - 14:27


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