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 ~ Là où dort le roi d'ébène ~

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Iblîs Nemrodus
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MessageJeu 19 Mar 2009 - 0:14

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DeviantArt ~ Cave by *eWKn




Là où s'ancre la pierre et où finit le rêve,
Maman, Maman, le Roi d'Ebène m'a fait mal !
~ D'après "Der Erlkönig" de Goethe ~


Il est bien des lieux étranges, enfants, particulièrement autour d'une Cité où la magie vit encore. L'un des plus mystérieux, des plus étranges, demeure ce dédale qu'on nomme les Grottes de Finduilas Sûrion. Leurs gueules béantes, ouvertes dans la pierre au nord d'Elament, donnent sur un enfilage de couloirs sans fin. Leurs origines remontent loin au delà de la mémoire des hommes. Qui créa ce labyrinthe dément de galeries et de salles silencieuses? La nature seule, ou la main de peuples de jadis? On dit que des ruines souterraines demeurent ici et là, au gré des galeries ...

Peut-être en effet, durant les siècles passées, des lumières ont-elles brillé dans les cités troglodytes de Sûrion. Mais des bâtisseurs qui jadis habitèrent les grottes, il ne reste que des souvenirs perdus. Désormais, les grottes sont froides et silencieuses, et nulle clarté n'émane des couloirs de granit. Ses seuls habitants sont des animaux dans les niveaux supérieurs, ou des créatures plus étranges, grouillant dans les ténèbres des profondeurs.

Bien des aventuriers, démons ou non, se sont risqués dans les grottes. A la recherche de richesses, de connaissances, ou parce qu'ils n'avaient pas le choix. Toujours plus loin ils allèrent. Toujours plus bas. Le long des galeries hantées de créatures étranges, des étages inondés par la mer, des salles pleines d'échos, trop titanesques pour avoir été faites de mains de mortels ... Certains y trouvèrent les richesses qu'ils convoitaient et en ressortirent vivants. D'autres n'y rencontrèrent que la mort, par la griffe ou la chute. D'autres enfin, s'y perdirent et leurs âmes errent sans doute encore dans le labyrinthe des galeries.

Mais aucun, dit-on, ne parvint au fond des Grottes. Nombreux furent ceux qui le crurent, mais celles-ci sont trop vastes, et toujours, quand vous croyez avoir touché l'extrême fond, d'autres galeries mènent plus profond, à travers le sol, ou sous la mer. Mais les grottes sont suffisamment immenses pour offrir des découvertes sans fin, ou un refuge très sûr.

* * *


C'était exactement la pensée du visiteur qui venait d'y pénétrer.

Il venait de quitter la lumière du soleil avec soulagement. A la différence des vampires, elle n'était pas un risque pour sa vie. Mais elle le brûlait en permanence, affaiblissant ses pouvoirs, inondant son esprit de visions éblouissantes et douloureuses. Avec le temps, il avait appris à agir de jour comme de nuit, mais c'était toujours avec un bien-être extrême qu'il s'enfonçait sous terre, dans la fraîcheur et l'obscurité. Là était sa vraie place, le seul monde qui lui convînt, songeait-il en écoutant la rumeur des grottes.

Bienvenue, semblaient chuchoter les mille voix du vent qui montait des cavernes. Bienvenue, citoyen de la nuit ~ bienvenue à toi, maître et serviteur de l'ombre ~ dans ce qui est ton empire et ta prison ~ frère d'encre et de silence ~ bienvenue, Iblîs ...

"Ne pouvez-vous jamais vous taire?" gronda le démon.

Car en vérité, les chuchotements dans l'Ombre n'étaient pas que le vent. Les Ombrals, prédateurs de ténèbres, dévorant et pourtant éternellement dévorés, pauvres lambeaux d'âmes rongés par la nuit. Ils étaient nombreux aux grottes de Sûrion. C'était l'une de leurs demeures, où ils se réfugiaient quand le soleil meurtrier inondait le monde, attendant le soir pour retourner hanter la forêt Darke. Leurs formes sombres entouraient le démon, fascinés par l'aura de ténèbres qui en émanait. Murmurant leurs mots sans suite, ils le suivirent, s'enfonçant avec lui dans le dédale.

Pendant plusieurs heures, ils marchèrent le long des galeries, toujours plus bas. Ce ne fut qu'en arrivant au niveau de la mer, là où les grottes commençaient à être inondés, qu'Iblîs s'autorisa une pause. Appuyé contre le mur, il scruta les ténèbres.

Pas encore assez profond.

Tout son corps, pourtant, hurlait la fatigue. Depuis son réveil à la forêt Darke, il savait que quelque chose n'allait pas. Un instant, la mâchoire du démon se crispa, pendant qu'il évoquait les évènements de ses dernières semaines - les plus intenses de sa longue vie.

* * *


La Bataille d'Elament ... s'était terminée sur la défaite des Démons. Ainsi s'était couronnée l'œuvre à laquelle Iblîs s'était livré jusqu'alors, celle pour laquelle il était apparu dans l'histoire d'Elament. Aider à dresser contre l'indestructible Cité une force aussi grande que possible, non dans l'espoir de vaincre, mais de préparer la scène pour le seul évènement qui lui importait. Le duel mortel entre Apharez et Layna Timerta. Ces deux pièces étaient des obstacles pour ses projets, mais l'une et l'autre dépassaient sa puissance. Plusieurs décennies auparavant, observant l'ascension de la plus puissante Succube qu'il aie jamais connue, Iblîs avait commencé à tisser ses plans.

D'abord secrètement, puis en se révélant au grand jour, il avait servi loyalement Apharez Sycan. Les quelques mois où il était apparu à Elament n'avait été que la dernière partie de cette époque. Pendant des années, il l'avait aidée de toutes ses forces à réaliser son rêve, tous deux sachant très bien qu'il œuvrait à son propre intérêt d'abord. Apharez n'était pas dupe, et peut-être s'était elle douté tout du long des intentions de son conseiller. Savait-elle comment tout finirait? Elle avait emporté ce secret dans la tombe, mais qu'elle l'ait su ou non, cela ne l'avait pas arrêtée. Le désir de cette démone était plus fort que tout le reste, plus ardent que tous les feux de l'Enfer : attaquer la Cité, liguer les démons contre Elament, se confronter à sa directrice, l'héritière des Dieux ...

Quand les deux reines disparurent ensemble devant les Portes d'Elament, s'évanouissant en un second soleil, ce plan arriva à son apogée. Au Square Xéna, alors que tous, tous camps confondus, contemplaient cette lumière surnaturelle, ébahis ou en larmes ... Iblîs, en plein combat avec Métatron Aurion, avait fermé les yeux. Cette partie, il l'avait gagnée, gagnée sans que nul ne sache même qu'il était en lice. La Bataille venait de se terminer au mieux : les deux camps venaient de perdre, avec un maximum de pertes des deux côtés, notamment grâce à Ruby, qu'il avait soigneusement aidée à se tirer d'affaire, quelques semaines plutôt.

Et un rictus de triomphe avait hideusement déformé son visage ... Quand le Professeur de la Terre et tous ses élèves se ruèrent sur les démons, Iblîs n'opposa plus de résistance. Il laissa ses troupes se faire massacrer, les lames de Métatron empaler son torse, l'armée Démoniaque refluer en désordre, et s'en fut, extérieurement vaincu à plate couture. Pourtant, son sourire demeurait, car la victoire qu'il cherchait était déjà sienne ...

Et de retour à la Caverne Démoniaque, seul dans l'immense salle, il s'était assis à son tour dans le Trône Démoniaque. En tant que nouveau Haut-Roi, il avait demandé à l'antique Trône d'utiliser ses pouvoirs pour le détruire, pour annihiler définitivement sa conscience. Ce fut son premier et dernier mot de sa très courte carrière de Haut-Roi. L'entité qui habitait le Trône avait ri, de son rire éternel et inhumain, en entendant ce désir, mais selon la loi des rois, le lui avait accordé. Et son rire fut le dernier son qu'entendit Iblîs, tandis que son ultime désir se réalisait, que son corps brûlait et partait en poussière, lui donnant enfin ce qui lui avait été toujours refusé : mourir. Fin.

Car l'histoire ... aurait dû finir là.

* * *


"L'HISTOIRE AURAIT DU FINIR LA !!!"

Le hurlement de rage d'Iblîs résonna longtemps dans les Grottes, tandis que les ténèbres rugissaient, lacérant les murs, terrorisant les Ombrals eux-mêmes. L'obscurité toute entière semblait parcourue d'une rage brûlante, la colère d'un démon qui pensait ne plus jamais ressentir ce sentiment.

Alors qu'il n'aurait dû ne plus jamais se réveiller ... une fois de plus, la Nuit aveugle l'avait vomi sur le monde. Il avait repris conscience dans l'étang de la Forêt Darke. Il avait compris peu après avoir quitté Raziel. Le Trône l'avait magistralement roulé. Il avait lu en Iblîs aussi facilement qu'en tous ceux qui l'avaient précédé, aussi facilement qu'il la lirait plus tard en Khisath. Et il savait d'autres choses, que le démon noir lui-même ignorait.

Même le Trône ne pouvait détruire la nuit, et il le savait parfaitement. Voilà le pourquoi de son rire, en voyant le Haut-Roi croire avoir atteint son but. Il se délectait d'avance, avec sadisme, de la frustration d'Iblîs en revenant une fois de plus. Depuis le début, tout avait été inutile. Le Noir ne pouvait pas se suicider, il reviendrait encore et encore - car seule la magie des dieux pouvait le détruire. Or, pièce ultime du puzzle, il les détestait trop pour chercher à se laisser tuer de cette façon. Tant qu'un brave champion des éléments ne l'aurait pas vaincu de force, de gré ou de force, il était un Démon et devrait agir comme un Démon. Tous ses efforts seraient inutiles, et son désespoir grandirait. Il pensait tous ses plans de manipulation réussis, pensait avoir été plus intelligent que tous, et dans un certain sens, remporté la partie ...

Pour découvrir que le lot qu'il convoitait ne lui servait à rien.

A présent, le Trône en jubilait probablement encore, et dans les Grottes de Sûrion, Iblîs hurlait, hurlait sa rage!

* * *


Dernière édition par Iblîs Nemrodus le Jeu 19 Mar 2009 - 0:44, édité 8 fois
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MessageJeu 19 Mar 2009 - 0:17

* * *


Plus tard, beaucoup plus bas dans les grottes ...


Il descendait toujours. Galerie après galerie, marche après marche. Autour de lui, des petites étincelles de sorcellerie orbitaient dans l'air, fournissant une lumière tout juste suffisante pour distinguer ce qui l'entourait. Galeries à franchir en rampant, avens où une cathédrale entière pourrait tenir à l'aise, lacs souterrains lisses et silencieux, gouffres béants, stalactites ayant grandi des siècles sans un rayon de lumière ... sans leur jeter un regard il continuait. Pas après pas. Plus aucun bruit ne se faisait entendre - à cette profondeur, nulle vie ne désirait rester longtemps. Aussi seuls murmuraient les Ombrals à peine visibles, tournoyant silencieusement autour de lui. Passait le sorcier, silhouette noire sous les voûtes des grandes salles, et mourait son pas dans ce silence de tombeau!

Il avait perdu le compte du temps passé à marcher ainsi, se servant de son pouvoir uniquement pour éviter les zones inondées. En temps normal, il aurait pu se changer en ombre et parcourir ainsi les couloirs en quelques instants, mais il était trop épuisé pour cela. Car même si le Trône n'avait pu le détruire définitivement, il avait profité de l'abandon d'Iblîs pour drainer tout ce qu'il pouvait de son être. A présent réveillé, celui-ci avait pris conscience qu'il était épuisé et affaibli, comme le serait n'importe quel mortel, jusqu'à devoir s'arrêter à nouveau pour se reposer, dans une petite salle tapissée de cristaux d'obsidienne.

Quoi d'autre à faire, dans ses conditions, que de trouver une retraite sûre où dormir? Il avait besoin de se reposer, pour retrouver à la fois l'intégralité de ses pouvoirs et le calme de l'esprit. Il voulait aussi réfléchir à ce qu'il devait faire, maintenant. Car il était infiniment effrayant, pour un être calculateur comme Iblîs, de voir l'avenir s'ouvrir soudain devant lui, sans but et sans objectif à atteindre !

~ Toi? Peur? Peur? Peur? ~ ricana la masse informe des Ombrals, reflétant une fois de plus ses pensées, comme ils l'avaient fait jadis, quand Ruby était venue le visiter dans son antre. ~ Comme nous tu es, tu étais, tu demeures ~ moins encore que nous ~ moins encore ~

"Comme vous?"

~ Tu es comme nous ... ricana le chœur de l'ombre. ~ maudit ~ peur et colère ~ mot éteints ~ que te crois-tu? humain? ~ quand de cœur, tu n'as pas ? ~

"Silence!" menaça une fois de plus Iblîs, mais l'ordre, pour la première fois, manquait de conviction et de puissance.

~ Pas de bouche, et nous avons FAIM... ~ Pas de corps, et nous avons FROID... ~ Pas de cœur, et nous sommes roulés dans ce linceul d'ombre! ~

Avec lassitude, Iblîs leva la main. Il n'avait plus la force de penser, plus la force de chercher à comprendre pourquoi des sentiments éteints depuis des siècles ressurgissaient en lui, plus même la force de chercher à imaginer ce que lui avait fait le Trône. La nécessité de se reposer se faisait impérieuse, ou son organisme abîmé finirait par le lâcher. Il était plus vulnérable qu'il ne l'avait jamais été. C'était pour cela qu'il n'était pas retourné aux Enfers, mais dans la solitude, enseveli sous les racines de la montagne, là où nul être ne pourrait le trouver. Lui non plus n'avait pas atteint le plus profond des cavernes, mais peut-être les Grottes de Sûrion n'avait-elles pas de fond?

Autour de lui, le sol était couvert d'obsidienne, un minéral très noir. Iblîs s'assit lourdement et y posa la main, laissant les forces magiques qui lui restaient y influer doucement. Les cristaux du sol semblèrent devenir plu sombre encore, émirent une vibration étrange et commencèrent à grandir, facette après facette, comme un organisme vivant. Ils bouchèrent toutes les issues de la salle, devenant à la fois muraille pour la protéger et masque pour rendre impossible de deviner sa présence.

Le démon se laissa aller en arrière, étendu sur sol. Dans un tintement presque harmonieux, le cristal continua à se développer. Les plaquettes noires se multiplièrent, grimpant le long du manteau du Démon pour l'ensevelir lentement sous leur sombre gangue. Elles prirent ainsi ses jambes, sa taille et commencèrent à gagner sa poitrine. Peu à peu, le cristal prit la forme d'un berceau, ou peut-être serait-il plus juste de dire ~ un sarcophage.

Il lui faudrait longtemps pour retrouver totalement ses forces. Lui-même ignorerait quand le cristal d'obsidienne s'ouvrirait à nouveau, sentant son maître guéri. Demain peut-être, ou dans cent ans. Qu'importait? Il n'était pas pressé, n'ayant rien à convoiter, rien à accomplir ou à chérir. Elament était encore debout, et de nouveaux princes démons s'étaient assis sur le Trône qu'il avait abandonné. Tous seraient encore là à son réveil. Le monde pouvait se passer de lui, et lui pouvait se passer d'y exister pour un temps. Pendant son sommeil, gardé par les Ombrals, sa toile se tisserait à nouveau dans l'ombre des Grottes, afin d'en faire un nouveau sanctuaire des ombres ...

L'un après l'autre, les perles bourdonnantes s'éteignirent dans l'air, bougies fatiguées soufflées par le grand vent de l'ombre. Et lorsque la dernière s'évanouit, les paupières d'Iblîs se fermèrent à leur tour. Et à travers l'obsidienne qui finissait de le recouvrir, ne resta plus qu'un corps trop mince, que la vie semblait avoir définitivement abandonné. A son réveil, il serait temps alors de penser à ce qu'il ferait, à quoi il emploierait ses forces. En attendant, et pour la première fois depuis bien des années, il reposerait paisiblement dans un sommeil sans rêve, loin sous la pierre, aussi longtemps qu'il le faudrait.



Jusqu'à ce que l'heure sonne au sablier de l'éternité,
Jusqu'à ce que les dieux le placent à nouveau sur l'échiquier du destin,
Dormirait le roi d'ébène ...


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