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 Nuit, mère des ténèbres

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Sappho
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MessageDim 11 Avr 2010 - 19:07

Son pouvoir n'ayant pas été activé par sa volonté propre, la pierre ne réagit pas. Et Sappho n'a aucun lien avec les chaînes autour de ses poignées qui bloquent sa magie. De fait, durant toute la soirée, elle ne sentit rien de particulier. Quelques tiraillements, mais ils lui semblaient naturels. Après tout, les éléments suivaient aux-mêmes un flux, non ? Il était normal que parfois, ce flux soit plus important. Rien... d'anormal, qu'elle croit. Et elle a aussi d'autres choses à penser là maintenant. Genre ? Genre qu'est-ce-que je dis aux démons qui sont devant moi, là... Genre je suis sur la petite estrade, à la droite du trône où siège le Roi Khisath... Je suis pas sûre, mais il me semble que ma bouche est ouverte depuis deux secondes et que je n'ai rien dit. Une carpe, quoi. Super. Fini, Sappho la Faux, bonjour Sappho la Carpe... Se rattrapant aux branches, elle enchaîna sur les clichés habituels qui marchent à tous les coups. Exemples ? On a gagné. On est les meilleurs. Qu'ils crèvent. Mais c'est pas fini. Y'en a encore dehors. Faut les chasser, les traquer, comme des animaux apeurés. En substance c'était ça. Un peu mieux habillé pour l'occasion, avec des "Nous, les démons supérieurs" ou des "Gloire à notre Roi" par ci par là... Et à l'arrivée, un tonnerre d'applaudissements. Des cris de joie, des griffes en l'air. Mais un simple signe, une légère montée de la température, et tous se turent. Le Haut Roi faisait son propre discours maintenant. Sappho recula en inclinant la tête, et écouta... ce qu'elle venait de dire, tourné autrement.

Ne croyez pas que les démons soient bouchés, ou bien suffisamment stupides pour se laisser embobiner par les mêmes refrains. C'était juste... le syndrome de la victoire. Le moment de Grâce, pendant lequel les dirigeants n'avaient pas besoin d'imaginations et encore de réussites pour être portés aux nues. Malgré tout, chez les démons, mieux valez rester prudent. En effet, les tentatives d'assassinats sur un Roi affaibli, même s'il est victorieux, sont plus que fréquentes. De fait, le Haut-Roi n'est pas le seul qui peut être pris pour cible. Ses généraux sont aussi en première ligne. On attendait d'eux d'ailleurs, qu'ils servent d'une certaine manière, à protéger le monarque. Dans une certaine mesure. Bref, la politique démoniaque était surtout un vaste nid de vipères et de guêpes ensembles. Autant dire qu'il y avait difficilement plus oppressant. Ceci expliquait peut-être cela. Je veux dire : ceci expliquait peut-être pourquoi Sappho était moins gamine. Elle avait abandonné la naïveté au contact de ceux en profiteraient. Elle n'était plus celle qu'avait connu Lysias en premier lieu. Elle était... ce qu'elle devait être. Du moins, elle s'en était convaincu.

Par un caprice du destin, elle se retrouva avec... vous avez deviné, Kaleos. Ses aïeuls devaient lui en vouloir à mort. Supporter ce narcissique était devenu... insupportable. Il y en avait des biens plus raffinés et des plus puissants qui lui courraient après, bon sang ! Alors pour ce satané Kaleos et sa voix doucereuse la collait comme une abeille à son miel ? Un défi pour sa patience. Si elle avait sa faux, elle lui planterait bien dans le crâne. Mais voilà, elle faisait bonne figure. Et lui, il avait l'air plus tendu que jamais. Enfin, bref. Elle s'en fichait, de lui. Il l'amena dans sa demeure, décorée à en vomir par du velours ... vert. Le mauvais goût a trouvé son saint, louées soient les Enfers ! On pouvait difficilement imaginer pire intérieur. Mais elle laissa faire. Malgré l'idiotie qu'il dégageait, elle laissa faire cette nuit, dont la phase de sommeil fut bien courte. Comme les autres. Étant... ivres -doux euphémisme-, le lendemain -ou les quelques heures d'après- fut difficile. Un casse tête, littéralement. En plus, elle eut du mal à se souvenir où, quand, comment. Pour résumé. Elle s'apprêtait à partir, quand ce cher Kaleos la retint. Il voulait venir chez elle pour lui offrir quelque chose, qu'il disait. Qu'est-ce-qu'il lui voulait encore ? Exténuée, elle accéda à sa demande d'une voix exaspérée. Et bien, qu'il vienne, si ça lui faisait plaisir ! L'imbécile.

Et elle pensa supporter sa discussion pendant le trajet, mais il n'en fit rien. Il semblait ailleurs et quelque peu tendu. Mais elle ne le remarqua pas, la Faux. Elle se délecta de ce silence et se dit que finalement, il faisait des efforts. Enfin, ils étaient arrivés. Une fois qu'il serait parti, cet incube, elle irait prendre un bain avant de taper un petit roupillon, si Lysias le voulait bien. Elle entra, suivie de Kaleos. Elle s'assit sur le bord de son lit, en se demandant où était Lyly, justement. Il ne s'était tout de même pas encore enfermé dans le cachot ?! Il ne pouvait pas être dans la salle de bain, tout de même. Enfin, l'autre incube ne devrait pas rester trop longt...


" Kaleos, qu'est-ce-que tu... ? Arg "

Elle ne le vit ni ne le sentit venir. Il s'était jeté sur elle, et la plaquait sur son propre lit. Nom d'un... Mais qu'est-ce-qu'il lui passait par la tête, àce crétin ? Ses yeux avaient l'aspect de deux rubis assoiffés de sang et de chair. Un rictus vint déformer son visage déjà pas si parfait pour un incube. Il avait sorti une dague de sa manche et en maintenait la lame sur la gorge de Sappho. Quelques gouttes de sang perlèrent sur l'acier, tandis que les yeux de la succube brillaient d'un éclat féroce. Il pensait pouvoir l'anéantir ainsi ? Ses ténèbres lui feraient regretter sa sup... Hé !? Il prit ses mains et les attacha par une simple chaîne en métal. Le traitre... Sans ses mains, même avec des incantations en dernier recours, elle ne pouvait rien faire... Et sa sucette qui était définitivement posée sur la commode. Il la regarda en riant, sans qu'elle puisse bouger avec son corps imposant qui la recouvrait.

" - Sale traitre ! Tu... " Il lui donna une baffe en règle pour la faire taire.
" - Silence, Faux ! Toi, le Roi et les chevaliers qui l'entouraient, vous allez tous crever aujourd'hui. Khisath n'est qu'un usurpateur, sa victoire un leurre ! Il est temps que le Conseil des Nobles reprenne ses droits et ses pouvoirs... Sappho, belle enfant, vous mêler à tout ça me peine terriblement... Mais si vous suppliez mon indulgence et acceptiez de devenir mon épouse, je pourrai vous gracier et... "

Elle lui cracha au visage comme réponse. Pas besoin de discuter. Sa loyauté -ou ce qu'elle avait qui y ressemblait- allait au Roi, à la vie à la mort. Elle était devenue Chevalier sur ce serment. Être désormais Général ne changeait en rien son allégeance. Et elle était préparée à ce genre d'évènement. Mais bizarrement, la seule chose qui lui vint à l'esprit fut : que deviendrait Lysias, si je meurs ? Tué pour l'exemple ? Non... Mais à moins que... Ses yeux se plissèrent alors qu'il enfonça un peu plus sa dague. Elle sentait que le sang coulait déjà plus. Quelques millimètres et c'en serait déjà pratiquement fini d'elle...

" -... Si tu le prends ainsi, jeune Faux sans cervelle, alors tu vas crever.
- Votre tentative va échouer, les Chevaliers sont les plus forts d'entre nous ! Tu le sais aussi bien que moi. Et tu seras coupable de...
- Mais que dis-tu ? A quoi servent les esclaves sinon à protéger nos arrières ? Le tien sera le parfait bouc émissaire, tu ne penses pas, chère Faux ? "


Ses yeux s'agrandirent. Ah, ce serait donc ça. Elle mourrait donc en sachant que Lysias la rejoindrait dans peu de temps. Elle ne savait pas si c'était une consolation... Non, car ils ne se verraient pas après la mort. Sappho offrirait son corps et son âme aux ténèbres. Lysias... Lysias irait sans doute rejoindre ses Dieux... Mais elle ne pouvait donc plus rien faire ? Si on lui laissait une chance, elle se ferait une promesse.

" Mais ta mort ne presse pas, n'est-ce pas, Sappho ? Puisque tu es à ma merci, autant en profiter encore un peu, non ? "

Ses yeux prirent un air de prédateur. Ah, alors avant, il voulait la "violer" ? Comme si l'on pouvait user de ce mot avec une succube. Ce serait sûrement insultant que de dire cela. Pourtant, elle réagit peu à ce qu'il dit. Si Lysias était là, elle espérait qu'il ne viendrait pas. Car Kaleos le tuerait sur le champ ou pire, il l'obligerait à attendre qu'il ait fini. Oui, c'était sans doute pire. Et Sappho ne fit rien du tout, à part fixer le plafond de ses yeux globuleux et sans vie. Elle ne dit rien. Et pour la première fois, elle sentait ce qu'elle infligeait elle aussi à des êtres de la surface. C'était terrifiant.

*Promesse de ne plus être impuissante pour te sauver... Promesse d'avoir toujours le pouvoir de te garder en vie. *

**** Promis ****

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Lysias
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MessageMar 13 Avr 2010 - 9:09

[Salle de bain – Quartiers du Général Faux]

-J’ai ai marre ! Mais ferme-la un peu Sappho ! finit par s’exclamer Lysias, la tête entre les mains. C’est tout de même odieusement insupportable, toutes ces voix, -dont celle de Faux-, qui grouille comme si elles étaient immergées. Encore s’il comprenait ce qui se disait, il jouerait les curieux mais là, entre ses oreilles, ça résonne de partout, et il en devient impossible de pouvoir réfléchir à vide, ni de penser clairement. Ses épaules tiraillent désagréablement, comme si ses os étaient en proie d’une excroissance tordue, et le nymphe se résout à s’assoir contre le mur pour calmer cette atroce cacophonie. Pour la première fois, il a la sagesse de réfléchir par deux fois avant de laisser sa fureur éclater dans tous les sens, et tente de capter, ou de saisir un brin de conversation. Oui elle est avec Kaléos, mais de savoir où, Lysias se doute que ce sont dans les appartements de l’autre abruti, puisque la faux ne rentre pas pour de suite. En dépit des muscles nerveusement crispés autour de la pierre, Lysias ferme les yeux, reposant le front contre les genoux, comme pour la reposer de ce brouhaha confus. Ce faisant, il perçoit la porte de la chambre qui s’ouvre, sentant les vibrations imperceptibles que provoquent les pas au sol. A ce moment-là, l’aera est incapable d’entendre davantage d’indice, son ouïe étant totalement brouillée par les voix de sa tête. Au moins, les elfes Argentés lui ont appris à écouter et percevoir la Nature autrement que par l’ouïe et l’odorat. Si on se concentre, la moindre ondulation dans les airs devient perceptible, même pour un non-élémentaliste. Petit, Lysias a apprit, et a grandi en elfe ; aujourd’hui, il en garde la majeur partie de son éducation.

M’enfin, avoir été attentif pour comprendre que c’était probablement non pas une mais deux personnes en présence, ne réjouit pas pour autant l’élamentien, qui tenta de se concentrer sur les voix de sa tête. Il sent son corps, tiraillé, malmené, les muscles endoloris. Sa fatigue générale se mêle alors à un autre état, passant par la surprise, l’indignation, puis la révolte. Et ce sont la des ressentis qui lui sont horriblement familier, mais qui ne lui appartiennent pas.

*…Tu seras coupable*

Coupable de quoi encore ? Elle en a pas marre de jouer les indécises celle-là ? pense aussitôt Lysias qui croit qu’elle s’est adressé à lui. Evidemment, en bon égocentrique, toutes les remarques tournent autour de son nombril, ça, c’est pas nouveau. Et dans un flash d’image, il voit la sale tête de Kaleos couplée à la sucette posée à son endroit habituel. Si cette furibonde de Faux le prive même de ses propres yeux, l’obligeant à voir des choses dont il se moque éperdument !

||Mais je me fiche de ta faux !!! Dégage de mon esprit !|| résonne sa propre pensée, qui ne traversera jamais au-delà de ses deux oreilles. Si Sappho ressent les tiraillements physiques de celui qu’elle a lié, l’autre perçoit de temps en temps les tiraillements… psychologiques. Ah bah bravo, la belle paire de synergie ! Lysias préfère ne même pas y penser, à ces trucs paranormaux. Sachant que lui-même vit et baigne dans un monde où rien n’est inscrit dans la norme… bref. De toute manière, la sucette de Sappho, Lysias la voit et l’appelle la Faux, et il ne s’y trompe plus, depuis la dernière fois qu’elle l’a brandit devant lui pour abattre ses congénères. Et alors qu’il est sur le point de chercher d’autres noms d’oiseaux à lui assener silencieusement, son esprit est violemment frappé par les pensées d’une tierce personne, le laissant pantois et abruti pendant un instant, par la puissance qu’elle recèle.

*Promesse de ne plus être impuissante pour te sauver...
Promesse d'avoir toujours le pouvoir de te garder en vie.*


Son pouls s’emballe et la suite s’enchaine dans une logique qui ne suit que son instinct pure et brute. La porte s’entrouvre silencieusement, la chambre est plongée dans un jour mi éclairé, et là bas, sur la commode, une friandise disparait dans silence parfait. De ces images, Lysias est incapable de se souvenir de son fil conducteur, ni comment il a agi ainsi. Il ne sait pourquoi il n’a pas laissé les démons de leurs côtés faire leurs affaires, il ne sait pourquoi, cette vision lui a été intolérable. La pierre démoniaque a ses atroces vices et ses horribles vertus, et ce jour-là, il en ira du coté vertueux pour celle qui l’a posé. Il ne sait pas si ce sont les pensées de Sappho qui contrôlent son corps, si ce sont les siennes, mais dans ce cas, pourquoi ne s’en souviendrait-il pas distinctement… Deux silhouettes s’entrecoupent là sur le lit, l’une dominant clairement l’autre privée des mouvements. Et, simultanément, les pensées de Faux se mêlent en un mugissement bruyant et c’est un son lugubre qui restera intacte dans la mémoire de Lysias.

Il se souvient alors, de cette énergie qui s’éveille brusquement en lui, se répandant dans son corps telle un poison douloureux. Energie prisonnière aux frontières de son porteur, et qui ne peut que se contenter de crier sa désapprobation. Un jour, Tyrol avait dit que son Air ressemblait à un cri démoniaque, même si le rassurant qu’il n’était pas possédé. Ce jour là, Lysias n’a pas été content de l’apprendre… mais son élément a toujours été ainsi. Il suffisait juste de l’accepter comme tel…
Les soins qu’il aura entrepris d’apporter à son poignet ne servira à rien, la peau s’effrite laissant la chaire à vif, mais c’est comme s’il était amorphe de toute sensation physique. Ses pas filent sans un bruit derrière Kaleos qui surplombe sa maîtresse, un coup d’épaule inattendu lui fait perdre l’équilibre au travers du lit. L’Incube se reçoit le poids d’un nymphe qui vient de se jeter sur lui, alors qu’il était trop concentré sur le visage de la femme qu’il désire… désire pour mieux détruire.

Les doigts de Lysias, qui ont oublié de laisser deux fioles d’onguent dans la salle de bain, viennent s’écraser sur le cou du démon, pris de surprise, plutôt que violence à l’état brute. L’élémentien ne le sait pas mais les soins des êtres de la surface ne sont pas tous compatibles pour les êtres du camp adverse. Aussi, la peau soyeuse du Prétendant, se met à fumer étrangement, lui arrachant un cri de rage avant qu’il ne bondisse hors du lit, repoussant l’autre détritus pour l’écarter. Lysias n’a que le temps de laisser sur les draps, la sucrerie qui sert fidèlement la succube depuis qu’il l’a rencontré. Absence de sensation, absence de fureur ou de quoique ce soit qui altère le vide qui empli le nymphe, l’esprit perdu dans un flot de pensées mêlées. Il n’entend rien. Rien que du vide dans ce dédale de voix amplifiées.

Et d’un coup, le silence. Le coup de griffe meurtrier qu’il s’apprêtait à recevoir ne vint jamais. Et la faux frappe, encore et encore, écartelant un corps sans vie où le sang gicle de part en part.

-

Les jours qui suivent semblent faire tomber Lysias dans une torpeur nonchalante. A vrai dire, il ne sait trop que raconter. A propos de Kaléos, à propos des mondanités démoniaques. Au sujet de leur relation, de Succube à Incube. De ce qui s’est passé. De sa propre captivité. De tout et de rien, parce qu’il y a trop de choses et rien à la fois à dire. Quand il répond, c’est avec une certaine hargne qu’il le fait ; néanmoins, partout où va Dame Faux, traîne son esclave pas loin. Des bruits tantôt respectueux, tantôt suspicieux courent au sujet de Sappho et de la mort de Kaléos. Lysias le sent aussi, que la position hiérarchique que Sappho a pris un cran supérieur.
De son isoloir dans l’antichambre, il se poste désormais sur le siège près de la fenêtre, où il regarde l’extérieur sans le voir, l’oreille aux aguets. Et, aussi impitoyable que cela puisse paraître, l’aera est quelque peu satisfait de ne plus avoir à tolérer les allées et venues d’un certain Incube. De temps à autre, il observe Sappho s’affairer dans ses trucs de démons, comme s’il l’épiait sans vraiment s’en cacher. Intrigué. Curieux.
Quelque chose a changé.


[Un soir, parmi tant d’autres]

-…Hé, Général Faux, interpelle-t-il, s’adossant sur la fenêtre, jetant un regard moqueur à la concernée. –ça consiste en quoi, ton rang ? Tu vas devenir Reine ?

Quel honneur, à tout moment je finis Vermine de la Reine, génial ! faillit-t-il aussi rajouter, dans la continuité, avant de se raviser. Quel scepticisme, on ne s’y reconnaîtrait plus. Puis, soudain illuminé par on ne sait quelle lumière, Lysias vient se jucher face à Sappho, pour mieux se rendre compte de leur différences de taille, d’un regard plus que suspicieux. Pas d’échasses, pas de talons.

-Tu bouffes de la soupe ? Ah bah, c’est bien connu, le potage, ça fait pousser les marmitons. Mais de là… un tel changement. De temps à autre, un petit recyclage oculaire est de mise, visiblement. –Non, en fait, je me demandais vraiment de quoi se nourrissaient les démons.

De sang ? Des Ténèbres ?
Parce que ça se mange peut-être, les ténèbres ? En tout cas, le mini a tellement poussé qu’il ne lui viendrait plus tellement à l’esprit, de le balancer sur ses épaules, comme aux étuves. Un jour, ce demi-portion va finir par le dépasser, à grandir comme ça. Cette idée donne envie au nymphe de se moquer. Mais en regardant Sappho, il ne peut s’empêcher d’y voir l’ombre du souvenir de Kaléos, si bien qu’il en tire un air dégouté. Et à y repenser, la dernière fois, la succube lui avait proposé un marché. « …Entre ces murs, tu pourras me faire tout ce que tu veux. » L’infamie.

-Ah ! Tu parlais vraiment de ce genre de truc ? s’exclame-t-il soudain, horrifié. -Ta proposition de la dernière fois-là. Tu disais que j’aurais le droit de me venger sur toi. Comme pour me proposer une alternative à ma captivité...

Pourtant il en avait lu, depuis, des recueils propres à la démonologie. Leurs modes de vie, les différentes races. Leur politique, leur soif de pouvoirs. Une vision totalement à l’opposée des mœurs Elémentalistes. Acceptable dans un sens logique, intolérable dans un sens moral. La logique voudrait que chaque espèce ait ses propres coutumes et culture, pendant que la morale, elle, tend à se tourner vers le « bien ». Au final, c’est comme l’histoire du bovin. Ils sont tués pour être dégusté alors que dans tout ça, ils n’ont rien demandé. Pourtant il n’y a ni mal, ni bien, à vouloir vivre.
Même au détriment des autres.

‘‘…L'apparence sublime d'une succubes dissimule une âme d'une rare noirceur.
Ce sont des nymphomanes pour qui le sexe est aussi naturel que la respiration.
Elles sont plus cruelles, masochistes et perverses que les pires débauchées humaines.
Leur loisir préféré reste de jouer avec les sentiments des autres, y compris de leurs semblables.
Leur cynisme est incomparable et leur cruauté sans limites…’’

-Alors écoute moi ma chère Dame Faux. J’accepte que tu sois démone, que tu tues qui bon te semble et que tu t’adonnes à toutes les... toutes les pratiques démoniaques. Tu es des leurs, je ne suis pas celui qui peut t’en blâmer. Mais ne m’assimile jamais à un démon, et encore moins à leur façon de penser. Parce que je ne suis pas des vôtres.

Scandalisé. Furieux.
Ce disant il s’est senti à deux doigt de l’agripper par les épaules et la secouer un bon coup. Voire la repousser. Finalement, il se résoudra à ne même pas l’effleurer. Pour peu qu’il l’aurait fait, pour peu qu’il aurait accepté leur accord, il n’aurait qu’été placé sous le même gabarit que l’autre infect de Kaléos. Lysias se rend alors compte combien il déteste et hait encore cet Incube-là.

-Tu sous-entendais que j’aurais pu te violer là, et abuser de toi, si j’en avais eu ne serait-ce l’envie, par un simple coup de tête ? Comme l’autre vermine de Kaléos ? Mais tu me prends pour qui !

Un Lysias qui n’en revient pas. Après ça, comment peut-il daigner poser la main sur elle, s’il se donne l’impression d’agir comme un incube.

Le tiraillement sur ses épaules menace de nouveau, menaçant de s’intensifier. Alors il s’assied plus loin, contre la commode, pour calmer cette nouvelle fureur. C’est devenu un jeu de courir sans cesse après le bon équilibre pour ne pas laisser un ressenti éclater. Mais c’est un jeu de très mauvais goût. Le nombre de fois où elle l’a fait souffrir ne se compte plus sur le doigt d’une main. Pas plus que toutes les autres fois où lui-même lui en a fait voir de toutes les couleurs, l’a faite pleurer jusqu'à ce que ses larmes ne soient plus que sang, lui a rongé les tripes par l’inquiétude. L’a fait tourner en bourrique constamment et de façon imprévisible.

_________________________________________________________


Illusion | Désillusion
Fiche
Artefact en possession: *Dÿa Meÿe't Feirk", ou le Souffle de Meÿe*
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Sappho
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MessageMar 13 Avr 2010 - 21:53

Dans l'instant qui précéda son arrivée, elle sentit sa détresse. Ou ce qui y ressemblait. Elle ne savait pas d'où provenait cette sensation. Elle fit sienne une douleur qui ne lui appartenait pas. Non, ce n'était pas elle qui voyait sa peau s'écaillait ou se tordre. Pourtant, elle en avait le sentiment. Elle vit, comme dans un éclair, l'arme qu'elle aurait voulu lui planter dans le crâne, juste sous ses yeux. D'où venait cette vision là ? Quelque chose d'étrange se produisait entre elle et... une paire d'yeux qu'elle n'arrivait pas à assimiler. Qui ? Elle n'y réfléchit pas, parce qu'elle n'y croit pas. C'est sûrement une ruse des ténèbres, non ? Faux n'est pas prête à comprendre ce phénomène. Elle préfère fermer les yeux. Encore une dernière fois, non ? S'apitoyer sur son sort est sans doute plus simple que d'essayer de se révolter. En même temps, se révolter contre ce que s'apprête à faire Kaleos, n'est-ce-pas se révolter contre les pratiques des démons ? N'est-ce-pas se révolter contre elle-même ? Là s'arrêtent ses pensées. Car elle sent que le poids sur son corps s'évanouit. Un bruit de verre brisé, un cri... Que se passe-t-il ? Mais une fois les yeux ouverts, elle ne voit plus que cette faux sous ses doigts. Elle ne pense plus qu'à faire jaillir le sang de son crâne. Elle n'a pas vraiment le temps de comprendre ce qu'il s'est passé. Tout ce qu'elle voit, c'est le sang écarlate qui éclabousse ses murs. Qui les éclabousse.

*********

Les heures suivantes révélèrent que la tentative de prise de pouvoir d'une poignée de familles de basse noblesse avait échoué. Un seul Chevalier avait péri, ce que l'on pouvait remplacé. Les trois familles incriminées furent décimées : on les brûla, les immola, les écartela, ... et bien d'autres joyeusetés ! Une fin heureuse, si l'on pouvait dire. Le fait que le Roi et son entourage aient écrasé une bonne dizaine de tentatives similaires n'avait fait qu'accroitre leur pouvoir et le nombre de sympathisants parmi les familles majeures. Une réussite totale. Sappho avait elle-même exécuté la sentence de la famille de Kaleos avec une joie non dissimulée. Mais quelque chose d'autre que la vengeance occupait son esprit : après une certaine réflexion et un travail de mémoire, elle s'était rendue compte qu'il lui avait sauvé la vie. Lysias l'avait sauvée, alors qu'elle avait abandonné. Le temps passe, et ils n'en parlent plus. Il n'a pas laissé son ton hargneux, mais qu'importe, elle le garde auprès d'elle. Toujours, pour encore cinq lunaisons. C'est encore loin.

********

C'était comme d'habitude, une soirée avec le soleil au loin, presque disparu, et les étranges colorations d'un ciel crépusculaire. En général, elle lisait des rapports ou donnait son accord à telle ou telle mesure. Ou encore, elle écrivait ses propres notes pour son Roi. Bref, des activités qui, il y a quelques mois, l'auraient simplement faite fuir. Elle détestait la paperasse. Mais difficile de passer outre. Au moins, un minimum. Et elle faisait le stricte minimum. Pour le reste, son slogan était :"il faut savoir déléguer !" Oui, et ça, c'était tout un art. Enfin, elle gardait la main-mise sur tout ce qui l'intéressait, quand même. Elle se chargeait volontiers des mondanités ou de ce qui avait rapport au Trône, normal vous me direz. Elle était, dans l'ancienne nomenclature des Enfers, l'équivalent d'une Reine, au sommet de la deuxième cour la plus puissante. Elle en était encore là de ses pensées, assise à ce qui lui servait de bureau, terminant sa note sur les activités extérieures des vermines, quand il l'interpela.

Tout le temps, il était contre cette fenêtre. Un jour, il passerait à travers. Mais pour une fois, il ne semblait pas en colère ou quelque chose de genre, il avait juste l'air moqueur de Lysias. Mais maintenant, à chaque fois qu'elle le voyait, elle se demandait ce qui avait pu se passer ce jour précédent, où il l'avait sauvée. Dans ce moment de semi conscience, quand elle avait vu ce qu'il voyait, car c'était là sa conclusion à ce phénomène. Elle ne lui avait jamais demandé ce qu'il lui était arrivé, parce qu'elle n'osait pas ou parce qu'elle craignait de connaitre la réponse : la pierre, ses ténèbres greffés en lui... On racontait que certains esclaves étaient morts dans d'atroces souffrances sans même qu'on intervienne ou que d'autres entendaient des voix et hurlaient ou se suicidaient... Rien de bien rassurant en somme, alors, du coin de l'œil, elle le surveillait, et l'observait, pour déceler ses éventuels réactions à la pierre. Elle se lève, et a un sourire de satisfaction.


" Mais Reine, je le suis déjà... Doublement du moins, puisque seule la Reine des folles peut héberger un élémentaliste comme je le fais. "

Oui, vraiment, elle devait être folle, mais ça, on le savait déjà. C'était évident. Et qu'il vienne se mettre sous son nez... enfin, c'était plutôt elle qui était sous son nez, encore, quand même. Sappho n'est plus haute comme trois pommes, comme lors de leur première rencontre, mais elle n'est pas aussi grande que lui. Si elle avait poussé aussi vite, c'était sûrement à cause de son entourage. Les succubes se nourrissaient de l'énergie vitale de ceux qu'elles tuaient ou qu'elles prenaient pour vivre éternellement ou ce qui s'en rapprochait. Mais n'étant pas totalement succube, Sappho se demandait si cela n'était pas un facteur de sa croissance... le fait que son père soit d'une race de sorcier des ténèbres, dont on ne sait plus rien aujourd'hui. Peut-être. Ca expliquait sûrement pourquoi elle aimait tant ça, les ténèbres.

" Si je te dis que je mange les nymphes curieux, t'y croiras pas une seconde, hein ? ... Tu penses donc que les démons sont si différents de vous ? "

Au final, elle avait pris un ton qu'elle ne voulait plus prendre : de la curiosité, presque innocente. Un jeu de questions et de réponses simples. Sans arrières pensées compliquées. Juste ce qu'elle voulait savoir, pour elle. Croyait-il donc qu'être démon signifiait vivre autrement ? Il y avait bien des traitres qui s'accommodaient d'une vie dans le camp adverse, mais étrangement, trahir le "bien" semblait plus enviable à trahir le "mal". Dans le dernier cas, on devenait un paria partout, alors que les Enfers recrutaient autant de corrompus que de vrais démons. A méditer, sans doute. Mais elle entend son exclamation horrifiée, sans comprendre de quoi il parle au début. Ah, ça. Elle aimerait pouvoir se défendre, mais elle ne trouve pas grand chose à dire. Oui, c'était sa nature d'être vicieuse et non pas vertueuse. Elle n'était pas ce que l'on pouvait qualifier d'Idéal féminin de la morale. Le fait qu'elle descende d'un côté des plus dépravées, et de l'autre côté des démons les plus fourbes - à savoir, des sorciers - n'arrangeait rien. Voilà sans doute pourquoi elle hésitait à dire certaines choses : elle réfléchissait comme une succube, du moins, une démone, et avait du mal à imaginer ses réactions. Si elle avait proposé pareil marché à un esclave démon -mineur-, il en aurait plus que profité... Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle avait dit cela à Lysias ?

" Je voulais te laisser une liberté au moins. Si tu penses que... Non laisse tomber. "

Elle ne voulait pas avancer en terrain miné. Ce serait inutile. Il pensait donc qu'elle n'espérait que ça, qu'il se comporte comme lui ? Et encore une fois, il est furieux. Un scandale. Croit-il tout connaitre des démons maintenant ? Au final, il ne fait qu'énerver Sappho, aussi. Finalement, ils sont tout les deux des têtes de mules : butés, de vraies bourriques ! Mais elle n'y peut rien, elle sent sa colère qui enfle à lui, et la sienne qui la suit. Alors que lui aimerait la secouer comme avant, elle voudrait qu'il se taise. Parce que ce qu'il va dire après est pire que ce qu'elle imaginait.

" Tu crois donc tout connaitre de nous, Lysias, de notre façon de penser ? Tu crois que ces livres écrits par les tiens te donneront les clés pour me comprendre ? Si tu veux vraiment savoir, alors lis plutôt ça ! "

Elle ouvrit une porte de ténèbres, de celles qui lui servaient de "tiroir". Elle y plongea la main, excédée, les yeux plissée. Elle la ressortit agrippée à un livre assez volumineux, avec des feuilles parcheminées parfois à moitié détachées de la tranche. C'était un exemplaire de ce que l'on appelait communément les Chroniques Démoniaques. Tout les jours, des scribes rajoutaient lignes sur lignes pour rédiger l'histoire des démons. Et cela se faisait depuis la naissance des démons. Celui qu'elle tenait entre les mains en contenait l'essentiel, jusqu'à nos jours. Tous les jeunes démons devaient le lire, c'était le seul savoir requis pour au moins entrer dans une sphère plus élevée que la moyenne. Elle plaqua l'ouvrage sur le bureau, et le poussa vers Lysias. Lire ça, c'était parcourir l'histoire de plusieurs races liées par une seule haine. Plusieurs races que l'on nommait démon et qui n'avaient qu'un seul but, selon certains. Ce recueil contenait cette haine.

" Tu crois que.... Tu crois que je peux sous-entendre ce genre de choses ? ... En fait, tu as raison. Mon corps et mon esprit sont en quelque sorte fait pour penser cela. Une succube est un être si simple... si prévisible. Au moins, je n'ai pas besoin de me demander pour qui tu me prends. A tes yeux, je suis pire que la pire des femmes dépravées. "

Il fallait s'y attendre. Mais c'était tout de même étrange. Que... tout soit décidé à sa naissance. Une succube servira à assouvir les besoins d'un dirigeant. les plus forts deviendront des soldats, les autres des larbins... Immuable, le destin ? Pourtant, s'il l'était, alors il n'y aura pas, encore une fois, de traitres. Mais trêve de pensée métaphysique. Elle voit qu'après sa colère, il a mal. Elle sent aussi cette douleur et ce tiraillement. Un esclave ne peut pas éprouver de haine envers son maitre. Et maintenant, il est assis contre la commode là-haut. Et elle s'en veut, de sa douleur. C'est de sa faute, au final, ça a toujours été de sa faute. Elle ne fait que lui détruire sa vie. En le rencontrant, en ne le tuant pas, elle a mis à mal une tradition plus vieille que le monde. Alors elle soupire, mais elle va le réconforter. Elle s'assied à côté de lui, sans rien dire, sans le toucher. Elle a peur de l'énerver encore, alors elle ne fait rien. Elle le regarde du coin de l'œil. La nuit est bien installée quand elle se décide à parler enfin.

" Mais toi, je te prends pour... un fou. Tu es le seul être sur cette terre à refuser de te venger sur un ennemi gradé sans défense... Mais t'as de la chance, tu es tombé sur la plus folle d'entre toutes les succubes, le mouton noir des "nôtres". Et tu sais ce qu'on dit : plus on est de fous, plus on rit... "

****************

[Presque deux lunaisons plus tard]
Il était plus que tôt. Très tôt. Le soleil se levait, comme tous les matins. Il brisait le silence de lumière d'une Nuit pleine de ténèbres. Sappho avait pris la place de Lysias sur le rebord de la fenêtre. Elle regardait cette cité dans laquelle ils pavanaient tous, fiers comme des paons. Elle aussi, en faisait partie. Sauf ici. Elle laissait Lysias sortir comme il le voulait la nuit surtout. Et elle s'inquiétait encore. Inconsciemment ou parfois sciemment, elle le blessait en influant sur la pierre ou simplement par ses propos à l'extérieur. Ils étaient sûrement quittes, au final. Mais compter les points n'avait rien d'un jeu amusant, et Sappho avait arrêté d'y penser depuis longtemps. Elle attendit jusqu'à ce que le nymphe se réveille enfin. Au bout de longues et âpres discussions, elle avait finalement installé un matelas dans son cachot qui servait à présent de chambre d'hôte : quelle reconversion ! De longues minutes passèrent à attendre silencieusement le grincement de la porte. Entre temps, elle avait saisi une pomme parmi les fruits qu'elle rapportait. Elle lui demanda, d'un air vraiment intéressé :

" Lysias, dis-moi à quoi ressemblait la Cité avant... avant le jour de la Perte, comme ils l'appellent à l'extérieur. "

Jamais ils n'avaient discuté de ça. Pourquoi avait ce besoin soudain de savoir ? Simple : hier, avec deux chevaliers, ils avaient interrogé un résistant. Il n'arrêtait pas de répéter inlassablement la même chose. C'était presque terrifiant. En y repensant, Sappho croqua dans la pomme. Non, ne cherchez aucun rapport entre le souvenir et la pomme, vous risqueriez de voir des choses horribles...

[Souvenir]
"- Hé bien, on cherche à défier ceux qui vous ont écrasé, bandes de vermines ? Allons, vos dieux vous ont abandonnés depuis longtemps !
- Allez quoi, si tu nous dis tout, tout de suite, on t'épargnera...
- Parle nous de ce qui s'organise en dehors de ces murs ... "


Sappho et les deux démons majeurs s'évertuaient à la faire parler. Ils s'y mettaient à trois et le torturaient à tour de rôle. Mais quoi qu'ils disent, ils obtenaient la même réponse.

" ... Nous rendrons à notre Cité son lustre d'autrefois, la Perte sera bientôt un vieux souvenir... Nous ferons payer les démons... "

Toujours le même refrain. Au final, ils s'étaient tellement énervés sur cet elfe qu'ils l'avaient tué, sans le vouloir. Ils étaient censés le garder plus longtemps en vie, mais tant pis. Après tout, Sappho n'était pas connue pour sa tendresse, rien d'étonnant à ce que ses victimes meurent vite. D'ailleurs, c'était la succube qui lui avait porté le coup de grâce. Elle l'avait mordu, comme un vampire.
[Souvenir]

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MessageMer 14 Avr 2010 - 17:23

« Mais toi, je te prends pour... un fou. Tu es le seul être sur cette terre à refuser de te venger sur un ennemi gradé sans défense... Mais t'as de la chance, tu es tombé sur la plus folle d'entre toutes les succubes, le mouton noir des "nôtres". Et tu sais ce qu'on dit : plus on est de fous, plus on rit... »

Et dans un tiraillement d’épaule, Lysias avait simplement esquissé à ce qui se rapprochait à un haussement d’épaules, avec un demi-sourire que seule la pénombre lui remarquera.

-Au final, c’est bienvenus chez les fous, quoi…

-

Lysias aimait bien son siège près la fenêtre.
Mais à force de s’y endormir dessus, il dut faire peine à voir, pour qu’on lui installe un matelas de luxe dans la pièce voisine. Non pas qu’il allait s’en plaindre, non plus. Alors il depuis peu, il dormait comme un petit roi, allait et venait comme un petit prince, en gros, la vis de rêve… (d’un esclave). Il allait justement profiter de la liberté de ses jambes pour aller pavaner dans les ruelles, et finalement, c’était pas si mal d’être le prisonnier de la Reine, -enfin, Générale, mais c’était tout comme-. Entre lectures, inutiles missives, errances, et faire le toutou de la faux, Lysias aimait l’idée que ses journées ne se réduisent pas à néant, comme les passeraient un invalide de guerre. Et puis d’ailleurs, l’autre jour, il s’était même accordé quelques heures en haut de la tour des vents, -le luxe total de chez total en fait-, où il avait eu la chance d’y rencontrer une fée aussi charmante que mystérieuse. En fait, parler avec Breina, lui avait fait l’effet d’une brise fraiche, et depuis, voilà qu’il était tout guilleret –en exagérant un brin-, ou du moins, bien plus dynamique que les premiers mois qui l’avaient plongé dans un mutisme dépourvu de réaction. Petit à petit, il se reconstituait un fil de vie, et si de temps à autre il trouvait encore le moyen de se prendre la tête avec la Faux, la vie revenait lui donner des couleurs. Alors évidemment, il n’avait pas raconté toutes ses journées à sa Dame, -probablement qu’elle s’en ficherait qu’il soit allé promener comme un chat errant, et encore moins sa rencontre avec Breina. C’est alors que la question de Sappho fut la salutation matinale qu’il se reçut, alors même qu’il ouvrait la porte.

Surpris, puis une seconde suspicieux, Lysias s’étira en baillant, puis se servit également une pomme au hasard, se demandant pourquoi cet intérêt soudain. Il haussa des épaules.

-Vous avez exécuté des gens « de l’extérieur » ? commença-t-il indifférent. Ainsi, il avait appris, au fur et à mesure des lunaisons, que sa fureur et ses révoltes ne pouvaient pas s’éveiller à chacun des morts supplémentaires. Il ne pouvait simplement pas être partout, ni les sauver tous. De toute façon, en bon égoïste, il allait se sauver d’abord à lui-même avant d’aller tendre la main à un autre. Si étant dit, il se décide à la tendre. Peu importe, il n’attendit pas forcément une réponse à sa première question. Et, au souvenir de l’ancien Elament, le visage de Lysias s’éclaira d’un coup, d’un regard enjoué.

-Et bien, Elament d’avant que vous ne veniez l’habiter… Il leva les yeux au plafond, pensif, avant de revenir fixer la Faux. –Elle n’était pas du tout comme maintenant.

Fin mot de l’histoire.
Il se doutait bien que ce n’était pas le genre de réponse attendue, mais se prit le loisir de jouer avec un fruit dans l’assiette avant de revenir sur le sujet.

-En fait, c’est tout le mode de vie qui était différent. Tu vois, quand tu te pavanes dans la rue, tu n’avais pas peur de te faire tuer à chaque embranchement, qui que tu sois. Par exemple, on cherchait pas à aller attenter l’autre pour obtenir quelque chose, ça se passait plutôt sans violence, si tu vois ce que je veux dire. Tu arriverais à imaginer l’opposé de maintenant ? Et ben voilà.

C’est quand même sympa quand chacun peut mener sa vie sans avoir à rester aux aguets constamment. Une ville sereine, voilà qui serait exacte. Pour autant, quand on y vit et qu’on a l’habitude des meurs de la cité, c’est facile d’avoir tout et rien à critiquer et à trouver que rien ne va comme il faut, s’abstient de rajouter Lysias, qui lui, faisait partie des têtes brulées qui ne sont bons qu’à se plaindre alors qu’eux-mêmes sont couverts de défauts. Pour autant, personne n’avait tenté de le fusiller, même avec toutes les niaiseries qu’il avait pu faire. Après, évidemment, il y avait toujours des pèlerins pour y semer le bordel, mais les affaires étaient réglées selon le code de bonne conduite établie dans la ville. Il y avait tellement de choses et rien à dire dessus que le nymphe se sentait capable de déblatérer sur le sujet pendant des heures. Néanmoins, par pure flemme, il s’y renonça, gardant un sourire amusé, et finit par s’avancer vers la reine des folles.

-Regarde, juste un moment.

Il l’enlaça, simplement dans ses bras, repensant momentanément à Breina.
Elle a raison.

- Je ne sais pas si c’est parlant, mais voilà. L’ambiance chaleureuse de la Cité, c’est ça qui était différent.

Sans relâcher son étreinte, il attrape la main de Sappho, et l’observe longuement, les lèvres pincées. Ce genre de choses n’aurait pas dû arriver. Il manque un doigt et Lysias ne sait pourquoi il n’a su s’en inquiéter plus tôt. Sans doute parce qu’il ne s’est figé que sur un monde qui ne tourne qu’autour de sa petite personne. Egocentrique.

Il soupire, puis la relâche, s’en retournant à son plat de fruits.

-Les élamentiens, comme les démons ont leur fierté, et c’est cette ville qui la symbolise. Elament, c’est une terre de refuge, pour beaucoup.

Elament est une terre d’accueil et offre en toute simplicité, pendant que d’autres villes rejettent leurs propres membres. Lysias, regarde son poignet, qui, ces derniers temps, a cicatrisé. Il hausse des épaules et poursuit d’un ton détaché.

Voir leur perle être prise par les démons, doit en faire rager plus d’un. Peut-être que pour toi, ça parait pathétique, mais je suppose que tu n’aimerais pas qu’on te vole un bien précieux.

Retrouvant sa bonne humeur, il s’étira longuement, baillant un bon coup.
Tiens donc. Les démons aussi, ça mange des pommes.

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MessageJeu 15 Avr 2010 - 14:29

Et pourtant, tout allait mieux dans le meilleur des mondes.
Il n'était plus aussi renfrogné qu'il avait pu l'être. Il n'était plus dans son coin à faire la tête comme un gamin. Tout était plus détendu, plus normal. Mais ça ne l'était pas pour autant : oublier où ils étaient, oublier ce qu'ils faisaient, et c'était la mort assurée. Car malgré leur discussion décontractée, rien n'avait changé, au final depuis cette nuit-là. Ils étaient toujours des traitres. Et c'était une marque indélébile, même s'ils ne se voyaient plus, le mal était fait. Et d'un accord tacite, on n'en parlait pas. On essayait d'ignorer pareille réalité, sans l'occulter complètement. Demi mensonge n'en est pas un. Demi vérité non plus. Mais qu'importe, le rêve est toujours plus beau.

Elle sourit mystérieusement, enfin, pas si mystérieusement que ça en fait, à son indifférence. Il avait au moins compris qu'il n'y pouvait rien. Il avait sauvé Caliel, il avait abrégé les souffrances de Tellana. Mais il n'obtiendrait rien de plus d'elle. Pour la simple et bonne raison qu'elle ne le laisserait plus interférer dans ce genre d'affaire. Plus jamais il ne verrait le résultat de ses tortures, elle ne le permettrait pas. Moralement, elle avait déjà eu du mal à supporter qu'il tue sa captive. Déjà parce qu'elle détestait qu'on touche à ses choses... Mais c'était Lysias, alors elle avait fermé les yeux en pensant à ce rêve ou cette illusion qu'ils partageaient. Elle ne voulait pas trop penser à ce que serait la désillusion. Alors on n'en parlera pas non plus ici. Et que voulait-il dire par "pas comme maintenant" ? Non, maintenant...

" Maintenant, on se croirait aux Enfers à ciel ouvert. En un peu moins dépravé, quand même. "

C'était pire sous terre. Ce qui était aux Enfers, restait aux Enfers. Là-bas, les démons étaient eux-mêmes et plus encore. Ici, il y avait encore une certaine retenue, pour on ne sait quelle raison obscure. Mais sous terre... sous terre, tout était permis, les meurtres étaient aussi courants que les fêtes, les tortures des jeux pour enfants... C'était le chaos, presque absolu. Quoi que, dès qu'on se rapprochait des quartiers royaux, ça se calmait un tantinet. Par cette formule obscure, je veux dire qu'il y avait moins de sang sur les murs, le sol et le plafond... Oui, parce que sinon, le sang n'est pas QUE sur les murs ou le sol. Mais difficile d'expliquer comment il est arrivé là-haut... Bref, passons les détails, elle écouta sa description qui lui parut peu claire. L'opposé de maintenant ? De la Cité, elle n'avait vu que les murs avant. Imaginer des rues propres et des passants joyeux et rieurs lui semblaient... irréel. Elle fronça les sourcils en signe d'incompréhension. Non, elle n'arrivait à se fixer une image d'un Elament serein.

Depuis sa naissance, elle n'avait connu qu'un seul mode de vie. On lui avait inculquée une seule façon de se comporter, une seule norme. Le reste était étrange, superflu et inutile. Elle n'imaginait pas une vie sans sang, une vie sans ses plaisirs assouvis continuellement, une vie où il faudrait livrer son savoir librement. De là où elle venait, il fallait se battre pour apprendre, se battre pour survivre dans la masse et devenir le plus fort. Car c'était la loi du plus fort qui régnait, et ce, depuis des millénaires. Combien d'opposants avait-elle elle-même éliminés ? C'était son crédo, sa façon de concevoir, immuable. Pourtant, elle voulait savoir. Savoir ce que lui, il voyait. Dans un sens, elle se sentait idiote de ne pouvoir comprendre ces pratiques, alors qu'elle l'avait obligé à venir dans les siennes. C'était injuste encore. Mais tandis qu'il parlait, il semblait plus vivant encore. Sans que cela lui paraisse plus clair pourtant.

Si la théorie ne fonctionnait pas, on passait à la pratique ? Dans un autre contexte, sans doute qu'elle y aurait pensé. Mais là, rien de similaire ne lui vint à l'esprit quand il l'enlaça. Et dire qu'il l'avait à peine effleurée depuis des lunes... Elle sent son cœur battre librement dans sa cage de chair et d'os, elle sent cette chaleur qui circule à travers son corps, à travers leur corps... Il lui transmet ce sentiment de chaleur. Chaleureux... ? Etait-ce ça, "chaleureux" ? De toute sa vie, elle n'avait rien senti de tel. Parce que ce qui y ressemblait était faux. Parce que lorsque sa mère était revenue lui dire adieu, elle était un vampire au cœur enfermé dans du métal, et que cette chaleur n'existait plus chez elle. C'était une bise glaciale, un souffle de mort qu'elle lui avait léguée, une embrassade froide et morbide. Alors c'était ce feu brûlant qui séparait le démon de celui de la surface ? Un démon était-il capable de faire preuve du même sentiment ? Si tout avait été fait par les dieux des éléments, alors il n'y aurait sûrement aucune chance que ce soit le cas.


" Juste... ça alors ? " Il lui prit sa main mutilée. Ne l'avait-il pas déjà remarqué ? Mais à ce moment, il était encore si peu présent, qu'il ne devait plus s'en souvenir. " Ce n'est rien... J'aurais pu perdre bien plus qu'un doigt inutile... "

... J'aurais pu perdre la vie ? Le perdre lui ? Sans doute, cela était implicite. Et dès qu'il la lâche, elle sent cette sensation s'évaporer. C'était si fragile... Un lien frêle, un fil tendu à l'extrême, prêt à se briser. Mais lorsqu'on est de l'autre côté, on ne croit pas aux liens. Ils n'ont pas lieux d'être. Surtout chez une succube. Après tout, elle avait bien des dizaines de frères et de sœurs qu'elle avait peut-être croisé. Les liens du sang n'avaient pas de valeur, sauf s'ils étaient reconnus par les parents. Pour monter dans la hiérarchie, il fallait déjà être y être. Pour cela, il fallait descendre de quelqu'un d'important et que cette personne vous reconnaisse comme sa noble progéniture... Mais lui, il parle de refuge. Est-ce-qu'Elament était son refuge ? Lui avait-elle enlevé ? Les démons n'avaient pas de chez eux. C'était des nomades dans l'âme. Les Enfers étaient une cachette comme une autre. Le Roi, un roi comme un autre ? Non, pas vraiment. Car il avait été choisi par les Enfers, par N'Shar. Une entité de pouvoir, le Trône... C'était immuable encore. Mais Sappho pourrait tout aussi bien se trouver à mille lieux d'ici, dans d'autres cavernes ou d'autres montagnes. Elle n'avait pas de chez elle ou d'endroit où retourner, de... refuge.

" ... Comme si on avait de la fierté... "
elle leva les yeux vers lui, inquiète. " Est-ce-que... est-ce-que cet endroit était ton refuge, à toi aussi ? "

Un bien précieux ? Elle n'avait que la cadeau de sa mère, avant. Alors qu'elle se disait la plus folle, qu'on l'appelait ainsi, elle-même n'aspirait qu'à une seule chose : un amour maternel. Comme tous les enfants. Sinon, pourquoi serait-elle venue à Elament ? Elle cherchait sa mère. Elle avait trouvé Iblîs, qui la trouvait énervante. Mais il avait vu ce potentiel de ténèbres, dû à son ascendance de sorcier. Il l'avait jetée dans les griffes de Senector. Qui lui avait enseigné les ténèbres. Et elle avait perdu ce qu'elle cherchait, au final, ce n'avait été qu'un rêve d'enfant qu'elle avait dû oublier, jeter aux orties. Quand pouvait-on dire qu'un bien était précieux ? Quand on ne veut pas le perdre ? Quand on le protège et qu'on y tient ? Alors... Lysias était-il précieux à ses yeux ? Si on le lui volait... Mais elle était bête de penser cela : dans trois lunes, il partirait. Dans trois lunes, son précieux Lyly, elle avait promis de le laisser en paix. Elle jeta un œil à sa sucette. Etait-ce donc la seule et unique chose qu'elle chérissait ? ... Une arme ? Elle sourit à nouveau.

" Non, je n'aimerais pas. Mais tu sais quoi ? Moi, je ferais en sorte que personne ne puisse le voler ! Je protégerais ce qui m'est précieux, quoi qu'il arrive. " Elle croqua joyeusement dans sa petite pomme. Elle se mit à rire franchement tout d'un coup : " Pour être en rage, ça, on avait remarqué ! On a déjà repéré et détruit quelques repaires de rescapés... Hum... J'aurais dû me taire... Enfin, toute ça, ce combat à mort auquel on se livre, c'est juste le résultat d'un aversion héréditaire... Si on a bridé vos pouvoirs sur les éléments, ce n'est pas par crainte d'une révolte au fond, c'est surtout parce qu'on ne les supporte pas, on ne peut pas les approcher sans se blesser, mêmes vos pouvoirs de guérisseur nous sont douloureux... "

Elle se reprit un peu, comprenant ce qu'elle venait de dire. Quelle bécasse. Pourquoi fallait-il qu'elle parle de ça ? Elle se dépêcha de trouver autre chose à dire. N'importe quoi. Elle avisa ses poignets endoloris. Malgré les onguents rapportés, il y avait toujours des excès qui lui faisaient mal. Lui, il souffrait, et c'était encore de sa faute. C'était la première fois de sa vie qu'elle aimerait racheter ses pêchés. Après son bâillement, elle attrapa ses mains.

" Tu as encore mal ? Je peux peut-être... éventuellement... faire quelque chose. Mais je le ferais que si tu es d'accord. C'est un peu... Enfin... Je veux dire que... Si je place des ténèbres solides et inoffensives entre ta peau et les chaînes, elles ne devraient plus être aussi sensibles à ton pouvoir... Juste, un tout petit peu de ma magie. Mais il y a un risque pour que les ténèbres interfèrent avec ton élément. "

Là, elle ne le forcerait pas. Il avait le choix. C'était un risque à prendre. Un risque de plus... Mais, ce risque est beau en effet.

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MessageSam 17 Avr 2010 - 16:14

TENEBRES ET ELEMENTS


Corps mutilés. Mémoires bafouées. Blessures et plaies que le temps peine à estomper sans jamais les effacer, quelque soit le côté dans lequel on se trouve.

Lysias se dit que la guerre ne laisse que le souvenir des meurtrissures, où certaines trahissent la défaite, pendant que d’autres marquent la victoire. Oui, mais une victoire à quel prix ? Au final, ce sont des meurtrissures quand même. Alors c’est vrai, Sappho aurait pu y perdre la vie, plutôt qu’un doigt. Mais elle est en vie, et sa main en a payé le prix ; et Lysias s’en sent que davantage contrarié.

-Si tu veux vivre et que les autres t’en empêchent, commence-t-il, pensif, -ne leurs cède jamais rien de ce qui t’appartient de droit. Fuis ou écrase-les. …C’est égoïste, hein ? Mais moi c’est ce que je pense. La prochaine fois, ne perds rien.

Respecte-toi.
Et il relâche la main de la succube. Elle aussi, porte diverses taillades, passage de violences datant de différentes époques… Pour Lysias, dans cet assaut de la cité, tous, aussi bien élémentalistes que démons, ont perdus. Tous ceux qui ont perdu quelque chose, quel qu’elle soit, -depuis la petite cicatrice infime jusqu’à la mort-, n’ont finalement pas réussi à la préserver et gagner proprement. La prise d’Elament est au final, qu’une partie remise.

-Elament ? Comment t’expliquer… Thanis et moi, on a été élevé ensemble, mais je ne partage pas le même sang qu’elle. Qu’eux, les Elfes argentés, je veux dire. Est-ce que parfois, tu t’es déjà sentie bizarre sans raison ? De pas trop savoir ce qu’il faut que tu fasses. Où il faut que tu ailles. Et pourquoi tu dois agir comme ça et pas autrement… En fait, tout le monde vient de tous les coins, et quelques soient tes origines, tu te sens chez toi, -à condition de ne pas chercher à nuire à l’autre inutilement. C’est mon chez moi. Et ça ne l’est pas que pour moi ; c’est pour ça que cette cité est vouée à être disputée entre nous.

Toutes ces questions, ces doutes.
Elament ne donne pas clairement un objectif commun et prédéfini à chacun de ses nouveaux arrivants. Elle ne dit pas non plus où il faut aller, par où et par quel chemin. Mais elle offre à tous, un endroit où rentrer, le soir, après une journée toujours bien remplie. Un endroit où se poser et réfléchir tranquillement à toutes ces pensées métaphysiques, se poser pour mieux repartir le lendemain. Et les élémentalistes se reconstruiront tant qu’il en existera et tant que les éléments désigneront leur porteur ; tandis que les démons, eux, chercheront à annihiler ce qu’ils ne possèdent pas. Oui, c’est une guerre qui se transmet de génération en génération, telle une pathologie héréditaire. Or, le terrain de jeu semble de plus en plus tendu, parce qu’Elament n’a pas de secret pour ses anciens habitants. L’Aera finit par abréger cette pensée. Ce n’est pas tout à fait son souci du moment.
La seule chose dont il a conscience, c’est que c’est toujours bien de se dire que, quelque part dans ce monde, un refuge lui reste toujours ouvert d’accès. Seulement, maintenant que la cité n’est plus, vers où pourra-t-il se tourner ? Là où sa génitrice l’a délaissé ? Ou bien vers sa ville natale, où son propre peuple le verrait comme un intrus ? Quant à son géniteur… il ne saurait peut être jamais qui il a pu engendrer.
Et maintenant alors. Que va-t-il se passer ?

Elament des Ombres n’est plus chez lui, et Lysias ne veut pas y vivre. Il ne le pourrait pas, malgré tout ce que Sappho pourrait faire pour lui. Silencieusement, le nymphe compte les jours qui passent, sans jamais mentionner la date où son accord prendra fin, parce que quoiqu’il arrive, Lysias sait qu’il ne s’éternisera pas ici, parce qu’il veut vivre. Et lorsque la démone mentionne inopinément le point faible des siens, Lysias s’en amuse.

-Tu me laisses lire les Chroniques des démons, tu laisses tes rapports à envoyer à moitié étalés sur ton bureau quand tu t’en vas, et tu trembles devant tes gaffes. Qu’est ce que tu crains de plus, maintenant que t’es Générale ou Reine des enfers? Tu peux bien faire ce qui te chante, à ce que je sache, non ? Bah et de toute façon… j’avais deviné.

Sur le point de mentionner Kaléos, il s’en avise.
La dernière fois qu’il lui a écrasé ses antidouleurs liquides dessus, une parcelle de chaire avait comme grillé sur place. Etrange phénomène. Mais des choses étranges, Lysias en lisait tous les jours, avec ses recueils empruntés par ci, par là, et le pavé que lui avait remis sa colocataire.

-Dans ce cas, si un jour tu te blesses, tu es vouée à laisser guérir la blessure toute seul, ou alors dépérir ?

Détenir une information -convoitée par bon nombre de gens- suscite des envies, puis bien des violences, pour la soutirer. Alors autant feindre ne rien savoir et ne pas faire le malin inutilement, jusqu’à ce qu’on vienne lui en poser la question. Encore, fallait-il penser à Lysias le Nymphe qui fut esclave, pour connaître le point faible de leur ennemi. Et encore, fallait-il également que monsieur égocentrique, trouve l’intérêt de délivrer une information aussi capitale. Il se met alors à ricaner, amusé.

-Bah, autant m’enlever cette chaîne tant qu’à faire ; je vais pas utiliser mon élément sur Dame Faux, explique Lysias, indifférent. -ça fonctionne que pour ceux qui avaient recours à leur élément, dans leur vie de tous les jours. Ceux pour qui, c’est devenu un sixième sens, et qui s’en servent comme la vue, ou le toucher. Comme l’odorat. Et en fait, c’est pas vraiment mon cas. Ce truc ne réagit que lorsqu’on l’utilise, ou qu’il se manifeste. Alors laisse. Ça cicatrise déjà pas mal…

La dernière fois que l’air s’est réveillé chez Lysias, c’était pour jerter Kaléos. Avec Sappho, il avait allègrement participé à son meurtre, impassible devant une scène impitoyable, devant le sang qui gicle et qui tâche les murs.
Au moins, il n’était plus là pour jouer l’insupportable autour des jupons de la faux.
C’était déjà un cadeau.

Pensées viles.

Lysias tend soudain le bras vers la démone.
Les ténèbres inoffensives . Elles existent.

Curiosité.

Si la pierre amplifie ses ressentis ou lui provoque des maux dans tous le dos, elle ne sait effacer la soif de savoir. De comprendre.

-En fait si, vas-y. Mais fais gaffe à toi, je veux pas me retrouver amputé d’une main, hein !

Tandis qu’il s’apprête à la laisser faire, Lysias observe ce métal qui lui a rongé la peau. Ce métal-même qui est imprégné de ténèbres nocives. C’est comme les éléments corrompus. Si on associe –à tord ou à travers-, les élémentalistes comme des êtres de la surface, comme des êtres du « Bien », il en existe pourtant, dont le pouvoir est si noir qu’ils se rapprochent à des pouvoirs tout aussi vénéneux. Alors jusqu’où les Ténèbres et les Eléments sont-ils l’opposé ?

-Dis moi, si j’utilise mon élément, tu vas le sentir ? Et c’est aussi le cas pour les autres démons alors ?
Il y a brusquement des milliers de questions que le nymphe se sent de poser à tout va. Il finit par leurs hausser des épaules. Quand le savoir devient dangereux…

Changement de sujet.

-Moi, j’étais pas là. Quand tu te blesses, je ne suis pas là.


On fait un choix.
Puis un autre.
Et on avance.

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Sappho
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MessageSam 17 Avr 2010 - 21:21

" Je ne peux plus fuir maintenant... Mais puisque tel est ton désir, je ne perdrai plus rien. "

Elle regarda sa main mutilée d'un œil bizarre. Elle ne détestait pas cette mutilation. C'était même une forme d'orgueil pour elle et pour les autres démons, que de montrer ses blessures. Être blessé, c'était avoir survécu à ce qui aurait pu nous coûter la vie. C'était avoir passé une épreuve du feu. C'était un trophée à exposer. Mais ça, c'était de son côté. Pour lui, une jeune fille amputée d'un doigt était sans doute abjecte, terrible passé contre nature. Ce n'était pas dans l'ordre des choses. Elle avait bien dit qu'elle ferait ce qu'il voulait, non ? Alors elle ne se laisserait plus rien voler. Mais voilà qu'elle devait aussi encore essayer de comprendre une logique qui la dépassait. Elle fit ce qu'elle put pour intégrer ses paroles, elle tenta d'en saisir une essence quelconque. N'importe quoi. Mais c'était inconcevable. Que l'on puisse se faire confiance au point d'être uni dans la défense d'un même lieu symbolique. Son chez soi... Alors elle lui avait vraiment volé l'endroit auquel il tenait ?

Coupable. Voleuse. Meurtrière.
Autant de mots qui n'avaient pas de sens, mais qui pesaient étrangement sur ce qu'on pouvait lui trouver comme conscience.

Mais il y avait bien une chose qu'elle avait comprise : il n'avait pas été élevé par ceux de sa race, mais par des elfes.


" Hum... Vous étiez tous liés par autre chose que le sang, n'était-ce pas votre élément ? Le fait d'être dépositaire du pouvoir de vos pseudos dieux... est-ce un lien en soi ? "
Étrange question. Qui n'appelait pas forcément de réponses. C'était plus une question qu'elle se posait à elle-même. Il n'y avait qu'une seule comparaison possible à ses yeux : les démons maitrisant les ténèbres possédaient ce genre de lien, une sorte de fraternité de noirceur. Elle ne réagit alors qu'à ce moment. " Attends, Thanis, hein ? Elle est... hum, comme ta sœur, c'est ça ? Et qu'est-elle devenue ? ... Non parce que y'avais une corrompue qui s'appelait comme ça qui s'est adressée à moi y'a longtemps... Comment ça c'est terminé déjà ? Ah oui, je lui ai arrachée un bras ! "

Elle claqua des doigts alors que la mémoire lui revenait. Mais ça ne pouvait pas être la même personne. C'était juste un nom courant chez les elfes argentés. Sûrement. Probablement. Bah, les démons mineurs et a forciori les corrompus, lui devaient une soumission totale. Un respect minimum. La clémence n'avait aucun sens dans un monde où seule la Nuit régnait. Et aujourd'hui, la Nuit régnait sur Elament, pour autant, ce n'était pas plus son chez elle que les Enfers pourraient l'être. "Chez elle", ça n'existe pas. Pas besoin, pas envie de s'attacher, de s'enraciner. Elle veut pouvoir partir quand elle veut, ou au moins en avoir l'illusion. Car elle sait bien qu'elle ne peut plus fuir. Elle est à la tête de la seconde Cour, Seladeg. Le seul moyen de s'en libérer, ce serait la mort ! Rien de moins, rien de plus -ce qui semble difficile, je vous l'accorde.

Mais au fond, ce n'est pas tant d'avoir révélé un point faible qui l'embête. C'est plutôt de parler des camps, des siens, des dominants, des dominés. Elle n'arrive pas à faire attention à ses dires, parce que c'est une habitude. Avec les démons, c'est une discussion banale, ici elle devrait peser chacun de ses mots, mais elle n'y arrive pas, tout simplement.


" Mais vas-y, ne te gênes pas pour tout raconter aux tiens, si ça te fait plaisir ! Ahah Et puis Reine tu sais... Je suis Reine d'une cour, la deuxième de notre hiérarchie, mais il y a quand même le Haut-Roi au-dessus de moi... Et il pourrait me trancher la tête sans que je m'en aperçoive ! Il est vraiment puissant... Il est craint par nous tous. " Et si elle était gravement blessée ? ... " Oui, tu as raison. Il est rare qu'on se soigne, même si on en a la possibilité. Il existe des sortilèges qui peuvent guérir. Mais seul sa Majesté Khisath Wonsul peut en profiter. Moi... on me laisserait crever. "

Elle avait dit ça joyeusement. Non pas qu'elle s'en fiche, mais c'était normal. On ne se soignait pas entre démons. Il y en avait bien assez pour qu'on puisse les laisser mourir sur le palier. Pas besoin de sauver les presque mort, même ceux qu'on aurait pu éventuellement remettre d'aplomb. Ce n'était pas dans leur nature. Mais Sappho aurait voulu lui éviter à lui, des douleurs inutiles. Alors pourquoi refusait-il ? ça n'avait pas de sens. Raah et qu'il arrête de l'appeler Dame Faux ! Elle n'osait plus protester, mais ce surnom, ce titre "honorifique" lui tapait sur les nerfs quand c'était lui qui le disait. Ceux qui l'appelaient Dame Faux essayaient souvent de lui lécher les bottes. Mais dans sa bouche à lui, ça sonnait comme une insulte. Ou comme une sentence. Coupable d'être Faux.

" Tu es sûr ? Bah après tout je... " Il tend son bras. Et accepte. Son visage s'éclaire d'un sourire satisfait. " Ne t'inquiète pas, je maitrise ! Mais à la moindre douleur... préviens moi quand même. "

Elle prit son poignée dans sa main gauche, plaçant la droite juste au dessus. Elle invoqua les ténèbres lentement, doucement, leur intimant de consentir à laisser cette créature tranquille. Ne pas le blesser. Les ténèbres se soumirent. De ses doigts sortirent des filaments noirs aux reflets bleutés, qui cherchèrent à la manière de serpents, la cible désignée. Coulant, ans une quiétude feinte, les filaments s'approchèrent de sa peau d'élémentaliste en vibrant quelque peu, signe de leur réaction à son élément. Puis ils frôlèrent le métal des bracelets inhibiteurs, s'enroulant autour. Ils se collèrent à sa peau, enfin, dans un sifflement atténué. La réponse de son Air ? Peut-être. Sappho avait gardé ses yeux presque fermés, pour mieux sentir que voir les ténèbres. Sa perception à sa magie avait incroyablement grandi depuis le temps. Mais elle sentait plus qu'elle ne voyait la Nuit. C'était très particulier; très étrange.

Une fois ça fait, elle examina le résultat : la fine couche de ténèbres était difficilement visible. Elle guetta une réaction de sa part. Au mieux, ça ne ferait rien - très peu probable - au pire, ça créerait une étrange sensation, peut-être de froid ou de chaleur, elle ne pouvait pas le deviner. Mais ça ne devrait plus le blesser. Normalement. Et puis, elle lui enlèverait quand... quand il partirait. Elle soupira et lâcha sa main. Il restait des ténèbres sur ses doigts à elle. Oui parfois, quand elle les matérialisait, elle en oubliait une partie, de sa magie. Elle le faisait peut-être exprès, juste pour les manger après. Comme elle le fit en léchant goulûment les petits résidus sombres. Elle lui jeta un regard curieux à sa question. Elle termina ses restes - ne jamais gaspiller la nourriture, non mais - et pointa sa poitrine du doigt.


" Avec ça là, tu sais, la pierre avec mes ténèbres dedans, bah je sais quand tu utilises tes pouvoirs. Les autres... ils peuvent sentir si tu utilises ton élément comme toi, tu peux sentir que j'utilise mes ténèbres. Mais avec un peu de discrétion, ils peuvent ne pas s'en rendre compte... " Elle réfléchit encore en posant les mains sur les hanches. " Enfin, tu comptes pas utiliser ton élément ici quand même ? ... Après tout, dans pas longtemps, tu pourras en profiter librement. "

C'était rare qu'elle mentionne ce futur qui se rapprochait. Cet avenir qu'elle voulait retarder. A tout prix. Absolument. Mais elle avait promis, même si ce n'était que des mots, une promesse restait une promesse. Inviolable.

Tu seras libre dans trois lunes, alors attends encore un peu. Reste encore, Lysias.

Elle attrapa sa sucette après avoir noué ses cheveux en deux couettes. Oui, c'était une coiffure à l'essai. On verrait bien ce que ça donnerait. Elle se préparait à partir, pour une mission en extérieur en fait, quand il lui parla encore. Elle venait de saisir une cape, car dehors, il commençait à faire froid. Elle se retourna vers lui en riant jaune.


" Mieux vaut pour toi que tu ne me vois pas être blessée ! De quoi aurais-je l'air devant toi, même pas capable de me protéger moi-même ? ... " Elle baissa les yeux et enfila la cape encore fine. " J'ai dit que je protégerai ce qui m'est précieux, non ? Alors il faudra bien que je puisse te protéger toi... "

Sur ces mots, elle quitta ses quartiers, émue. Oui elle le protégerait. Quoiqu'il arrive, même si elle doit être blessée pour ça. Même si elle doit y laisser une part d'elle-même. Si lui vit, alors ce sera comme si elle vivait aussi. C'était au moins ça de gagné, ça de pris sur les ténèbres qui pourraient lui dévorer le cœur à n'importe quel moment. Pour son cœur de ténèbres... Son petit cœur tout noir ne valait pas grand chose. Et de ce qu'elle lui montrait, il ne restait pas grand chose à prendre. Mais elle lui ouvrait. Qu'il voit ce qu'était l'âme ou le cœur d'une démone.

**************
Sa mission n'avait rien de complexe. C'était une chasse aux fuyards : des esclaves se seraient enfuis, mais ils avaient encore leur pierre bien sûr. Alors il serait facile de les retrouver. Elle menait cinq démons, pour faire un beau massacre. Quoi qu'on dise, les esclaves, on ne s'attendait pas à ce qu'on les ramène à Elament la Sombre. Non, on devait les tuer, et puis c'est tout. C'était le lot de ceux qui fuyaient... sans aide. Mais avec Sappho, Lysias pourrait fuir, avec sa protection... Il devrait pouvoir sa sauver. Normalement. Théoriquement. En tout cas, pour cette mission, il ne devait rien se passer de particulier. Et pourtant... après ledit carnage, le plaisir partagé et les blagues entre démons, lorsqu'elle dut ranger sa faux, elle sentit quelque chose de différent. Car ce n'était pas en sucette que son arme se transforma, mais en... un bracelet. Une chainette. Elle faillit étouffer en la voyant. Un assemblage d'anneaux métalliques brillants. Même, une petite pierre précieuse pendait à l'un des anneaux : une pierre violette, une améthyste. Pourquoi ? Comment ? Elle n'en avait aucune idée. Pourtant, elle sentait toujours la faux qui sommeillait dans ce nouveau réceptacle. Elle avait même essayé de la rappeler, sans rencontrer de problèmes. Mieux, il lui était possible d'en refaire une sucette... Mais avouez qu'un bracelet, c'était plus facile à transporter.

La sucette venait de sa mère, mais elle ne pensait pas qu'elle possédait d'autres pouvoirs que ceux de devenir une faux... Voilà qu'elle s'accrochait plus fermement à Sappho, devenant cet ornement qui ne pouvait plus la quitter. Qui pourrait toujours la protéger. En rentrant dans la soirée, elle continuait d'observer l'étrange bijou. Il ne pouvait pas se détacher. Totalement prise par cette étrange découverte, elle ne prit pas garde à l'absence ou à la présence de son colocataire. Peut-être... peut-être que cette nouvelle forme était la réponse à son envie de puissance ? Une arme avait-elle une conscience ? D'après les rumeurs, la chaîne qu'utilisait Alouqua était ensorcelée ou possédée par un démon ancien... Y avait-il un rapport ? Mais elle ne le saurait jamais de toute façon. Et ça lui donnait mal au crâne. Quand elle se rendit compte que Lysias était rentré - à moins qu'il ne fut là depuis le début ? -, elle lui dit, moqueuse :


" Dis moi si l'un de nous deux a passé une bonne journée, parce que moi, ce n'est pas vraiment le cas... Et maintenant que j'y pense, tu comptes vraiment passer tes nuits dans mon cachot alors que je ne t'ai jamais rien ordonné ? ... Tu sais, je ne mords pas et ce lit est bien assez grand pour nous deux ! Parole d'un Général, je ne te toucherai pas. "

Elle parlait sérieusement en plus, la succube ! Oui tout de suite, quand on rappelait ce qu'elle était, c'était moins crédible. Enfin, il faisait comme il voulait. Mais ce qu'elle en pensait... Tout de même, préférer s'enfermer dans une prison sans fenêtre où elle avait torturé Tellana sauvagement... Il fallait le vouloir. En tout cas, Sappho se retrouva dans son lit. Qu'il vienne si l'envie le prenait. Qu'il vienne oui...

**************

Est-ce que trois lunes sont déjà passées ?
Trois lunes de rires.
Trois lunes d'ententes.
Trois lunes de joies.

Est-ce-qu'aujourd'hui, c'est le jour de sa libération ?
Oui, car tout deux, sans se le dire, les ont comptés dans leur coin, les jours.
Les jours heureux ou malheureux qui passent.
Les jours sans fin ou trop courts.

Faut-il qu'on se réveille ?
Oui, il le faut,
Faux.

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Lysias
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MessageDim 18 Avr 2010 - 21:15

-C’est pas mon désir que tu ne perdes rien, aboie Lysias sidéré, C’est une question de respect envers soi-même !

De son côté, il ne comprend pas comment on peut être fier de porter des plaies visibles. C’est étrange d’imaginer les coutumes à l’inverse de ce à quoi il a l’habitude. Et parfois, malgré les livres, malgré les dires, ce n’est pas suffisant pour comprendre. Sappho a raison, les écrits ne disent jamais tout, et le nymphe le sait aussi. D’ailleurs, Lysias ne comprend pas les démons. Il ne le pourrait pas; il n’est pas des leurs, il n’en est pas un, ni n’est pas doté d’un caractère emphatique, ni de compassion à tout va. La seule chose qu’il sait faire, c’est accepter un tant soit peu qu’une telle différence existe. Rien qu’un tout petit peu. Et encore.

Le lien créé par les éléments… à cette question, le nymphe y reste pensif. Avoir des choses en commun crée forcément des liens, que ça soit contre ou à plein gré. Lysias se rappelle parfaitement, qu’il fut un temps où il rejetait tout sujet en rapport avec l’air ou les autres éléments. Déjà qu’il ne croyait pas aux divinités et tout ça… Il admettait certes que les autres vouent leur culte, mais sans pour autant y croire. Et lorsqu’il avait apprit qu’il possédait cet étrange don, voilà qui lui avait paru complètement folklorique et métaphysique… Il avait bien fallu s’y soumettre et faire face à la réalité. Au final, ce qui reste de tout ça, c’est que Lysias ne croit qu’en lui et c’est déjà suffisant ! A quoi bon croire en un autre alors que c’est déjà compliqué de se l’accorder à soi-même. Le nom de Thanis le sort de ses réflexions.

-Thanis ? Ma sœur ? Bah. Si tu veux appeler ça comme ça…

Il ne l’avait jamais vu sous cet angle.
Thanis c’est Thanis, point final. Thanis avait ses parents, et ceux qui avaient élevé Lysias, c’était le peuple de Thanis. Il haussa des épaules. Seulement, la suite aurait pu passer crème si Sappho ne s’était pas révélé coupable de son bras.

-C’était toi ?! Je croyais que c’était Urgen ! Et en plus…, en plus …tu as fais ce que devais faire Dame Faux.

Il se tut.
Peu importe qui lui avait arraché le bras, elle n’en retrouverait pas un neuf. Voilà le genre de moment où Lysias ne parvenait à accepter les mœurs des démons. Sans cesse ponctué de rires puis de colères rageuses, ses conversations avec Sappho prenaient toujours un angle à 180 degrés. Cette fois, il se tut, repensant à l’elfe. Enfin la corrompue. Très vite, l’aera s’empêche de péter son câble et de tourner –ne serait ce que momentanément la page-. Thanis est un souvenir trop douloureux pour pouvoir s’y appesantir. Lysias fuit ce qui le gêne, et elle le gêne. Elle le hante et lui fait remonter trop de moments partagés ensemble. Dans cette bataille, Lysias a conscience qu’il a perdu, et bien plus qu’il n’aurait pu le fabuler dans une vie antérieure. Il y a des centaines de choses que Lysias méprise et déteste, et probablement un peu plus chaque jour. Dame Faux. Ce titre non plus, il ne l’aime pas, et pourtant il l’utilise. Sarcasme à ses heures.

Et après avoir posé les ténèbres inoffensives autour de son poignet, il la regarde s’en aller, silencieux. Se disant qu’il n’a rien demandé pour recevoir la protection d’un autre. Se demandant de quoi il a l’air devant elle, puisqu’il lui parait si infirme, et incapable de se protéger lui-même.

***

A certains moments, Lysias entendait le son de la voix de Sappho qui résonnait dans sa tête. La pierre, pour ne pas changer. Parfois, ce n’était pas si désagréable mais la plupart du temps, le nymphe n’aimait pas entendre comme une chose intruse vulgairement implantée dans son corps. Comme il ne savait jamais contre quoi ou contre qui retourner sa colère et au fil du temps, son irritation allait naturellement vers celle qui le couvait sous son aile, à tord et à travers. Les rares fois où il ne l’accompagnait pas, il sortait, loin de cette chambre dorée –ou plutôt violette et bleue- comme pour faire taire toute sa rancœur. Heureusement, ce n’était pas tous les jours ; mais les fois où il était en proie de folie causée par les ténèbres, Lysias se faisait l’effet de devenir fou et d’en perdre la tête. Au moins, le poignet ne le démangeait plus, c’était déjà ça. En y prêtant attention, les ténèbres neutres prodiguaient une chaleur agréable sur toute leur zone. Ça, c’était la partie plaisante de l’histoire. Du coup, Lysias voyait comme deux Sappho : celle qui était complètement démoniaque, et l’autre, un peu moins. Et Lysias se disait que la plus « humaine » était quand même plus supportable. Préférable, même.

Seulement, à ses moments, la pierre dans son dos, elle, lui disait tantôt des choses incompréhensibles comme brouillée dans l’eau, tantôt lui faisait ressurgir tous les souvenirs qui étaient fâcheux pour le nymphe, et tout ceux dont il n’avait justement pas envie de se rappeler. Elle le poussait alors à devoir maitriser ses accès de colère où ses instants de crève-cœur, sans quoi, il se retrouvait à des tiraillements insupportables à en faire claquer les muscles. Avec bientôt, des spasmes incontrôlables.

Enfin.
Peut être que ce genre de choses démoniaques ne seraient pas arrivées sans Thanis. Parce qu’en parlant du loup, on le tient et bien comme il faut. Bah par exemple, il avait revu La Corrompue, la dernière fois. Ou plutôt, c’est elle qui l’avait traqué, sans jamais perdre ses objectifs de vue. C’était en une fin de journée, Lysias se frayait un passage entre les esclaves mis en vente sur le marché, lorsqu’elle lui était tombée dessus sans crier gare. Evidemment, les autres, n’en n’avaient cure de leur histoire et Thanis l’avait trainé dans un coin de ruelle.

Elle avait changé depuis la dernière fois. En mal. Si « mal » était le terme assez fort à lui coller dessus.
Sa blessure au bras s’était visiblement infecté, putréfié et moisi en bouffant presque tout le bras, désormais rendu plus court, presque après l’épaule. Son moignon était horrible à voire. Et lorsqu’elle s’exprima, ses paroles n’étaient plus que des râles semblables à un être en agonie.

Thanis ne méritait pas son sort. Pas celui de terminer en attendant d’être avalée par les ténèbres. En l’écoutant plus attentivement, elle lui avait parlé de Sappho, d’injustice, de la pierre alors qu’elle aurait voulu que Lysias soit justement son esclave pour mieux le torturer, et tout un tas de choses les plus méprisables dans sa haine sans nom. Si haineuse qu’elle était qu’elle s’en retrouvait amoindrie dans ses capacités physiques et relationnelles, si haineuse que la seule chose qu’elle pouvait transmettre n’était plus que haine, et c’était une haine finement aiguisée et vouée à rester éternelle. C’était une haine violente, si violente qu’elle dépassait tout cadre de la violence. Coincée dans sa haine, voilà où était Thanis. Ce qu’elle touchait flétrissait, ce qu’elle faisait n’était que dictée par cette animosité constante. Et quand elle avait posé les doigts sur les runes gravés entre les omoplates du nymphe, ils s’étaient comme carbonisé à son contact, alors que Lysias avait comme senti une brulure étrangère, l’effleurer. L’aversion anéantissait de jour en jour Thanis, et les Ténèbres n’avaient même plus à œuvrer pour la détruire, puisque détruite, elle l’était déjà.

Et chaque jour que Lysias mettait le pied dehors, elle le suivait à la trace, hantant ses allées et venues sans pouvoir faire autre chose que le détester de tout son être. Dans les derniers jours où elle « vécut », des trainées de sang noir accompagnaient ses blessures toujours plus nombreuses. Et finalement, lorsque son propre corps cessa de se déplacer, elle ne fut qu’une ombre qui continua à sinuer entre les rues d’Elament, pour tourmenter encore un Lysias excédé. Et elle y arrivait, sauf dans les quartiers de la Faux.

Et ce soir là, lorsqu’il arriva dans sa chambre, il lui rétorqua simplement qu’il préférait mille fois pieuter dans son antichambre à lui, parce que monsieur ne partageait rien du tout. Et qu’un pauvre esclave de sa trempe ne venait pas crasser le lit d’une Dame Faux.
Sale égoïste mauvais esprit aux cheveux pivoines, va.

***

La vérité, c’est que Lysias n’avait aucune envie que la Faux voit Thanis tourmenter ses jours, simplement parce qu’en une seule et simple pensée, elle l’aurait disséminée vite fait bien fait pour avoir la paix, et point final. La vérité, c’est que le nymphe tenait encore à Thanis, sans savoir quoi faire, pour pouvoir la libérer de cet étau noir dans lequel elle continuait à puiser. Enfin, la vérité, c’était peut-être qu’il aurait fallu qu’elle cesse de vivre plus tôt, plutôt que de laisser la rancune la ronger comme une bactérie nuisible et impossible à stopper. Toutefois, son seul réconfort entre rires et colères, c’était tout de même de la date de son départ, et ça se voyait, sur sa mine.

Depuis l’autre soir d’ailleurs, il avait remarqué le bracelet étrange que portait Sappho, stipulant alors sur sa provenance, silencieusement. Un présent d’un autre prétendant ? Ce serait bien si cela ne l’était pas. Du Roi alors ? Cessons de penser le pire. Alors ces dernières nuits, les derniers avant son départ, n’y tenant plus, il avait décidé, -à ses dires-, de surveiller les autres Kaléos qui pourrait venir nuire et attenter à la vie de sa Dame, et en excellent esclave –de l’extérieur on y verrait que du feu avec un fervent esclave- oui donc en excellent esclave, Lysias se tenait prêt à se jeter sur un autre incube malveillant pour le jerter de là. Et oui, parfaitement, le sale égoïste mauvais jeu aux cheveux écarlates s’était une nuit, déplacé en somnambule pour aller veiller sur la propriétaire des lieux, -car sans elle, il n’y aurait plus de propriété tout court, et pas même cet antichambre aménagée sans fenêtre où il logeait comme un roi, presque comme Kisath (presque). Et comme Sappho ne savait pas ce qu’elle avait suggéré en lui mentionnant son graaand lit, elle devra très vite s’apercevoir la folie mégalomane planant sur ce nymphe, qui semble avoir un penchant pour la grandeur. Car, sitôt installé, un être à l’aise le reste jusqu’au bout des orteils, et Lysias vole, sans ses heures de sommeil, toute la place impartie. Et puisque Sappho empêche sa conquête de l’espace, il n’aura aucun remord à se réveiller le matin avec une trois-quart de portion dans ses bras, pour mieux profiter de la place. Pourquoi se priver d’espace quand il y en a tant à revendre.

Lysias se lève en sursaut ce matin.
Comme l’alarme qui tire brusquement le dormeur de son sommeil. Il se redresse, s’étire, jette un coup d’œil à la Faux, puis la fenêtre et se précipite dessus comme s’il y avait un spectacle intéressant à voir. Comme si le jour de son départ allait changer la direction du trajet du soleil. En fait, il a même l’impression que le jour est même plus clair aujourd’hui, même si les nuages gris et lourds au possible menacent ce ciel matinal. Les saisons froides approchent mais ce matin, le nymphe a l’impression que l’été vient de commencer. Ne tenant plus en place, il se précipite dans la salle de bain, a l’impression de voir les pièces d’un œil différent, termine une toilette de chat en chantonnant, manque de faire tomber les bizarres d’onguents sur l’étagère, remarque les marques étranges qui ont marqué son dos, tente de déchiffrer les runes, mais dans sa précipitation et enthousiasme matinal, il n’en n’a pas la patience et finit par sortir plein d’entrain. Si bien qu’un tiraillement l’oblige à se calmer illico-presto. Il s’assied sur le rebord du lit, ne tient pas plus de quelques secondes, va dans l’antichambre empiler les recueils dans l’ordre, et lorsqu’il revient avec un sourire jusqu’aux oreilles, il avise la démone. Il la ferait presque tournoyer sur place en se marrant comme un gamin. Chose qu’il s’avise, adoptant un air plus sérieux.

-Hé, Faux, commence-t-il en la serrant contre lui, toute gaieté au cœur, je me disais que j’allais pas partir en voleur sans te dire au revoir.

Un au revoir qui sonne brusquement comme un adieu.
Dans sa tête, Lysias part tout seul, sac-à-dos, quelque part loin de la cité. Il n’a pas vraiment mijoté à sa fuite. Il n’a pas même décidé s’il était mieux de partir en fin de journée plutôt qu’en matinée.

-Mais avant,
se rattrape-t-il au dernier moment, Tu m’accordes un tour dans hors de la cité?

Comme si nous partions en missions.
Mais ce serait pour passer une dernière journée, ensemble.

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Illusion | Désillusion
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MessageLun 19 Avr 2010 - 18:34

Respect envers soi-même.
... Lointain souvenir d'un démon qui tenait le même discours.
Respecte toi... Calme toi... Contrôle toi...

Mais comment peut-on se respecter si l'on est un démon ? Est-ce possible ? Rien n'était moins sûr.

Sa proposition, il l'avait refusée, mais elle ne rajouta rien. Elle ne lui demanda plus. Elle comptait, les jours, les semaines. Lui, il rayonnait de plus en plus dans l'attente de sa libération. Elle, elle essayait de se montrer heureuse pour lui. Mais ça lui faisait mal. Une douleur, une souffrance qui n'avait rien de tangible, rien de réelle. C'était... comme si on lui écrasait son cœur lentement, dans une torture abominable. Mais rien ne paraissait sur son visage ou son attitude. Rien, non, elle ne voulait pas gâcher ces derniers jours. Pourtant, ça lui crevait le cœur.

C'était le lendemain, qu'il partirait, non ? Les jours avaient passé... Et c'était déjà demain ?! Cette nuit là, elle s'endormit avec du mal. Et se réveilla tôt, très tôt. Elle faillit se lever, lorsqu'elle sentit un bras peser sur elle. C'était Lysias. Alors, elle resta éveillée jusqu'à son éveil, les yeux mi-clos, sans esquisser un geste. Profite de l'instant présent. Profite de ce contact qui apaise le feu de son cœur. Aucun mouvement, elle attend. Elle ferme les yeux lorsqu'il bondit hors du lit, l'air de rien. Elle l'entend arpenter ses quartiers, et se lève quand il pénètre dans la salle des bains. Assise sur le rebord du lit, elle regarde le ciel par la fenêtre. Le ciel est gris et maussade. Une journée morne et froide. On dirait qu'il va pleuvoir.

Elle se lève, et se coiffe sommairement. Elle est décidée. Elle va l'aider à sortir, même s'il refuse. De toute façon, il n'arrivera pas à atteindre un camp de résistants avant que des démons ne le prennent en chasse. De plus, les environs sont devenues plus dangereuses qu'auparavant : des meutes de Hurleurs et d'autres créatures sympathiques ont été repérées, attirées sans doute par les nouveaux locataires de la Cité Sombre. Tant que Lysias monopolise les bains - pire qu'une nymphe... - elle s'habille aussi. Pour le coup, elle met des vêtements de... chasse, discrets. Quelque chose de brun, foncé. Elle a sorti deux capes longues à capuches pour les faire passer les portes. Elle attend qu'il finisse avec son excitation matinal. Elle tente d'adopter un air joyeux. Mais c'est peine perdue. Elle avale difficilement et le regarde sans entrain quand il l'apostrophe et la serre contre lui. Adieu ? Un tour ? Depuis quand elle est devenue un guide touristique ?


" Dis moi... t'avais l'intention de partir comment exactement ? Les portes sont gardées par sentinelles, les murs impraticables, et des démons partout... Tu crois qu'un esclave peut sortir comme ça ? Tout ceux qui se sont enfuis ont été retrouvés. " Elle avait un air de reproche. Il prenait ça à la légère, comme si Elament la Sombre n'était qu'un bordel sans discipline. Mais malgré les fêtes et les beuveries, les gardes veillaient toujours. " Et puis... les environs sont devenues plus dangereuses qu'avant. Raah et de toute façon, que tu le veuilles ou non, je te fais sortir, point. "

Et si ça se trouve, il ne savait même pas où aller ? Elle se dirigea vers son bureau, et tira un parchemin roulé. Une carte. Elament et les environs, avec des croix rouges et noirs un peu partout. Elle lui montra le dessin déplié, et lui indiqua une croix rouge, dans la forêt. C'était assez loin, sans se trouver à quatre jours de marche.

" Les rouges, ce sont les camps que j'ai omis de signaler à notre Roi par mégarde.
" Bien sûr, et les nymphes ont des ailes aussi... " Les noirs, ce sont ceux qui ont été trouvés et parfois anéantis. Nous, et j'insiste sur le nous, irons jusqu'à ce camp là. C'est sûrement le plus sûr du coin. Tu y trouveras des élémentalistes prêts à t'abriter et t'amener où tu voudras... "

Elle soupira et reposa la carte sur le bureau. Elle avait effectué le plus de missions possibles en extérieur, pour repérer des rescapés. Parfois seule. Elle avait ainsi pu garder secrète l'existence de trois ou quatre camps. Celui qu'elle avait repéré comme le plus intéressant était plus peuplé, et mieux dissimulé. Même si elle préférait de loin qu'il ne parte pas, elle n'était pas folle au point de se lancer dans une recherche sans rien prévoir. Elle lui trouverait ce qu'il faudra. Elle lui retirerait sa chaîne d'abord. Puis la pierre. Mais pour cette dernière, il faudrait attendre de s'éloigner des démons. Si elle avait pu enlever celle de Tellana, c'était parce qu'elle était morte. Mais pour Lysias, il faudrait mettre de la distance entre toute cette magie noire et la pierre. Sinon, la retirer serait trop douloureux.

" Mais... il faudra bien une demi-journée pour l'atteindre. Alors, une dernière promenade semble envisageable. " Elle sourit enfin. Elle ne gâcherait pas les derniers moments. Sûrement, elle ne le reverrait pas. Ou alors, ce serait dans une situation inextricable. Elle attrapa les capes, et les jeta dans un tiroir de ténèbres. Ils mettraient pour sortir de la Cité par les portes. Ils se feraient passer pour des démons mineurs ou des marchands. Elle lui attrapa la main et le tira vers la porte. " Une fois hors du Palais, tu pourras marcher à côté de moi dans les rues... Il risque d'y avoir de monde, c'est jour de marché. "

Elle ouvrit la porte, prit un air hautain comme par enchantement, et avança en écoutant les pas de Lysias derrière elle. Elle avait du mal à ne pas mettre "dernier" derrière toutes ses pensées. Dernière fois que ci, dernière fois que ça... Oui, c'était idiot, elle se faisait du mal toute seule. Mais elle n'y pouvait rien. Avec ses vêtements discrets, on lui sautait moins dessus pour lui parler, et quitter le Palais sans s'arrêter fut un jeu d'enfant. Rien de difficile, quand on connaissait en plus les chemins les moins empruntés. Ils étaient dehors et il y avait vraiment du monde. Une foule de démons cornus ou ailés se jetaient sur les nouveaux esclaves, fraichement arrivés, encore bien vivants. Des perles rares.

Elle prit son temps pendant cette matinée fraîche et couverte. Les rues étaient peut-être moins délabrées, car habitées désormais. Des petits démons couraient dans les rues en jouant aux monstres - non, ce n'est pas un pléonasme -, on s'amusait à des jeux de démons et on perpétuait toujours quelques petites joyeusetés sanglantes sur les trottoirs. Une vraie ville démoniaque au final. Elle s'y plaisait maintenant, Sappho. Faut dire que la Roi avait tout fait pour qu'on s'y installe bien. On pouvait déjà voir la porte... Carbonisée. Mais pourtant, les gardes étaient là. On pouvait sortir et entrer grâce aux dompteurs de pierre, qui maitrisaient la magie bloquante. Ainsi, quelques démons partaient en mission, d'autres allaient se promener... Un va-et-vient assez continu. Suffisamment pour passer inaperçu.

Sappho s'enfonça dans une ruelle étroite et sombre, où il n'y avait personne. Elle sortit des ténèbres les deux capes de tout à l'heure et en fourra une dans les bras de Lysias. Elle enfila l'autre. Radical, on ne devrait pas la reconnaitre. Sa cape lui descendait jusqu'aux mollets. Celle de Lysias était bien sûr adaptée à sa taille. Quitte à être préparé, autant bien l'être... Elle tourna sur elle-même, et rabattit sa capuche.


" Haha J'ai l'air de quoi ? ... L'important, c'est que toi, on ne te remarque pas, alors abaisse bien ton capuchon ! "

Elle riait un peu. Mais au fond, elle était un peu tendue. Normalement, il n'y aurait pas de problèmes. Dans la foule, on ne repérerait pas Lysias, surtout qu'avec les ténèbres sur son poignet, il ne devait pas vraiment sentir son élément. Techniquement. Théoriquement. Elle jeta un coup d'œil à la porte, au coin de la ruelle. Des groupes s'approchaient, c'était le moment.

" Allez viens, tu vas pouvoir respirer librement. "

Ses petites dents pointues étaient sorties et c'était pratiquement tout ce qu'on voyait de son visage, dans l'ombre de la toile brune. Elle marcha tranquillement vers la sortie, toutes dents dehors. Elle passa devant les gardes qui contrôlaient un groupe imposant. Ils lui jetèrent un vague coup d'œil, et elle espérait que ça s'arrête là, lorsqu'une autre sentinelle, un Nakash apparemment, se posta devant eux deux. Sappho inclina la tête et parla rapidement, d'une voix aigüe :

" - Tss bouge de mon chemin, la vermine, je passe.
- ... On vérifie tout le monde.
- Ah oui ? "
Elle posa une griffe sous sa gorge, mais il resta de marbre, bien décidé à "vérifier" comme il disait... Il n'avait l'air futé... [/i]" Tutut j'ai une permission.
- ... Et lui ? "
Il pointa Lysias du doigt. Au moins, il le considérait comme un démon. Mais Sappho répondit rapidement : " C'est mon gardien, mais je ne crois pas que tu ais envie de voir sa tête... Calcinée par un maudit Igni... " Il eut une grimace de dégoût; et s'écarta en agitant la main.
" - Ouais ouais, allez... "

Sappho partit devant d'un pas décidé. Il fallait vite s'éloigner. Pas vrai ? Il n'y avait pour l'instant que de la plaine. Pas très protecteur. Le chemin terreux menait vers l'orée de la forêt. Le camp de rescapés se trouvait un peu après la Lagune, vers la mer. Alors la petite Faux continua d'avancer, la capuche rabattue, car les sentinelles sur les remparts les voyaient encore. Il faudrait attendre d'être dans les bois pour les retirer. Elle attrapa Lyly par le bout de sa cape.

" Tu vois ? Avec moi, c'est quand même plus facile, non ? ... Une fois sous les arbres, on pourra enlever les capuches... Mais regarde : tu es dehors. Tu es... " Elle hésita sur le mot. Elle le trouvait étrangement dénué de sens. Alors, il sortit de ses lèvres dans un souffle. " ... libre... "

Libre ?
Qu'était-ce que la liberté ?
La liberté d'être seul ?
De choisir ?
... Avait-il le choix ? Avait-elle le choix ?

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Lysias
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MessageMer 21 Avr 2010 - 16:05

Comment avais-je l’intention de partir.
La question a laissé le nymphe pensif quelques instants. Dans sa tête, il part… pour partir. S’éloigner et fuir ces lieux qui lui sont hostiles, hostiles en dehors des quartiers Faux. Il n’est pas un animal de compagnie qui s’élève dans une cage, aussi confortable qu’elle puisse être. Même avec les passes d’autorisation d’arpenter les rues, Lysias ne se sent inexorablement pas libre. Et jour pour jour, c’est un étau qui écrase son être, qui le comprime et qui l’étouffe. Lysias apprécie la compagnie de Sappho ; il dirait même qu’il l’aime bien. Pourtant, dans cet environnement sombre, une lumière se tamise et se meurt. Ce qu’il ne sait pas, c’est que ce besoin de liberté est seulement nourri par l’air retenu prisonnier dans son réceptacle. L’air qui en réalité, n’a fait que murir et évoluer dans un espace confiné.

Alors que l’aera traverse les rues de la Cité, les bruits dans son entourage semblent plus vivants, et presque plus joviaux. Aujourd’hui, Lysias s’en va, il verrait la vie « en rose », tant son enthousiasme prend une allure démesurée. Pourtant, dehors, on gémit de temps à autre, et ce ne sont là, que les seuls bruits qui percent le silence lourd du côté des esclaves, souvent entrecoupé par les ordres méprisants de ceux qui se les sont appropriés. Alors que Lysias et Sappho passent, c’est une scène qui paraît complètement décalée à la réalité, paradoxale voire même, absurde. Et le nymphe ne s’en émeut pas. Il est si facile de ne penser qu’à soi, quand les autres deviennent un fardeau. Outre la facilité, c’est un caractère qui a toujours fait l’entière personnalité de Lysias. Si un jour lui était donné la possibilité de voir les pensées de la Faux ce jour là, il se rendrait peut être compte du mal qu’il est capable de semer, rien qu’en étant lui-même.

A la vue des démoneaux jouant au monstre –quelle ironie du sort-, Lysias hausse d’un sourcil, contrarié. Il manque de s’attarder sur plusieurs petits détails, même s’il les a déjà vu hier, avant-hier, et les jours avant encore. Mais Sappho, elle, prend son temps sans toutefois ralentir de trop, comme si le temps était compté à la minute près. Alors le nymphe la suit, tout en inspectant Elament, et ne se faisant pas vraiment à l’idée de se dire que les maisons décimées il y a quelques mois, abritent désormais d’autres habitants. C’est sur cette pensée que tous deux pénètrent alors une rue austère, -même reconstruite, la ville paraît sombre- et la démone sort deux capes de son mystérieux passage de ténèbres.

-Tu as l’air d’une mercenaire, observe Lysias, en obtempérant. …Ou d’un démon de bas rang. Plutôt d’un quart de portion qui part à la chasse, si tu préfères.

En tout cas, pas la Faux avec des tenues outrageantes pour ses mondanités.
Lysias s’apprête à répondre avec un sarcasme mais finit par se taire en rabattant la capuche sur son visage. Quand a-t-elle eu le temps d’échafauder des plans à sa place ? Quand a-t-elle prévu tous les préparatifs nécessaires à sa fuite… Il la sent nerveuse. Lysias a l’impression de connaître Sappho, certaines fois. Du moins un tant soit peu. En fait, il n’en sait que trop rien ; se tromper sur le compte des individus est un tellement simple. C’est un jeu piégé qui lui a déjà donné de quoi réfléchir. Il s’en est fait sa propre opinion dessus. En tout cas, il n’y aura pas d’autres pièges plus gros que de rester cloitré dans la cité. Pendant que la Faux s’occupe de le faire passer pour son gardien, Lysias se contente de rester silencieux, épaules arquées. Allez le Nakash, laisse nous passer, grouille ! Et il pria le vide, -à défaut de croyances en des spiritualités divines- pour qu’on n’ait pas la belliqueuse idée de vouloir voir son visage brûlé par un Igni… L’idée elle-même dégouta le nymphe, mais sa prière dut être entendu puisqu’on ne vint pas lui chercher de compte à régler. Et alors qu’ils franchissent la porte calcinée de la cité, une silhouette fine les observe du haut de son toit. Des marques de strangulations suintent sur son corps maigre et dépouillé de charme. Elle est immatérielle, et n’est qu’une ombre vulgaire, mais son aura dégage clairement les ténèbres. Deux oreilles pointues, corps maigrichon et longilignes… Tellana.
Son corps s’est décomposé dans les ténèbres de la Faux et, abandonnée à son sort, c’est l’esprit de Thanis qui s’est approprié cette enveloppe vide d’âme. Et tandis que son regard sombre et infini suit leur trajet, Lysias et faux disparaissent quelque part dans la plaine. La vengeance est un plat qui se mange froid.


EPHEMERES


Lysias a l’impression d’être le poisson attrapé, à qui on redonne la liberté en le relâchant à la rivière. Les remparts de la cité s’éloignent dans son dos, et c’est avec un soulagement sans nom qu’il fuit Elament. Elament qui autrefois, était le refuge qu’il cherchait. Il continue d’avancer, jusqu’à ce qu’un tiraillement de sa cape le retienne.

Libre… oui, libre.
Quel mot étrange après tant de temps. Lysias peine à en croire ses oreilles.

-Avançons, répond-t-il simplement, incapable de confirmer quoique ce soit. Il se sent gagné par une inquiétude sans origine, sans vraiment se comprendre lui-même. Au loin, le ciel se grise davantage et un grondement lointain se fait entendre. Le terrain lui est familier, il est déjà passé par ici, mais c’était avant, en d’autres termes…

Le paysage se fait bientôt moins doux et désertique, se couvrant davantage de végétation. Lysias n’arrêtera sa course que dans les sous bois, s’assurant qu’aucune paire d’œil ne pourrait les soupçonner de quoique ce soit. Il sait que bientôt, la chaine autour de son poignet ne sera plus là, pas plus que les ténèbres inoffensives. La pierre cessera d’aliéner ses émotions et il retrouvera un camp élémentaliste. C’est drôle de réaliser plein de faits, d’une minute à l’autre. Dis, Faux, quand a tu eu le temps de me pré-tracer un chemin ?

-Et si… on t’accuse pour tout ce que tu as fais pour un vulgaire esclave, qu’est ce que tu vas faire ?

Je ne serai pas là pour toi.
Il s’assied, sur le tronc d’un arbre renversé, l’invitant à faire de même.

-Moi, je sais que je n’aurais pas risqué ma peau pour autrui, pense Lysias tout haut. A tord et à travers. Ce qu’on a juré de faire, avant cette guerre, tu t’en souviens ?

De se sauver mutuellement ?
Lysias ne se rappelle plus. Il finit par hausser des épaules. Le nymphe n’a nulle envie de rejoindre le camp de réfugiés, mais se garde de le dire. Ils iront, conformément à leur plan, puis lorsque leur chemin de scinderont, chacun mènera le leur. Futur étrangement aiguisé et fin étrange pour ceux qui se sont côtoyés jour pour jour pendant près d’une dizaine de lunaisons. C’est le sentiment de couper net sur un fil censé se poursuivre. Lysias se sent bizarre, d’appréhender cette fin.

-Je vais rejoindre les élémentalistes, dit-il, soudain. -Je vais devoir apprendre.

Apprendre l’air.
Tôt ou tard, tout élémentaliste sent l’appel de son pouvoir. Lysias ne peut plus passer son temps à mépriser et ignorer ce qu’il possède en lui.

-Je m’en vais, pas pour la fierté des élementalistes, Sappho. Si pour le plaisir d’être resté en vie après un séjour aux ténèbres. Je pars de là, mais pour moi. Si je ne le fais pas, l’Air et moi, on n’aura jamais l’occasion de se réconcilier, j’ai l’impression. Et sans cet élément, ça fait l’effet d’être… comment dire. Incomplet. Comme quand il manque une pièce dans un jeu.

Il observe la chaine autour de son poignet, et l’aura qui empêche ses effets nocifs au contact de la peau. Sans les ténèbres de Sappho, il n’aurait peut être plus de main à l’heure qu’il est. Du coin de l’œil il guette la réaction de cette dernière. Ce qu’elle a fait pour lui ne se résume pas en de simples mots. Elle a tant fait pour lui, sans qu’il s’en aperçoive. Sans qu’il daigne y faire attention. Ce serait naïf de dire que sa vie était vouée à ne pas s’arrêter au jour du départ de Caliel. De ne pas reconnaître les nombres de fois où il a donné du fil à retordre à une démone pour le maintenir en vie. Lysias le reconnaît.
C’est déjà un pas vers la gloire en avant. En laissant un soupir résigné, il finit par lui tendre le poignet. Leur accord se brise aujourd’hui, on dirait.

-Je dirai pas que ça va me manquer, ce truc, mais... tiens d’ailleurs, c’est quoi ton bracelet toi ? demande-t-il suspicieux, sur un ton bourru. Un nouveau truc pour bloquer tes ténèbres ? Le présent du Haut Roi vénéré, adulé, adoré ? manque-t-il de nasiller, avant de préférer le silence.

-Tu savais que ta pierre, elle fait entendre ta voix ? Ou tes pensées, je sais pas bien. Bah, mais d’habitude, je comprends rien à ce que tu dis, c’est comme si ta voix était immergée, explique-t-il alors qu’il lui laisse le temps de le débarrasser de sa chaîne. -L’autre jour, je t’ai entendu, tu sais. Quand il y avait l’autre détritus.

Kaléos, évidemment.
Lysias sait qu’il y a été pour quelque chose dans la mort de l’Incube, sans vraiment comprendre ce qui s’est passé. La seule chose dont il se souvient distinctement, c’est les effets de la pierre sur son humeur. Sur ses réactions. Ne tenant plus en place, il se relève déjà, reprenant une marche plus posée que tout à l’heure, pour aller, il ne sait où, mais au moins, il se donne l’impression de faire quelque chose. Le souvenir de la pierre qui s’incruste dans son corps n’est pas un beau souvenir non plus.

-Je me suis demandé comment elle pouvait marcher, à l’inverse, par rapport à toi. Est-ce que tu sais partout là où je vais, via cette pierre ?


[Pendant ce temps, à des kilomètres des bois, vers Lagune]
Une ombre plane et se faufile insidieusement vers un point précis. Quelque part vers la plage se trouve le motif de ses déplacements. Une ombre haineuse… Sappho et Lysias. Ô combien elle les déteste. Maintenant que Faux relâche son esclave, il sera d’autant plus facile d’y semer la discorde. Ils ne perdent rien à attendre... Elle se vengera. Sur lui. Sur elle.
Sur eux, parce qu'elle les déteste tous.

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MessageJeu 22 Avr 2010 - 21:51

Elle relève la capuche, et regarde les alentours un instant avant de s'asseoir sur le tronc renversé, à côté de Lysias. La végétation est déjà assez dense, on distingue à peine la tour du Palais. Le plus dur était passé, alors ? Elle le pensait. Elle aimerait. Si on l'accuse, la Faux, qu'il demande ? Si on l'accuse... Elle regarde vers le Palais avec une moue dubitative. Qu'est-ce-qui pourrait arriver ? Il voulait vraiment le savoir ?

" Si on m'accuse et que ça se révèle vrai, je ne pourrais pas faire grand chose. J'ai fais un serment à mon Roi, je ne pourrais pas m'enfuir. Alors... je serais probablement exécutée. " Elle le regarda avec un sourire amusée. " Mais depuis quand tu t'inquiètes pour moi, toi ? "

Lui, il n'aurait pas agi comme ça. Si ça avait été l'inverse, s'il avait fallu la sauver, il n'aurait pas risqué sa vie. Mais jamais la succube n'avait eu l'impression de risquer sa vie, ou du moins, elle l'avait oublié. Certes, c'était dangereux pour elle. Mais c'était aussi son choix, égoïste et personnel, de le garder en vie, pour elle. Accessoirement, il était sauf. Il avait eu la "chance" de vivre dans le Palais, jusqu'à ce que les élémentalistes trouvent des refuges à l'extérieur. Une chance unique peut-être, mais après tout, qui savait si d'autres démons n'avaient pas recueilli des prisonniers ? Impossible à savoir, à moins de surveiller jour et nuit le maitre et l'esclave. Et on aurait pu découvrir que Lysias était "bien" traité. Il n'en avait fait qu'à sa tête, et malgré ça, il avait réussi à survivre. C'était un exploit.

" On a juré beaucoup de choses... Trop peut-être. " Elle soupire. Oui, c'était avant la guerre, mais ça semblait encore si proche... Mais maintenant qu'on est dehors, on peut parler, non ? " Je me demande si... on a tenu nos promesses ? "

C'était une question en l'air. S'ils ne s'en souvenaient pas, ça ne servait à rien. Mais la succube pense qu'elle a échoué. Elle ne le dira pas, mais elle croit fermement que, même si elle l'a "sauvé", elle l'a aussi blessé. Quoi qu'elle fasse, il le désapprouvait. C'était normal, ce qu'elle faisait n'était pas dans ses mœurs. C'était aussi incompréhensible pour lui que pour elle de comprendre ce besoin systématique qu'ont ceux de la surface de se sacrifier. Le sacrifice n'existe pas. Pourtant, n'a-t-elle pas risqué sa tête en l'aidant ? Certes, mais c'était différent. C'était presque politique. Même si elle était condamnée, elle avait des alliés qui la feraient sortir de là. Iblîs ne la laisserait pas mourir au moins. Senector, oui, il le ferait. Il lui en veut toujours d'avoir tué Coralline, cette nymphe qu'il avait remarqué.

Et elle l'écoute alors. Il veut maitriser son élément. Il veut l'utiliser. En même temps, elle en est ravie : elle le trouve fragile. Elle voulait qu'il apprenne à manier son élément. C'était sa seule chance de survie. Son unique manière de poursuivre sa route, son chemin. Incomplet... Sans son élément, même s'il ne l'aimait pas, il n'était entier. Lysias et son Air. Sappho et ses Ténèbres. C'était du pareil au même. Lorsqu'on se voit être le dépositaire d'une magie ancienne, on ne peut l'ignorer. Ce serait comme ignorer ses dents comme arme ou ses ongles pour la succube. C'est une partie d'elle-même. Alors, elle le comprend. Son sourire est rassurée.


" J'espère bien, que tu vas apprendre ! ça m'embêterait que tu meurs dans la nature. Tout ce que j'aurais fait n'aurait servi à rien ? Pff sers-toi de ce que tu sais de nous maintenant, tu es libre de tout dire, si ça peut t'aider à côtoyer les plus puissants des tiens. "

C'était étrange de souhaiter ça. C'était... souhaiter la mort des démons qui pourraient l'attaquer. Mais elle le voulait vraiment, qu'il devienne fort. Au moins assez pour se protéger lui-même. Elle espérait qu'il tomberait sur des gens... puissants. Ou que des gens puissants lui tomberaient dessus, au choix. Tant qu'il essayait d'apprendre. Et qu'il raconte ce qu'il a vu, après tout. Après tout... Ah tiens, il se décide à lui tendre son poignet. Elle l'attrape de sa main gauche, et avec sa droite, elle retire facilement le sceau presque décoratif qui scellé l'anneau autour de sa peau. Un déclic se fait entendre, et Sappho retire alors le bracelet. Une fois dans sa main, elle le brise en deux. Simple, mais efficace. Les deux parties n'ont pas plus de pouvoirs qu'une brindille à présent. Reste encore les ténèbres inoffensives sur sa peau.

Tout en écoutant ce qu'il dit avec attention, elle oblige le filament de noirceur à venir se loger dans le creux de sa main. Mais étrangement, les ténèbres hésitent, se tortillent... Une fois dans contre sa peau, elle fronce les sourcils. Elles sont bizarres... Alors qu'elle observe la sphère noire dans sa main, elle lui répond :


" Hum ? Mon bracelet ? Franchement, j'en sais rien. Enfin, si. C'est ma faux, qui a pris cette forme là. Je ne sais pas pourquoi ou alors si, j'ai ma petite idée. Mais c'est une supposition. Mais... ?"

Elle a du mal à contrôler cette bille de ténèbres. Pourtant, elle n'y décèle rien. Incompréhensible. Sappho enferme les ténèbres entre ses deux mains, et cristallise la sphère. Elle prend alors une forme solide, comme du verre, et devient moins opaque. Lorsqu'elle ouvre ses mains, la bille est sombre, très sombre sauf... un ruban de ciel bleu. C'était comme un morceau de soie qui traversait la bille de part en part, d'un beau bleu pâle. C'était... son Air ? Un fragment de son pouvoir est resté coincé dans ses ténèbres... ? Elle allait l'observer davantage, lorsqu'elle pile sur ce qu'il dit. Ses pensées ? Il entend ce qu'elle dit ? ... Aussi incroyable.

" Tu... tu m'entends ? ... " L'autre détritus... Kaléos ? Sa promesse à elle-même ? Elle eut un petit rire nerveux " ... Et alors, est-ce-que j'ai tenu ma promesse, dis moi ? "

Promesse de pouvoir le protéger ? Elle espérait avoir réussi au moins à tenir celle-là. Juste celle-là. Elle avisa la bille de ténèbres qui renfermait une infime portion de son pouvoir élémentaire. C'était surprenant, que les ténèbres aient accepté l'Air en elles-mêmes, et que l'élément y soit resté pur, non corrompu. Un prodige. Elle plaça la bille entre ses deux doigts, puis la déposa dans une poche de sa robe. C'était une pièce unique. Un objet précieux. Sappho se lève et ils continuent d'avancer vers la Lagune.

" Moi ? Tu veux vraiment savoir... Bah, et bien oui, j'arrive à savoir où tu es exactement. Et... " Elle hésita, devait-elle dire ça aussi ? Il trouverait ça... " tes blessures, tes souffrances physiques, je les ressentais aussi, comme si elles étaient miennes. "

Elle regarda ses poignets. Il n'y avait rien, aucun marque, et pourtant, elle avait senti cette brûlure. Dans son dos, elle avait plusieurs ressenti des tiraillements. La conclusion qu'elle en avait tirée était logique, c'était une liaison via la pierre et via ses ténèbres qui y étaient enfermées. Elle pensait qu'il n'avait à subir que cette douleur, elle n'imaginait certainement pas qu'il puisse aussi être obligé de l'écouter. Alors elle marche, pensive. La végétation s'épaissit, et le sol devient peu à peu boueux en s'approchant de la Lagune. L'air est plus humide, et le temps semble suspendu, comme les lianes pendant un peu partout.

Ici, Sappho ne se sent pas en sécurité. L'endroit a toujours été dangereux, même pour les démons. Les embuscades sont faciles à tendre. L'atmosphère n'est jamais rassurante. Elle regarde un peu partout, suspicieuse. Elle sent qu'on les épie. C'était peut-être des petits dragons ou encore des brokmïns. Mais pourtant... C'était comme si quelqu'un les poignardait avec ses yeux. Le soleil était déjà haut dans le ciel, et pourtant, l'endroit était toujours assez sombre. La faute aux arbres.


" Brrr je déteste les marécages... Au fait, je te retirerai la pierre une fois sorti d'ici. Plus on sera loin de la Cité, moins ce sera douloure... C'était quoi ce bruit ? "

Elle se retourne brusquement. Un craquement. Elle distingue une ombre près d'un arbre. Qui ? Quoi ? Impossible à voir. Elle aperçoit des yeux cruels briller dans l'ombre. Sans trop réfléchir, elle ouvre sa main droite, prête à accueillir sa faux. La forme sombre s'approche un peu, et Sappho a l'impression de l'avoir déjà vu. Un corps fin, des oreilles pointues... Une elfe ? Quand aurait-elle pu ... ? Le regard interrogateur de Sappho se mua en un masque d'agressivité lorsqu'elle aperçoit d'autres ombres aux yeux et aux rayures brillantes. Des sortes de grands loups, des Barzuls. Que faisait une meute de ces chiens féroces ici, en plein jour ? Quelqu'un avait du les attirer. Ce quelqu'un, cette elfe, n'y allait pas de main morte. Les barzuls formaient des meutes soudées et puissantes. La démone hésita à sortir sa faux : ce n'était pas une arme faite pour protéger quelqu'un à ses côtés. Elle devrait s'en passer. Ils devaient fuir en espérant que les loups laissent tomber...

Sappho montra les dents, un peu à la manière des canidés qui les toisaient, avides de leur chair. Elle sortit ses griffes rétractiles, et commença à reculer lentement. Les chiens essayaient de les encercler en grognant. La succube fixait les bêtes une à une. Que faire ? Même un démon puissant ne pouvait espérer tuer tous ces loups géants à lui seul. Mais elle pouvait amener Lysias à bon port au moins. Elle attrapa le bras du nymphe, et murmura :


" On va devoir courir... vite. "

Elle ne lâchait pas les barzuls des yeux, de peur que l'un d'eux ne les attaque. Puis, subitement, elle se mit à courir dans la direction qu'ils suivaient depuis le début, vers l'Est, vers la mer. La réaction des créatures ne se fit pas attendre : ils aboyèrent et grognèrent avant de se lancer à leur poursuite. Sappho n'avait pas vraiment d'espoir pour les semer. A moins de les ralentir... Elle matérialisa, dans sa main libre, des ténèbres solidifiées en pointe, qu'elle lança dans son dos, telles des lances, pour en blesser. Elle entendit un gémissement. Mais surtout, toujours, le martèlement des pattes de loups qui faisaient jaillir la boue du sol et qui écrasaient leurs propres empreintes. Courir pour vivre. Courir pour survivre. Mais ils ne pourraient pas courir à l'infini.

C'était avec cette idée en tête, que Sappho lâcha Lysias, se retourna d'un bloc, et cria :


" Toi, tu continues jusqu'à ce que tu n'aies plus de souffle ! Je te rejoindrai quand j'en aurai fini avec eux ! "

Elle fit apparaitre sa faux, et tenta de faucher le premier loup qui lui sauta dessus. Les autres s'arrêtèrent aussi, et certains se jetèrent immédiatement sur elle. Elle avait beau en blesser certains, ils étaient si nombreux, qu'ils arrivaient à la toucher. Elle jeta toutes ses forces dans cette lutte contre les maitres des plaines, mais c'était peut-être perdu d'avance. Lorsque l'un des loup la griffa dans le dos, une douleur aigüe la foudroya sur place. Ce qui permit à un autre spécimen de lui mordre l'épaule. D'un geste circulaire de sa lame, elle s'en débarrassa. Mais elle n'eut aucune seconde de répit, et déjà d'autres loups la menaçaient. S'entêter ici ne mènerait à rien. Elle en avait abattu quelques-uns et blessé beaucoup, ce qui devrait faciliter leur fuite.

Sans perdre plus de temps, elle se remit à courir, le reste de la meute sur ses talons. Lorsqu'elle en sentait un venir trop près, elle le repoussait avec ses ténèbres. Elle faisait tout de même attention à garder assez de magie pour déloger la pierre du corps de Lysias. Il ne fallait pas qu'elle l'oublie. Le nymphe n'était d'ailleurs, pas allé très loin. Pas assez. Lorsqu'elle le rejoignit, elle avait jeté sa cape depuis quelques temps, et sa robe était déchirée dans son dos, laissant voir la marque de griffe. Idem sur son épaule. Elle soufflait un peu, mais elle se sentait encore de la force. Encore assez.


" Lysias, ça va ? "

A peine avait-elle dit cela, que cinq barzuls jaillissaient de toutes parts dans cette petite clairière. Où étaient passés les autres ? Avaient-ils trouvé un autre gibier ? Des... élémentalistes ? Elle n'eut pas le temps de se poser la question, rangeant sa faux, elle tenta de taillader le cou de l'un des loups avec ses longues griffes. Sa fatigue commençait à se faire ressentir dans ses mouvements. Sa respiration devint saccadée, alors qu'elle avait fait tué une créature et fait fuir deux de ses congénères. Plus que deux. Deux... Elle pouvait encore y arriver. Il le fallait. Elle jetait des coups d'œil à Lysias, si l'un des barzuls faisait mine de l'attaquer, elle se plaçait entre lui et sa cible. C'est ce qui lui avait valu quelques blessures supplémentaires. Mais rien de grave. Pas encore.

Elle essuya du sang qui coulait de sa bouche. L'un des loups lui était rentrée dans la tête, et elle saignait à présent. Rien, ce n'était rien. Elle pouvait encore s'occuper du dernier. Sa vue n'était pas encore floue. Du moins, elle essayait de le croire. Ses mains tremblaient un peu, et elle sentait du sang couler de sa tête. Quelques griffures superficielles sur ses jambes et ses bras. Mais ce n'était rien. Elle avait encore assez de force. Oui... Le loup se jeta sur elle de toutes ses forces. Heureux réflexe, Sappho planta ses griffes dans son cou. Mais le choc et l'élan de l'animal la plaqua contre un arbre. Le souffle coupé, elle put tout de même constater que le barzul se vidait de son sang. Elle essaya de reprendre sa respiration, en poussant le corps sans vie de l'imposante bête. Elle toussa un peu et cracha quelques gouttes de sang. Elle ne voulait pas s'évanouir, pas maintenant. Elle se releva en s'appuyant sur l'arbre, puis se dirigea vers Lysias. Elle se dirigeait plus grâce à la pierre qu'à sa vue.


" Lyly... laisse moi te l'enlever maintenant... Avant que je ne le puisse plus... "

Elle serra les poings et découvrit le dos du nymphe. Elle effleura la glyphe. Faux amours, hein ? Ca allait donc se terminer comme ça ? Elle pouffa devant sa faiblesse. Mais elle ne dit rien, et plaça ses mains contre sa peau, attirant la pierre hors de son corps.

Que ressent-on, lorsque l'on sait que l'on va mourir ?
Anxiété ? Peur ? Angoisse ?
Maintenant, Sappho le sait : rien. Un calme plat.
Elle a déjà senti que des élémentalistes approchent. Quatre ou cinq, elle n'est pas sûre, et elle s'en fiche. Elle veut juste lui retirer cette pierre avant qu'ils n'arrivent. Elle voit déjà le caillou magique sortir de son corps sans trop de dommage. Ils sont assez loin d'Elament la Sombre pour ça. Elle les entend arriver, dans son dos, mais elle ne bouge pas. Il faut attendre que la pierre soit complètement sortie. Dernier murmure. Adieu.


" - Lysias... n'essaie pas de me sauver. Je ne mérite pas ta compassion. Toi... tu dois vivre...
- Lâche là, sale engeance démoniaque ! "


Elle sentit le choc. Mais elle ne s'attendait à ce qu'il soit si violent. C'était une sorte de massue en glace, hérissée de pics gelés. Le coup venait sur sa droite, et l'un des pics faillit lui perforer un rein. Au lieu de cela, il pénétra dans sa chair, ouvrant une plaie sanguinolente. Le coup la projeta comme un fétu de paille par terre à quelques mètres. Mais le plus important... était la pierre dans sa main. Elle en aspira les ténèbres dans un dernier effort. Et la pierre redevint un simple caillou inoffensif. Voilà. C'était fini. Maintenant, elle pouvait toujours jouer à la démone, une dernière fois. Ainsi, elle essaya de se relever, toutes griffes et dents dehors. Le sang coulait de sa blessure, et elle était pleine de boue. Mais qu'importe. Elle se releva, et essaya de se jeter sur l'aqua qui l'avait attaqué, les yeux en fente noirs.

Mais sa tentative échoua. Un autre élémentaliste arriva à ses côtés, et lui attrapa le cou et les mains. L'autre fit disparaitre son arme, s'approcha d'elle, et lui noua une corde rugueuse autour du cou, et avec une autre, attacha ses mains ensemble, sous les grognements de la succube. Alors c'était elle la prisonnière à présent ? Celui qui l'avait liée la regarda avec haine, et lui donna un coup de poing dans son visage. Sonnée, ses yeux retrouvèrent leur forme habituelle, et ses griffes se rétractèrent, lorsqu'elle tomba au sol. Elle sentit la corde tirer sur son cou, râpant sa peau. Sans autre choix, elle se releva péniblement sous cette force. Il tenait son cou et ses mains avec les cordes... Sappho eut la drôle d'impression d'être une marionnette. Mais elle ne pouvait pas casser ses fils. Si elle le faisait, elle devrait les tuer. Et si elle les tuait, Lysias ne pourrait pas les rejoindre... Alors, elle ignora son instinct qui lui sommait d'utiliser sa faux. Elle ne pouvait faire usage de ses ténèbres, car elle n'en avait plus la force. Si elle le faisait, ça ferait comme avant, avant qu'elle ne se contrôle.


" C'est bon, on a maitrisée cette bête là... Comment va l'élémentaliste ? "

Elle le détesta dès qu'il parla. Mais elle confina sa haine. Elle baissa la tête, et se laissa faire en suivant les cordes. S'en était fait d'elle alors. Et la bille ? Ah, elle l'avait toujours. Même si... maintenant, elle ne pourrait plus jamais l'admirer. Et Lysias ? Tant qu'il était sauf... tout sera bien.

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MessageDim 25 Avr 2010 - 18:18

La vie contre un serment.
Un serment contre une vie, c’est cher payé. Malgré tout, malgré son caractère de cochon, malgré son attitude de nymphe égocentrique, Lysias n’aime pas l’idée que Sappho puis mourir, sous la simple volonté d’un autre. Que ça vienne d’un roi, haut Roi, bas roi, ou n’importe qui d’autre. Il n’aimerait pas que Sappho meurt, comme Caliel comme Tellana. Ou les autres élémentiens qu’elle a embrochés de sa faux. Depuis quand s’en fait-il pour elle ? Elle, la tueuse de son clan. Lysias hausse des épaules et n’y répond pas ; il ne sait pas.
Il ne sait pas depuis quand il s’inquiète pour un autre de manière spontanée.

S’inquiéter pour un autre, c’est étranger pour lui. Il n’y a jamais vraiment songé.
Pourtant, ce qu’il ne veut pas, c’est que Sappho disparaisse. Même s’ils ne sont pas voués à se recroiser de sitôt. Au moins, son fort, c’est que le nymphe a toujours su ce qu’il ne voulait pas. C’est étrange. Cette impression, qu’après cette journée, ils ne se verront plus. Qu’il ne se sentira pas contraint, ou obligé de rentrer rejoindre la chambre aux froufrous. De rentrer retrouver une certaine Faux. A force de jurer des choses, ils sont rentrés dans un jeu auquel Lysias s’est piégé tout seul. C’est vrai, ils ont dû trop jurer.
Pourtant, il ne s’en souvient pas.

-… Si on n’a pas tenu nos promesses, il est encore temps de les tenir…

Non ?
Pour une fois, Lysias cesse d’affirmer avec assurance ce qu’il croit savoir. Ce qu’il croit être sûr, parce que c’est lui qui le dit. C’est un doute, c’est une incertitude, et c’est surtout …fragile. Il aimerait bien avoir une réponse claire. Avoir quelque chose de certain à répondre ; mais ce n’est pas le cas. La seule chose qui semble être saisissable, c’est leur volonté commune de vivre. On n’a jamais autant croqué la vie à pleine dent.

-Et je ferai en sorte que tu n’aies pas fait tout ça pour rien. T’as cru que j’allais mourir, moi ? Tu rêves ! rétorque farouchement le nymphe, reprenant ses grands airs.

Le voilà libre, libre d’utiliser son élément à bon ou à mauvais escient, mais oui, libre, il l’est désormais. Son poignet n’est plus entouré que par les ténèbres inoffensives de la démone. Il la regarde faire, mais c’est une sensation bizarre que les sentir se tortiller sous les ordres de la faux. Elles semblent comme capricieuses. Ou est-ce juste une impression. Mais… ? Quoi-quoi. Elle ne peut pas le lui enlever ? Ah si, voilà. Elle est toute noire sa bille de ténèbres. Lysias ne remarque rien d’autre.

-Je sais juste que c’est ta voix, c’est tout.

A-t-elle tenu sa promesse.
Lysias n’a pas besoin de répondre à sa question, parce qu’il sait, sans même prendre le temps de réfléchir, qu’elle a plus que tenu sa promesse. Sappho a été au-delà. Le nymphe a alors simplement sourit.

-Idiote. C’est moi qui t’ai sauvé la vie, va.

Etrange chose qu’il loge dans son dos, et qui lie autant les deux acteurs. Aussi différents soient-ils.
Les nuits, les jours qui ont aliéné Lysias dans la douleur, la démone l’a aussi senti. Aura-t-elle aussi perçu toute la rancœur qu’il a eue à son encontre ? Toutes les fois où il l’a haït à défaut d’en vouloir à la pierre. Maintenant, l’aera se sent sot.


TRAHISONS ET DOULEURS PARTAGEES
A mesure qu’il s’enfonce dans la forêt, Lysias non plus ne se sent pas tranquille, même si chacun de ses pas l’éloigne un peu plus de la cité. A chaque bruissement entre les branches, à chaque frémissement des feuilles contre d’autres feuilles, il se ressaisit, tendu. La lisière donne l’impression d’être vivante, de partout. Au moins, sait-il qu’il n’est pas en train de se faire un petit trip paranoïaque, puisque Sappho aussi confirme la chose. Et brusquement, un craquement bien distinct résonne non loin d’eux. Lysias sursaute et se retourne en même temps que la démone, les sens en alerte.

Là bas, juste là bas, une ombre sombre passe et disparait… pour laisser voir plusieurs billes jaunes brillant vers leur direction. Là, Lysias sent son pouls s’agiter follement contre ses tempes, parce que ce sont des bêtes dont il connait la férocité. Des bêtes qui vivent et chassent en meute, de nuit. Alors que font-ils ici et maitnenant ? Le nymphe sent l’adrénaline parcourir ses mouvements furtifs pour se rapprocher de Sappho. Un barzul, c’est fort. En groupe, la lutte est inespérée. C’est alors que Sappho, au dernier moment, l’agrippe par le bras et se met à courir. Tous deux s’engagent alors, dans une course poursuite hors d’haleine. Dans une course ou le seul enjeu et maigre espoir de vivre, était de courir.

A un moment, Lysias sentit Sappho lâcher prise.

-Crétine ! De toute façon tu n’arriveras pas à les arrêter toute seule !

Il fait demi-tour pour la rejoindre, et pour la trainer par la peau des fesses s’il le faut. A-t-elle perdu l’esprit ? C’est alors que la première bête se jeta sur elle. Oui, elle avait perdu l’esprit. Qu’espérait-elle, elle et sa taille de demi-portion. A être générale des ténèbres, elle avait sûrement perdu qui elle était. Lysias jure et soudain résonne la voix de la faux dans sa tête. Un hurlement incompréhensible, mais dont l’ampleur assourdi celui qui l’entend. La seule échappatoire, contre une horde de loup comme tel, c’est de grimper en hauteur. Sur un gros arbre. Mais ils n’ont pas le temps. Ils n’ont le temps de rien.

Cours idiote. Cours au lieu de t’inquiéter pour moi.
-
[Première nuit d’un fugitif.]
-Faux ! Faux !

Un cri déchire les airs.
Quand Lysias se réveille en sursaut, ses membres sont parcourus par des tremblements nerveux. A son dos, une douleur cuisante, comme si on avait comprimé ses muscles. Il a l’impression de s’être effondré après une course sans précédent.

-Reste tranquille, mon garçon. Tu es en de bonnes mains.
-Où est-elle !


Il se lève d’un sursaut, gagné par un vertige qui le fait tituber. Des mains puissantes l’obligent à se rassoir.

-La faux !
-Calme toi, il n’y a plus de faux, ne t’en fais pas.


Il a dû être traumatisé par une arme démoniaque. Pauvre gamin.

-Comment ça, il n’y a plus de faux ? Laissez-moi tranquille ! Mais lâche-moi, toi ! Lysias se débat pour qu’on cesse de lui apporter des soins. Un tiraillement violent entre ses épaules le fait grimacer.

On a gravé des choses à son dos. On l’a vu, tout à l’heure. Et au toucher, nulle ne doute que ça provient d’un sale démon. Pauvre gamin…

Où est Faux.
Sappho. Lysias sent ses poumons se comprimer douloureusement. Il les bouscule, sort.
Là où il est, est une sorte de grotte dans un rocher. Le bruit des vagues qui s’échouent sur la plage, et l’obscurité de la nuit. N’y a-t-il plus de Faux du tout ? Lysias n’y croit pas. On l’a laissé sortir. On peut bien faire ça pour lui, après tout, la vie parmi les démons ne doit pas l’avoir rafraichi des masses, à ce gosse. Laissons-le un peu.

Lysias s’est adossé sur le roche-refuge. A quelques mètres, brûle un feu de camp, un élémentien accroupi dessus. Quelque part dans les parchemins empilés dans l’antichambre de la faux, trahissent les pensées d’un prisonnier.
« … Je m’étais souvent dit que quand je m’en irais, Faux poursuivrait son chemin, puis moi le mien. Que nos chemins se séparaient enfin ici, pour une nouvelle vie. » Seulement, ce n’est pas comme ça que ça se passe.
L’impression d’étouffer par un poids qui lentement, écrase ses épaules. Lysias déglutit.

-Hé petit ? Tu as perdu quelque chose ?

L’igni l’invite à s’assoir, tout en alimentant le feu, qui lui donne un air dément. Lysias, silencieusement, le rejoint, lèvres pincées.

-Tu sais, jadis, moi aussi j’ai fais un retour à la lumière, après un séjour chez les démons.

Haussement des épaules du nymphe, des épaules qui paraissent soudain frêles et dénudées.

-Je ne m’en suis jamais remis.

Le feu danse joyeusement, narguant les nerfs de ceux qui ne partagent pas la même humeur. Le regard de Lysias se perd dans cet amas mouvant, de rouge et jaune dangereusement flamboyant. Sappho, si tu sais où je suis, pourquoi moi, je ne le sais pas ? Et si tu sais où je suis, tu n’as qu’à venir me retrouver quand je te cherche.

L’igni, attelé près du feu, conte son histoire, qui ne parvient pas aux oreilles du nymphe, malgré toute la bonne volonté. Alors au bout d’un moment, le silence est revenu, et Lysias a simplement demandé.

-Et la démone… ?

L’élémentien s’est tourné un instant vers lui, puis, haussant des épaules, il a désigné une direction, du menton. Là bas, vers la forêt. L’aera aux cheveux rouge sang ne se l’est pas fait dire deux fois.

-Tu t’en charges ? a demandé l’igni, le visage renfermé. Il s’est ensuite levé, sans attendre de réponse pour rentrer dans la grotte.

Le gamin a le droit de revanche sur cette destructrice.

-Oui… je veux m’en occuper. Murmures.
La vérité, c’est que nous sommes des idiots.



« S’enfoncent mes pas dans le sable doux, et s’accélère mon rythme à mesure que je me rapproche.
J’ai peur de voir dans quel état je vais la retrouver.
Au final, nous sommes tous pareils. »


-Sappho …?

Les bois dissimulent leurs deux silhouettes, tandis que Lysias se penche sur un corps fraîchement torturé. Blessé. Il a détaché les liens qui la retiennent contre le vieux tronc, a tenté de la faire revenir à la conscience. Le sang de la démone s’échappe en plusieurs filaments, du coin de ses lèvres.
Il serre contre lui, celle qui s’est encore sacrifiée pour le faire vivre.
C’est une idiote.

-Faux, il faut que tu fasses un dernier effort, murmure-t-il, enserrant ce corps maltraité contre lui. -Juste un dernier.

Quand Lysias lui prend la main, une bille s’échappe d’entre ses doigts. Il la ramasse et essuie de nouveau une autre plaie, sur l’épaule. Les bazuls. Il ne peut leur en vouloir, mais aux siens, si. Car au final, ils sont tous traitres dans l’histoire, ne faisant que prolonger une haine en la transmettant de génération en génération. Et la chaleur dont il lui a parlé, est ce que tout n’est que mensonge ?
Illusions, désillusions. Portant la Faux dans ses bras, il s’enfonce dans la forêt noire.

-Sappho, si tu ne vis, pas, tu romps notre plus grande promesse. chuchote-t-il encore, le cœur comprimé. -Si je suis le seul à survivre, qui va pouvoir me rappeler, qu’un jour, il y a eu une promesse ?

Elle brise la première qu’un nymphe a su clamer haut et fort.

-Tes ténèbres, je les sens encore. Tu peux encore former la porte que tu utilises d’habitude. Tu dois le faire, Faux.

T’es obligée de le faire.
En plus, il y a trop de choses que le nymphe a oublié de lui demander. Elle n’a pas le droit de fuir maintenant. Lysias ne veut pas lui donner la liberté de choisir de mourir pour lui.
Il ne le mérite pas.

-Allez, dépêche-toi ! Ta porte !

Lysias serre autant Sappho que sa mâchoire se crispe.
Et dans les ténèbres, il plongera.

Tant qu’il le faut.

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MessageLun 26 Avr 2010 - 19:24

Idiote.
Les coups pleuvent et se ressemblent. Leurs poings, leurs pieds se jettent sur elle, avides de sa souffrance, avides de vengeance. La terre dure ne lui offre aucun répit, tout l'univers semble douloureux. Ils l'ont trainée jusqu'à un arbre. L'ont attachée, et ont commencé à la frapper. Elle entendait des questions, mais ils n'attendaient pas de réponses de sa part. Ils voulaient juste se venger.

Crétine.
Et elle subit ça, sans broncher. Quand un tortionnaire lui écrase la main, elle hurle de douleur, mais ne réplique pas. Quand elle sent une côte se fêler, elle grogne, mais ne se débat pas. Elle les hait de toute son âme. Mais elle enferme ce sentiment au fin fond de son être. Car tout ce qu'ils font est ce qui doit arriver. Elle veut que Lysias vive libre loin du Palais. Alors, il doit rester ici. Et elle, elle doit mourir ici.

Imbécile.
Ils l'ont laissée là, sans souffle, contre l'arbre. La douleur lui monte à la tête. Elle sombre bien vite dans un sommeil sans réconfort. Elle ferme les yeux et voit simplement des démons qui l'insultent et qui se rient d'elle. Elle voit Iblîs qui se détourne, Alouqua qui part, Seth qui disparait. Lysias... qui reste là. Sans rien faire. Elle n'attend pas qu'il vienne la sauver. Il ne doit pas venir la sauver. Et il ne le ferait pas... Non, il préfère vivre. Elle n'attend pas de remerciements. Elle veut juste qu'il vive... Juste ça.

Quand vont-ils venir l'achever ? A moins qu'ils ne la laissent là pour qu'elle se fasse manger par des bêtes ? Avant que cela n'arrive, elle se fera sûrement dévorer par ses ténèbres. Elle sent qu'elle perd le contrôle sur sa magie. Au fur et à mesure que ses forces l'abandonnent, les ténèbres la submergent. Bientôt, elles prendront son cœur. C'est sûrement une mort préférable à une autre, douloureuse. Alors, elle se laisse faire.

Venez, mes ténèbres...
Moi qui ai usé de vos sorts, je mérite de retourner dans vos entrailles.
Venez, enfants de la Nuit.
N'ayez craintes, je vous laisserais me prendre...

Citation :
-Sappho …?
Qui ? Non, moi je suis les Ténèbres Profondes. Je ne suis plus celle-là. Je suis partie intégrante de la Noirceur. Il est trop tard. Mes yeux sont clos. Mon âme n'est déjà plus dans ce corps. Je suis les Ténèbres.
Citation :
-Faux, il faut que tu fasses un dernier effort, Juste un dernier.
Faux. Qui ? Sappho. Qui ? Je ne suis plus sur le sol froid et dur. Effort... Pourquoi ? Ne suis-je déjà pas assez blessée ? Non, je suis les Ténèbres. Pas de blessures, pas de morts. Je ne reviendrai pas.
Citation :
-Sappho, si tu ne vis, pas, tu romps notre plus grande promesse. Si je suis le seul à survivre, qui va pouvoir me rappeler, qu’un jour, il y a eu une promesse ?
Promesse raisonne dans mon âme déjà noire. Promesse... Des mots mélodieux. Un air de déjà-vu. Ou un Air tout court. Promesse, en ai-je déjà faite une ? Des mots lointains surgissent. Toujours... Je suis ...
Citation :
-Tes ténèbres, je les sens encore. Tu peux encore former la porte que tu utilises d’habitude. Tu dois le faire, Faux.
Ténèbres, Faux, Porte... Qu'est-ce donc que tout cela ? Cette voix perce mon obscurité. Un faisceau de lumière ou une brise légère éloigne la Nuit. L'Air circule autour de moi. Autour de mes Ténèbres. C'est comme... deux éléments qui dansent ensemble. En harmonie. Et cette chaleur... Ce souffle brûlant qui parcourt son corps, n'est-ce pas... un mot ? Comment appelle-t-on ça, déjà ? Chaleureux ? Oui, c'était ce mot. C'était cette sensation. Comment les Ténèbres peuvent ressentir les sensations ? Je suis...
Citation :
-Allez, dépêche-toi ! Ta porte !
... Sappho.
Mes yeux s'entrouvrent. La douleur à nouveau me prend. Et mon bras gauche enserre ma taille, d'où coule toujours du sang, rouge sombre, parfois presque noir. Mais elle n'en a cure. La seule chose qui emporte, c'est ce qu'elle voit. Des yeux verts. Des cheveux flamboyants. Lysias. Il est là, alors ? Elle n'ose même pas se demander le pourquoi du comment du quand et du où. Juste importe qu'il soit là. Devant elle. Il a un air inquiet et triste qu'elle ne lui connait pas. Elle ne sait pas ce qui l'inquiète. Elle a du mal à sortir de l'obscurité de sa presque mort. Alors elle lève lentement sa main droite, dont elle sent qu'un doigt répond douloureusement à sa demande, et la pose sur sa joue. Il est bien là, en chair et en os. Elle n'est plus près du camp. Elle ne sent pas des élémentalistes proches. Elle sent juste son Air, mais bizarrement, ça ne la dérange plus. Elle a l'impression que... son élément est aussi doux et agréable que ses ténèbres.

Elle veut dire quelque chose. Elle aimerait répondre à sa demande, mais elle ne pense pas pouvoir le faire sans devoir en subir les conséquences. Elle risque encore de perdre le contrôle. Et s'ils sont dans le Portail à ce moment ? Bloqués... Elle ne veut pas. Elle ne veut pas qu'il plonge dans des ténèbres instables et qu'il perde la vie. Elle a un sourire vague, et ses yeux restent plissés, à peine ouverts.


" Je t'avais dit... de ne pas venir me chercher... Tu ne m'a jamais écoutée, Lyly... "

Elle préfère qu'il reste ici. Mais son inquiétude la transperce de part en part. Il ne veut pas non plus qu'elle disparaisse. Alors elle n'aura pas le choix. Elle sent que dans sa main, il tient les ténèbres et l'Air cristallisés. Des ténèbres déjà modelées... Et qui connaissent Lysias. Inoffensives. Elle peut essayer. Elle le doit. Cette chaleur et ces yeux qui la fixent l'obligent à agir ainsi. Elle soupire, et ferme les yeux. La bille noire force faiblement le passage, et s'élève devant Sappho. La succube invoque ce qu'elle peut de ténèbres. Sous les pieds de Lysias, des filaments sombres sortent de la terre et pointent vers la sphère noire. Ladite sphère émet une douce lumière bleue, et surtout un son. Un sifflement mélodieux. Celui de son Air à lui. Le sifflement s'intensifie, tandis que les ténèbres de plus en plus nombreuses commencent à former un portail autour de Lysias. Les élémentalistes, attirés par le bruit, accourent vers eux.

Sappho remonte sa main droite jusque dans le cou du nymphe, et s'y cramponne, amenant son visage en face du sien, avec le peu de force qui lui reste. Elle le regarde dans les yeux. Les siens sont noirs ou d'un violet sombre. Son mince sourire est là. Il est triste. Les ténèbres, attirés par la bille, les entourent, les enlacent et les effleurent. Sans le blesser. Des ténèbres comme elle les sent. Douces et agréables. Son sourire grandit un peu lorsque des élémentalistes arrivent derrière.


" Désires-tu les ténèbres ? ... Mais n'ai crainte, Lysias, celles-ci ne te feront rien... Alors laisse toi faire. "

Elle dépose son ultime baiser sur ses lèvres parfaites, avant de sombrer à nouveau dans un état de semi-conscience, contre son épaule. Les ténèbres les font disparaitre dans un noir complet. Plus de Sappho, plus de Lysias. Ils avancent dans le noir total. Sappho sait où elle va. Elle n'a nulle par ailleurs où aller. Il n'y a qu'un endroit où elle peut retourner sans craindre de créer des soupçons. Dans ses quartiers alors.

Chez elle ... La bille tombe dans sa main. Elle la sait, et renferme les ténèbres à l'intérieur. Elle se retrouve dans son lit, à fixer vaguement le plafond. Puis, à plonger son regard dans les yeux émeraudes de Lysias. Il va bien... Il est encore là. Sa porte de ténèbres aussi. Sappho n'arrive pas à la fermer totalement. Elle pense qu'elle emmène dans la forêt. Probablement. Mais rien n'est sûr dans ce monde flou. Sappho tousse encore du sang. Elle respire au moins, et elle sent la vie couler encore dans ses veines. Elle peut guérir seule. Sans les ténèbres. Elle n'en aura pas besoin, il n'y aura pas de concession supplémentaire à ses sortilèges. Elle tend alors la sphère à celui qui a su toucher et comprendre son cœur de ténèbres.

" Garde ça... C'est pour toi. Après tout, c'est ton Air qui est dedans, et il faut bien que tu te réconcilies avec non ? ... " Elle essaie de rire un peu, mais porte sa main à son thorax. Un peu douloureux, le rire. " Lysias... tu veux bien me faire une nouvelle promesse avant de partir, dis ? "

Elle pense qu'elle va bientôt s'évanouir. Alors, elle n'attend pas sa réponse. Elle enchaîne, avant de fermer les yeux. Elle ne se fait pas d'illusions. Il va partir. Elle ne veut pas le croire, mais elle sait qu'il va partir, au fond d'elle-même, c'est ce qu'elle veut pour lui.


" Promet moi... de me retrouver un jour, lorsque tu pourras déloger ton Air de mes ténèbres et lorsque... " Un peu de sang coule de sa bouche, c'est d'un désagréable... " .... tu pourras déchiffrer ce que j'ai inscris dans ton dos... D'accord ? "

Là encore, elle compte bien finir de dire ce qu'elle veut. Elle tend le bras vers la porte, encore partiellement ouverte.


" Tu devrais partir... La porte te mènera à l'extérieur, sans douleurs... Lysias, tu m'oublieras pas cette fois, pas vrai ? "

Elle aurait bien aimé dire encore plein d'autres choses maintenant. Mais elle a du mal à rester consciente. Elle sent qu'elle sombre dans un sommeil salvateur. Ses yeux se ferment et sa respiration ralentie encore. Elle dort profondément. Elle doit guérir et se reposer. Mais c'était surtout la douleur qui l'avait achevée : si forte et si répandue dans son petit corps, qu'elle domine tout. Pour finalement l'obliger à quitter Lyly plus tôt qu'elle ne le voudrait. Mais elle dort.

Dort mon enfant, fille de la Nuit.

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MessageSam 15 Mai 2010 - 18:04

[Faux]" Je t'avais dit... de ne pas venir me chercher... Tu ne m'a jamais écoutée, Lyly... "

Et si je t’avais abandonnée là. Et si je l’avais vraiment fait.
Nous serions nous retrouvés, un jour, quelque part dans les ténèbres profondes. Je ne suis pas un démon. Et je ne désire pas les ténèbres. Faut-il mourir maintenant ? Le faut-il réellement, après tous les efforts qu’ils ont fait, que Saphho a faits pour lui. Pour elle. Pour eux. A un moment, -Lysias ne se rappelle plus exactement où et quand-, il a pensé que puisse une suite y avoir. Que puissent leurs chemins continuer… et qui sait, si un jour, ce sont deux voies qui se croiseront de nouveau. Mais si la succube lâche si facilement ; si elle se laisse mourir... que vaut une subtile pensée d’un nymphe qui ne pense qu’à lui. Et pendant qu’une étrange nouvelle sensation l’envahit, quelque part, le paysage se grisaille et résonne une voix autour de lui. Désires-tu les ténèbres.
Les désires-tu.


[Retour aux Quartiers Faux]

Le gout des lèvres à Sappho… elles sont mêlées de sang.
De souffrance. C’est le monde de la démone, mais même dans sa douleur, c’est un univers qui reste hostile à son propre peuple. Le nymphe dépose un corps blessé sur le lit. Frêle, fragile, légère, ce n’est pas l’image qu’il a connu de Sappho. En la regardant, il ne peut que se rappeler ô combien leur clans sont hostiles les un envers les autres. Ils n’y peuvent rien, c’est vrai. Ils ne peuvent rien à la haine engendrée et entretenue depuis des centaines de générations, des milliers de confrontations sans jamais d’issues. Lysias se dit qu’il ne sait pas pourquoi il faut vivre dans un tel monde. Pourquoi cette violence gratuite doit être. Et alors qu’il tente précautionneusement de passer un tissu mouillé sur les plaies béantes de la succube, un sentiment de lourdeur l’envahit. Personne ne devrait avoir le droit de se donner autant de mal pour une cause perdue. Si cette hostilité existe depuis toujours, qui est Sappho pour vouloir outrepasser la mémoire des siens. Imbibée d’eau et de sang, la compresse ne cesse de rougir encore et encore, pendant que Lysias répète machinalement les gestes.

Pas une fois, la succube n’ouvrira l’œil, ni ne prendra connaissance.
Elle s’est profondément assoupie avant même que Lysias ne daigne répondre à ses questions. Saphho connaissait-elle déjà sa réponse …? Et la porte des ténèbres est encore là, juste à quelques pas de là, attendant que son passager traverse la dimension avant de se refermer. Pourtant, le nymphe fait mine de ne pas la remarquer. Car il sait pertinemment que c’est un voyage à sens unique qu’il fera, lorsqu’il passera cette frontière là. Un voyage où il ne devra ni ne pourra retourner sur ses pas.

Se reverront-ils. C’est probablement une négation qu’il y a au bout de la clef. Et s’ils se revoient, en quels termes se feront-ils face. Lysias n’a nulle envie de faire de Sappho, un ennemi. Elle est son ennemie naturelle mais il aimerait que non. Entre ses doigts, joue la petite bille sombre qu’un filament bleu traverse, comme emprisonné à l’intérieur. En fin de compte, sa réponse à lui n’a pas changé : il ne préfère pas la revoir si c’est en confrontation qu’il doit l’avoir.

Des heures, un jour, puis une demi-journée passent encore. Les blessures de la démone sont encore fraîches mais arrêtent de saigner à tout va. Et Lysias aimerait bien voir un semblant de conscience apparaître quand même, patient comme il est. Le nymphe se lève pour la énième fois, laisse échapper la bille au sol par mégarde. Dans l’obscurité de la pièce, il l’écrase, émet un grognement mécontent par la surprise engendrée. Reculant par réflexe, Lysias se sent soudain aspiré en arrière, ô sensation de chute, sans jamais rencontrer de surface où atterrir. La porte, non, la porte !

C’est tellement trop tôt. Pas la porte, pas encore. Dans cet espace-temps de silence, le nymphe s’affole, cherchant à se raccrocher sur ce qui tomberait à ses mains, et lorsqu’il atterrit violemment par terre, il réalise qu’il est déjà dans la forêt. Un vieux sentiment oppressant l’envahit soudain, et il se mordille la lèvre un moment, se redressant lentement. Brusque remord, brusque sentiment de ne pas avoir accompli une tâche jusqu’au bout. Sentiment de surprise mêlée à un flot de choses qui font mal, quelque part, au creux de la poitrine. Le minuscule orbe de pouvoir est resté chez la Faux. C’est une promesse compromise… lorsqu’il parviendrait à extirper l’air des ténèbres, lorsqu’il y parviendrait…
Mais il ne le saura jamais.
Plissant les yeux, tel qu’il le fait en étant contrarié, Lysias se détourne brusquement, et s’enfonce dans la pénombre dans la forêt. La seule chose qu’il pourrait promettre c’est de conserver leurs jours passés intactes. Juste ça. Et alors que ses pas s’étirent, s’accélèrent et caressent à peine le sol tant il semble voler au dessus, le nymphe se perd dans une course qui n’a de destination… que le pure hasard.

[End]

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Illusion | Désillusion
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Artefact en possession: *Dÿa Meÿe't Feirk", ou le Souffle de Meÿe*
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